Les Ecrits Pourpres

Ecrits Pourpres, une histoire de D. et de s. Notre histoire, une histoire d'amour et d'ouverture, venez nous rejoindre, vivez et vibrez avec nous.

03 septembre 2009

33. Venus sortit des O et Sofia y entre

40248830Pourtant Sofia, elle, ne la quittait pas des yeux, tout en prenant place au milieu de ses comparses, ignorant les gestes discrets d'Agathe et d'Elise pour l'attirer à elles. Elle la dévisageait, sans colère, repensant à la douleur qu'elle lui avait fait expérimenter et qui perturbait encore si fort tout son être. Et elle aurait voulu la remercier. Grâce à elle, elle avait pris conscience de la qualité de son attachement pour Vladimir, sa force et son exigence. Elle le voulait et elle le voulait à elle seule. Egoistement, fusionnellement. Elle en était dépendante, bien plus certainement qu'il ne l'était d'elle, lui qui acceptait de la voir se perdre dans d'autres bras pour mieux la retrouver. Et elle comprenait le chemin qu'il lui restait à parcourir pour que le lien qui les unissait soit à sa juste place, non pas un lien de dépendance mais une complicité d'âme, de coeur et de corps parfaitement consentie et ressentie. Elle percevait avec plus d'acuité tout ce qui la poussait à aller vers Sadex, son manque de confiance si terrible qui la conduisait à se mortifier pour se trouver au lieu de s'accepter totalement. Et à cet instant, elle sut qu'elle avait vraiment besoin de l'aide de La Rose Pourpre pour avancer sans se perdre.

 

Monsieur attendit que tout le monde fut en place avant de commencer.  


"Mesdemoiselles, de récents évenements ont fait apparaitre un certain  manquement dans la dicipline du pensionnat. Un manquement, il faut bien  l'avouer, dû en grande partie à des lacunes dans l'encadrement dont vous faites  l'objet. En conséquence je me suis vu dans l'obligation de procéder à certaines  modifications. Désormais la discipline et l'ordre seront de la responsabilité de  Vénus ici présente. Elle chapeautera vos surveillantes et prendra la responsabilité  de votre groupe."


Il se tourna vers la jeune femme qui lui sourit avant de faire un pas en avant. 


"Mesdemoiselles, je suis Venus, et vous pouvez bien sûr m'apeller Vénus ; j'ai peu  de choses à vous dire si ce n'est que nous ferons, j'en suis certaine, du bon travail  ensemble. Je tiens encore à rajouter que sous peu vous me détesterez, et ce sera  parfaitement justifié, je peux vous le promettre."


Elle se tut et fit un signe de tête aux surveillantes qui les encadraient pour qu'elles les mènent à leur premier 43405781cours de la journée.

 

Les filles se mirent en mouvement en bon ordre, suivant les surveillantes vers les salles de cours. Sofia demeura un instant sans bouger, fixant toujours Venus qui tournait les talons, permettant à Agathe et Elise de la rejoindre et, l'encadrant, de lui presser la main pour attirer son attention tout en la questionnant du regard. Elle se contenta de hausser les épaules et de secouer la tête avec une petite moue désabusée et suivit le mouvement, entraînant ses camarades à sa suite. Arrivée à la hauteur d'une surveillante, elle s'arrêta, baissa la tête et, avec humilité, énonça "Madame, j'ai une requête à formuler" La surveillante écarquilla les yeux, toisant la pensionnaire


"Parlez Mademoiselle"


 "Je voudrais solliciter une entrevue avec Monsieur... c'est... important"

 

La surveillante haussa les épaules.


 "Je lui transmettrai votre requête."


Puis lui désignant le couloir lui fit comprendre de reprendre sa place dans les rangs. Elle suivit les deux heures de cours sans vraiment prêter attention à l'exposé de leur professeur d'histoire. Lui accorderait-il cette audience ? Ou bien la laisserait-il mijoter des jours durant, payer le tribut de ses erreurs, s'enfoncer davantage ? Le cours fini, elle se leva pleine d'espoir, cherchant du regard la surveillante mais ne la trouva pas. Déçue, elle s'aligna sagement derrière les autres pensionnaires et suivit le mouvement dans le couloir pour se rendre à la prochaine salle, le cours de danse. Soudain, alors que les autres entraient dans le vestiaire pour se changer, une main la saisit par l'épaule, la forçant à se retourner. C'ètait Saint-Clar.

