12 avril 2007
Une reine d'Egypte Partie 2
Dans le même mouvement instinctif de défense que Néfertiti, Sofia avait bondi en arrière, et se tenait le dos plaqué à l'ouverture prise de tremblements incoercibles. Elle avait déjà vu, pourtant, des représentations d'Anubis. Mais celle qui leur faisait face semblait les dévisager non pas de deux yeux de céramiques mais avec un regard aussi noir que vivant et d'une insondable et vertigineuse profondeur. Elle entendait la reine psalmodier, un nom, celui d'Anubis, une prière peut-être, elle ne savait plus ; son cerveau était embrumé par la terreur, la sensation que la mort lui faisait face et l'attendait. Elle en avait des hauts le cœur et l'envie lui prenait de courir vers les gardes du Pharaon, ce qu'elle aurait sans doute fait si ses jambes avaient seulement voulu lui obéir.La reine lui prit la main. Terminant sa prière, elle tourna son visage vers le sien et posa ses lèvres sur les siennes pour l'embrasser avec fougue. Leur baiser ne fut interrompu que par un coup de bélier, plus fort encore que le précédant qui fit gémir le bois ; La porte se fendait doucement en son centre. Il ne faudrait plus que quelques coups pour qu'elle cède définitivement. D’un geste brusque, Néfertiti tira Sofia vers le puits d'où émanait la lueur verdâtre. Cette dernière se raidit un peu mais finit par céder. La reine serra sa main plus fort en retenant sa respiration. Elles se tenaient maintenant toutes les deux au bord de ce qui leur semblait être un précipice luminescent. Néfertiti regarda Sofia avec un sourire et lui murmura :
"Je t'aime."
Puis elle se laissa glisser dans la lueur, entraînant Sofia à sa suite. Ce fut la chute. Et soudain tout s'obscurcit autour d’elles. La lumière venait de disparaître et elles tombaient dans un puits qui ne semblait pas avoir de fond. Elles chutaient dans l'obscurité, au milieu d’une densité enténébrée.
Sofia se laissa happer par les ténèbres, fermant les yeux. La sensation de chute était vertigineuse,
effrayante. Elle était certaine, à présent, de s'éveiller au bout de cette effroyable descente sur l'arène de la cité, sous le ciel étoilé de El Armana. Quand elle rouvrit les yeux, perturbée par une sensation nauséeuse, elle ne se souvenait pas d'avoir perdu connaissance. Elle tendit ses bras pour étirer son corps douloureux et échapper aux dernières images affolantes du rêve qu'elle venait de faire. Sa main droite buta contre un rugueux montant de bois, tandis que la gauche bousculait un corps posé près du sien. Le cœur vacillant d'angoisse, elle acheva de s'éveiller complètement et écarquilla les yeux. Au dessus d’elle nulle voûte étoilée. Un léger frémissement aquatique bruissait autour d'elle et ce que sa main droite venait de saisir était, vraisemblablement, le plat-bord d'une nef. L'envie de vomir lui broya l'estomac ; son rêve ne la lâchait plus ! Angoissée, elle scruta l’obscurité pour constater que la reine se trouvait toujours à ses côtés, immobile, les yeux clos. Elle craignit le pire un instant. Même dans un rêve, elle ne pouvait s'empêcher de trouver l'idée de la mort de Néfertiti insupportable. Posant ses mains sur le corps languide, elle sentit que la poitrine se soulevait régulièrement. Elle poussa un soupir de soulagement en la serrant tout contre elle. Les dieux soient remerciés, Néfertiti n'était qu'inconsciente ! Elle posa un baiser léger sur le front majestueux et coucha le corps aussi bien qu’elle le put sur le sol dur. S'appuyant sur ses deux mains, elle redressa son buste pour tenter de voir où elles se trouvaient. Devant elle, la proue d'une large barque dorée fendait un fleuve aussi noir que la nuit. L'embarcation semblait glisser sur l'eau sans tanguer. Elle observa les abords de ce fleuve qui se perdaient dans l'obscurité. De loin en loin, elle voyait briller des feux obscurs, des ombres mouvantes semblaient les observer dans la nuit. Elle frissonna, sentant confusément que ce qui se trouvait sur ces berges était éminemment dangereux, dangereux et inquiétant. Un clapotis derrière elle attira son attention et elle sentit la barque prendre un peu de vitesse. Quelqu'un manœuvrait cette étrange embarcation. Quelqu’un ou quelque chose. Elle tourna la tête pour savoir qui les avait donc tiré de ce guêpier pour les embarquer sur ce navire. Etait-ce seulement un sauveur ? En achevant son coup d’œil circulaire, elle ne put retenir un cri. Instinctivement, elle se ramassa sur elle-même, sur le fond de la nef, tentant d'échapper à la vision qui se tenait devant elle. Le pilote de la nef, grand comme une statue, devait mesurer, au bas mot, deux mètres. Il était large comme une porte, sa peau noire luisait doucement dans la lueur irréelle de cette nuit. Uniquement vêtu d'un pagne doré et de sandales, on voyait chaque muscle de son corps bouger tandis qu'il maniait la lourde gaffe qui dirigeait le bateau. Et, au-dessus d’un long museau animal, luisaient de yeux d'onyx qui la dévisageaient intensément. C'était plus qu'elle n'en pouvait supporter, elle voulait échapper à ces visions démentes, revenir à la réalité. Toujours recroquevillée sur elle-même, elle pressait ses tempes entre ses poings serrés, se balançant d'avant en arrière, secouant la tête et se répétant mentalement :
"Je vais me réveiller, je vais me réveiller, je vais me réveiller !"
Une voix, calme et impérieuse, anormalement grave, la tira de sa crise de panique. Ce fut aussi violent qu’une gifle. Elle n'était pas sûre de l'entendre, elle la percevait, avec sa chair, avec ses os, comme à l'intérieur d'elle-même, si présente et intransigeante qu'elle en devenait douloureuse, comme si on éraflait son esprit déjà torturé.
"Non, tu ne dors pas Sofia, et pourtant te voilà aux portes du Grand Sommeil. Allons mortelle, ouvrez les yeux et contemplez la face de l'Eternité !"
Elle se redressa un peu, frissonnante et figée par un suprême effort. Elle sentit Nefertiti s'éveiller et se dresser à son tour à côté d'elle, dans l'embarcation qui glissait toujours dans les profondeurs d'encre d'un monde indistinct. La reine vacilla un instant en découvrant le dieu qui les dévisageait de son regard insondable. Mais elle se redressa rapidement. Si Sofia demeurait figée de terreur devant cette apparition, elle était, elle, une reine d'Egypte, initiée aux mystères des dieux. Elle se mit debout et soutint le regard du dieu à tête de chacal, essayant de cacher les tremblements qui secouaient son corps.
"Oh AnuBis, Khenty-seh-netjer toi Néb-ta-djéser, je te salue enfant de Rê. Je suis Néfertiti, reine d'Egypte, passeur. Dois-je comprendre que nous sommes en route pour le dernier voyage ? Nous conduis-tu auprès d'Osiris afin que nos cœurs soient jugés ?"
La voix du dieu sembla soudain remplir l’espace autour d’elles. Toute l'étendue de ce Nil souterrain s'était faite silencieuse, rendue muette par la crainte, même les ombres se terraient dans l'obscurité et le fleuve lui-même avait cessé son inquiétant murmure. Un silence de mort pesait sur ce monde des profondeurs.
"Oui Néfertiti, je suis le passeur et j'exauce ton vœu. Je te délivre de ton mari, de son hérésie, tout en punissant l'impie qui viole les temples des dieux."
Sofia était transie de peur, une peur primale, déraisonnable, indomptable. Dans la réalité, ce sentiment de peur aurait annihilé toute volonté. Mais elle vivait tous ces derniers évènements avec une telle sensation d'irréalité qu'elle osa se redresser et apostropher l'immense créature qui les dominait de sa toute puissance et dont la voix vrillait son cerveau à lui faire perdre le peu de raison qu'il lui restait.
"Est-ce moi que tu traites d'impie ? Alors si impie je suis, qu'ai-je à faire de toutes vos simagrées, de vos grands mots et de vos lois ? Si je ne crois pas en vous, vous ne pouvez m'atteindre, car je n'existe pas pour vous si vous n'existez pas pour moi !"
Elle tremblait, les yeux rivés sur la face canine, ne sachant d'où lui venait sa colère ni la détermination qu'elle plaçait dans ses mots et persuadée, à l'instant même où elle les exprimait, qu'elle commettait une erreur monumentale ... Comment serait-il possible de voir ce en quoi on ne croit pas ? Et si elle voyait, il fallait bien qu'en elle quelque chose veuille croire ! Elle avait plongé dans la folie, cela ne faisait désormais plus aucun doute ! Le dieu inclina la tête vers elle, une lueur sauvage dans le regard.
"Alors si je ne suis pas, tu peux tenter ta chance sur les berges du Nil, puisque tu ne crains pas les démons et les créatures qui peuplent ce monde qui n'existe pas."
Sofia sentit la main de Néfertiti saisir son poignet et elle lui intima fermement le silence avant de se tourner posément vers le Dieu chacal.
"Seigneur Anubis, je conçois ta colère, mais laisse-moi plaider et attirer ton attention sur un point. Tu es en charge de conduire les morts vers l'au-delà, c'est ta mission. Mais nous ne sommes pas mortes, vois ! Vois le sang qui bat encore en moi comme en elle."
Le dieu ne répondit rien, il semblait perdu dans ses réflexions. La reine se pencha doucement vers Sofia, glissant ses lèvres auprès de son oreille.
"Il est un dieu, mais sous cette forme il a aussi tous les travers des hommes, y compris leur bêtise et leurs désirs."
Elle s'avança d'un pas vers le colosse.
"Seigneur AnuBis, vois, je ne suis pas morte, je respire, mon souffle est chaud et ma peau n'est pas flétrie par l'âge."
Disant cela, elle effleurait du bout des doigts le torse puissant du dieu chacal.
"Regarde mon corps, ô Anubis, c'est le corps d'une vivante, mes seins sont fermes et mon ventre est brûlant de vie."
D'un mouvement d'épaule, elle fit tomber sa tunique au sol, révélant son corps ambré qui sembla briller dans la nuit.
"Vois seigneur, vois comme je vis, comme je suis pleine de chaleur, écoute ma supplique, ô puissant Anubis !"
Ce disant, elle se jeta aux genoux du dieu comme pour le supplier, mais ses mains se mirent à caresser doucement les cuisses musclées, remontant vers le pagne.
Sofia observait la scène avec détachement, comme une enfant butée dans sa colère. Elle sentit une peine insondable l'envahir devant les gestes suggestifs de Néfertiti
"O Belle des belles, que fais-tu à t'avilir ainsi pour calmer un courroux que je ne comprends pas" pensait-elle douloureusement et au bord de l'écœurement.
Bien loin de se laisser emporter par la sensualité des caresses prodiguées, elle n'avait qu'une envie , prendre Néfertiti par la main et l'amener avec elle, ailleurs, loin, dans la lumière de son éveil qui peinait tant à venir. Comme une somnambule, elle se leva, en titubant un peu sur le pont du navire, et s'approchant du bord, sans plus réfléchir, avec pour seul désir la volonté d'échapper à une vision insoutenable, se laissa glisser dans les eaux sombres et glacées, aussi impitoyables que l'embrassement d'un python. Elle sentit l'obscurité l'engloutir. Elle s'enfonçait dans ce linceul glacé, son corps sombrait dans une nuit épaisse. Et soudain, elle toucha le fond, un fond dur et rugueux. Elle ouvrit les yeux pour constater, avec un frisson de surprise et d’effroi, qu'elle se trouvait toujours sur la barque, parfaitement sèche comme si elle ne l'avait jamais quittée. Anubis repoussa la reine vers elle.
"Nul ne quitte la barque du passeur sans que celui-ci le décide."
Néfertiti s'approcha d'elle et la prit dans ses bras, comme pour l'étreindre mais sa bouche se colla à son oreille.
"Que fais-tu So-fi-Ha ? Veux-tu donc mourir ? Moi je ne le veux pas, je ne le veux plus ! Ce dieu est le passeur des morts et il ne peut que passer les morts. Nous sommes vivantes et nous pouvons le forcer à nous ramener vers le jour. Mais cela ne sera pas possible si tu te considères déjà comme morte."
La main de la reine glissa sur la tunique de Sofia et saisit la pointe d'un de ses seins qu’elle tordit violemment, lui faisant pousser un cri de douleur.
"Tu vois tu as mal, ton corps se rebelle. Quand on est mort on ne souffre plus, on ne désire plus, on est la proie d'Anubis. Nous, nous sommes vivantes et je jouerai chaque atout que je possède pour le rester."
Des larmes dans les yeux et le ventre embrasé, Sofia hoqueta
"Je... je ne peux pas.... je ne peux pas vous voir ainsi.... je ne peux pas... ça me fait horreur, ça me fait mal... je ne peux pas ..."
Elle pleurait, se cramponnant aux épaules de Néfertiti comme pour la supplier de demeurer auprès d'elle alors qu'elle sentait son corps tout tendu par le but qu'elle s'était fixée et toute son attention uniquement centrée sur les réactions d'Anubis. Et pleurant toujours, Sofia suivait le regard anxieux de la reine, sentant gronder au fond d'elle une rage froide, une envie d'en découdre qui la fit se dresser d'un bond, sans plus de ménagement pour Néfertiti, qu'elle fit chuter dans son élan. Farouche, elle s'avança face au terrible Anubis.
"Et bien, puisque je suis là, et tout aussi vivante que la reine, Ô Anubis que vas-tu donc décider ? Quel passeur fais-tu qui transporte des vivantes là où elles ne devraient point se trouver ? Tu veux que je te dise Dieu des Morts, là d'où je viens on a oublié ton nom mais beaucoup rêvent encore sur le corps d'ambre de Néfertiti et l'immortelle c'est elle !"
Anubis plongea ses yeux sombres dans ceux de Sofia. Elle pouvait sentir son souffle brûlant l'envelopper. Il avait une odeur étrange où se mêlaient les onguents des momificateurs et des relents de bête sauvage. Sa voix semblait à présent sortir de l'obscurité même, comme si tout ce qui les entourait vibrait au son de son existence.
"Je suis l'Eternité, je suis dans le Nil et dans le cœur de tout ce qui est, je suis le passeur et le passage, la fin et le commencement."
Sofia se sentit happée par les yeux d'obsidienne et emportée dans un rêve éveillé. Soudain, elle vit la vraie nature de la créature qui se tenait devant elle. Elle vit le Nil couler dans l'infini du temps, le cycle perpétuel des crues qui nourrissaient et noyaient les hommes. Elle vit les liens infimes qui reliaient toute chose dans l'univers. La mort comme la renaissance étaient un, le temps un simple battement de cil dans le regard d'un ibis bleuté. Chaque humain était lié à sa propre fin, chaque fin était un millier de début, chaque mort une infinité de renaissance. Elle vit Anubis tel qu'il était, le passage ou le passé. Le présent et le futur n'existaient pas. Ce fut un instant fugitif où elle fut le dieu, où elle comprit tout ce qui pouvait être compris ; Anubis existait en chacun par la perspective inéluctable de rencontrer le passeur, sous une de ces multiples formes, comme l’élément essentiel du cycle perpétuel de la vie, de la mort et de la renaissance. Puis elle se sentit repoussée, rejetée dans la réalité. Elle reprit ses esprits sur le pont, prise de vertige, alors que le dieu relevait la tête et fixait le lointain en continuant à manœuvrer la barque. Elle s'effondra, à genoux, le corps secoué de frissons, se prosternant, sans qu'elle l'ait souhaité, dans un mélange de terreur et d'admiration sans borne. Le front posé au sol entre ses deux bras, elle n'osait plus bouger, à peine respirer. Comment avait-elle osé une telle impudence ! Elle se sentait soudain écrasée par la honte et le remord d'avoir tant jouer la provocatrice. Elle ne se demandait même plus si elle rêvait, si elle était folle. Désormais, elle savait, elle avait senti, au plus profond d'elle-même qu'elle était passé de l'autre côté et que sa vie ou sa mort ne lui appartenait plus. Ce fut encore une fois Néfertiti qui reprit l'initiative. Elle saisit les épaules d'une Sofia qui peinait à revenir à elle. La relevant, elle plongea ses yeux dans ceux de la jeune fille.
"Il est le temps et l’infiniment puissant, et là, en cet instant, il est un dieu d'Egypte, quel que soit le nom qu'on lui donne dans ton monde, et dans tous les autres. En cet instant, il est Anubis, dieu passeur. Et il ne peut être autre chose que cela maintenant. C'est notre dernière chance ! Si nous le poussons à nous reconnaître vivantes, il ne peut nous emmener de l'autre côté, ce serait se nier lui-même."
