21 octobre 2008
28. Une chute qui s'annonce longue
Lorsque ses camarades de chambres rentrèrent
elles la trouvèrent ainsi, prostrée dans le sommeil et n'osèrent la déranger.
Profondément enfoncée dans un sommeil parfois entrecoupé de rêves, elle
s'agitait parfois sur sa couche. Elle avait dormi toute la journée et enchaîna
une nuit identique, incapable de sortir de sa torpeur. L'aurore la trouva entre rêves et cauchemars.
Lorsque la voix de la surveillante retentie, elle émergea difficilement du
sommeil et s'extirpa sans mot dire de sa couche pour se rendre à la salle des
douches. Elle laissa couler l'eau brulante sur son corps, en s'appuyant contre
le mur de carrelage, luttant contre le vertige, la nausée. Alors que l'eau
ruisselait sur elle, elle finit par sentir le regard insistant des autres
pensionnaires qui se rendaient à leur toilette matinale. Elle suivit leurs regards qui
l'interrogeaient, fixant son corps avec insistance, pour constater que ses
fesses se zébraient de longues marques rouges violacées. Du bout des doigts
elle effleura ces marques en esquissant une petite grimace. Agathe pénétra dans
la salle et se dirigea vers elle avec son aplomb naturel, contemplant ses reins
marqués.
"Eh bien dis donc ma belle, pour une
punition ça devait être une sacré punition,, qu'est-ce que tu as encore fait ?
T'as brûlé un livre du marquis de Sade ? Lu un Martine au zoo en cachette
?"
A la
place du rire qu'espérait Agathe, Sofia ne lui offrit, en secouant la tête en
signe de dénégation, qu'un pauvre sourire qui s'effaça bien vite. Elle sembla
sur le point de parler mais secoua à nouveau la tête avant de la baisser
piteusement. Appuyant à nouveau sur la douche pour en faire jaillir l'eau
chaude, Sofia finit par lâcher
"C'était
juste une leçon de plus.. une leçon de savoir vivre"
Sa voix
était blanche et se noya sous les clapotements de l'eau. Agathe, stupéfaite,
contemplait on amie. Où était la Sofia impudente et rieuse qu'elle croyait
connaître ? Elle se rapprocha d'elle, et se glissant sous l'eau, posa une main
tendre sur son épaule
"Dis,
... tu es sûre que ça va toi ?"
Sofia
sembla faire un effort et s'ébroua sous l'eau, secouant ses cheveux.
"Fatigue
! Juste de la fatigue... ne t'inquiète pas ça ira mieux après le petit
déjeuner!" et elle s'efforça d'adresser à son amie un sourire
convainquant.
Agathe esquissa une moue mi-figue, mi-raisin
mais se contenta de cette explication et entreprit de faire sa toilette à son
tour. Sofia s'enferma dans un silence glacé et n'en sortit pas pendant toute
l'heure du déjeuner. Elle resta tout aussi silencieuse alors que leur
professeur d'éducation physique les emmenait vers le gymnase. La leçon du jour
portait à nouveau sur la self défense et le contrôle de soi. Elles reçurent
toutes une sorte de tenue d'arts martiaux à enfiler et se mirent en rang pour
apprendre les bases de la concentration nécessaire à l'autodéfense. Le colosse
noir leur expliquait patiemment comment prévoir les coups de l'attaquant et
comment les parer, comment se sortir de prises difficiles, décontenancer
l'adversaire et le mettre au sol pour pouvoir le maîtriser. Sofia, petit à
petit, se laissait aller à cette leçon, trouvant dans les exercices de
respirations, dans les enchaînements de prises et de parades un exutoire à sa
propre tension. Elle mit tout son cœur à exécuter les successions de mouvements
qu'il leur enseignait. Lors d'un enchainement particulièrement rapide, elle fit
basculer Agathe par dessus son épaule et, emportée par sa propre violence, elle
ne mit aucun frein à sa rage ; Agathe chuta lourdement sur le sol. Elle se
redressa difficilement, le souffle coupé, la fusillant du regard. Sofia fut sur
le point de s'excuser mais Agathe la fit taire en lui chuchotant.
"Il
faut qu'on parle."
Puis se tournant vers le professeur.
"Monsieur je me suis fait mal...je peux
arrêter un instant."
Le professeur, qui avait parfaitement saisi
la scène, acquiesça et Agathe entraîna Sofia à l'écart.
"Qu'est ce qui t'arrive ? Raconte-moi et
cette fois pas d'histoires... je suis ton amie, non ?"
Les
efforts qu'elle venait de fournir, cette violence qu'elle avait libérée bien
malgré elle, lui offraient un espace de répit dans lequel Sofia puisa le
courage d'explorer ce qui la troublait tellement. Elle attrapa les mains de son
amie.
