28 août 2009
32. Une Garce de Haut Vol
Sofia
s'était laissée attacher et harnacher sans un geste de protestation, dans un
état proche de l'abattement, concevant cependant que toutes ces contraintes
n'avaient comme fonction que de durcir davantage sa punition en s'ancrant dans
son corps. Mais ce que faisait Vénus maintenant dépassait son entendement. Elle
redressa la tête, les sourcils arquée dans une interrogation muette, les
prunelles agrandies par l'inquiétude et l'incompréhension. Elle tirait sur ses
liens, jusqu'à se faire mal, pour maintenir sa position, cherchant
desespérement le regard de la belle rousse, qui ignorait superbement ses
efforts.
Vénus
posa ses grands yeux froids sur elle et lui sourit tout en défaisant la jupe de
son tailleur, la laissant glisser sur ses jambes parfaites. Elle défit de même
son chemisier qui se retrouva bientôt au sol et apparue vêtue d'un petit
caracco de dentelle noire et d'un boxer assorti. Ses longues jambes, gainées de
soie noires, semblaient sans fin. Sa voix s'éleva, douce, profonde, menaçante.
"Tu
t'interroges ? Tu te questionnes ? Je vais te dire quelle est ta vrai
punitoin... ce n'est pas de dormir attachée, ce serait plutot un
plaisir n'est-ce pas ? Non, la punition
commence maintenant, parce que moi je ne suis pas Malthazar, je ne suis pas Monsieur, je n'ai pas en moi cette
gentillesse et cette générosité, leur faiblesse tellement masculine. Moi je sais ce qu'il te faut, ce
qu'il faut pour marquer cette soirée
dans ton souvenir."
Les yeux de Venus luisaient de leur éclat reptilien
et semblaient plonger au fond des yeux de Sofia, y saisir son coeur, son âme.
Sofia se recroquevilla, le souffle court. Vénus s'avanca vers le lit et
s'inclina vers son oreille en chuchotant.
"Je
sais ce que tu es, car c'est ce que j'étais, je sais ce qui te remue, ce qu'il
y à là, ... là... et
là."
Disant cela, elle posa le doigt sur sa tête, sur
son coeur et sur son entrejambe.
"Je
sais ce que tu caches dans ton coeur et dans tes désirs... en d'autres circonstances je t'aurais faite jouir bien plus
fort que jamais ne pourra le faire Sadex
ni qui que ce soit d'autre. Mais ce soir je dois te punir."
Elle releva le regard et avec un sourire carnassier
qui dévoila ses dents de porcelaine parfaitement alignées énonça :
"Dans
la cellule à côté se trouve Vlad, je vais aller lui donner du plaisir, énormément de plaisir, tu peux me croire
et tu pourras tout entendre d'ici."
Vénus se releva et la toisant droit dans les yeux
lui adressa un dernier sourire ironique avant de se diriger vers la porte.
Elle
s'entendit hurler son refus à travers le baillon boule, hurler à s'arracher les
cordes vocales, le ventre nouée par une peur indiscible, son corps se cabrant,
secouant les liens avec une violence qu'elle ne se connaissait pas. Mais elle
finit par se laisser retomber sur le matelas, épuisée, le souffle court, la
trachée en feu, les articulations douloureuses, prise de sanglots spasmodiques.
Elle demeura immobile, cherchant à retrouver la maîtrise de ses émotions,
craignant de suffoquer sous son baillon en pleurant, tendant l'oreille malgré
elle, guettant, déjà horrifiée, ce qu'elle craignait d'entendre.
Elle perçut d'abord des chuchotements, des voix
étouffées, suivies par un long moment de silence. Elle se mit à
espérer que
Vlad ait éconduit cette garce. Mais soudain un martèlement se fit entendre, un
martèlement dont la cadence ne pouvait pas la tromper. Elle tendit l'oreille,
le coeur déchiré alors que la cadence des coups augmentait. Combien de temps
cela pouvait-il durer ? Combien de temps pourrait-elle endurer cette torture
sans devenir folle de douleur ? Le bruit cessait parfois, puis reprenait, elle
comprit avec horreur qu'ils changeaient de position. Elle devinait le sexe de
Vlad s'enfoncant dans l'intimité de cette salope. Le corps tendu, les muscles
cripés, le coeur broyé de douleur, elle suivit leurs ébats, guettant les
gémissements à travers la cloison qui s'enfonçaient en elle comme des coups de
dague. Cela dura si longtemps qu'elle en perdit la notion de temps et d'espace.
Elle demeurait sur sa couche, vrillée de souffrance, transpirant son
impuissance, anéantie et brisée puis un cri de femme perça la nuit, et un
gémissement plus sourd lui fit écho quelques instants plus tard. Ce dernier
gémissement fut suivie par un long silence et soudain Vénus entra dans la
cellule la dévisageant avec un sourire satisfait. Se penchant vers elle, elle
lui tendit sa poitrine maculée de semence.
"Vois
! Quel amant ma chère, j'avoue que tu as du goût, je pense que j'en reprendrais à l'occasion."
Puis saisissant
ses affaires, elle s'en fut sans ajouter un mot, la laissant seule, désespérée,
éreintée de douleur.