Elle caressa le visage de Sofia en souriant.
"Aies confiance So-Fi-Ha. Ne crains rien pour moi, ma douce, j'ai connu les étreintes difformes de mon
époux depuis l'âge de quatorze ans, et si, aujourd'hui, je dois aller de l'autre côté de ce passage, au moins j'aurai connu l'étreinte d'un dieu."
La reine embrassa doucement les lèvres de Sofia et reprit sa place devant le dieu, qui les ignorait à présent.
"Je suis Néfertiti, Anubis, je suis la reine vivante d'Egypte, il te faudra bien l'admettre."
A genoux devant l'idole immobile, elle posa les mains sur les cuisses puissantes et sa bouche vint embrasser délicatement la peau noire qui sembla, un instant, frémir.
Presque malgré elle, Sofia, toujours frissonnante, fixait le somptueux profil d'ambre qui se détachait sur l'ébène. Toute répulsion l'avait quittée. Elle était suspendue aux gestes de Néfertiti par une sorte de stupeur éblouie, presque envieuse. La belle touchait l'intouchable, l'impossible, l'éternel et cette pensée devenait obsédante, tiraillait sa volonté autant qu'elle lancinait son ventre. Elle voyait la bouche se faire plus précise dans ses attouchements, plus insistantes dans ses caresses, la splendide bouche dont elle connaissait la douceur. Le désir, insupportable dictateur, lui broya l'estomac et Sofia osa se relever lentement, incertaine sur ses jambes flageolantes et s'approcher à nouveau, tête baissée, dans l'ombre du grand corps divin. Moite et tremblante, elle se laissa glisser à genoux devant les pieds d'Anubis, qui ne daigna lui accorder aucun regard, et n'osa plus bouger, incapable de tenter un mouvement qui satisfasse son désir.
Les mains de la reine glissaient doucement sur la cuisse ferme et dépourvue de toute pilosité. La peau noire du dieu semblait luisante dans la lueur irréelle des lieux. Sofia vit la langue rouge carmin de Néfertiti venir doucement caresser la chair, juste au-dessus du genou, et remonter sur le muscle saillant. Les mains de la jeune femme semblaient lisser la peau d'airain. Comme au ralenti, une de mains de Sofia vint, dans un mouvement hésitant, effleurer la peau sombre qu'elle s'attendait à trouver aussi glacée que la pierre d'une statue. Elle fut étonnée de la trouver chaude et parcourue de mouvements infimes, comme si les eaux du Nil coulaient sous la surface sombre et dense. Elle comprit que cela devait être le cas, le Nil faisait le dieu, et le dieu était dans les eaux du Nil, tous deux imbriqués dans une même réalité qui s'appelait l'Egypte. Elle entendit enfin la respiration du dieu, un halètement sourd, alors que la bouche et les mains de Néfertiti glissaient doucement vers le pagne doré. Comme le Nil, il était vivant et comme le Nil capable de colère et de crus bienfaisantes ! Ses mains, timides et maladroites, s'enhardissaient maintenant et partaient, curieuses et avides, à la découverte de cette peau étrange dont le trouble, aussi léger qu'un frisson d'air à la surface de l'eau, était un écho bien faible au tumulte qui bousculait le cœur, l'esprit et le corps de Sofia. Elle ressentait une soif inexplicable, l'envie de boire à cette peau, l'envie de faire tressaillir cette surface trop calme, l'envie de déclencher un orage sur le Nil, une envie folle, démesurée que la présence sensuelle de Néfertiti à ses côtés ne faisait qu'amplifier.
La main de la jeune reine avait entamé un mouvement de va et vient qui soulevait le pagne de manière évocatrice. Sa bouche vint bientôt se poser sur le pagne doré et, de ses dents, elle défit l'agrafe dorée qui le retenait. Le léger tissu glissa doucement sur les cuisses noires et alla se poser en boule sur le pont de bois.
Sofia vit pour la première fois ce que les mains de la reine avaient déjà découvert. La main fine aux ongles manucurés tenait une verge aux dimensions impressionnantes. Noire comme la nuit, elle se tendait dans la main qui semblait trop petite pour l'enserrer entièrement. La colonne noire devait faire vingt cinq centimètres au bas mot et s'ornait d'un gland rouge violacé. La bouche de la reine vint doucement effleurer le méat et sa langue, rose et habile, entama une douce caresse le long du membre divin. Sofia avait stoppé ses effleurements et observait, hypnotisée et électrisée la belle bouche s’aventurer sur le sexe monstrueux. Elle fut parcouru d’un long frisson qui dévora son échine quand elle sentit une des mains de la reine glisser sur son dos et l’un de ses doigts chercher son chemin entre le sillon étroit de ses fesses. Le doigt, léger et pourtant insistant, joua un instant sur sa rosette avant de glisser doucement dans l'anneau qui palpitait. Tandis que son doigt ouvrait une voie dans cette grotte secrète, la bouche de la reine s'arrondit autour du gland et elle le goba doucement. Affolée par l'attouchement insistant, le souffle haletant, Sofia se laissa aller contre la cuisse d'ébène, effleurant de ses exhalaisons de plaisir les bourses lourdes et gonflées de la divinité qui la dominaient. Les yeux mi-clos, gémissant doucement, elle suivait les lents et habiles va et vient de Néfertiti et il lui sembla que c'était elle qui embouchait délicatement le membre impressionnant. Elle ressentait le désir lui mordre le ventre, l'envahir de sa brûlure insidieuse. Elle fit glisser son visage vers les bourses, gagnant quelques précieux centimètres au plus près du visage de la Reine. Plus près encore. Et dardant un langue incertaine mais avide, elle commença à parcourir la peau frémissante de plaisir, le cœur battant de désir et de jalousie, voulant ce sexe pour elle, et les doigts de la reine plus profondément et plus fermement en elle, soudain affamée, exigeante, se retenant de ne pas rugir sous le fouet de la concupiscence.
Un deuxième doigt vint rejoindre le premier dans l'étroit passage de ses reins. Sofia gémit plus fort. Mais la reine poursuivait son œuvre, doucement, faisait glisser sa bouche sur la hampe noire, tendant son cou vers le membre qui s'enfonçait en elle de plus en plus loin. Elle happait la chair tendue, la faisant sienne et l'accueillant dans la grotte chaude de sa gorge palpitante. Le sexe du dieu avançait en elle de plus en plus profondément tandis que sa gorge laissait échapper des bruits de déglutitions de plus en plus pénible. Pourtant, au même instant, dans les reins de Sofia, les doigts de la reine se faisaient plus impérieux et la cadence de sa pénétration augmentait au fur et à mesure qu'elle progressait. Il restait encore cinq centimètres de chair à faire pénétrer en elle, lorsqu'elle s'immobilisa, à moitié suffoquée par le bâillon noir. Elle recula lentement la tête, libérant la verge qui luisait de salive. Elle donna un dernier coup de langue sur le gland et, prenant le sexe dans sa main, le dirigea vers les lèvres de Sofia, tandis que sa bouche embrassait le ventre plat du dieu et que ses doigts, rivés dans l’œillet de Sofia, la poussait en avant. Sofia réprima l'envie brûlante de se jeter goulûment sur la hampe arrogante pour y museler ses gémissements. Se contrôlant, elle approcha doucement ses lèvres entrouvertes, entourant d'abord le gland de la chaleur de sa bouche. Puis elle tendit le bout de sa langue et, en petites touches légères, le lapa avec application, en faisant le tour, découvrant le goût de la peau douce avec délectation et surprise, comme un met exotique qui lui serait offert. Elle n'osait pas lever la tête vers le Dieu. Pourtant, elle aurait tout donné pour voir ses yeux à cet instant, oser voir le regard du Dieu dans le plus humain des plaisirs. Alors pour juguler cette envie, elle s'appliquait de plus belle, couvrant toute la hampe de longues traînées de salive, parcourant la surface de la peau d'un bout à l'autre, gobant les testicules pour mieux s'en revenir de la base au sommet, agacer le frein, titiller le méat. Enfin, elle présenta l'arrondi de sa bouche au sommet rutilant, où perlait un peu d'élixir de vie, et offrit sa gorge à la pénétration. De sa langue, elle appuyait sur la verge qui forçait le passage de son diamètre impressionnant et la faisait descendre, peu à peu, la laissant envahir tout l'espace, jusqu'à suffocation.
La reine regardait la bouche de la jeune fille s'escrimer à gober le sexe tendu du dieu, l’encourageant de la pénétration vigoureuse de ses doigts. Anubis ne laissait paraître nulle trace de son excitation. Seuls ses yeux brillaient dans la nuit d'une lueur fauve.Il ne respirait guère plus vite, sa poitrine se soulevait à peine, mais ses pupilles brillaient intensément, comme des étoiles dans la nuit. Enfin, le dieu posa une main sur chaque tête pour guider leurs mouvements et il commença à balancer ses hanches pour rythmer la pénétration de sa verge dans la bouche de Sofia. Une main de la reine couraient sur le pubis noir et les doigts de son autre main s'enfonçaient toujours dans la chair de la jeune archéologue qui semblait au bord de la pâmoison. La bouche distendue par la verge imposante du dieu égyptien, Sofia subissait le rythme de plus en plus rapide de sa pénétration sans marquer de révolte, dompter par les doigts de sa compagne qui la pénétraient avec fougue. Soudain, le dieu saisit la tête de Sofia et enfonça la totalité de son membre dans sa gorge jusqu'à ce que le nez de la jeune femme s'enfonce dans sa toison pubienne à l'odeur fauve. Et il la maintint ainsi, fermement, immobile sur son sexe. Elle étouffait, son estomac se révulsait, des spasmes incoercibles se succédaient, lui tirant des larmes. Elle savait qu'elle ne tiendrait pas longtemps ainsi, le membre lui déchirant la gorge et lui coupant le souffle. Mais la main impérieuse ne relâchait pas son étreinte ni ne la forçait davantage. Il la maintenait simplement dans une totale reddition, aux portes de l'abandon. Un terrifiant incendie ravageait son ventre et elle ne savait plus si elle allait vomir ou mourir. Un voile pourpre dansa sous ses paupières closes tandis qu'un orgasme mortifère l'emportait. Le dieu la relâcha, extirpant son sexe luisant de sa gorge alors qu'elle s'effondrait en hoquetant sur le pont, les doigts de Néfertiti toujours rivés en elle, poursuivant leur caresse diabolique. Anubis saisit alors la reine, l’arrachant au corps de Sofia et l'allongea sur le sol aux côtés de la jeune fille. Lui écartant largement les cuisses d’un geste dénué de douceur et sans proféré un seul mot, il se positionna entre les jambes ouvertes et pointa son gland à l'entrée de son sexe qui pulsait. Les yeux mi clos, le ventre encore tordu par la jouisance, Sofia vit le sexe d'Anubis s'enfoncer dans l’intimité de Néfertiti qui poussa un feulement rauque. Alors que le dieu, lentement s'enfonçait dans son corps, que la hampe démesurée disparaissait comme Râ à l'horizon, la reine tourna son visage vers Sofia et s'empara de sa bouche pour l'embrasser avec ardeur. La main du dieu vint caresser la cuisse de Sofia et tandis qu'il commençait à donner des coups de reins furieux, il enfonça deux doigts épais dans l'intimité de la jeune femme. Sous cette emprise, aussi inattendue que souveraine, Sofia reprit la bouche de Néfertiti de plus belle, la dévorant avec fougue, et, se cambrant, s'ouvrant en frémissant, elle s'offrit davantage à l'intromission, sentant le plaisir afflué à nouveau en même temps que la morsure d'un désir tellement violent qu'elle avait la sensation de recevoir un uppercut dans l'estomac. Sans qu'elle le choisisse, son ventre venait chercher les doigts, son périnée se serrait, se refermant sur eux pour les happer, ne plus les laisser partir. Elle le voulait en elle, là, maintenant, encore. Plus fort. Et elle embrassait la reine, y cherchant un apaisement et un dérivatif. Son baiser était un hurlement de désir. Elle ondulait sur les doigts qui l’affolaient et sa danse s'achevait dans les arabesques forcenées de sa langue.
Le dieu, saisissant Sofia comme un fétu de paille, la retourna pour l'allonger sur le corps de la reine
d'Egypte, la plaçant de telle sorte qu’elle la chevauche. Tandis que les mains de la reine s'emparaient de ses seins et les caressaient avec passion, Sofia sentit la tête bestiale d'Anubis se poser contre son épaule et la langue râpeuse du dieu vint caresser sa joue. Se retirant du ventre de la reine, il se présenta à l'orée de son sexe. Elle sentit le gland du dieu chacal effleurer son bouton gonflé et douloureux, écarter ses lèvres et glisser en elle d'une poussée, la remplissant sans plus attendre. Ses larges mains repoussèrent celles de la reine et il saisit ses seins, la redressant et la pressant contre lui, collant son dos frêle contre son buste large. La maintenant ainsi, rivé à son corps sans autre possibilité de mouvements que ceux qu’il lui imposait, il se mit à aller et venir en elle. Sa langue courait sur son visage, cherchait ses lèvres, buvait ses cris, volait son souffle. Elle n’était plus qu’un jouet entre ses mains, prisonnière d’une étreinte brutale. Elle s'abandonnait, chaloupant dans la prison de ses bras, emplie de Lui, cernée de sa présence, possédée totalement, répondant à chacun de ses élans par un élan plus fervent encore, se donnant comme on naufrage, se coulant en Lui, dans son désir, dans sa houle qui déchirait son flanc, qui la faisait aqueuse, ruisselante de sueurs et de stupre sur le corps de Néfertiti, déchaînée et rivée à l'immense corps, au sexe démesuré qui la pourfendait et la faisait mugir comme une sirène folle dans le tumulte d’une marée d'équinoxe. Elle était emportée, saccagée, ravagée par les vagues successives d'un plaisir douloureux, ballottée par les lames de la jouissance. Elle dérivait entre les bras puissants qui pressaient son corps, plus vivante et vibrante que jamais dans une petite mort infinie.
Il la maintenait encore contre lui, au-delà de ce qu’une humaine pouvait tolérer, enfonçant son sexe en elle en poussées longues et ardentes, la percutant comme un métronome fou, la forçant de sa verge puissante, avant de se retirer comme se retire la crue du Nil pour la laisser respirer un instant. Elle gémissait, haletante, alors que les doigts de Néfertiti courraient sur son ventre et s'emparaient de son clitoris qu'elles malaxaient habilement. Anubis, pendant son maigre répit, plongeait son pieu dans le corps de Néfertiti, la pourfendant avec délectation, l’obligeant à l’accueillir pour, à nouveau, la frustrer de sa présence et revenir au corps de Sofia. Il joua ainsi longtemps, s'enfonçant encore plusieurs fois en elles, les conduisant toujours plus loin dans les gouffre d’un plaisir innommable. Puis, il se redressa et pointa son gland contre la rosette épanouie de Sofia. Aussitôt, les mains de Néfertiti glissèrent sur les fesses arquées et en écartèrent les globes, offrant le corps de Sofia au sexe qui commençait à forcer ses reins.Bien incapable de révolte, elle tendait ses fesses dans une cambrure indécente, la croupe frémissante d'appréhension. Elle ne se préoccupait plus de savoir ni qui, ni quoi la possédait. Elle était devenue plaisir pur, absolu, ardent, un plaisir qui la submergeait totalement, exigeant tout d'elle. Et elle se livrait, reconnaissante, embrassant les peaux qui frôlaient ses lèvres, léchant les sucs, anéantie et revivifier tour à tour par le plaisir.