"D'accord
Agathe... mais... ça risque d'être long.... et compliqué... si on se fait
prendre à parler..."
Agathe
haussa les épaules et dans un chuchotement anxieux la pressa de continuer
"Dis-moi,
parce que je ne lâcherai plus tant je ne saurai pas !"
Sofia
lui adressa un sourire las et râla
"Tu
es une emmerdeuse Agathe... je te raconterai tout ce soir... sache juste que...
j'ai découvert une part de moi qui... qui me fait horreur.... un masochisme ...
plus poussé que ce à quoi tu peux songer"
Agathe
la dévisagea les yeux ronds, lâchant ses mains de surprise.
"Tu me raconteras tout ce soir,
d'accord... mais... je pense que tu n'es pas la seule et loin de là à avoir
vécue ce genre de choses. Nous ne sommes pas ici par hasard... Viens,
retournons faire du sport, mais essaye de ne pas me casser quelque chose, je
suis maso peut être, mais les os brisés, c'est pas mon truc !"
Elles retournèrent sur les tatamis, reprenant
les enchaînements et terminèrent l'heure de sport en sueur, totalement
éssouflées et détendues. Elles se dirigèrent, toujours escortées par les
intraitables surveillantes, vers la sortie. Il y eut un murmure d'approbation
dans les rangs lorsque les pensionnaires se rendirent compte qu'elles allaient
vers le sauna du pensionnat. Ainsi elles allaient avoir droit à une nouvelle
séance de détente dans ce lieu de plaisir. Elles se déshabillèrent et se
douchèrent avec joie, pour se rendre en bon ordre dans le solarium. Elles
eurent la surprise d'y découvrir, assis dans un confortable fauteuil de rotin
et vêtu d'un luxueux kimono de soie blanche, leur professeur de libertinage. Monsieur de Villaret leur
sourit en les voyant entrer dans la piece et les accueillit d'un large geste du
bras. Des chaises avaient été disposées en demi cercle autour de lui et lil eur
fit signe de prendre place.
"Mesdemoiselles, quelle joie de vous
revoir ! J'espère que vous avez eu le temps de vous plonger dans d'édifiantes
lectures."
Toutes
marquaient la même stupéfaction. Elles ne s'attendaient pas à trouver un
professeur en ces lieux, et certainement pas leur professeur de libertinage.
Sofia, plus que ses camarades sans doute, goûtait la surprise avec un réel
déplaisir. Elle ne se sentait guère d'humeur à la joute verbale ni aux
démonstrations spirituelles. Elle laissait donc ses corréligionnaires la
dépasser et tentait de trouver une place la plus reculée et discrète possible.
Se souvenait-elle seulement des quelques pages lues dans l'ouvrage de Nerciat ?
Vaguement, lui revenait des passages, qui loin de conjurer son malaise, ne
faisait que l'amplifier... chaque réminiscence était l'exact reflet d'une de ses
propres perversions, de sa tentation à l'humiliation la plus totale. Elle se
sentait totalement incapable d'en présenter une lecture plus spirituelle.
Les élèves s'installaient calmement sur leur
chaise et il les observa longuement, dans un silence complet. Ses yeux
passaient de l'une à l'autre avec lenteur, jouant à en faire tressaillir une,
rougir une autre, baisser les yeux, frémir les épaules.... Ah quel adorable de
troupeau de douces brebis ! Puis il se releva lentement, faisant danser la soie
blanche autour de lui.
"Je
vous remercie mesdemoiselles pour ce charmant spectacle, je vais vous laisser à
vos occupations à présent."
D'une démarche légère, il traversa le cercle
pour se diriger vers la sortie sous leurs regards médusés. Avant d'arriver à la
porte, il se tourna vers elles encore une fois.
"Eh
bien mesdemoiselles, ne faites pas vos étonnées ; je me trouvais là et me suis
dit qu'il serait bien tentant de profiter quelques instants du charmant
spectacle que vous offrez revétues de vos peignoirs."
Elle ne
sut quel démon la poussait. Sans doute ce désir profond d'en découdre de
multiples façons, ou cette colère sans objet qui bourdonnait dans sa tête, mais
Sofia se dressa sur sa chaise et comme le professeur passait tout près d'elle,
elle l'apostropha :
"Et
bien Monsieur, quelle audace ! Vous venez régaler vos yeux et repartez sans
avoir nourri nos esprits. Craignez-vous que le spectacle de votre corps en kimono nous soit moins
plaisant que ne l'est pour vous l'offrande des nôtres en peignoir ?"