 

"Suivez moi Sofia."

 

Qu'il vienne la chercher en personne la stupéfia. Et à en croire les têtes médusées de ses camarades, la présence de Monsieur dans les couloirs en laissait plus d'une interdite. Sans se préoccuper du trouble des pensionnaire, il la prit par le bras et ils se dirigèrent vers la porte qui donnait sur le parc, firent quelques pas, en silence, entre les massifs soigneusements taillés, avant qu'il ne l'interroge.

 "Vous vouliez me parler ?"

 

Elle était un peu sonnée par la situation. Le grand air, cette proximité. Elle pensait naïvement qu'elle serait convoquée dans le bureau, qu'elle aurait le temps de penser à la formulation de son intervention. Elle était complètement désarçonnée. Elle s'arrêta et leva les yeux vers lui.

   

 "Oui Monsieur.... j'ai... besoin d'aide et j'ai... besoin de vous dire certaines choses me  concernant... il faut... il faut que je les exprime vraiment....je.... C'est vital"


Elle ressentait l'urgence physiquement, par la tension dans son corps, dans son rythme cardiaque, à cause de cette boule dans sa gorge qui la mettait dans un état si proche, trop proche des larmes. Il fallait qu'elle parle maintenant. De tout.

 

 " De quoi voulez vous parler Sofia ? De votre besoin de vous sentir humiliée, prise  en main et contrainte, poussée à l'extrême et au-delà de votre résistance ? C'est  de cela que vous voulez me parler Sofia ?"

 

Elle eut un mouvement de recul et pâlit.


 "Vous.... vous saviez ? "


Elle sentit la colère monter en elle, la rage du désespoir. La digue des larmes avaient cédé, et son visage se couvrait de longues traînées salées, pourtant elle rétorqua :


 "Vous saviez et vous .... vous m'avez laissée....laissée me débattre... me... me tromper...  courir vers ce... ce ... monstre.... Est-ce cela que vous vouliez que j'apprenne ? Oui...  oui, j'étais venu vous dire cela... vous dire combien cela me fait horreur... d'oser... cela  et de... de trahir mon... engagement envers Vladimir"


marcia_crossElle criait maintenant, à travers ses larmes, sans s'en apercevoir


 "Vous dire que je n'étais pas vraie jusque là....oui... que je jouais comme... comme une  gosse.... mais que j'ai compris... j'ai compris qui je suis... et cela me terrifie ..."


Elle tremblait, s'efforçant de ravaler ses larmes. Elle secoua la main pour qu'il la laisse continuer


 "...Et même si ... si cela me coûte.... je crois que je ne suis pas digne des séances de  Maître Malthazar... Voilà ce que je voulais vous dire... mais je présume que cela aussi  vous le savez ?"

Elle l'affrontait le menton relevé et tremblant, le visage ruisselant de larmes.

 

 "Indigne ?"


Il eut un sourire empli de mansuétude et lui tendit un mouchoir de soie pour essuyer ses joues.


 "Qui est digne ou indigne des cours de Malthazar ? Voilà un bien intéressant sujet  de réflexion ! Croyez-vous que celui-ci vous aurait envoyé Vénus s'il vous jugeait  indigne ? Pensez-vous réellement que je vous aurais laissé rejoindre Sadex alors  que vous n'êtes pas encore prête à vous accepter ? Pensez-vous que j'ignore ce  qui se passe dans mon établissement ? Ne répondez pas Sofia, je connais les  réponses à mes questions et je vais vous donner un début de réponse aux vôtres.  Ce qui vous manque mademoiselle, c'est le lâcher-prise ; vous ne savez pas vous  abandonner et accepter ce que vous êtes dans cet abandon pour en faire  l'offrande. Parce que vous manquez de confiance en vous. Et dans ce cas Sadex  tombe à pic, parce qu'il vous force, vous oblige à cet abandon. Mais cette capacité  d' abandon est en vous Sofia et ne lui est pas particulierement destinée, il en  est juste un catalyseur, sous sa forme la moins clairvoyante. Voyez-vous, vous  offrir et vous abandonner sont deux choses distinctes. Si vous savez vous  abandonner sous la contrainte, vous ne savez pas encore vous offrir. Pour s'offrir  il faut conscience et confiance, pour s'offrir il faut savoir ce qu'on met dans le  paquet cadeau. C'est la connaissance qui vous manque, la connaissance de vous- même et cette inconnue qui vous fait si peur, vous effraie tant, plutot que de  l'accepter vous la diabolisez et en faites un mal. Il vous faut la contrainte pour  vous réaliser, et cette contrainte Vlad ne sait pas encore la donner. C'est la raison  pour laquelle j'ai pris une décision, vous ne serez plus sous la responsabilité de  Tab pendant les soirées de Malthazar, mais sous celle de Vénus. Parce qu'il vous  faut cette dureté, parce qu'il vous faut cette contrainte, elle fait partie de vous, elle  découle de ce que vous êtes. Elle n'est pas une quelconque face sombre de votre  personne, elle est une partie de vous, une partie du cadeau que vous apprendrez  à faire à Vlad. Comprenez bien que ce que vous voulez offrir, c'est vous, et tout ce  qui vous fait et Vlad n'attend rien d'autre que cela, vous, toute entière, complète  et réalisée."