Le membre du dieu s'enfonça en elle d'une poussée mesurée tandis que la gueule béante du chacal laissait exhaler des râles qui ressemblaient à des grondements. Il entama un lent mouvement de balancier, s'enfonçant en elle pour se retirer aussitôt et revenir encore. Néfertiti caressait doucement le corps luisant de transpiration de Sofia, allongé sur le sien, l’apaisant et l’encourageant à se laisser aller plus encore. Le dieu, haletant et grognant à présent, augmenta la vitesse et l'intensité de ses coups de boutoir. Sofia flottait dans une sorte d’inconscience, entre volupté et douleur. Soudain, la colonne de chair s'immobilisa en elle, se figeant dans une immobilité de marbre et, malgré les brumes qui l’envahissaient, la jeune femme sentit un feu liquide se répandre en elle. Ce n'était pas la semence d'un homme qui se déversait en elle mais la substance d'un dieu, le suc intime qui courait dans le corps d'une divinité deux fois millénaire. Elle sentit le Nil l’envahir, la vie inonder son corps. C'était une sensation d'une incroyable intensité, presque insoutenable, comme si l'intérieur de son être, tout à coup submergé par un feu glacé qui se répandait dans chaque molécule, se tordait et explosait dans des tourbillons multicolores. Et elle se tordait effectivement sous le grand corps qui restait rivé en elle, poussant un long râle guttural sans même s'en rendre compte, la peau parcourue de longs et violents frissons. Ce n'était pas un orgasme, c'était bien au delà, un paroxysme dans lequel s'unissait vie et mort, le bigbang d'une fusion impossible. Ce qui la traversait était le principe de vie même et son corps de mortelle était secoué par la révélation, dans un état d'extase qui entremêlait la plus terrifiante des souffrances et le plus incroyable plaisir. Elle avait perdu toute notion de temps, elle était devenue l'éternité et le néant ... l'espace de cette union. Le dieu recula et dégagea son corps de l'étreinte brûlante de la jeune fille. Dans la lumière blafarde de cette nuit souterraine sa hampe luisait doucement. Il se tint immobile, souverain, intouchable, observant les deux femmes allongées devant lui et qui semblaient encore onduler sous la houle du plaisir. Doucement sa main s'éleva au dessus de lui, les doigts écartés.
"La vie… qu'il en soit ainsi."
Le corps du dieu se mit à luire dans la nuit et bientôt l'insoutenable clarté, qui baignait à présent le fleuve jusqu’à noyer le paysage alentour, obligea les deux femmes à fermer les yeux. Malgré cela, Sofia sentait que la lumière s'infiltrait en elle, la parcourait, semblait la dissoudre.
Soudain la clarté parut s'atténuer un peu et se fondre. Alors elle battit doucement des paupières et ouvrit les yeux avec prudence. Elle était allongée au fond de la niche qui s'était éboulée sous ces pas. Le soleil brillait au-dessus d'elle et sa tête lui faisait atrocement mal. Depuis combien de temps se trouvait-elle dans ce lieu ? Au loin, plusieurs voix l'appelaient. Elle reconnut, dans l'une d'elle, celle de son guide.
Avec difficulté, elle se redressa un peu. La douleur atroce qui vrillait son crâne l’obligea à se laisser retomber. Chaque mouvement la faisait grimacer de douleur. Elle avait l'impression d'être écorchée vive tant sa peau était sensible au moindre frémissement de l'air. Elle parvint malgré tout à appeler, d'une voix assourdie, signalant sa présence, avant de s’effondrer sur le sol sablonneux, à bout de force. Sa tête tournait et une violente nausée la torturait. Elle referma les yeux et se mit à respirer faiblement. Le jeune guide se jeta dans le trou tandis que plusieurs têtes apparaissaient en contre-jour.
"Elle est là, venez vite, elle est là...."
Au bord de la cache, plusieurs hommes s'invectivaient ; on accusait notamment un certain de Mokhtar qui avait été chargé de la rechercher dans cette zone. Aziz lui avait prit la main, avait cherché son pouls et, serrant sa paume moite dans la sienne, il hélait maintenant les hommes pour qu'ils se pressent d’intervenir.
"Nous vous avons cherché partout, toute la nuit. Allah soit loué vous êtes là... et vivante !"
Des hommes, portant un brancard, apparurent au bord du trou et, avec d'infinies précautions, on la retira de la petite pièce. Une fois déposée à l'ombre d'une tente, le médecin se pencha sur elle, vérifia son pouls avec douceur, passa une main fraîche sur son front, avant de lui faire une injection de calmant.
Les hommes attendaient sagement devant la tente alors que le visage du docteur se penchait doucement vers l'oreille de sa patiente.
"So Fi A, je t'attends depuis plus de cent vies, à présent tu es là. Tu vois, Anubis tient toujours ses promesses ; la vie, la vie avant tout."
Alors, doucement, la femme médecin effleura du bout des lèvres les lèvres de la femme endormie.
Un des vieux archéologue se présenta à l’entrée de la tente. Inquiet, il venait s’enquérir de la l’état de sa jeune collègue.
"Docteur Nefher, comment va-t-elle ?"
La femme médecin releva son visage à la beauté antique et se tourna en souriant vers lui.
"Ce n'est rien, un mauvais coup, rien de grave ; un peu de repos et tout ira bien."
Puis plus doucement, en reprenant la main de Sofia dans la sienne.
"Oui à présent tout ira bien."
Lentement, émergeant peu à peu de la sensation de malaise, Sofia prenait pleinement conscience de ce
qu'elle venait d'entendre, ces mots, empreints de douceur et d'espoir, qui éveillait en elle un trouble délicieux. Elle battit des paupières, peinant encore à accommoder sa vision et parvint enfin à ancrer son regard dans celui de la femme qui lui tenait la main. Avant de la voir, elle savait. Pourtant le choc fut énorme. Là, dans la lumière doré se découpait l'ovale parfait du plus bouleversant des visages. Son cœur s'emballa et elle pressa très fort la main qui tenait la sienne et murmura dans un soupir :
"Oui ! Oui, tout ira bien à présent."
Et avec un doux sourire, sans lâcher la main, elle referma les yeux pour remercier Anubis, et sa grande mansuétude, qui leur avait offert le plus beau des présents.
07 avril 2007
Une reine d'Egypte...... premiere partie
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Elle fixait les sommets des falaises qui constituaient les chaînes arabiques. Le soleil rasant de fin de journée les nimbait d'un doux scintillement et leur lumière lointaine accentuait encore le rougeoiement du Nil. Avec un soupir de bien-être, elle reporta son attention sur l'hémicycle qui s'ouvrait à ses pieds. Tell el-Amarna, la cité abandonnée, reposait devant elle, dans le sable du désert et dans le silence le plus complet. La saison touristique était passée depuis plusieurs semaines et nul autobus bondé de curieux ne venait plus, à ces heures, déverser leurs lots d'appareils photos.De l'extrémité de son index, elle caressa une des stèles frontières, qui délimitaient la cité, déchiffrant les fins hiéroglyphes que le temps n’avait su effacer.
"Aton choisit ces lieux lui-même. Car nulle autre divinité ne les souille."
Les ruines de l'antique Akhetaton, l'horizon d'Aton, la cité du pharaon hérétique Akhenaton! Dix mois auparavant, elle n'aurait jamais cru pouvoir se trouver un jour sur le site, elle, la petite archéologue débutante, envoyée en mission pour relever les fresques des temples de la cité maudite. Elle sourit à cette pensée et au souvenir du regard que lui avait lancé son maître de thèse lorsqu'elle lui avait fait part de son sujet d’étude « Position de la femme dans la cité d’Aton : lecture des fresques ». Il avait haussé les épaules mais, devant sa conviction, l'avait laissée aller jusqu’au bout de son projet. Si le fait d'être la seule jeune fille avenante d'une expédition archéologique entraînait, certes, quelques inconvénients, cela représentait aussi des avantages indéniables. Elle était entourée d'attention, chaperonnée dans chacun de ses déplacements et tous semblaient vouloir lui faciliter la tâche, avec parfois une agaçante condescendance il est vrai. Aziz toussota dans son dos pour attirer son attention.
"Mademoiselle Sofia, la nuit tombe… il vaut mieux retourner au campement, ce n'est pas prudent de rester ici lorsque le soleil se couche ; il y a les fantômes des maudits qui errent dans ces ruines…"
Elle sourit, en baissant la tête, avant de se retourner, pour remercier son guide, interprète et garde du corps, qui, depuis sa descente d'avion, avait veillé sur elle avec constance et discrétion. Et c'est un visage sérieux qu'elle leva vers lui, où toute trace de moquerie avait disparu. Même si elle n'accordait aucun crédit à ces croyances surnaturelles, elle n'en respectait pas moins les peurs et les tabous des hommes qui l'entouraient ; ils étaient, eux, les vrais descendants des lointains rois/dieux d'Egypte et elle n'était, tout au plus, qu'une invitée, une femme tolérée dans ces enceintes sacrées.
"Je viens Aziz, je viens. Pourtant, tu sais, j'aimerais bien pouvoir passer une nuit sur le site, à la lueur des étoiles. Et puis, avant, pouvoir photographier les stèles sous cette lumière là... et qui sait, peut-être les maudits me confieraient-ils un secret que mes confrères archéologues peinent à déchiffrer ?"
Elle savait qu'elle finissait sa phrase sur une petite provocation, mais ce n'était pas par simple désir de
taquiner Aziz et ses superstitions ; c'était aussi le reflet d'un désir très fort de saisir de ce lieu ce qui avait encore pu échapper aux autres, un orgueil de débutante pressée de faire ses preuves. Aménophis IV et Néfertiti, leur incroyable destin, cette cité, la beauté et la puissance de ce lieu, tout lui donnait envie de se surpasser. Aziz parut s'affaisser. Le jeune homme qui pourtant, d'habitude, la dominait par la taille, ressemblait plus, en ce moment précis, à un petit garçon qu'à un fier protecteur.
"D'accord Mademoiselle, nous resterons. Mais il ne faut pas se moquer des anciens dieux. Ici ils sont en colères. Ils ont maudits ce lieu et ses habitants ; le pharaon fou continue à payer ses crimes..."
Malgré tout, il se saisit de leurs sacs et lui emboîta le pas à travers les ruines de l'antique cité. Ce n'était plus qu'éboulements de pierres et vagues traces de ce qui avait symbolisé la grandeur d'un pharaon illuminé. Ils pénétrèrent dans la cité par les anciennes carrières de Tyi et longèrent le palais septentrional, pour se diriger vers ce qui avait été le cœur de l’antique Akhetaton. Ils s'arrêtaient souvent, le long de l'allée principale de la ville. La jeune archéologue observait alors un bas relief ou un hiéroglyphe et annotait rapidement son calepin. Parfois, elle tournait autour d’une stèle abattue, soudain tendue, tentant de saisir dans l’objectif de son appareil quelque chose qui échappait totalement à son guide.Ils cheminaient en silence, aux dernières lueurs d’un resplendissant soleil, dans cette cité qui avait vu le jour avec le règne du pharaon Akhenaton et qui avait disparu avec lui. Et, ils approchaient du grand temple d'Aton et de ses murs effondrés, Sofia toujours concentrée sur ses relevés, Aziz, vigilant, jetant des coups d’œil inquiets aux alentours. Il ne restait quasiment rien de la cité construite en briques friables et si peu de choses de la splendeur du temple. Le désert et l'abandon avaient rongé la ville. Les pharaons, qui avaient succédé à l'hérétique, avaient vidé la ville de tout son contenu, comme pour effacer à jamais de la mémoire de l'Egypte le règne de ce souverain controversé, et le sable inlassablement la recouvrait. Sofia s'immobilisa devant l'entrée du grand temple.
"Voilà Aziz, nous dormirons ici. Tant que la lumière est encore bonne, je vais finir quelques relevés. Tu peux installer notre campement pour la nuit."
Aziz fit un pas en arrière.
"Non Mademoiselle, non, il ne faut pas. C'est le temple du dieu maudit, il ne se passe rien de bon en ces lieux ! Allons plus loin dans les quartiers des ouvriers, c'est plus sûr et nous serons mieux installés."
Il avait beau être tout dévoué à la petite archéologue, il ne désirait rien moins que de passer une nuit si près d’un lieu où planait une malédiction et il voulait absolument la convaincre.
Devant le désarroi d'Aziz et son air renfrogné, elle fut sur le point de céder et fit mine de se saisir des affaires qu'elle venait de déposer. Mais, jetant un dernier regard sur le temple, elle se ravisa, ouvrit son sac et en sortit son appareil photo.
"Regarde Aziz, regarde cette clarté sur les talates! Ce serait dommage de ne pas faire de photos ici, on dirait même que Rê nous y invite ! Allons, vois, comme moi, une bonne augure dans cette caresse solaire et installons-nous là, tu veux bien ?"
Et comme s'il avait déjà accepté, elle défaisait son sac et préparait à la hâte son matériel photo, sans plus se préoccuper de son pauvre compagnon d’aventure ni de ses avertissements. Cependant tout en s'affairant, elle reprit doucement la parole :
"Ce sont les hommes Aziz qui se sont fait la guerre autour des croyances... pas les dieux!"
Aziz leva vers elle ses yeux sombres.
"Il y a bien longtemps que les hommes se sont battus ici Mademoiselle, et ils sont poussières aujourd’hui. Mais lorsque le vent chasse la poussière, il ne reste plus que le sable… et les fantômes."
Puis, il lui tourna le dos et s'affaira pour préparer le feu de camp et leur dîner, vaincu par l’obstination de Sofia. Elle prit son appareil et, avant de s’éloigner, vint poser sa main sur l’épaule du jeune homme, accroupi devant le feu naissant. Elle le sentit frissonner mais il ne releva pas la tête ni ne souffla mot. Elle ne s’attarda pas, les lueurs du soleil sur les talates étaient un appel impérieux, et elle gagna rapidement les méandres de pierres, imprécises allées de ce qui avait été les murs d'un temple imposant. Comme souvent, elle ne put réprimer un profond soupir. Voici donc tout ce qu’il restait du défi que Pharaon avait lancé au clergé d'Amon, le dieu caché ! Le rêve d'une religion monothéiste n'avait vécu que le temps d'un règne en fin de compte. Ou peut-être était-il né là, ce rêve si violemment imposé, si violemment effacé ?
Les prêtres de Thèbes avaient rapidement reprit le pouvoir à la mort de Pharaon et la ville avait été rendu au désert d’où elle était sortie. Mémoire supprimée aussi rapidement qu’un fichier sur l’ordinateur ! Pourtant, ce n’était pas aussi simple. Ici encore, des millénaires après, elle pouvait sentir la présence de la foule qui avait vécu en ces lieux. Les murmures des prières, le frôlement des pas et les chuchotements des hommes et des femmes qui avaient fait vivre cette cité semblaient bruisser dans le léger souffle de vent, prisonniers des dernières pierres. Intérieurement, elle se moqua d’elle-même et de sa vision romantique de l’archéologie ; elle aurait fait hurler ses augustes professeurs. Secouant l’étrange mélancolie qui s’était emparée d’elle, elle progressa précautionneusement dans l'allée centrale, à l’affût de nouveaux détails que lui révélait la lumière rasante, se dirigeant vers le Naos délimité par un carré de pierre émergeant à peine du sol.
Même friable, même poussière et comme effacé, ce lieu vibre encore, pensait-elle. Elle ne pouvait rien y faire et ne luttait même plus ; chaque fois qu'elle le parcourait, et plus encore en cet instant, dans ce crépuscule flamboyant, elle en avait le cœur battant et les mains moites. Elle comprenait d'autant mieux les craintes des autochtones. Le vent de la nuit, qui se levait doucement, faisait danser le sable et chanter les pierres. C'était magique et tellement beau qu’elle aurait pu s’abîmer dans la simple contemplation en oubliant complètement ce pourquoi elle était venue. Mais, elle appuyait sur le déclencheur de son appareil, comme en état second, capturant des impressions, se laissant pénétrer par l'étrange beauté de cette cité engloutie et magnifiée par l'ocre de l'arène, surprise par le surgissement d'un volume qui semblait vouloir témoigner du passé. L'ombre grandissait autour d'elle et elle devait sans cesse modifier les réglages de son appareil pour prendre de nouvelles images où la nuit le disputait aux restes du jour. Elle avait l'impression de saisir ainsi une part du combat de la cité d'Aton, comme si, malgré tous les efforts pour balayer l'hérésie monothéiste, c'était lui le grand vainqueur, lui qui ressurgissait toujours !
Elle fit quelque pas de côté, essayant de positionner son appareil au centre du Naos pour prendre un dernier cliché du mur d'enceinte lorsque le sol parut se dérober sous ses pieds. Elle voulut sauter de côté, par réflexe, et perdit l'équilibre. Et tandis que son appareil tombait au sol, elle se sentit engloutie par le désert, comme si le sable voulait la dévorer toute entière. Elle entendit un fracas de pierres et fut happée. Elle chuta lourdement sur un sol sablonneux. Son crane heurta l'arête abrupte d'une roche et elle eut le temps de distinguer le contour sombre d'une salle, couverte de hiéroglyphes, avant de sombrer dans l'inconscience.