Villaret s'immobilisa la détaillant un
instant, avant de prendre son menton dans sa main comme s'il se plongeait dans
une profonde réflection. Puis souriant, il releva les yeux vers elle.
"Ma
chère sachez d'abord deux choses, la premiere étant qu'on ne nourrit pas
l'esprit à moitié nue dans un peignoir. La deuxième étant que toute nourriture
de l'esprit est toujours celle que vous apportez à la table du banquet. Quelle
nourriture apportez-vous donc ma chère aujourd'hui ? Vous avez si grise mine
qu'on ne saurait se montrer en appétit en face de vous.. Et si vous le
permettez sauter ce déjeuner là n'en sera que meilleur pour ce qui est de
l'apparence de ce corps sous ce kimono."
Il se tourna vers le groupe de jeunes femmes.
"Ne jamais laissez rien paraitre, ni
joie, ni colère si vous vous trouvez en face de quelqu'un qui épie vos
erreurs."
Se tournant à nouveau vers Sofia, sa bouche
riait toujours, mais ses yeux avaient un tout autre éclat, une forme de colère
mais aussi une jouissance, celle du chasseur devant une proie à sa mesure.
"Ne rien laisser paraître, pas plus les
tremblements de vos poings serrés, ni cette petite crispation de votre bouche
qui, si elle vous donne un air charmant et buté, n'en est pas moins
révélatrice... Au moins vous aurais-je nourri de cette lecon. Soyez moins
prévisible à l'avenir et vos coups, peut être, tomberont ailleurs que dans la
vase et vous apprendrez l'art des ricochets."
Elle
frémit, vaincue, le menton tremblant et baissa les yeux. Non, elle n'était pas
de taille aujourd'hui. Elle avait agi en cherchant plus qu'un camouflet, une
giffle, qui lui donne raison, qui la
convainque de ce qu'elle était. Elle venait d'en recevoir une qui ne l'apaisait
nullement. Elle ne chercha pas à masquer sa fêlure, se tassa un peu sur sa
chaise sous le regard victorieux de Monsieur de Villaret. Et puis, n'y tenant
plus, elle se dressa brusquement, le bouscula et, contre toutes les règles,
s'échappant du cercle des pensionnaires, s'enfuit vers les vestiaires.
Elle courait dans les coursives du sauna, ne
sachant pas vraiment où elle voulait aller, ni ce qu'elle allait faire. Tout ce
qu'elle savait c'était qu'elle voulait fuir, partir loin, loin d'elle, loin de
ce qu'elle avait ressenti et de ce gouffre qui semblait lui tendre les bras et
l'appeler. En longeant le solarium, elle tomba nez à nez avec le professeur
Langlois qui la dévisagea étonné. Elle ne se serait pas attendu à trouver en
ces lieux le petit homme au crâne dégarni. Elle se figea sous son regard,
incapable d'un geste, d'un mot. Il jaugea immédiatement à son attitude et aux
larmes qui s'échappaient de ses yeux que la jeune élève, qui avait déjà
beaucoup fait parler d'elle, n'était pas dans son état normal. Deux
surveillantes surgirent par une des portes et se précipitèrent, il les arrêta
d'un geste.
"Mademoiselle
va me suivre, nous avons à parler."
Elle fut tentée de s'enfuir à nouveau, de le
bousculer et de continuer sa course, elle n'avait rien à dire, plus rien, à
personne... mais où serait-elle allée ? Où aurait-elle pu échapper.? Elle
baissa la tête en soupirant et se laissa guider, emboitant le pas au petit
homme qui se dirigeait vers le parc. Ils s'immobilisèrent près d'un banc qu'il
lui désigna pour s'asseoir.
"Je
comptais aller faire un peu de natation Sofia... et vous, où comptiez-vous vous
rendre ?"
Elle
riva son regard humide au sien, si calme et apaisant derrière ses lunettes de
myope, et secoua la tête. La douleur qui opressait sa poitrine s'allégea un
peu.
"Je... je ne sais pas Monsieur...
Je voulais... partir... m'enfuir... loin d'ici... loin de ... de tout ça... loin de .... C'est stupide... Je
ne devrais pas être là... avec vous... je vous fais perdre votre temps... je le fais perdre aux gens du
Pensionnat... je n'ai pas ma place ici..."
Sa
respiration, ses mots s'affolaient à nouveau et ses mains dansaient
fébrilement, comme si elle avait voulu balayer le monde autour d'elle. Elle
sentait encore la colère et la tristesse battre dans sa poitrine, une sorte de
désespérance rageuse qui la privait de toute netteté dans ses pensées et rendaient sa gestuelle désordonnée.
"Vous... vous nous avez parlé du
choix.... et moi, aujourd'hui je ne sais plus ce que doit être le mien ... quelle est ma place
..."