 

Sofia leva un regard encore embué de larmes vers Saint-Clar mais, débordant de gratitude et d'un fragile espoir, et elle le garda rivé à celui de Saint-Clar tout en cherchant ses mots


 "Je .... c'est si difficile .... je vous remercie Monsieur...de savoir... éclairer ma route  ainsi... je ne pensais pas que... ce serait si dur.... si... compliqué...Tout...tout me  semblait si évident.... je ne me doutais pas que ... mon pire ennemi... c'était moi.... c'est  si... si difficile d'accepter.... ce...monstre en moi... Oui c'est encore comme cela que je  me vois... que je ressens ce désir d'absolu... comme.... comme quelque chose de ...  terrible... et définitif... Vous parlez de construire et moi je sens mes pulsions  destructrices... et c'est si... vif... si douloureux...je me sens...perdue... vraiment perdue  en ce moment."


Elle se redressa fièrement


 "Mais je veux y parvenir Monsieur, je veux savoir offrir à Vlad une soumise vraie, pas  une pantomime. Je veux apprendre même .... même si cela me fait horriblement peur !  Monsieur, faites-moi une promesse encore, même si je sais, même si j'ai entendu vos  paroles, dites-moi, dites-moi je vous en prie que vous ne me laisserez pas me perdre  dans ce voyage là !"

 

Il prit le temps d'observer les massifs de fleurs qui ornaient le parc.


 "Ce que je peux vous promettre c'est de vous accompagner dans ce voyage. Cela je  peux le faire, par contre vous aurez à mener un combat contre votre monstre puisque  c'est ainsi que vous l'appelez. Il va falloir vous battre contre vous-même jusqu'à ce  que vous compreniez que cela ne sert à rien. Mais j'ai confiance, vous êtes un élément  prometteur, même si beaucoup reste encore à faire."


Il lui prit doucement le coude et la fit se tourner vers les murs du Pensionnat.


 "De plus j'ai maintenant la meilleure alliée qui soit pour ce faire."


Vénus se tenait dans l'allée, parfaitement immobile, son regard d'émeraude posé sur eux ne trahissant pas la moindre émotion.


 "Vénus vous allez ramener Sofia à son cours de danse, après cela comme l'après midi est libre vous prendrez 112962_1le groupe de Malthazar et les apprêterez pour la soirée."


Elle hocha doucement la tête sans qu'un seul pli de son visage ne bouge

.

 "Bien monsieur, ce sera fait. Sofia... suivez-moi je vous prie."

Faisant demi tour, elle s'éloigna vers le pensionnat, obligeant Sofia à trottiner pour la rattraper.

 

Elle la suivit dans un état étrange, à la fois confiante et dévorée d'inquiétude, soulagée et anéantie par l'inconnu, pleine d'une énergie nouvelle et alourdie par les larmes. Elles parvinrent à la salle de danse où Vénus lui désigna les vestiaires afin qu'elle puisse se changer et reprendre le cours avec ses compagnes. Elle obéit comme un automate, consciente cependant que l'exercice lui serait salutaire et elle s'empressa de revêtir sa tenue. Vénus demeurait à l'entrée du vestiaire, lui faisant bonne garde et la détaillant avec un demi sourire amusé.

Posté par Ecritspourpres à 09:30 - Le Pensionnat - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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