Elle se
rendit compte seulement à se moment là qu'elle avait mordu le baillon si fort
que ses mâchoires en étaient encore douloureusement contractées, brûlantes.
Elle se força à se détendre. Ses dents s'étaient enfoncées profondément dans la
masse compacte du caoutchouc. Elle perçut le goût du sang dans sa bouche. Et le
goût amer de la bile au fond de sa gorge. Elle frissonna. Elle avait froid,
afreusement froid et jamais elle ne s'était sentie si seule et si perdue. Elle
ferma les yeux, cherchant le calme au fond d'elle, le noir profond de l'oubli,
un sommeil qui l'emporte, qui l'enlève à la souffrance qu'elle ressentait et
qui l'assaillait en vagues successives de honte, de rage, de peur. Terrible
solitude !Dormir, il ne lui restait que cela, dormir pour ne pas basculer dans
le désespoir. Elle tourna sa tête du côté du mur, se recroquevilla autant que
le lui permettait ses liens et, chassant toute pensée, se fixa sur l'image d'un
océan à marée basse.
Elle finit par
s'endormir, plongeant dans un sommeil qui ressemblait à un âbime bien plus qu'à
du repos. Ce fut la surveillante qui la tira de ce sommeil agité en défaisant
ses liens. Elle massa doucement ses poignets douloureux, tentant de calmer les
élancements de ses muscles raidis par la tension nerveuse et la mauvaise nuit.
Au bout d'un temps, aidée par la surveillante, Sofia se releva tant bien que
mal et la suivit, tête basse, le corps lourd. Son coeur se serra alors qu'elles
arrivaient à la hauteur de la porte entrouverte de la cellule d'où lui étaient
parvenus les gémissements la veille. Elle attendit d'être exactement devant la
porte pour bondir sur le côté et faire face au cachot. Elle voulait affronter
le regard de Vlad, qu'il sache qu'elle savait, le mettre face au desespoir qui
l'envahissait, à la culpabilité qui l'anéantissait.
Elle se jeta
dans la cellule et rentra directement en collision avec le torse noir et musclé
de leur professeur de sport qui l'attrapa au vol.
"Eh bien mademoiselle Sofia, je
vois que vous êtes pleine d'allant dès le petit matin."
Elle se figea
face au colosse qui semblait
être en train de se rhabiller. Celui-ci la dévisageait avec un sourire
narquois.
"
Peut-être vous attendiez vous à trouver quelqu'un d'autre ici ? Je dois hélas vous décevoir et vous annoncer que
l'occupant de la cellule a été transféré ailleurs,
hier, en prévision de la soirée spéciale. Visiblement Malthazar tient à coeur de ne présenter que des gens formés à
ses soirées."
Elle recula,
chancelante, secouant la tête. Elle ne savait plus si elle avait envie de rire
ou de pleurer. Elle fixait son professeur. Il lui sembla qu'il parlait encore.
Elle voyait ses lèvres remuer mais son visage était flou, ses traits imprécis.
Le son de sa voix lui parvenait déformé, comme au ralenti. Que disait-il ? Son
coeur s'accéléra et une sueur froide glissa dans son dos. Elle comprit qu'elle
était en train de perdre connaissance et battit l'air avec ses bras dans un
geste désespéré.
Il la rattrapa avant qu'elle ne tombe au sol et
héla les surveillantes.
"Je
pense que cette jeune fille a besoin de soins, d'une bonne douche et d'un solide petit déjeuner."
Elle
se sentit prise sous les aisselles et, à demi consciente, elle fut emmenée vers
la douche. Elle reprit doucement contact avec la réalité, revenant à elle sous
les mains des surveillantes qui s'occupaient de sa toilette, la massait
savamment, obligeant son corps à réagir. Elle finit par les repousser
doucement, leur montrant qu'elle avait récupéré en terminant d'elle-même ses
ablutions mais eut besoin de leur aide pour s'habiller cependant. Ses mains
tremblaient tant qu'elle ne parvenait pas à fermer son chemisier. Dans le
couloir, sur une petite table, on avait déposé un plateau à son intention avec
un bol de café, des croissants et des tartines. Elle mangea doucement, prenant
le temps de récuperer et de faire cesser le tremblements qui agitait toujours
ses membres. Elle finit par se sentir tout à fait bien et lorsque les
surveillantes lui firent signe de venir elle les suivit d'un pas ferme. Elle
avait regagné un peu d'assurance mais se rendait aussi compte à quel point sa
situation pouvait être précaire. Elle se sentait infiniment fragile, fêlée.
Elle arriva cependant dans le hall pour constater que les pensionnaires étaient
rassemblées et alignées en silence. On lui fit prendre place. Du haut de
l'escalier Monsieur de Saint-Clar les contemplait. A ses côtés, habillée d'un
tailleur gris pale dont les origines haute couture semblaient hurler au regard
des uniformes portés par les jeunes femmes, se tenait Vénus, la coiffure
toujours parfaite et le visage inexpressif uniquement traversé par un petit
sourire pincé. Elle ne montra pas la moindre émotion lorsque Sofia rejoignit
les rangs des pensionnaires, ne paraissant meme pas se rendre compte de son
arrivée.
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