L'homme la couva d'un regard doux et triste.
"Il
serait si simple le choix, s'il s'imposait de lui-même, d'une facon évidente.
Tellement simple que ce ne
serait même plus un choix au final mais... simplement une évidence. Nous savons tous deux que les véritables
choix ne sont jamais simples."
Il tira un paquet de cigarette de sa poche
revolver et alluma une des tiges blanches. Puis tendant une cigarette à Sofia
qui la prit d'une main tremblante, et la
lui allumant, il reprit.
"Vous
voyez, ma place est l'endroit où je me trouve et j'ai choisi, pour des raisons
qui sont les miennes, cet endroit,
ce chemin, pour en faire mon existence, mon cadre, ma bulle. Pourquoi ai-je choisi cet endroit
? Peut être parce qu'il est le plus à même de pouvoir m'ai der à explorer tous les possibles que me
laisse entevoir mon esprit. Les murs du pension nats
ont ceci de particuliers qu'ils révèlent beaucoup de ce que nous sommes, de ce
que nous pouvons. Si tel est
le cas pour vous, c'est que vous commencez non à vous connaitre mais à vous découvrir. Et cela vous fait peur
n'est-ce pas ?"
Elle
releva son visage vers lui avec soulagement. Enfin, elle pouvait parler de sa
peur, en tâter les contours et plus seulement dans son effarante solitude !
"Peur, Monsieur ? c'est bien pire
que de la peur ! C'est comme d'être au bord d'un gouffre insondable, sans rappel, sans parachute, sans
rien... et de savoir pourtant qu'il faut
descendre... ou sauter... parce que la réponse est là tout au fond... et se
dire pour tant que l'on n'est pas sûre de
jamais remonter vers la lumière ... C'est terrible !"
Il tira quelques bouffées en silence,
recrachant la fumée lentement.
"Peur,
panique, gouffre, ...nous marchons tous au bord d'un gouffre, depuis le jour de
notre naissance. Ce gouffre qui
nous
accompagne, on peut le nommer, le mal, l'enfer, les ténèbres, mais c'est oublier que c'est aussi une part de
nous. Voyez, moi, Sofia, j'étais un enseignant
respecté et admiré dans mon autre vie et un jour j'ai plongé ... je vous épar gnerai les détails sordides de mon
histoire, il y est questions de stupre, de perversions et de scandale. J'ai vécu mon initiation à
la soumission comme une fièvre et quand cela s'est su j'ai vraiment été malade...
J'ai plongé loin dans l'ombre, j'y ai perdu mon travail, mes amis, ma femme et ma belle
position sociale. J'ai découvert l'alcool, les substituts de la conscience et la déchéance dans laquelle
je me vautrais avec délice. Mais voyez-vous, au fond de ce gouffre, c'est là qu'on voit le mieux son
sommet, tant que l'on tombe on ne re garde
que le fond.. Et c'est seulement tout en bas que l'on peut regarder les mains
qui se tendent vers vous. Et j'ai vu
ces mains tendues, j'ai pu les saisir et remonter, trouver ma place là-haut et ne plus avoir à me
demander ce qui se trouve au fond. Sofia, pensez- vous qu'il n'y ait aucune main qui se tendrait pour vous si
vous tombiez ?"
Pâle,
les traits tendus, elle répondit entre ses dents et en frissonnant
"Pas là.... pas cette fois... je
perdrais les seules mains qui m'importe si..."
Elle
pressa ses mains crispées entre ses cuisses., luttant contre la nausée devant
les pensées qui l'envahissaient. Péniblement, tête basse, elle reprit
"Quand on vous offre le sublime ...
et que... que brusquement vous vous sentez prête à plonger vers ce qu'il y a de plus sordide.... alors..."
Elle étouffa un sanglot "Alors oui... peut
être y aura-t-il une main tendue... mais plus jamais celle qui vous avait fait
le plus précieux des
cadeaux..."
Il ecrasa sa cigarette sous le talon et
ramassa le mégot le mettant dans un mouchoir.
"Je n'aimerais pas qu'une pauvre soumise
se fasse punir si on venait à trouver ce mégot au sol. Donnez-moi le
vôtre...Voyez-vous Sofia, le plus sublime cadeau que l'on puisse recevoir n'est
pas celui que l'on recoit simplement, c'est celui que l'on recoit quand on ne
l'espère pas, quand on ne pense pas le mériter. Il est simple de donner ce
qu'on attend de vous, plus difficile de donner lorsqu'on ne veut rien de vous
et encore plus difficile de l'accepter alors. Ce que je veux vous dire Sofia
c'est... pensez-vous que la personne qui vous a fait ce cadeau là, ne le
maintiendra pas ? Est -ce que la confiance que vous avez en vous, cette
confiance si fragile et petite, vous fait perdre confiance en celui pour qui
votre coeur bat ? Il n'est pas simple d'accorder sa confiance,, mais il est
tellement plus dur de la recevoir d'un autre."