Ce fut la douleur qui vrillait son crâne qui la réveilla. Lentement avec mille précautions, ne sachant où elle se trouvait exactement, elle se tourna pour se retrouver sur le dos. Chaque mouvement faisait naître des éclairs de douleur dans tête. Elle appela doucement Aziz, elle ne pouvait guère faire plus, le son de sa propre voix lui était une souffrance. Mais Aziz ne semblait pas l'entendre. Depuis combien de temps se trouvait-elle dans ce qui semblait être une cavité ? La lumière avait changé ; elle était plus présente, mais semblait étrangement atténuée. Du regard, elle fit le tour de son habitacle, prenant, peu à peu, la réelle mesure de la petite pièce dans laquelle elle se trouvait. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise ; les murs étaient couverts de hiéroglyphes magnifiques à la couleur étincelante, dans un tel état de conservation qu’ils semblaient avoir été peints la veille. Eblouie, elle se releva péniblement et s'approcha des murs pour les effleurer du bout des doigts. Le travail et la vivacité des couleurs étaient éblouissants. Elle venait de faire une découverte capitale, une pièce à ce jour inexplorée du grand palais, et ce tout à fait par hasard !
Il lui fallait sortir d'ici au plus vite, organiser des fouilles, protéger le site…, tant de chose à faire qu’elle en avait le cœur battant. Et la douleur ne la lâchait pas, l’obligeant à chercher un appui. Elle s'approcha de l’unique issue, pour chercher un moyen de s'extirper de ce lieu et se rejeta brusquement en arrière, prise de frayeur. Par l'étroit orifice, elle venait d’apercevoir les murs du Naos, non pas les ruines, cet amas de pierres qu'elle avait photographié auparavant, mais bien les murs intacts et peints, qui s'élevaient dans son champs de vision jusqu'à se fondre dans l'obscurité d’une salle faiblement éclairée.
Elle fut prise de vertige et porta sa main à sa tête, traversée d'élancements douloureux. Le choc de sa chute était-il suffisant pour provoquer une telle hallucination ? Non, tout ceci était trop réel, trop palpable, ce ne pouvait être la conséquence d'un traumatisme ou alors ... alors, elle était peut-être inconsciente encore et ce n'était que les fantasmagories d'un coma.... ? Paniquée, vaincue par la douleur lancinante qui ne s'apaisait pas, bien au contraire maintenant que son sang battait plus vite dans ses artères, elle se laissa choir sur le sol et, levant péniblement la tête, fit courir ses yeux sur sa fascinante découverte. Réelle ou pas, ce qu'elle voyait était trop incroyable et passionnant pour qu'elle puisse s'y arracher. En limitant au maximum ses mouvements, la douleur devenait tolérable. Fascinée, elle parcourut les murs dix fois, enregistrant chaque détail, essuyant, d'une main distraite, le sang qui sourdait de sa blessure et coulait de sa tempe à sa joue. Elle n'avait plus aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis sa chute et peu lui importait ; il y avait tant à voir et à comprendre qu’elle en oubliait l’absurdité de sa situation.
Elle finit par se remettre péniblement sur ses jambes et, au prix d'un effort surhumain, jetant ses bras au-dessus d'elle, elle s'agrippa au rebord de l'orifice. Se hissant, elle parvint à extraire le haut de son buste par l'étroit passage et finit par s’extirper, à bout de souffle, de son piège. Epuisée, elle s'assit sur le sol carrelé du Naos et observa la pièce plongée dans une semi-obscurité. Les hauts murs se perdaient dans l’ombre au-dessus d'elle et les riches décorations peintes semblaient s'animer dans une lumière mouvante dont elle parvint à déterminer la source ; Deux hautes portes de bois peints fermaient l'accès de la pièce, elles étaient entrouvertes et de la provenait la seule lumière qui éclairait les lieux. Se retournant, elle se figea ; Etincelante, une statue d'or du dieu Aton la fixait de son regard impénétrable. Elle se recula et son dos toucha les portes qui coulissèrent lentement sous sa poussée. Un bruit de vaisselle brisée la fit sursauter. Vivement, elle fit volte-face pour se trouver nez à nez avec un homme de petite taille, entièrement chauve et vêtu d'une courte jupe plissée et qui la dévisageait les yeux ronds. Etalés devant lui se trouvaient, fracassés, les restes des plats remplis de fruits qu'il avait laissé tombés au sol.
La hâte avec laquelle elle s’était retournée, son affolement soudain, cet incroyable face à face, tout cela réveilla une atroce douleur dans son crâne. Elle porta la main à sa tempe, sentit le monde tourner autour d'elle. A peine eut-elle conscience de la magnificence des lieux qui l'entouraient…. les hauts murs couverts de peinture et les innombrables statues du temple parurent plonger vers elle et elle sombra dans l'inconscience, s'écroulant comme une poupée désarticulée au milieu des reliefs du repas. Ce fut la sensation d'un frôlement sur sa peau, un odeur, douce et musquée à la fois, et un léger tintement métallique qui la tirèrent de son évanouissement. Elle battit des paupières, ne parvenant pas à se résoudre à ouvrir grands les yeux par crainte de la douleur, cherchant à comprendre où elle se trouvait. Une chose était certaine. Elle était étendue sur une couche confortable. Une odeur suave, apaisante, emplissait la pièce. Et il y avait une présence auprès d'elle. Elle bougea légèrement. La douleur dans son crâne avait pratiquement disparu ; il lui semblait percevoir un murmure de voix, dans une langue indistincte, peut-être du copte, mais elle n'en était pas sûre. Ses perceptions lui semblaient trop cotonneuses pour être fiables. Il allait lui falloir ouvrir les yeux pour savoir enfin où elle se trouvait... mais elle reculait cet instant sans plus trop savoir pourquoi. Elle perçut un frémissement. Près d’elle, la femme saisissait, du bout des doigts ce qui n’était pour elle qu’un étrange morceau de tissu et le portait à hauteur de son regard, avant de le reposer sur la petite table de cèdre où l'on avait placé les effets de l'étrangère. Le pantalon de Sofia alla rejoindre le reste de ses effets.
"Je n'ai jamais rien vu de tel de toute mon existence, ! D'où penses-tu qu'elle puisse venir ?"
La servante, qui se tenait près de la couche de l'étrangère, haussa les épaules avec un geste de dédain.
"Il s'agit probablement d'une hittite, on dit que leurs mœurs sont barbares et leur vêture tout aussi étrange ma Reine"
La femme assise le dos droit, sur une simple chaise de scribe en ébène, regarda un instant la forme allongée sur le lit et qui bougeait mollement sous les draps.
« Je ne pense pas Aphenou, elle est trop pâle et ses traits ne sont pas ceux des peuplades de l'Est."
La femme se releva dans un froissement de tissu. La longue robe de lin blanc, qu'elle portait parfaitement ajustée, sembla un instant voler autour de ses formes avant de se fixer sur son corps. Le tissu au fin plissé soulignait les formes parfaites de son corps ambré et une ceinture brodée d'or, nouée autour de sa taille, en rehaussait encore la finesse. Posément, elle s'avança vers le lit et vérifia la bonne tenue du cataplasme aux onguents rares qu’avait préparé sa servante.
"Vois ce teint, Aphenou, et la finesse de ces mains ! Ce n'est ni une paysanne, ni une barbare, ces ongles sont soignés et lorsque le prêtre l'a trouvée elle était relativement propre. Ce n'est pas la description d'une Hittite, tu en conviendras."
La servante à son tour s'avança vers la couche avec un air pincé. Elle connaissait trop bien le regard que portait sa reine sur la jeune femme allongée sous les draps. C'était ce même regard que, de plus en plus souvent, elle lui refusait lorsque venait l'heure du sommeil.
"Peut-être ma reine, mais quoi qu'il en soit elle se trouvait dans le Naos d'Aton et je continue à dire que c'est folie que de l'avoir menée secrètement en vos appartements."
Sa maîtresse la fit taire en levant sa main devant son visage, scellant ses lèvres de ses doigts.
"Regarde Aphenou, elle s’éveille.Shou le bienfaisant soit-il remercié !"
Sofia ouvrait effectivement les yeux. Et ce que son regard, encore incertain, parvenait à saisir la stupéfiait au point qu’elle se redressa brusquement pour mieux s’assurer de la réalité de sa perception. Devant elle, dans un incroyable décor de fresques colorées, se tenaient deux femmes parées dans la plus pure tradition amarnéenne et qui parlaient, à n'en pas douter, un dialecte Chamite ! Elle fixa les femmes un instant et secoua la tête. C'était tout simplement impossible ! Elle ne parvenait à conclure qu'en une farce, que lui aurait tendue ses collègues pour la punir de sa quête nocturne, une farce fort bien construite, d'une crédibilité époustouflante jusque dans les plus infime détails à ce qu'elle pouvait en juger, une vilaine blague de vieux barbons archéologues qui ensuite moqueraient sa crédulité. Elle allait donc attendre qu’ils fassent un faux pas ou se dévoilent sans ciller. Sous ce regard agrandi par la stupeur et le doute, les deux femmes s’agitèrent. Cette étrangère, qui les fixait en silence, visiblement statufiée comme les représentations des dieux dans les temples, devait être aussi dérangée qu’elle était dérangeante. Aphénou agita une main devant elle.
"Eh bien qu'a-t-elle donc ? Le dieu Seth lui a dévoré la langue ? Ou bien peut-être est-elle restée trop longtemps au soleil de midi ?"
La reine lui tapa doucement sur la main.
"Allons, ne sois pas mauvaise langue ou bien Anubis viendra te mordre les pieds. De plus, tu ne devrais pas invoquer les dieux interdits, tu sais que mon époux déteste cela."
La servante leva les mains au ciel.
"Alors, par ATON, puisque seul son nom brille au firmament, je m'en vais chercher l'eau d'ATON pour la protégée d'ATON"
Puis grommelant toujours de vagues imprécations, elle se dirigea vers un autre meuble situé au fond de la pièce. La reine vint s'asseoir sur le rebord de la couche et saisit une des mains de la jeune fille.
"Ne crains rien, tu es dans mes quartiers et tu ne cours aucun danger en ces lieux. Je suis Néfertiti, épouse de Pharaon, et c'est un des prêtres qui m'est fidèle qui t'a découverte dans le grand temple."
Sofia peinait à saisir tous les mots de cet étrange dialogue mais elle percevait la douce sollicitude, la volonté de l'apaiser et certains mots, suffisamment précis, pour l'éclairer sur le sens général de la phrase et surtout... un nom, et quel nom !
Néfertiti ! Cette femme venait de se prétendre comme telle ! Elle eut envie d'éclater de rire ; C'était
grotesque et s'en était vraiment trop, il fallait que cesse cette mascarade. Alors Sofia débuta une tirade, dans un arabe malhabile, puis devant la mines abasourdie de la femme, qui n'avait toujours pas lâché sa main, elle reprit, avec encore plus de difficulté, en copte ; autant elle était capable de le lire, autant la prononciation lui était difficile et elle exprimait sa colère dans ce qui ressemblait à un curieux sabir de copte accentué à l'occidentale
" Je vous prie, fini ce jeu ! Moi comprendre. Gros piège non moi prendre ! Où moi être ? Où les autres ? Un coin, ils guetter, se moquer moi ! Oh moi punie de curiosité . ASSEZ, maintenant, Moi non amuser ce jeu !"
Et elle arracha sa main des mains de la femme qui la regardait avec surprise. La reine jeta un regard interrogatif à sa servante qui se tapota le front en désignant l'étrangère. Qu’avait-elle donc à parler de jeu celle-là ? Et, surtout qui étaient ces « autres » qui étaient censés les espionner ?
La servante se saisit du poignard qu'elle dissimulait dans son dos, en ces périodes troublées mieux valait se montrer prudente. La reine, constatant la présence de l’arme, la fustigea du regard. Mais la servante, par des signes désespérés, la supplia de se taire, tout en désignant les tentures qui fermaient l'accès au grand balcon de la chambre. Si quelqu'un était censé les espionner, il ne pouvait se trouver qu'en cet endroit, derrière les lourdes tentures teintes d'ocre. Et Aphénou s'en approchait à pas de loups. Saisissant brusquement les deux pièces de tissus, elle les écarta d'un geste vif. Rien ! Il ne se trouvait personne sur la terrasse de la chambre royale. Mais en écartant les deux pans, elle avait offert à Sofia la vision fugace de la vaste cité qui s'étendait sous les pieds du palais. Situé à l'extrémité de la ville, le palais offrait une vue d'ensemble d'Akhetaton, la cité du disque solaire, et l’on distinguait, des terrasses des appartements royaux, l'ensemble des temple, greniers, et bâtiments divers qui formaient la capitale du royaume et témoignaient de son opulence et, au loin, le Nil scintillant où naviguait toute une flottille de felouques de roseaux, entourée de navires plus imposants chargés de ballots. Sofia s’était redressée complètement sur le lit et, cramponnée aux draps, fixait la fenêtre comme hébétée. Elle venait de prendre conscience que le bruit de la foule des habitants qui vaquaient à leur occupation quotidienne, le claquement des oriflammes colorés, la rumeur d’une cité vivante, lui parvenaient nettement. Elle était toujours à Armana, sans doute, mais ce qui s'étendait devant elle n'étaient plus des ruines ensevelies dans le sable, mais bien la glorieuse Akhetaton, l'horizon d'Aton, là, grouillante de vie et bruissante d'activité. Devant son état de grande tension, la main de la reine se posa sur son front, comme pour vérifier si elle n'avait pas de fièvre, et la repoussa fermement sur le lit. Sofia ne savait que penser. Si ses sens ne l'abusaient pas, ce que ses yeux écarquillés avaient pu apercevoir représentait une réalité plus que tangible. Mais si c'était LA réalité, alors elle avait fait, dans sa chute, un bon en arrière de plusieurs millénaires. Sa raison de scientifique refusait de toutes ses forces cette hypothèse saugrenue et lui laissait entrevoir d'autres perspectives beaucoup moins enthousiasmantes. Elle était en plein coma, prisonnière des limbes d'un cerveau fracassée dans l’accident, voilà la seule alternative qui lui paraissait plausible.... et terriblement effrayante ! Sous la main qui la maintenait allongée sous la couche, elle se mit à trembler, angoissée par cette idée d'une condamnation, sine die, à une non-existence dans une pseudo réalité fantasmagorique Néfertiti lui effleura doucement le visage de la main, après avoir, patiemment, remis le cataplasme en place.
"Calme-toi, allons ! Je t’assure que personne ne t'espionne en ces lieux. Mais dis-moi étrangère, quel est ton nom ? Que faisais- tu dans le temple d'Aton ? Es-tu une espionne des prêtres de Thèbes ou l'envoyée de mon cher Epoux pour me faire passer de vie à trépas ?"
La reine ne cessait de caresser la joue de Sofia. Elle était fascinée par cette jeune fille qui lui semblait tellement singulière. Le fait qu'elle puisse représenter un danger pour sa vie lui semblait secondaire.
Si son mari désirait vraiment se débarrasser d'elle, il y arriverait, quelles que soient les précautions qu'elle pourrait prendre. Ou alors, exauçant ses prières, cette femme était enfin l’élue des dieux anciens, dévouée à la puissance d'Amon, pour lui venir en secours. Et sa beauté étrange était la promesse de sa délivrance prochaine. Encore une fois, sa main doucement effleura le cou de la jeune femme,
"Qui es-tu étrangère ?
La caresse était un effleurement délicat, et le parfum entêtant de la femme enveloppait Sofia dans une suavité lénifiante. Elle s’apaisa peu à peu, malgré elle. Qui était-elle ? Là était donc la question ! Et comment pouvait-elle bien répondre à cette question avec son maigre bagage de mots et sa pauvre prononciation ! Elle décida malgré tout de tenter une réponse au plus près de la vérité, de sa vérité, comme une thérapie contre ce monde d'illusions qui l'entourait et voulait l'emprisonner.
"Nom moi Sofia. Habiter moi très loin. Tomber ici. Savoir non comment. Moi chercher mystère Akhetaton"
Voilà, à peu près, ce qu'entendirent les deux femmes qui étaient suspendues à ses lèvres, alors qu'elle tentait d'expliquer, dans un fatras de mots, qu'elle venait d'un autre lieu, d'une autre époque et qu'elle était une chercheuse perdue. Nefertiti lui sourit doucement.
"Le mystère d'Akhetaton ? Sa malédiction oui, cette ville est abandonnée des dieux ! Mon mari est devenu fou, il a banni les dieux et fait s'effondrer l'équilibre de Maaht. L'Egypte court à sa perte et tout ce qu'il fait c'est marteler les visages des dieux en chantant la gloire d'Aton. il n'y a pas de mystère en ces lieux jeune fille, juste une fin annoncée."
La petite servante se terrait, affolée, dans un coin de la pièce.
"Ma reine, je vous en supplie, il ne faut pas… !"
La reine se tourna vers elle, son regard sombre, souligné de kohl, empli de détermination.