Ebranlée,
elle le regarda en secouant la tête et se défendit :
"Non...
je... j'ai confiance en lui ... mais je... je ne sais pas... je ne sais plus...
ce qu'il voit de moi... ce qu'il peut concevoir.... ni comment il pourrait
accepter que je sois aussi.... aussi monstrueuse ! Moi-même Monsieur je me fais
horreur en cet instant précis !"
"Vous pensez donc que celui qui s'est
offert à vous est un imbécile qui ne se doute pas de ce qui peut vous animer ?
Imaginons un instant que vous enfouissiez tout cela en vous, ces sentiments,
ces désirs qui vous animent, qui remplissent vos nuits et vous font sentir monstrueuse. Qu'est-ce que cela voudrait
dire à votre avis ? Ne serait-ce pas là un mensonge permanent que vous lui
feriez ? Combien de fois ces pensées, ces doutes, vous tarauderont-ils ? Vous
vous retournerez sur votre oreiller, la nuit, tenue en éveil par vos désirs...
vos cauchemars. Regardant votre compagnon, vous vous poserez toujours cette
question, pourrait-il m'aimer s'il savait les tourments de mon âme ?"
Il ressortit une cigarette de son paquet et
l'alluma.
"Je
fume trop, c'est terrible les addictions, mais je ne vous apprends rien n'est
ce pas ? Vous vous posez des
questions, énormément de questions je le sais, sur ce que vous êtes capable de faire, sur ces actes que
vous pouvez réaliser et le plaisir que vous pouvez en retirer, le plaisir... et la déchéance. Je ne peux
répondre à toutes les questions voyez- vous,
...une seule personne possède les réponses, une seule peut les chercher... et
c'est vous. Cela fait-il de
vous un monstre d'aimer ces déviances, de trouver le plaisir dans l'a bbaissement, dans la perversion ?
Non je ne le pense pas, mais cela vous fait une proie pour les monstres c'est certain. Il va vous falloir
chercher deux réponses en fait. La pre miere
: De quoi êtes-vous capables ? Et la deuxieme : Pouvez-vous vous en ouvrir à
quel qu'un qui saura vous entendre et
vous guider ?"
Elle le
fixait ébétée
"Suis-je...
suis-je si transparente ? Comment avez-vous pu saisir de moi ce que je viens à
peine d'accepter alors que... que vous ne me connaissez pratiquement pas
?"
Monsieur
Langlois se contenta de lui sourire avec mansuétude. A nouveau Sofia secoua la
tête en se tordant les mains
"Je
ne sais si quelqu'un existe qui.... oh mon dieu... à part vous.... vous êtes le
premier avec qui... c'est si difficile... je ... je ne sais...."
Brusquement elle se redressa comme frappée par la foudre. "Vous Monsieur,
vous m'avez deviné, je ne sais comment et cela me stupéfie. Mais... il y a ici
quelqu'un qui... qui a vu ce que je... ce que je peux être.... Croyez-vous que
je devrais... que je pourrais... ?"
"Ma chère, vous êtes dans le Pensionnat
et dans ce lieu 80 pour cent des personnes présentes ont vécu la même chose que
vous, ou vont la vivre à un moment donné de leur existence. Quel endroit peut
être plus propice à ces découvertes, je vous le demande ? Tout ce que je peux
vous dire c'est qu'il faut que vous soyez honnête avec ce que vous ressentez et
voulez explorer de vous. Ne prenez pas le chemin qui mène au coeur de ce que
vous êtes si vous ne voulez pas vous savoir." Il écrasa le deuxième mégot
sous son talon, la récupéra comme les premières et se releva. "A présent
je vous engage à retourner auprès de vos camarades pour profiter de ces deux
heures de repos comme il se doit."
04 octobre 2008
SM Shrek.......
Pour le fun, l'image du samedi..
03 octobre 2008
Mon dieu, mon dieu, mon dieu, et moi ???
Je suis de gauche sans en être ou peut être pas, ou bien mes sympathies m’y
poussent, du moins je le crois, du moins certains le disent, mais c’est
difficile à affirmer, je suis aussi alsacien. Essayons une petite introspection
ou il sera question de foi, d’école, de religion, de politique et surtout tout
à fait égoïstement de moi.
Je pense qu’il faut expliquer comment grandit, ou grandissait un petit
alsacien dans mon temps pourtant pas si lointain. C’est tout l’objet de ces réflexions
que je vous pose ici. Qu’est ce qui m’a fait, qu’est ce qui fait que je suis
tel que je suis aujourd’hui.
Je suis né dans une famille heureuse, qui ne l’était pas plus qu’une autre.
Je suis né dans une famille aisée qui ne l’était pas plus qu’une autre. Quel
est le sens de cette phrase a priori alambiquée ? J’ai pensé que ma
famille était heureuse comme tout les enfants pendant de longues années. Il
existe des choses que l’on prend pour acquise et des mensonges auxquels on
feint de croire. Dans cette famille je ne manquais de rien, donc cette famille
était pour moi aisée. Le temps ensuite vous enseigne d’autres sons de cloches
que celle de l’église, mais cela ne compte pas vraiment, j’ai été un enfant
heureux dans cette famille et c’est ce qui compte. Je n’ai pas été battu, j’ai
eu quelques fessées par ci par la mais rien de traumatisant. J’ai toujours fait
la distinction entre être un enfant battu et recevoir une correction justifiée.
J’en ai reçu des injustifiées c’est vrai, mais elles sont largement compensées
par toutes celles que je n’ai pas reçu parce que je n’ai pas été pris.
La rentrée en primaire se faisait au son des cloches de l’église toute
proche. Ma première Maîtresse d’école dans le sein de l’église de la république
fut Sœur Marie-Alexandre, qui maniait aussi bien les psaumes que la baguette de
bois, et qui pour sœur qu’elle fut n’en connaissait pas moins l’anatomie
humaine et savait parfaitement appliquer ces châtiments la ou ils avaient le
plus de chance de porter. C’est mon premier souvenir d’école, le regard sévère
de cette sœur à l’ancienne qui surveillait la cour,
J’ai grandit dans un petit village. Quand je dis petit village c’est que c’était
vraiment un petit village, pas plus d’une centaine d’âmes coincés entre les crêtes
des contreforts jurassiens et la foret noire. Un village carte postale, endormi
au milieu des champs, éloigné des artères principales.
Comme dans tout village Alsacien la vie de l’écolier était rythmée avec une
régularité sans faille. La journée commençait par un notre père debout à coté
du pupitre. A midi nous récitions les premiers couplets de la marseillaise
avant d’aller manger et le soir nous finissions par un Je vous salue Marie.
Après tout il était toujours bon de prier la vierge lorsqu’on était enfant. De
toute façon pour tout ce qui concerne l’enfance elle reste l’interlocuteur
privilégié. Les journées se passaient ainsi sous le regard du christ qui
surveillait toute cette jolie assemblée d’élèves du haut de sa croix au fond de
la pièce. On savait pertinemment qu’il nous surveillait de prêt et qu’il notait
dans un coin de sa mémoire infaillible tout nos péchés.
Le mardi monsieur le curé venait nous prodiguer l’enseignement religieux.
Parfois il nous expliquait les mystères,
les fêtes religieuses qui
approchaient, nous enseignait un tas de choses utiles. Par exemple il est bon
de faire un signe de croix chaque fois que l’on passe devant un crucifix. Il
faut prendre le temps d’une prière devant les calvaires, et ne pas oublier de
se montrer poli envers tout le monde en saluant les gens dans la rue. Mais
aussi de se laver les mains après avoir fait ces besoins, aider les personnes âgées
à porter leur cabas, faire au moins une bonne action par jour. Pour ceux qui n’ont
jamais visités l’Alsace, rien que le fait de se signer devant tout les crucifix
sur le chemin vous occupe une bonne partie de la journée. D’ailleurs l’entraînement
au signe de croix était une pratique courante du mardi.
Parfois nous partions en bon ordre vers l’église. Je dis bien en bon ordre,
parce que nous étions en Alsace et qu’un coup de pied aux fesses pointure 43
vous remettait de façon très efficace dans le rang. Dans le sanctuaire nous
recevions alors un enseignement sur les symboles, le rituel, nous nous
préparions aux fêtes épiscopales, à recevoir la communion, nous apprenions les vertus
de la confession. C’était comme entrer dans le mystère, c’était une façon de
grandir, de rejoindre le monde des adultes. D’autres jours nous nous rendions
au presbytère pour ramasser des pommes, ces pommes qui servaient à préparer l’eau
de vie tellement indispensable pour affronter les rigueurs de l’hiver.
Le mercredi était jour de messe. La messe des enfants avait lieu le matin,
si la présence n’était pas obligatoire, elle n’en était pas moins fortement conseillée
si l’on voulait pouvoir faire sa communion à 9 ans. Le père avait l’œil fin,
une mémoire alerte et peu de choses lui échappaient. Nous suivions donc le
sermon avec toute l’attention que l’on pouvait lui conférer. Oui nous ne
disions pas monsieur le curé, mais notre père, le père Jean, cette distinction
à son importance.