"Laisse-nous Aphénou, retire-toi maintenant, je vais rester seule avec elle."
La servante serra les dents et obéit, la rage au cœur. Néfertiti se tourna de nouveau vers l'étrangère, sa main caressant toujours du bout des doigts la joue pâle.
"Sò-Fi-hA",
Elle détachait chaque syllabe de ce prénom étrange, le transformant en souffle et ce souffle en caresse. Et ses doigts toujours glissaient sur le cou de la jeune femme, effleurant ses épaules.
"Je vais bientôt mourir, cela fait des mois que mon époux me tient enfermée dans mes appartements avec pour seule compagnie ma servante et quelques prêtres qui me sont fidèles. Ma mort est annoncée. Un soir ou un matin viendront les hommes d'armes de mon époux. Ou un vulgaire assassin glissera quelque potion dans mon potage. Mais pour l'instant tu es là, et je ne sais si tu es un signe funeste ou une bon augure, pourtant je bénis ta présence."
Le visage de la reine s'abaissa doucement vers elle et ses lèvres vinrent se poser sur le front moite de Sofia. La jeune archéologue frémit à ce contact et ferma les yeux. Elle ressentait un curieux vertige, non pas violent mais infiniment doux, comme une plongée dans la ouate, la sensation de se blottir dans un bien-être quasi voluptueux. Elle n'était pas certaine de bien saisir le sens de toutes les paroles de... de Néfertiti. Mais qu'importait finalement ! Elle ressentait sa tristesse désabusée, sa tendresse, la sensualité de son toucher. Et l'émotion que cela éveillait en elle était réelle, prégnante. Néfertiti ! Peu importait que ce fut une hallucination de son cerveau malade ! C'était beau et bon et elle n'avait pas envie de s'éveiller, bien au contraire. Elle avait envie que se prolonge ce rêve incroyable, le baiser de Néfertiti !
Les yeux clos, elle murmura.
"Vous ne mourrez pas... vous disparaîtrez mais votre légende et votre beauté survivront dans l'histoire de l'humanité ! Vous êtes la belle des belles !"
La main fine et parfumée de la reine saisit le menton de Sofia. Elle détailla les traits de la jeune femme avec une attention toute particulière et abaissa son visage souriant vers le sien.
"La belle est venue, ce nom te siérait bien mieux Sofia, mystère apparu dans le temple pour me mener vers mon dernier voyage."
La bouche de Néfertiti se posa doucement sur celle de l’archéologue, qui, réticente un instant, s’amollit sous la caresse des lèvres. Elles échangèrent un long baiser de leurs lèvres jointes. La reine respirait le parfum si différent qui émanait de la jeune fille, cette odeur fruitée, piquante, qui lui était inconnue. Et le baiser, posé du bout des lèvres, se fit plus insistant. Leurs bouches se cherchèrent, s'entrouvrirent légèrement, la langue fine de l'Egyptienne revint effleurer les lèvres de Sofia. La reine se recula un instant et sourit encore.
"Ta bouche est comme la caresse du lait, elle a le parfum des fruits sauvages. Nulle reine ne peut rêver d'un dernier repas plus merveilleux !"
Elle revint prendre un baiser à la jeune fille, plus appuyé, plus insistant, sa langue dardant à présent dans l'espace qui séparait les lèvres de Sofia, cherchant son chemin pour aller à la rencontre de celle de la jeune femme. La main, toujours avec cette même grâce, cette infinie légèreté, glissait à présent sur les épaules de l’archéologue pour caresser doucement la poitrine, encore recouverte du drap de lin.
Sofia eut un bref mouvement de recul, défense dérisoire contre le désir et la jubilation qui montait en elle, et s’abandonna à la caresse. Aussi improbable que cette scène puisse apparaître à son esprit cartésien, son corps, lui, en goûtait le délice, son imagination s'en enchantait. Toucher la Belle, Reine d'Egypte ! Combien de fois avait-elle rêvé cet instant, quand, simple étudiante, elle effleurait du doigt les reproductions du buste de Néfertiti. Et à présent sa main s'élevait lentement dans les airs, et ses doigts tremblants parcouraient délicatement l'ovale presque aigu de ce visage sublime. Elle avait le cœur étreint par l'émotion, son sang pulsait fort dans ses artères, et dans le creux de son ventre se rassemblait une boule aussi brûlante qu'une lave incandescente. Et pendant ce temps, délicatement, les doigts fins, qui semblaient d'une longueur presque irréelle, caressaient la poitrine recouverte du lin le plus fin que l'on pouvait trouver en Egypte. Avec douceur, Néfertiti sourit encore une fois à la jeune fille dont le souffle s'était accéléré, et, penchant la tête, elle appuya son visage contre la paume tiède de l'étrangère. Elle inspira l'odeur fine et subtile qui émanait d'elle, un mélange à la fois vif et onctueux qui remplissait tout son être et l'enveloppait des volutes du désir. Elle inclina à nouveau son visage pour reprendre la bouche qui s’offrait, et ses doigts, animés d’une vie propre, découvraient la poitrine menue, qui se soulevait au rythme d’une respiration saccadée. Lentement, elle saisit la pointe d'un sein et entreprit de l'agacer tandis que son baiser se faisait plus profond.
Sofia se laissait aller à la douceur des caresses, à l'enivrante suavité de cette peau ambrée et parfumée qu'elle effleurait avec délectation, en se disant qu'il n'y avait qu'en rêve, dans les plus merveilleux rêves, que les sensations étaient aussi pleines et aussi subtiles à la fois. Et elle se sentait bien décidée à goûter ce rêve jusqu'au bout ! Aussi sa bouche accueillie la bouche jumelle qu'animait un désir si pareil au sien. Et elle lui répondit avec ardeur, fiévreusement, les yeux clos sur la magie de l'instant, fort, comme si elle craignait que la Belle ne disparaisse si elle ouvrait trop vite les paupières. Et ses main tremblantes glissèrent sur les épaules tendres, coururent sur le fin voile, redessinant les courbes du corps que le voile diaphane dissimulait à peine. Tout son être palpitait dans le cheminement de son désir. La Reine se recula un peu, posant ses mains sur celles de l'étrangère. Silencieuse et lumineuse, elle se releva et d'un geste gracieux fit glisser sa tunique au sol. Le tissu fin et léger parut voler autour de son corps, comme une nuée de papillons, alors que se révélait, aux yeux émerveillés de Sofia, un corps sans défaut. Elle avait les formes déliées d'une lionne, et son galbe parfait se découpait dans la lumière dorée. Son ventre plat était ceint d'une chaîne d'or et son sexe, recouvert d'une fine toison noire soigneusement taillé, ressemblait à une pyramide inversée. Elle était le soleil ; sa peau dorée semblait briller de sa propre lumière tandis que ses yeux noirs ne quittaient pas ceux de Sofia. Elle se tenait nue devant le lit, dans toute sa splendeur, humble et majestueuse, toujours silencieuse. Puis elle souleva doucement le drap de lin et son corps vint se coller contre celui de Sofia, ses formes épousèrent celles de la jeune femme. Sofia respirait à peine, non pas à cause du poids du corps sur le sien qui n'était qu'une caresse de soie, mais bien parce que ce corps était un corps fantasmé, une chimère désirée au-delà de tout, et enfin, là, palpable, chaud, vibrant, tout contre le sien, à l'unisson avec le sien. Elle avait vu et sentait, en chair, ce qu'elle avait approché sous la froideur lisse des statues. Elle tenait, entre ses propres hanches, ses hanches mythiques, ce galbe émouvant. A peine si elle osait encore un mouvement, tant l'intensité de cet instant la submergeait. Du bout des doigts, elle avait enserré la taille fine et respirait le parfum de cette peau étrange et vivante, le nez enfoui dans le cou de la belle égyptienne, se gavant des effluves d'huiles parfumées, de la tiédeur de cette chair ambrée.
Néfertiti soupira d’aise tandis que le visage de Sofia se blottissait au creux de son corps. Elle fit glisser une de ses mains sur son dos, caressant la courbure de ses reins, effleurant du bout des doigts la naissance des monts jumeaux de ses fesses. Son autre main, qui doucement parcourait encore la joue de la jeune fille, se glissa plus loin sur le cou, le long de la veine où pulsait un sang enfiévré, s'égarant sur son épaule avant d'aller se fixer sur la poitrine pour reprendre sa savante caresse sur le téton gonflé de désir. Sur les fesses frémissantes et timides, la caresse se fit plus pressante. A présent, ses doigts s'aventuraient dans le sillon sombre et mystérieux des reins, couraient sur la rosette qui palpitait doucement et allaient s'aventurer plus loin, là où naissait le delta humide et luxuriant du désir de la jeune fille. Et reine d'Egypte, Néfertiti trempa ses doigts dans ce Nil mystérieux qu'alimentait le désir.
Sofia gémit et se cambra, s'offrant à la caresse pour que l'onction soit totale, appelant les doigts en elle jusqu'à la source du plaisir, pour que leur patient et délicat travail, faisant naître la crue, rompe les amarres de sa raison et les emporte toutes deux. Elle se cramponnait maintenant aux rondeurs solaires de Néfertiti, enfonçant ses ongles dans la chair d'ambre chaud, y laissant de petites griffures coralliennes. Et sa bouche mordit doucement le cou délicat, à l'endroit où pulsait la saillie d'une veine bleue, léchant la peau épicée d'une langue gourmande et affamée par les saveurs qu'elle découvrait. Les doigts de la reine écartèrent doucement la fragile barrière de peau qui masquait encore le petit organe, source de tous les plaisirs. La pulpe fine de son index vint faire vibrer le corps de Sofia d'une petite impulsion. La jeune femme répondit comme un instrument de musique et se mit à entonner son propre chant. Alors, la reine fit voler sa bouche sur les seins de Sofia tandis que sa main quittait la cambrure du dos pour venir caresser à loisir ce delta secret qui perlait à présent de désir. Et la faisant basculer à plat sur la couche, de ses dents blanches comme craie, elle vint mordiller doucement la pointe de ses seins. Elle parcourut longuement le corps vibrant de la jeune femme et sa bouche laissait la trace humide de ses baisers qui redessinait une géographie du plaisir, à même la peau. Comme le cours d’un fleuve sacré, elle descendit des monts jumeaux pour aller se perdre entre le compas des jambes tremblantes. C'est là que la bouche de la reine finit par faire halte, sa langue, posée comme l'avant-garde d'une armée des plaisirs, vint doucement lisser les lèvres déjà vibrantes et écloses de la jeune femme. La mélopée douce du plaisir de Sofia résonnait dans la pièce tandis que son corps s'arque boutait pour venir à la rencontre de la bouche plus encore. Les caresses qui lui étaient prodiguées, avec une habileté toute en délicatesse, ne faisait qu'exacerber un désir déjà si ardent qu'elle n'en pouvait plus. Son ventre, ses entrailles, pulsaient douloureusement, aussi brûlantes qu'une lave, et ses mains se cramponnèrent, avec avidité, aux cheveux d'ébène pour forcer la bouche suave à une caresse plus appuyée tandis que son bas-ventre entamait une danse frénétique.
Doucement l'égyptienne glissa ses mains sous le corps de Sofia et les plaqua sur la chair tendre, attirant le sexe de la jeune fille contre sa bouche. Sa langue s'enfonça dans l'antre moite et commença à fouiller le sexe offert qui pulsait contre ses lèvres. La reine but ce nectar royal, à la source du plaisir. Elle se nourrissait des gémissements, des mouvements de bassin de son amante, l'amenant au bord du plaisir, la faisant tanguer comme une felouque balancée par le courant du Nil. Alors que le frêle esquif allait se renverser sous la force du courant, elle s'immobilisa et, remontant sur le corps de Sofia, vint se coller au dessus d'elle, pressant sa poitrine contre la sienne. Elle reprit ses lèvres, mêlant le goût de son plaisir au goût de ses baisers et tendit la main vers une petite boite d'ivoire, posée sur un meuble près du lit. Sans précipitation, elle fit jouer la serrure et souleva le couvercle. Sa main en retira un olisbos d'ivoire, serti de pierres précieuses. L'objet était couvert de gravures, fins et élégants hiéroglyphes sacrés. Il devait mesurer une vingtaine de centimètres de long et possédait un bout légèrement incurvé. Encore une fois, elle plongea dans la boite et en sortit son parfait jumeau, fait à l’identique. Les deux bases s'assemblaient l'une dans l'autre pour former une sorte de croissant de lune qu'elle déposa entre elles avant de reprendre les lèvres de Sofia d'un baiser ardent. Sofia but les lèvres qui lui étaient à nouveau offertes, s'en régalant avec un plaisir renouvelé, mais son corps était tendu comme un arc. L’objet, qui reposait si près d'elles, dans sa fascinante beauté suggestive, la tentait autant qu'ils l'effrayait et dans son ventre le désir le disputait à l'angoisse... De ce trouble se nourrissait et enflait un désir dévastateur, souverain. Elle haletait sous les baisers de Néfertiti, ses mains, compulsivement, malaxait les chairs pleines et fermes de la belle créature, qui l'emportait sur les rivages de la volupté et la lui refusait toujours au moment ultime.
La reine saisit l'étrange objet et, se soulevant doucement, elle glissa sa main entre leurs deux corps. Sofia
sentit l'étrange objet d'ivoire caresser son bas ventre. Elle redressa un peu la tête pour voir Néfertiti positionner une des extrémité contre son propre sexe. Troublante vision dont elle ne pouvait s’arracher. Et elle vit l'objet s'enfoncer lentement dans le sexe de l'égyptienne, y disparaître, s’y loger. Une fois l'olisbos en elle, utilisant la moitié qui dépassait de son corps comme un sexe, Néfertiti entama de longues caresses sur l’intimité de Sofia, puis, en une habile reptation, elle en positionna l'extrémité à l’entrée de l’antre humide qui bascula, en attente. Sa bouche vint reprendre celle de Sofia, dans un baiser passionné, tandis que le sexe d'ivoire pénétrait lentement la jumelle corolle. Poussant l'objet précieux en elle jusqu'à ce que leurs ventres soient pratiquement soudés l'un à l'autre, chacune prenant l'autre à l'identique, la reine goûtait le trouble en miroir qui dansait sans les yeux de l’étrangère autant qu’il perturbait ses propres chairs. Sofia, ébahie et comblée, sentait chaque nervure de l'olisbos frôler son intimité. Elle avait lâché le corps de Néfertiti et rejeté ses mains dans les draps, où elle se cramponnait sous l’intensité de la sensation. Doucement, les hanches de la reine se mirent à onduler.
C'était dur en elle, c'était doux autour ; Puissante sensation, enivrante comme une drogue qui perturbait ses sens, rendait floues les limites de son propre corps. Elle ne savait qui des deux étaient dans l'autre, qui prenait ou était prise. Elles étaient une, accordées dans un même mouvement, en harmonie dans une même quête, rivées à un plaisir identique. Sofia avait oublié ses craintes premières, comme elle oubliait la nouveauté de son ressentir. Elle ne ressentait plus que cette union si parfaite avec Néfertiti, respirait avec elle, scandait son plaisir à elle, duo d’étreintes modulé à deux voix unifiées.
Elles allaient et venaient sur le sexe d'ivoire, chacune le retenant alternativement en elle tandis que l'autre faisait coulisser son corps sur l'étrange organe. Elles se prenaient et elles s'offraient. Elles étaient à la fois possédée et possédante, synchronisant leur volupté dans une suite de gémissements. Leur souffle allait crescendo et montait dans les octaves d'un cri à naître. Leurs bouches ne se séparaient plus, leurs mouvements se faisaient plus saccadés tandis que leurs corps étaient parcourus de longs tremblements. Dans un dernier sursaut, leurs mains empoignèrent les globes de l'autres et s'attirèrent l'une contre l'autre dans un cri de sauvage jouissance. La puissance de la houle qui submergea Sofia la rejeta, alanguie, sonnée et émerveillée sur la couche. Son intimité palpitait encore, toujours reliée par le bijou d'ivoire au sexe semblablement ému de la reine, et sa main, doucement, caressait le fascinant visage oblong avec une tendresse presque pudique qui contrastait avec le feu qui s'était emparé d'elle quelques instants auparavant. Jamais elle n'avait ressenti, jusqu'alors, une telle émotion et ce n'était pas temps l'ivresse des sens ! C'était bien plus. C'était dû à cette sensation de fusion dans l'autre, à cette douceur pleine de fougue qui répondait si bien à la sienne, à cette étreinte impossible qui bousculait tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle avait jamais cru possible et qui faisait brûler sur ses lèvres des mots d'amour qu'elle n'osait ni ne pouvait prononcer. La reine caressa doucement le visage de Sofia, dévorant ses joues, ses lèvres, ses paupières, de petits baisers. S'immobilisant, elle planta un regard triste dans celui de la jeune femme.
"Pourquoi, dieux d'Egypte, alors que je suis aux portes de la mort, m'offrez-vous ce cadeau ? Pourquoi apporter l'amour à une mourante."
Ses doigts saisirent le menton de Sofia et elles échangèrent un long baiser. Coulant sa bouche sa bouche au creux du cou de Sofia, elle murmura, son corps collé contre le sien.
"Je t'aime So-fi-ha."
Et lentement elle se recula, retirant l'olisbos de l'intimité de son amante pour le remplacer par ses doigts, caressant doucement la vulve qui s'ouvrait encore comme une bouche affamée par ses caresses. Dans le couloir, Aphenou crispa ses poings et s'éloigna de la porte d'un pas décidée. Elle avait écouté le chant de plaisir de la reine, tel qu'elle ne l'avait jamais entendu à ce jour. Un chant plus clair, plus vibrant que jamais. Son cœur était sombre et dévoré par la jalousie. Le dieu Sobekh était sorti de son fleuve pour dévorer l'amour en elle. Il ne lui restait que la rage. Et cette étrangère allait payer le prix de son plaisir à l'aune de sa colère. Blême et tremblante, elle prit la direction des quartiers du Pharaon. Ignorantes et oublieuses du monde, à l'instant où Aphenou se prosternait devant Pharaon, les deux femmes se mêlaient à nouveau dans les draps tièdes, leur désir, à peine éteint, s'embrasant plus fort comme dans l'urgence d'un vertige où se perdre, où se trouver enfin, semblables et dévolues l'une à l'autre, soudées par la même pulsion, brûlées par le même feu, émerveillées toutes deux de se sentir si pareillement résonantes, si vibrantes à l'identique et de corps et de cœur.
Le Pharaon observait Aphenou, la transperçant de son regard noir et illuminé. La servante fut saisie d'un frisson tandis que la créature difforme, au regard dément, la sondait. Ses lèvres épaisses esquissèrent un sourire, qui se voulait affable mais qui ne fit qu'accentuer le malaise d’Aphenou.
"Ainsi, tu dis que la reine se trouve en ce moment dans les bras de cette étrangère. Et tu penses que celle-ci est une envoyée des hittites pour attenter à la vie du couple royal ?"
Le Pharaon se tourna vers le chef de sa garde personnelle.
"Vas, cherche des hommes ! Nous allons régler cela et châtier ces traîtresses !"
Ces traîtresses ? Aphénou se jeta aux pieds de Pharaon en tremblant.
"Seigneur, la reine n'a rien à y voir… l'étrangère est une magicienne qui l'a envoûtée par une quelconque ruse de barbare !"
Pharaon la repoussa du pied en riant.
"Pauvre sotte ! La reine est sa complice sans nul doute, et nous allons la punir comme il se doit."
Aphenou roula au sol, le corps secoué de sanglots. Que venait-elle de faire ? Elle avait, dans sa folie, condamnée sa maîtresse.Déjà, Akhenaton se dressait, les yeux hallucinés, un sourire mauvais tordant les traits si lisses de son visage et levant les yeux au ciel invoquait l'astre solaire
"Vois Aton de ton œil rutilant, vois la grandeur et la déchéance. Vois, Tout puissant, et que ton feu cruel vienne frapper l'impie et la traîtresse et réduise à néant l'étrangère. Vois, et que par ma main, ta colère s'abatte !"
Les gardes, se prosternant, avaient entouré leur Roi-Dieu et se préparaient à s'engager dans les couloirs.
Aphénou s'était faite aussi petite que possible et , rampant, s’était glissée vers les corridors menant aux appartement de Néfertiti. Maintenant, elle courait. Elle courait, le cœur au bord des lèvres, des larmes amères ruisselant sur ses joues, submergée par l'horreur de sa dénonciation, dans l'espoir d'arriver à temps pour sauver sa maîtresse, la reine qui régnait sur sa destinée et sur son cœur. Elle courait à perdre haleine à travers les couloirs du palais. Passant devant la garde de la reine, elle reprit contenance et ne souffla mot ; ils étaient tous à Pharaon, seuls les prêtres du palais, et encore si peu d'entre eux, étaient encore fidèles à la reine. Elle enfonça presque la porte de la chambre royale où reposaient les corps des deux femmes étroitement enlacées. Elle n'éprouvait plus de jalousie, la peur et la conscience de l'énormité de ce qu'elle avait fait avaient dilués ce sentiment dans son âme.
"Ma reine, Pharaon arrive, il vient avec la garde, Oh ma reine, pardonnez moi, je vous ai trahie, il vient pour vous… vous tuer..."
Et Aphenou se jeta au pied de la couche, se prosternant le dos secoué de sanglots, les mains tendues en avant. La reine s'assit sur son lit le visage crispé. C’était fini, enfin ! Il venait mettre un terme à cette existence de recluse aux portes de la condamnation. Puis son regard croisa celui de Sofia et elle tressaillit. Elle était prête à affronter la mort depuis longtemps, mais elle ne pouvait admettre que la jeune femme l'accompagne dans ce funeste destin. Se relevant totalement nue, elle saisit sa tunique, prit celle qu'elle avait réservée à Sofia et la lui tendit.
"Vite, mets cela ! Notre seul espoir de salut c'est le temple d'Aton, des prêtres des anciens dieux, en place sur les lieux me sont fidèles, ils nous aideront."
Sans trop comprendre ce qui arrivait, mais saisissant l'imminence d'un danger dans la tension des corps des deux femmes qui lui faisaient face, Sofia s’empara du mince vêtement et, à la hâte, commença à l'enfiler. Sous l'emprise d'une angoisse sourde et imprécise, elle s'emmêlait les doigts dans le fin voilage et ne dut qu'aux mains secourables d'Aphenou d'achever son habillement sans le déchirer. A peine fut-elle prête, que la reine prit sa main et l'entraîna dans les couloirs. Elles traversèrent les coursives sans s'arrêter, d'un pas vif dans une course retenue où Néfertiti n'abandonnait rien de sa grâce naturelle ni de sa grandeur. Les gardes, qu'elles croisaient sur leur route et qui n'avaient pas encore étaient avertis des intentions du Pharaon, s'inclinaient respectueusement devant elle. Sofia sentait la peur, une peur atroce et oppressante, lui dévorer le ventre. Pourtant elle n'en connaissait pas la cause. Et ce sentiment, aussi puissant qu'injustifié, ne faisait que lui confirmer l'hypothèse d'un rêve stupide, d'un cauchemar insensé dans lequel elle se débattait et cédait tour à tour. Mais jamais rêve ne lui avait paru, jusqu'alors, si intense, si riche en détails, si troublant pour les sens. Elle suivait la reine, avec une urgence animale, motivée par un but secret mais primordial... quoiqu'il en soit elle voulait connaître l'issue du rêve, ne pas s'éveiller trop tôt, surtout ne pas s'éveiller encore. Et parcourant les allées, elle mettait tout en œuvre pour calmer les battements désordonnés de son cœur. Brusquement, la reine s'immobilisa et se retourna. Son regard cherchait Aphenou et venait de la découvrir adossée, immobile contre la porte du palais qu'elles venaient de quitter. Dans l’urgence, la petite servante avait coincé la porte avec l'aide d'un madrier et, serrant un glaive court dans la main, se tenait prête, attendant.
"Aphenou ?"
La servante sourit à sa maîtresse.
"Ne perdez pas de temps ma reine, partez ! Je vais les retenir tant que je le pourrai. Partez ma reine, et gardez dans votre cœur une place pour votre servante, votre fidèle servante."
Puis se retournant, elle s’appuya contre la porte qui, déjà venait de vibrer sous la poussée d'une épaule. La reine pinça les lèvres et murmura :
"Adieu ma petite Aphenou. Que clément te soit Osiris !"
Entraînant Sofia au pas de charge, elle s’enfonça dans les ruelles de la ville. Les cris des soldats, qui tentaient d'enfoncer la porte, les poursuivaient dans la nuit. Elles coururent sans s'arrêter. Néfertiti avançait dans une foulée souple et féline, son regard, inondé de larmes silencieuses, fixé devant elle, tandis que le ciel résonnait des trompettes d'alarmes. D'ici peu, toute la ville serait en état d'alerte. Elles arrivèrent au temple alors que déjà résonnait le bruit de la cavalcade des chars de Pharaon.
Sofia marqua un temps d'arrêt, s’arrachant à la main de Néfertiti. Le temple se dressait devant elle, debout, superbe de pureté et de majesté dans ses proportions, bien plus beau et impressionnant que dans toutes les maquettes ou reproductions en 3D qu'elle avait pu voir jusque là, si impressionnant qu'elle ne pouvait plus faire un pas et le jaugeait en tremblant. Néfertiti se retourna vers elle, affolée et impatiente et la héla :
"So-Fi-Ha, viens, vite!"
Elle dut faire une effort surhumain pour s'arracher à sa contemplation. Alors seulement, elle entendit les bruits affreux de leurs poursuivants et son sang se glaça. Elle courut vers la reine et, comme celle-ci lui tendait les bras, elle vit derrière elle les portes du temple s'ouvrir et une procession de prêtre qui les attendaient dans la lumière dorée des torchères. Elle ne put réprimer un nouveau frisson d'angoisse. Parmi eux, elle avait aperçu les masques des embaumeurs ! Depuis le début de leur fuite, c'était ce sentiment qui nourrissait sa peur, cette sensation violente que la mort rôdait autour d'elle. Néfertiti dut la pousser pour la faire entrer dans la protection du temple. Les prêtres poussèrent la lourde porte du temple, la bloquant à l'aide d'un épais madrier avant de les entraîner vers le Naos.
"Venez, c'est le seul endroit ou vous pourrez vous cacher, les soldats de pharaons sont en train d'entourer le temple de toute part."
Elles pénétrèrent dans le saint des saints et encore une fois les officiants du culte repoussèrent une lourde porte et la scellèrent, les enfermant dans l’espace clos du Naos. Néfertiti prit Sofia par les épaules et les deux femmes s'assirent contre le présentoir de pierre où trônait la statue dorée d'Aton. Dehors, on entendait les coups sourds des soldats qui tentaient d'enfoncer la porte du temple.
"Il est fou ! Même son Aton bien aimé… ! Il profane le temple de son dieu !"
La reine serra plus étroitement la jeune femme contre elle et, tournant son visage vers elle, lui sourit.
"Laisse-moi contempler encore ton visage. Je suis désolée que tu sois dans cette position à cause de moi. !"
Puis son geste se figea.
"Je te vois !"
Elle regarda autour d'elle les yeux écarquillés. Normalement le Naos aurait du être plongé dans l'obscurité. Il n'y avait pas la moindre lampe dans la pièce. Pourtant elle était baignée d'une lueur phosphorescente. Chaque hiéroglyphe, chaque bas relief semblait se mouvoir dans cette étrange lueur.
Sofia fixait le visage de Néfertiti, sans trop comprendre sa surprise. Elle suivit son regard cependant et ses yeux fouillèrent les murs de la pièce en même temps que ceux de la reine. Le Naos était nimbé d'une lumière étrange qui lui rappelait vaguement quelque chose, de proche et lointain à la fois. Oui, elle se souvenait de cette lumière, tout au début de son rêve, dans sa chute. Elle sentait tout près d'elle le corps tendu de stupéfaction de l'égyptienne et son souffle oppressé qui venait effleurer son épaule dénudée. Malgré la sensation d'irréalité, cette proximité, dans la lueur fantomatique, était troublante et perturbait son raisonnement. Elle avait une folle envie de se presser à nouveau contre le beau corps frémissant et d'oublier la peur dans les effluves douces de la chair ambrée. Elle secoua la tête, repoussant cette folie qui mordait son ventre, et, pressant doucement la main de Néfertiti, tenta une explication rassurante
"J'ai déjà vu cette lumière, ô reine, quand je suis arrivée ici, c'est... c'est dans cette lumière que je suis arrivée... je…je crois..."
La reine se tourna vers elle encore une fois, rayonnante d’espoir.
"Alors c'est notre seule chance de sortie."
Un coup sourd venait d'ébranler la porte du Naos. Les soldats de Pharaon étaient déjà là. La reine se pencha et, poussant sur le socle de pierre, fit jouer le mécanisme qui donnait accès au Naos secret. C’était là que les prêtres, fidèles aux anciens dieux, avaient caché une statue d'Amon afin de continuer à assurer la pérennité de Maath sur l'Egypte. Un nouveau coup venait de faire trembler la porte. Tandis que la voix hystérique de Pharaon exhortait ses troupes à aller plus vite, le socle pivota sur sa base, révélant l'entrée secrète. Le trou était baigné d'une lueur encore plus forte mais la reine n'en recula pas moins. En lieu et place de la statue d'Amon, qui aurait dû trôner en cet emplacement, elle découvrait avec horreur le regard noir d'une statue d'Anubis, le dieu à tête de chacal qui les fixait de ses yeux morts. Elle frissonna.
"Le Passeur, le dieu de la mort !"
Dans le même mouvement instinctif de défense que Néfertiti, Sofia avait bondi en arrière, et se tenait le dos plaqué à l'ouverture prise de tremblements incoercibles. Elle avait déjà vu, pourtant, des représentations d'Anubis. Mais celle qui leur faisait face semblait les dévisager non pas de deux yeux de céramiques mais avec un regard aussi noir que vivant et d'une insondable et vertigineuse profondeur. Elle entendait la reine psalmodier, un nom, celui d'Anubis, une prière peut-être, elle ne savait plus ; son cerveau était embrumé par la terreur, la sensation que la mort lui faisait face et l'attendait. Elle en avait des hauts le cœur et l'envie lui prenait de courir vers les gardes du Pharaon, ce qu'elle aurait sans doute fait si ses jambes avaient seulement voulu lui obéir.La reine lui prit la main. Terminant sa prière, elle tourna son visage vers le sien et posa ses lèvres sur les siennes pour l'embrasser avec fougue. Leur baiser ne fut interrompu que par un coup de bélier, plus fort encore que le précédant qui fit gémir le bois ; La porte se fendait doucement en son centre. Il ne faudrait plus que quelques coups pour qu'elle cède définitivement. D’un geste brusque, Néfertiti tira Sofia vers le puits d'où émanait la lueur verdâtre. Cette dernière se raidit un peu mais finit par céder. La reine serra sa main plus fort en retenant sa respiration. Elles se tenaient maintenant toutes les deux au bord de ce qui leur semblait être un précipice luminescent. Néfertiti regarda Sofia avec un sourire et lui murmura :
"Je t'aime."
Puis elle se laissa glisser dans la lueur, entraînant Sofia à sa suite. Ce fut la chute. Et soudain tout s'obscurcit autour d’elles. La lumière venait de disparaître et elles tombaient dans un puits qui ne semblait pas avoir de fond. Elles chutaient dans l'obscurité, au milieu d’une densité enténébrée.