Le prêtre représentait vraiment une figure paternelle et il était investit
des mêmes pouvoirs. Il pouvait punir et récompenser, sermonner et conseiller et
nul parent n’y trouvait à redire, si le père vous filait une tarte parce qu’il
vous avait surprit à blasphémer il y avait une forte chance que sa sœur jumelle
vous attende à la maison dans la main de votre père biologique.
Nous étions de droite, nous étions catholiques, car nos parents l’étaient
et il ne nous serait même pas venu à l’idée qu’il puise en être autrement. Nous
n’étions pas malheureux, loin de la, je n’échangerai pas mon enfance pour tout
l’or du monde, je pense avoir encore eue la chance d’être une des dernières
générations à avoir put la connaître. Les choses ont changés, et c’est normal,
on peut s’en réjouir ou s’en désoler, mais ce n’est pas mon propos. Cette note
n’a pas pour objet de faire dans le passéisme et la nostalgie mais d’expliquer
un mode de pensée.
Etions nous plus sages, mieux élevés que les enfants de ce nos parents
nommaient les Welches, les français de l’intérieur ? Je ne pense pas, nous
pisions dans le tonneau où fermentait le choux du curé, nous décrochions les
volets des fenêtres pour les empiler sur la place du village. Les bombes à eau,
a purin, volaient bas et touchaient souvent leur cible. Nous réalisions des
tours pendables comme tout les enfants. Peut être avions nous un petit
avantage, nous savions que la confession du mercredi nous laverait de nos
péchés ce qui rassure tout de même.
Je ne veux pas vous donner une image idyllique de ce que fut ce temps la.
Il ne l’était pas, loin de la même. Nous étions et beaucoup le sont encore, des
antisémites. Je n’avais jamais rencontré de juif avant mes 20 ans pourtant à 8
je savais qu’ils sentaient mauvais, qu’ils étaient bizarre, voleurs et qu’il
valait mieux s’en méfier. C’était ce que j’avais retenu d’eux et ces mots
sortaient de la bouche de mon père. Alors quoi, le cataloguer de raciste ?
Faire de lui un salaud un chantre du national socialisme ? Mon père n’était
pas plus mauvais qu’un autre, au contraire il était plutôt connu pour être une
personne généreuse et attentive aux autres. Sa seule rencontre avec la
population juive de la région fut celle qu’il fit lors de son apprentissage au
sein d’une communauté Haredim, ce qui, il faut bien le dire, n’est pas vraiment
la meilleure façon de faire sa première rencontre avec le peuple élu.
Je ne tente pas de justifier cet espèce d’antisémitisme larvé, je ne fais
que l’expliquer, ne croyez pas que mon père ai passé ces journées à nous
rabacher les oreilles sur les juifs. Je ne l’ai entendu évoquer ce que je viens
de vous confier qu’une seule fois. Il faut croire que cela à du fortement
marquer mon esprit. Le plus étonnant voyez vous c’est que mon père possédait
une collection intégrale des témoignages de survivants de la Shoah. Une bonne
vingtaine de livres au contenu terrifiant, mais je crois qu’il n’a jamais prit
la peine de les lire. Nous avions une bibliothèque conséquente qui se
garnissait d’encyclopédies, l’encyclopédie de la médecine, les tout l’univers,
l’encyclopédie des animaux, la deuxième guerre mondiale. Mon père n’en lisait
aucune, il se cantonnait aux SAS et autre Brigade mondaine qu’il feuilletait
sans vraiment les lire. N’allez pas croire qu’il manquait de culture loin de
la, il avait fait le séminaire et possédait une très bonne base culturelle.
Mais lorsqu’on se retrouve à l’age de 14 à devoir prendre soin de dix frères et
sœurs et d’une mère malade, cela ne laisse pas vraiment de temps pour la
lecture. Après une longue journée de travail il n’aspirait qu’à une chose, se
détendre sur le canapé en lisant un journal ou un livre qui ne demande pas d’effort
particulier. Mais ces livres rangés dans la bibliothèque et attendant en bon
ordre n’étaient pas perdus pour tout le monde je vous rassure, je les dévorais
jour et nuit.