Sofia se laissa happer par les ténèbres, fermant les yeux. La sensation de chute était vertigineuse,
effrayante. Elle était certaine, à présent, de s'éveiller au bout de cette effroyable descente sur l'arène de la cité, sous le ciel étoilé de El Armana. Quand elle rouvrit les yeux, perturbée par une sensation nauséeuse, elle ne se souvenait pas d'avoir perdu connaissance. Elle tendit ses bras pour étirer son corps douloureux et échapper aux dernières images affolantes du rêve qu'elle venait de faire. Sa main droite buta contre un rugueux montant de bois, tandis que la gauche bousculait un corps posé près du sien. Le cœur vacillant d'angoisse, elle acheva de s'éveiller complètement et écarquilla les yeux. Au dessus d’elle nulle voûte étoilée. Un léger frémissement aquatique bruissait autour d'elle et ce que sa main droite venait de saisir était, vraisemblablement, le plat-bord d'une nef. L'envie de vomir lui broya l'estomac ; son rêve ne la lâchait plus ! Angoissée, elle scruta l’obscurité pour constater que la reine se trouvait toujours à ses côtés, immobile, les yeux clos. Elle craignit le pire un instant. Même dans un rêve, elle ne pouvait s'empêcher de trouver l'idée de la mort de Néfertiti insupportable. Posant ses mains sur le corps languide, elle sentit que la poitrine se soulevait régulièrement. Elle poussa un soupir de soulagement en la serrant tout contre elle. Les dieux soient remerciés, Néfertiti n'était qu'inconsciente ! Elle posa un baiser léger sur le front majestueux et coucha le corps aussi bien qu’elle le put sur le sol dur. S'appuyant sur ses deux mains, elle redressa son buste pour tenter de voir où elles se trouvaient. Devant elle, la proue d'une large barque dorée fendait un fleuve aussi noir que la nuit. L'embarcation semblait glisser sur l'eau sans tanguer. Elle observa les abords de ce fleuve qui se perdaient dans l'obscurité. De loin en loin, elle voyait briller des feux obscurs, des ombres mouvantes semblaient les observer dans la nuit. Elle frissonna, sentant confusément que ce qui se trouvait sur ces berges était éminemment dangereux, dangereux et inquiétant. Un clapotis derrière elle attira son attention et elle sentit la barque prendre un peu de vitesse. Quelqu'un manœuvrait cette étrange embarcation. Quelqu’un ou quelque chose. Elle tourna la tête pour savoir qui les avait donc tiré de ce guêpier pour les embarquer sur ce navire. Etait-ce seulement un sauveur ? En achevant son coup d’œil circulaire, elle ne put retenir un cri. Instinctivement, elle se ramassa sur elle-même, sur le fond de la nef, tentant d'échapper à la vision qui se tenait devant elle. Le pilote de la nef, grand comme une statue, devait mesurer, au bas mot, deux mètres. Il était large comme une porte, sa peau noire luisait doucement dans la lueur irréelle de cette nuit. Uniquement vêtu d'un pagne doré et de sandales, on voyait chaque muscle de son corps bouger tandis qu'il maniait la lourde gaffe qui dirigeait le bateau. Et, au-dessus d’un long museau animal, luisaient de yeux d'onyx qui la dévisageaient intensément. C'était plus qu'elle n'en pouvait supporter, elle voulait échapper à ces visions démentes, revenir à la réalité. Toujours recroquevillée sur elle-même, elle pressait ses tempes entre ses poings serrés, se balançant d'avant en arrière, secouant la tête et se répétant mentalement :
"Je vais me réveiller, je vais me réveiller, je vais me réveiller !"
Une voix, calme et impérieuse, anormalement grave, la tira de sa crise de panique. Ce fut aussi violent qu’une gifle. Elle n'était pas sûre de l'entendre, elle la percevait, avec sa chair, avec ses os, comme à l'intérieur d'elle-même, si présente et intransigeante qu'elle en devenait douloureuse, comme si on éraflait son esprit déjà torturé.
"Non, tu ne dors pas Sofia, et pourtant te voilà aux portes du Grand Sommeil. Allons mortelle, ouvrez les yeux et contemplez la face de l'Eternité !"
Elle se redressa un peu, frissonnante et figée par un suprême effort. Elle sentit Nefertiti s'éveiller et se dresser à son tour à côté d'elle, dans l'embarcation qui glissait toujours dans les profondeurs d'encre d'un monde indistinct. La reine vacilla un instant en découvrant le dieu qui les dévisageait de son regard insondable. Mais elle se redressa rapidement. Si Sofia demeurait figée de terreur devant cette apparition, elle était, elle, une reine d'Egypte, initiée aux mystères des dieux. Elle se mit debout et soutint le regard du dieu à tête de chacal, essayant de cacher les tremblements qui secouaient son corps.
"Oh AnuBis, Khenty-seh-netjer toi Néb-ta-djéser, je te salue enfant de Rê. Je suis Néfertiti, reine d'Egypte, passeur. Dois-je comprendre que nous sommes en route pour le dernier voyage ? Nous conduis-tu auprès d'Osiris afin que nos cœurs soient jugés ?"
La voix du dieu sembla soudain remplir l’espace autour d’elles. Toute l'étendue de ce Nil souterrain s'était faite silencieuse, rendue muette par la crainte, même les ombres se terraient dans l'obscurité et le fleuve lui-même avait cessé son inquiétant murmure. Un silence de mort pesait sur ce monde des profondeurs.
"Oui Néfertiti, je suis le passeur et j'exauce ton vœu. Je te délivre de ton mari, de son hérésie, tout en punissant l'impie qui viole les temples des dieux."
Sofia était transie de peur, une peur primale, déraisonnable, indomptable. Dans la réalité, ce sentiment de peur aurait annihilé toute volonté. Mais elle vivait tous ces derniers évènements avec une telle sensation d'irréalité qu'elle osa se redresser et apostropher l'immense créature qui les dominait de sa toute puissance et dont la voix vrillait son cerveau à lui faire perdre le peu de raison qu'il lui restait.
"Est-ce moi que tu traites d'impie ? Alors si impie je suis, qu'ai-je à faire de toutes vos simagrées, de vos grands mots et de vos lois ? Si je ne crois pas en vous, vous ne pouvez m'atteindre, car je n'existe pas pour vous si vous n'existez pas pour moi !"
Elle tremblait, les yeux rivés sur la face canine, ne sachant d'où lui venait sa colère ni la détermination qu'elle plaçait dans ses mots et persuadée, à l'instant même où elle les exprimait, qu'elle commettait une erreur monumentale ... Comment serait-il possible de voir ce en quoi on ne croit pas ? Et si elle voyait, il fallait bien qu'en elle quelque chose veuille croire ! Elle avait plongé dans la folie, cela ne faisait désormais plus aucun doute ! Le dieu inclina la tête vers elle, une lueur sauvage dans le regard.
"Alors si je ne suis pas, tu peux tenter ta chance sur les berges du Nil, puisque tu ne crains pas les démons et les créatures qui peuplent ce monde qui n'existe pas."
Sofia sentit la main de Néfertiti saisir son poignet et elle lui intima fermement le silence avant de se tourner posément vers le Dieu chacal.
"Seigneur Anubis, je conçois ta colère, mais laisse-moi plaider et attirer ton attention sur un point. Tu es en charge de conduire les morts vers l'au-delà, c'est ta mission. Mais nous ne sommes pas mortes, vois ! Vois le sang qui bat encore en moi comme en elle."
Le dieu ne répondit rien, il semblait perdu dans ses réflexions. La reine se pencha doucement vers Sofia, glissant ses lèvres auprès de son oreille.
"Il est un dieu, mais sous cette forme il a aussi tous les travers des hommes, y compris leur bêtise et leurs désirs."
Elle s'avança d'un pas vers le colosse.
"Seigneur AnuBis, vois, je ne suis pas morte, je respire, mon souffle est chaud et ma peau n'est pas flétrie par l'âge."
Disant cela, elle effleurait du bout des doigts le torse puissant du dieu chacal.
"Regarde mon corps, ô Anubis, c'est le corps d'une vivante, mes seins sont fermes et mon ventre est brûlant de vie."
D'un mouvement d'épaule, elle fit tomber sa tunique au sol, révélant son corps ambré qui sembla briller dans la nuit.
"Vois seigneur, vois comme je vis, comme je suis pleine de chaleur, écoute ma supplique, ô puissant Anubis !"
Ce disant, elle se jeta aux genoux du dieu comme pour le supplier, mais ses mains se mirent à caresser doucement les cuisses musclées, remontant vers le pagne.
Sofia observait la scène avec détachement, comme une enfant butée dans sa colère. Elle sentit une peine insondable l'envahir devant les gestes suggestifs de Néfertiti
"O Belle des belles, que fais-tu à t'avilir ainsi pour calmer un courroux que je ne comprends pas" pensait-elle douloureusement et au bord de l'écœurement.
Bien loin de se laisser emporter par la sensualité des caresses prodiguées, elle n'avait qu'une envie , prendre Néfertiti par la main et l'amener avec elle, ailleurs, loin, dans la lumière de son éveil qui peinait tant à venir. Comme une somnambule, elle se leva, en titubant un peu sur le pont du navire, et s'approchant du bord, sans plus réfléchir, avec pour seul désir la volonté d'échapper à une vision insoutenable, se laissa glisser dans les eaux sombres et glacées, aussi impitoyables que l'embrassement d'un python. Elle sentit l'obscurité l'engloutir. Elle s'enfonçait dans ce linceul glacé, son corps sombrait dans une nuit épaisse. Et soudain, elle toucha le fond, un fond dur et rugueux. Elle ouvrit les yeux pour constater, avec un frisson de surprise et d’effroi, qu'elle se trouvait toujours sur la barque, parfaitement sèche comme si elle ne l'avait jamais quittée. Anubis repoussa la reine vers elle.
"Nul ne quitte la barque du passeur sans que celui-ci le décide."
Néfertiti s'approcha d'elle et la prit dans ses bras, comme pour l'étreindre mais sa bouche se colla à son oreille.
"Que fais-tu So-fi-Ha ? Veux-tu donc mourir ? Moi je ne le veux pas, je ne le veux plus ! Ce dieu est le passeur des morts et il ne peut que passer les morts. Nous sommes vivantes et nous pouvons le forcer à nous ramener vers le jour. Mais cela ne sera pas possible si tu te considères déjà comme morte."
La main de la reine glissa sur la tunique de Sofia et saisit la pointe d'un de ses seins qu’elle tordit violemment, lui faisant pousser un cri de douleur.
"Tu vois tu as mal, ton corps se rebelle. Quand on est mort on ne souffre plus, on ne désire plus, on est la proie d'Anubis. Nous, nous sommes vivantes et je jouerai chaque atout que je possède pour le rester."
Des larmes dans les yeux et le ventre embrasé, Sofia hoqueta
"Je... je ne peux pas.... je ne peux pas vous voir ainsi.... je ne peux pas... ça me fait horreur, ça me fait mal... je ne peux pas ..."
Elle pleurait, se cramponnant aux épaules de Néfertiti comme pour la supplier de demeurer auprès d'elle alors qu'elle sentait son corps tout tendu par le but qu'elle s'était fixée et toute son attention uniquement centrée sur les réactions d'Anubis. Et pleurant toujours, Sofia suivait le regard anxieux de la reine, sentant gronder au fond d'elle une rage froide, une envie d'en découdre qui la fit se dresser d'un bond, sans plus de ménagement pour Néfertiti, qu'elle fit chuter dans son élan. Farouche, elle s'avança face au terrible Anubis.
"Et bien, puisque je suis là, et tout aussi vivante que la reine, Ô Anubis que vas-tu donc décider ? Quel passeur fais-tu qui transporte des vivantes là où elles ne devraient point se trouver ? Tu veux que je te dise Dieu des Morts, là d'où je viens on a oublié ton nom mais beaucoup rêvent encore sur le corps d'ambre de Néfertiti et l'immortelle c'est elle !"
Anubis plongea ses yeux sombres dans ceux de Sofia. Elle pouvait sentir son souffle brûlant l'envelopper. Il avait une odeur étrange où se mêlaient les onguents des momificateurs et des relents de bête sauvage. Sa voix semblait à présent sortir de l'obscurité même, comme si tout ce qui les entourait vibrait au son de son existence.
"Je suis l'Eternité, je suis dans le Nil et dans le cœur de tout ce qui est, je suis le passeur et le passage, la fin et le commencement."
Sofia se sentit happée par les yeux d'obsidienne et emportée dans un rêve éveillé. Soudain, elle vit la vraie nature de la créature qui se tenait devant elle. Elle vit le Nil couler dans l'infini du temps, le cycle perpétuel des crues qui nourrissaient et noyaient les hommes. Elle vit les liens infimes qui reliaient toute chose dans l'univers. La mort comme la renaissance étaient un, le temps un simple battement de cil dans le regard d'un ibis bleuté. Chaque humain était lié à sa propre fin, chaque fin était un millier de début, chaque mort une infinité de renaissance. Elle vit Anubis tel qu'il était, le passage ou le passé. Le présent et le futur n'existaient pas. Ce fut un instant fugitif où elle fut le dieu, où elle comprit tout ce qui pouvait être compris ; Anubis existait en chacun par la perspective inéluctable de rencontrer le passeur, sous une de ces multiples formes, comme l’élément essentiel du cycle perpétuel de la vie, de la mort et de la renaissance. Puis elle se sentit repoussée, rejetée dans la réalité. Elle reprit ses esprits sur le pont, prise de vertige, alors que le dieu relevait la tête et fixait le lointain en continuant à manœuvrer la barque. Elle s'effondra, à genoux, le corps secoué de frissons, se prosternant, sans qu'elle l'ait souhaité, dans un mélange de terreur et d'admiration sans borne. Le front posé au sol entre ses deux bras, elle n'osait plus bouger, à peine respirer. Comment avait-elle osé une telle impudence ! Elle se sentait soudain écrasée par la honte et le remord d'avoir tant jouer la provocatrice. Elle ne se demandait même plus si elle rêvait, si elle était folle. Désormais, elle savait, elle avait senti, au plus profond d'elle-même qu'elle était passé de l'autre côté et que sa vie ou sa mort ne lui appartenait plus. Ce fut encore une fois Néfertiti qui reprit l'initiative. Elle saisit les épaules d'une Sofia qui peinait à revenir à elle. La relevant, elle plongea ses yeux dans ceux de la jeune fille.
"Il est le temps et l’infiniment puissant, et là, en cet instant, il est un dieu d'Egypte, quel que soit le nom qu'on lui donne dans ton monde, et dans tous les autres. En cet instant, il est Anubis, dieu passeur. Et il ne peut être autre chose que cela maintenant. C'est notre dernière chance ! Si nous le poussons à nous reconnaître vivantes, il ne peut nous emmener de l'autre côté, ce serait se nier lui-même."
Elle caressa le visage de Sofia en souriant.
"Aies confiance So-Fi-Ha. Ne crains rien pour moi, ma douce, j'ai connu les étreintes difformes de mon
époux depuis l'âge de quatorze ans, et si, aujourd'hui, je dois aller de l'autre côté de ce passage, au moins j'aurai connu l'étreinte d'un dieu."
La reine embrassa doucement les lèvres de Sofia et reprit sa place devant le dieu, qui les ignorait à présent.
"Je suis Néfertiti, Anubis, je suis la reine vivante d'Egypte, il te faudra bien l'admettre."
A genoux devant l'idole immobile, elle posa les mains sur les cuisses puissantes et sa bouche vint embrasser délicatement la peau noire qui sembla, un instant, frémir.
Presque malgré elle, Sofia, toujours frissonnante, fixait le somptueux profil d'ambre qui se détachait sur l'ébène. Toute répulsion l'avait quittée. Elle était suspendue aux gestes de Néfertiti par une sorte de stupeur éblouie, presque envieuse. La belle touchait l'intouchable, l'impossible, l'éternel et cette pensée devenait obsédante, tiraillait sa volonté autant qu'elle lancinait son ventre. Elle voyait la bouche se faire plus précise dans ses attouchements, plus insistantes dans ses caresses, la splendide bouche dont elle connaissait la douceur. Le désir, insupportable dictateur, lui broya l'estomac et Sofia osa se relever lentement, incertaine sur ses jambes flageolantes et s'approcher à nouveau, tête baissée, dans l'ombre du grand corps divin. Moite et tremblante, elle se laissa glisser à genoux devant les pieds d'Anubis, qui ne daigna lui accorder aucun regard, et n'osa plus bouger, incapable de tenter un mouvement qui satisfasse son désir.
Les mains de la reine glissaient doucement sur la cuisse ferme et dépourvue de toute pilosité. La peau noire du dieu semblait luisante dans la lueur irréelle des lieux. Sofia vit la langue rouge carmin de Néfertiti venir doucement caresser la chair, juste au-dessus du genou, et remonter sur le muscle saillant. Les mains de la jeune femme semblaient lisser la peau d'airain. Comme au ralenti, une de mains de Sofia vint, dans un mouvement hésitant, effleurer la peau sombre qu'elle s'attendait à trouver aussi glacée que la pierre d'une statue. Elle fut étonnée de la trouver chaude et parcourue de mouvements infimes, comme si les eaux du Nil coulaient sous la surface sombre et dense. Elle comprit que cela devait être le cas, le Nil faisait le dieu, et le dieu était dans les eaux du Nil, tous deux imbriqués dans une même réalité qui s'appelait l'Egypte. Elle entendit enfin la respiration du dieu, un halètement sourd, alors que la bouche et les mains de Néfertiti glissaient doucement vers le pagne doré. Comme le Nil, il était vivant et comme le Nil capable de colère et de crus bienfaisantes ! Ses mains, timides et maladroites, s'enhardissaient maintenant et partaient, curieuses et avides, à la découverte de cette peau étrange dont le trouble, aussi léger qu'un frisson d'air à la surface de l'eau, était un écho bien faible au tumulte qui bousculait le cœur, l'esprit et le corps de Sofia. Elle ressentait une soif inexplicable, l'envie de boire à cette peau, l'envie de faire tressaillir cette surface trop calme, l'envie de déclencher un orage sur le Nil, une envie folle, démesurée que la présence sensuelle de Néfertiti à ses côtés ne faisait qu'amplifier.