Il ne détestait donc pas les juifs, il ne savait rien d’eux tout simplement
et s’en fichait, comme il n’avait rien contre les arabes, les gitans, les noirs
ou les chinois. Ils lui étaient indifférents, tout simplement d’ailleurs et ne
le touchaient pas directement. Il se contentait de répéter un schéma ancré dans
l’inconscient occidental depuis des centaines d’années, la défiance envers le
juif. C’est un héritage que nous portons et qui nous a été léguée par notre
sainte mère l’église (nous y reviendrons une autre fois). J’ai eu de la chance,
ce schéma n’a pas vraiment pu m’atteindre, ou du moins en ai-je été sauvé en
temps et heure par une intervention extérieure. Et si je dois de ne pas avoir cet
a priori antisémite c’est au prêtre de ma paroisse justement que je les dois. Ce
curé qui nous bottait les fesses, nous filait des claques, et nous envoyait
balayer le presbytère quand il ne nous supportait plus. Cet homme était aussi
celui qui avait survécu aux camps, qui n’affichait pas ces médailles les 14
juillet mais qui les portait quelque part entre ces souvenirs et ces espérances.
C’était aussi cet homme qui pouvait soudain s’asseoir face à vous les yeux
brillants et commencer à vous parler comme un homme parle à un autre homme.
Cela c’était bien plus effrayant que ces coups de pieds, ou ces punitions,
parce que vous saviez que c’était la réalité horrible qu’il allait vous livrer,
que ces mots parlaient de monstres bien plus effrayants que ceux de l’enfer,
parce qu’il vous montrait ce qu’était le monde des adultes toujours prêt à
basculer dans l’indicible.
Alors il racontait, il disait sa guerre, les camps, les camarades morts,
son ami le Rabin qui ne revint pas. Il disait
la cruauté et la férocité, il
parlait de glace qui prenait le cœur et le figeait, et nous l’écoutions figés
dans le froid, la voûte de l’église résonnant de son accent particulier qui
faisait rouler les R. Il nous exhortait à regarder le monde et à regarder les
autres, nous expliquant que s’il n’y avait qu’un dieu, il était celui de tout
les hommes, car tout les hommes pouvaient être des démons ou des saints. Peu
importait le nom qu’on lui donnait, peu importe les mots qu’on lui adressait,
la langue dans laquelle on lui parlait, le sang qui coulait des blessures des
bourreaux et des victimes était le même. Il parlait de son dieu, et de l’amour
qu’il lui portait tentant de nous expliquer que cet amour inconditionnel était
offert à chacun et peu importe comment on le célébrait, le louait. Il ne se
voulait pas berger, car disait il les bergers ne font que surveiller un
troupeau jusqu'à la tonte. Dans ces moments la, enflammé il se lançait et se
laissait emporter par sa verve. Nous assit sagement sur les bancs de bois le
regardions aller et venir dans la nef, ces mains sèches et noueuses fouettant
le ciel pour y chasser je ne sais quel souvenir. Sa voix enflait, devenait
terrible, ces yeux nous prenaient à témoins, mais nous voyait il seulement ?
Il voulait des esprits libres, le baptême, les communions, tout cela ne comptait pas, à tout faire il préférait
un athée plein de compassion à un croyant dont la foi ressemblait à une
constipation. Que gardions nous de son message, de ce qu’il tentait de nous
transmettre ?
Je ne sais pas pour les autres, mais voyant les abrutis que beaucoup sont
devenus, pas grand-chose. Je suis devenu athée, non pas par rejet de la
religion mais simplement suite à ma propre démarche introspective. Je ne hais
pas les prêtres, et je ne ressens pas de rejet pour l’église. Cela je le dois à
cet homme, parce que la foi, la vie, le respect sont des questions de personnes
et de rencontres. C’est ainsi que je suis arrivé vers l’age de 14 ans, doutant
de dieu, du moins du dieu de l’église mais encore rempli de questions et
doutant aussi de mon athéisme. A cet age la j’étais encore de droite je peux
vous le garantir, je ne savais même pas ce que pouvait être la gauche, il eut
fallut pour cela rencontrer des gens qui le soient. Ce genre de choses n’existait
pas vraiment dans nos campagnes je me souviens encore du drame effroyable
lorsque Mitterrand devint président, mon père nous avait annoncé cela comme la
fin du monde. Alors comment ai-je pu basculer et comment se fait il qu’aujourd’hui
je ne sois pas dans les listes de l’UMP ? Nous verrons cela dans une
prochaine note….
01 octobre 2008
Les gestes du Zenith Ségolène Royal
Les gestes du Zenith Ségolène Royal
Vidéo envoyée par tranquillatoulouse
Ehhhh bien,,,, on est pas rendu avec tout ca.... Bientôt Sego dans votre MJC
Je ne suis pas de
Gauche,,,, Force est de dire que c’est un fait, c’est ainsi, du moins je suis
social, mais pas socialiste, surtout pas, que les valeurs de la république me
préservent de cette malédiction.
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