La main de la jeune reine avait entamé un mouvement de va et vient qui soulevait le pagne de manière évocatrice. Sa bouche vint bientôt se poser sur le pagne doré et, de ses dents, elle défit l'agrafe dorée qui le retenait. Le léger tissu glissa doucement sur les cuisses noires et alla se poser en boule sur le pont de bois.
Sofia vit pour la première fois ce que les mains de la reine avaient déjà découvert. La main fine aux ongles manucurés tenait une verge aux dimensions impressionnantes. Noire comme la nuit, elle se tendait dans la main qui semblait trop petite pour l'enserrer entièrement. La colonne noire devait faire vingt cinq centimètres au bas mot et s'ornait d'un gland rouge violacé. La bouche de la reine vint doucement effleurer le méat et sa langue, rose et habile, entama une douce caresse le long du membre divin. Sofia avait stoppé ses effleurements et observait, hypnotisée et électrisée la belle bouche s’aventurer sur le sexe monstrueux. Elle fut parcouru d’un long frisson qui dévora son échine quand elle sentit une des mains de la reine glisser sur son dos et l’un de ses doigts chercher son chemin entre le sillon étroit de ses fesses. Le doigt, léger et pourtant insistant, joua un instant sur sa rosette avant de glisser doucement dans l'anneau qui palpitait. Tandis que son doigt ouvrait une voie dans cette grotte secrète, la bouche de la reine s'arrondit autour du gland et elle le goba doucement. Affolée par l'attouchement insistant, le souffle haletant, Sofia se laissa aller contre la cuisse d'ébène, effleurant de ses exhalaisons de plaisir les bourses lourdes et gonflées de la divinité qui la dominaient. Les yeux mi-clos, gémissant doucement, elle suivait les lents et habiles va et vient de Néfertiti et il lui sembla que c'était elle qui embouchait délicatement le membre impressionnant. Elle ressentait le désir lui mordre le ventre, l'envahir de sa brûlure insidieuse. Elle fit glisser son visage vers les bourses, gagnant quelques précieux centimètres au plus près du visage de la Reine. Plus près encore. Et dardant un langue incertaine mais avide, elle commença à parcourir la peau frémissante de plaisir, le cœur battant de désir et de jalousie, voulant ce sexe pour elle, et les doigts de la reine plus profondément et plus fermement en elle, soudain affamée, exigeante, se retenant de ne pas rugir sous le fouet de la concupiscence.
Un deuxième doigt vint rejoindre le premier dans l'étroit passage de ses reins. Sofia gémit plus fort. Mais la reine poursuivait son œuvre, doucement, faisait glisser sa bouche sur la hampe noire, tendant son cou vers le membre qui s'enfonçait en elle de plus en plus loin. Elle happait la chair tendue, la faisant sienne et l'accueillant dans la grotte chaude de sa gorge palpitante. Le sexe du dieu avançait en elle de plus en plus profondément tandis que sa gorge laissait échapper des bruits de déglutitions de plus en plus pénible. Pourtant, au même instant, dans les reins de Sofia, les doigts de la reine se faisaient plus impérieux et la cadence de sa pénétration augmentait au fur et à mesure qu'elle progressait. Il restait encore cinq centimètres de chair à faire pénétrer en elle, lorsqu'elle s'immobilisa, à moitié suffoquée par le bâillon noir. Elle recula lentement la tête, libérant la verge qui luisait de salive. Elle donna un dernier coup de langue sur le gland et, prenant le sexe dans sa main, le dirigea vers les lèvres de Sofia, tandis que sa bouche embrassait le ventre plat du dieu et que ses doigts, rivés dans l’œillet de Sofia, la poussait en avant. Sofia réprima l'envie brûlante de se jeter goulûment sur la hampe arrogante pour y museler ses gémissements. Se contrôlant, elle approcha doucement ses lèvres entrouvertes, entourant d'abord le gland de la chaleur de sa bouche. Puis elle tendit le bout de sa langue et, en petites touches légères, le lapa avec application, en faisant le tour, découvrant le goût de la peau douce avec délectation et surprise, comme un met exotique qui lui serait offert. Elle n'osait pas lever la tête vers le Dieu. Pourtant, elle aurait tout donné pour voir ses yeux à cet instant, oser voir le regard du Dieu dans le plus humain des plaisirs. Alors pour juguler cette envie, elle s'appliquait de plus belle, couvrant toute la hampe de longues traînées de salive, parcourant la surface de la peau d'un bout à l'autre, gobant les testicules pour mieux s'en revenir de la base au sommet, agacer le frein, titiller le méat. Enfin, elle présenta l'arrondi de sa bouche au sommet rutilant, où perlait un peu d'élixir de vie, et offrit sa gorge à la pénétration. De sa langue, elle appuyait sur la verge qui forçait le passage de son diamètre impressionnant et la faisait descendre, peu à peu, la laissant envahir tout l'espace, jusqu'à suffocation.
La reine regardait la bouche de la jeune fille s'escrimer à gober le sexe tendu du dieu, l’encourageant de la pénétration vigoureuse de ses doigts. Anubis ne laissait paraître nulle trace de son excitation. Seuls ses yeux brillaient dans la nuit d'une lueur fauve.Il ne respirait guère plus vite, sa poitrine se soulevait à peine, mais ses pupilles brillaient intensément, comme des étoiles dans la nuit. Enfin, le dieu posa une main sur chaque tête pour guider leurs mouvements et il commença à balancer ses hanches pour rythmer la pénétration de sa verge dans la bouche de Sofia. Une main de la reine couraient sur le pubis noir et les doigts de son autre main s'enfonçaient toujours dans la chair de la jeune archéologue qui semblait au bord de la pâmoison. La bouche distendue par la verge imposante du dieu égyptien, Sofia subissait le rythme de plus en plus rapide de sa pénétration sans marquer de révolte, dompter par les doigts de sa compagne qui la pénétraient avec fougue. Soudain, le dieu saisit la tête de Sofia et enfonça la totalité de son membre dans sa gorge jusqu'à ce que le nez de la jeune femme s'enfonce dans sa toison pubienne à l'odeur fauve. Et il la maintint ainsi, fermement, immobile sur son sexe. Elle étouffait, son estomac se révulsait, des spasmes incoercibles se succédaient, lui tirant des larmes. Elle savait qu'elle ne tiendrait pas longtemps ainsi, le membre lui déchirant la gorge et lui coupant le souffle. Mais la main impérieuse ne relâchait pas son étreinte ni ne la forçait davantage. Il la maintenait simplement dans une totale reddition, aux portes de l'abandon. Un terrifiant incendie ravageait son ventre et elle ne savait plus si elle allait vomir ou mourir. Un voile pourpre dansa sous ses paupières closes tandis qu'un orgasme mortifère l'emportait. Le dieu la relâcha, extirpant son sexe luisant de sa gorge alors qu'elle s'effondrait en hoquetant sur le pont, les doigts de Néfertiti toujours rivés en elle, poursuivant leur caresse diabolique. Anubis saisit alors la reine, l’arrachant au corps de Sofia et l'allongea sur le sol aux côtés de la jeune fille. Lui écartant largement les cuisses d’un geste dénué de douceur et sans proféré un seul mot, il se positionna entre les jambes ouvertes et pointa son gland à l'entrée de son sexe qui pulsait. Les yeux mi clos, le ventre encore tordu par la jouisance, Sofia vit le sexe d'Anubis s'enfoncer dans l’intimité de Néfertiti qui poussa un feulement rauque. Alors que le dieu, lentement s'enfonçait dans son corps, que la hampe démesurée disparaissait comme Râ à l'horizon, la reine tourna son visage vers Sofia et s'empara de sa bouche pour l'embrasser avec ardeur. La main du dieu vint caresser la cuisse de Sofia et tandis qu'il commençait à donner des coups de reins furieux, il enfonça deux doigts épais dans l'intimité de la jeune femme. Sous cette emprise, aussi inattendue que souveraine, Sofia reprit la bouche de Néfertiti de plus belle, la dévorant avec fougue, et, se cambrant, s'ouvrant en frémissant, elle s'offrit davantage à l'intromission, sentant le plaisir afflué à nouveau en même temps que la morsure d'un désir tellement violent qu'elle avait la sensation de recevoir un uppercut dans l'estomac. Sans qu'elle le choisisse, son ventre venait chercher les doigts, son périnée se serrait, se refermant sur eux pour les happer, ne plus les laisser partir. Elle le voulait en elle, là, maintenant, encore. Plus fort. Et elle embrassait la reine, y cherchant un apaisement et un dérivatif. Son baiser était un hurlement de désir. Elle ondulait sur les doigts qui l’affolaient et sa danse s'achevait dans les arabesques forcenées de sa langue.
Le dieu, saisissant Sofia comme un fétu de paille, la retourna pour l'allonger sur le corps de la reine
d'Egypte, la plaçant de telle sorte qu’elle la chevauche. Tandis que les mains de la reine s'emparaient de ses seins et les caressaient avec passion, Sofia sentit la tête bestiale d'Anubis se poser contre son épaule et la langue râpeuse du dieu vint caresser sa joue. Se retirant du ventre de la reine, il se présenta à l'orée de son sexe. Elle sentit le gland du dieu chacal effleurer son bouton gonflé et douloureux, écarter ses lèvres et glisser en elle d'une poussée, la remplissant sans plus attendre. Ses larges mains repoussèrent celles de la reine et il saisit ses seins, la redressant et la pressant contre lui, collant son dos frêle contre son buste large. La maintenant ainsi, rivé à son corps sans autre possibilité de mouvements que ceux qu’il lui imposait, il se mit à aller et venir en elle. Sa langue courait sur son visage, cherchait ses lèvres, buvait ses cris, volait son souffle. Elle n’était plus qu’un jouet entre ses mains, prisonnière d’une étreinte brutale. Elle s'abandonnait, chaloupant dans la prison de ses bras, emplie de Lui, cernée de sa présence, possédée totalement, répondant à chacun de ses élans par un élan plus fervent encore, se donnant comme on naufrage, se coulant en Lui, dans son désir, dans sa houle qui déchirait son flanc, qui la faisait aqueuse, ruisselante de sueurs et de stupre sur le corps de Néfertiti, déchaînée et rivée à l'immense corps, au sexe démesuré qui la pourfendait et la faisait mugir comme une sirène folle dans le tumulte d’une marée d'équinoxe. Elle était emportée, saccagée, ravagée par les vagues successives d'un plaisir douloureux, ballottée par les lames de la jouissance. Elle dérivait entre les bras puissants qui pressaient son corps, plus vivante et vibrante que jamais dans une petite mort infinie.
Il la maintenait encore contre lui, au-delà de ce qu’une humaine pouvait tolérer, enfonçant son sexe en elle en poussées longues et ardentes, la percutant comme un métronome fou, la forçant de sa verge puissante, avant de se retirer comme se retire la crue du Nil pour la laisser respirer un instant. Elle gémissait, haletante, alors que les doigts de Néfertiti courraient sur son ventre et s'emparaient de son clitoris qu'elles malaxaient habilement. Anubis, pendant son maigre répit, plongeait son pieu dans le corps de Néfertiti, la pourfendant avec délectation, l’obligeant à l’accueillir pour, à nouveau, la frustrer de sa présence et revenir au corps de Sofia. Il joua ainsi longtemps, s'enfonçant encore plusieurs fois en elles, les conduisant toujours plus loin dans les gouffre d’un plaisir innommable. Puis, il se redressa et pointa son gland contre la rosette épanouie de Sofia. Aussitôt, les mains de Néfertiti glissèrent sur les fesses arquées et en écartèrent les globes, offrant le corps de Sofia au sexe qui commençait à forcer ses reins.Bien incapable de révolte, elle tendait ses fesses dans une cambrure indécente, la croupe frémissante d'appréhension. Elle ne se préoccupait plus de savoir ni qui, ni quoi la possédait. Elle était devenue plaisir pur, absolu, ardent, un plaisir qui la submergeait totalement, exigeant tout d'elle. Et elle se livrait, reconnaissante, embrassant les peaux qui frôlaient ses lèvres, léchant les sucs, anéantie et revivifier tour à tour par le plaisir.
Le membre du dieu s'enfonça en elle d'une poussée mesurée tandis que la gueule béante du chacal laissait exhaler des râles qui ressemblaient à des grondements. Il entama un lent mouvement de balancier, s'enfonçant en elle pour se retirer aussitôt et revenir encore. Néfertiti caressait doucement le corps luisant de transpiration de Sofia, allongé sur le sien, l’apaisant et l’encourageant à se laisser aller plus encore. Le dieu, haletant et grognant à présent, augmenta la vitesse et l'intensité de ses coups de boutoir. Sofia flottait dans une sorte d’inconscience, entre volupté et douleur. Soudain, la colonne de chair s'immobilisa en elle, se figeant dans une immobilité de marbre et, malgré les brumes qui l’envahissaient, la jeune femme sentit un feu liquide se répandre en elle. Ce n'était pas la semence d'un homme qui se déversait en elle mais la substance d'un dieu, le suc intime qui courait dans le corps d'une divinité deux fois millénaire. Elle sentit le Nil l’envahir, la vie inonder son corps. C'était une sensation d'une incroyable intensité, presque insoutenable, comme si l'intérieur de son être, tout à coup submergé par un feu glacé qui se répandait dans chaque molécule, se tordait et explosait dans des tourbillons multicolores. Et elle se tordait effectivement sous le grand corps qui restait rivé en elle, poussant un long râle guttural sans même s'en rendre compte, la peau parcourue de longs et violents frissons. Ce n'était pas un orgasme, c'était bien au delà, un paroxysme dans lequel s'unissait vie et mort, le bigbang d'une fusion impossible. Ce qui la traversait était le principe de vie même et son corps de mortelle était secoué par la révélation, dans un état d'extase qui entremêlait la plus terrifiante des souffrances et le plus incroyable plaisir. Elle avait perdu toute notion de temps, elle était devenue l'éternité et le néant ... l'espace de cette union. Le dieu recula et dégagea son corps de l'étreinte brûlante de la jeune fille. Dans la lumière blafarde de cette nuit souterraine sa hampe luisait doucement. Il se tint immobile, souverain, intouchable, observant les deux femmes allongées devant lui et qui semblaient encore onduler sous la houle du plaisir. Doucement sa main s'éleva au dessus de lui, les doigts écartés.
"La vie… qu'il en soit ainsi."
Le corps du dieu se mit à luire dans la nuit et bientôt l'insoutenable clarté, qui baignait à présent le fleuve jusqu’à noyer le paysage alentour, obligea les deux femmes à fermer les yeux. Malgré cela, Sofia sentait que la lumière s'infiltrait en elle, la parcourait, semblait la dissoudre.
Soudain la clarté parut s'atténuer un peu et se fondre. Alors elle battit doucement des paupières et ouvrit les yeux avec prudence. Elle était allongée au fond de la niche qui s'était éboulée sous ces pas. Le soleil brillait au-dessus d'elle et sa tête lui faisait atrocement mal. Depuis combien de temps se trouvait-elle dans ce lieu ? Au loin, plusieurs voix l'appelaient. Elle reconnut, dans l'une d'elle, celle de son guide.
Avec difficulté, elle se redressa un peu. La douleur atroce qui vrillait son crâne l’obligea à se laisser retomber. Chaque mouvement la faisait grimacer de douleur. Elle avait l'impression d'être écorchée vive tant sa peau était sensible au moindre frémissement de l'air. Elle parvint malgré tout à appeler, d'une voix assourdie, signalant sa présence, avant de s’effondrer sur le sol sablonneux, à bout de force. Sa tête tournait et une violente nausée la torturait. Elle referma les yeux et se mit à respirer faiblement. Le jeune guide se jeta dans le trou tandis que plusieurs têtes apparaissaient en contre-jour.
"Elle est là, venez vite, elle est là...."
Au bord de la cache, plusieurs hommes s'invectivaient ; on accusait notamment un certain de Mokhtar qui avait été chargé de la rechercher dans cette zone. Aziz lui avait prit la main, avait cherché son pouls et, serrant sa paume moite dans la sienne, il hélait maintenant les hommes pour qu'ils se pressent d’intervenir.
"Nous vous avons cherché partout, toute la nuit. Allah soit loué vous êtes là... et vivante !"
Des hommes, portant un brancard, apparurent au bord du trou et, avec d'infinies précautions, on la retira de la petite pièce. Une fois déposée à l'ombre d'une tente, le médecin se pencha sur elle, vérifia son pouls avec douceur, passa une main fraîche sur son front, avant de lui faire une injection de calmant.
Les hommes attendaient sagement devant la tente alors que le visage du docteur se penchait doucement vers l'oreille de sa patiente.
"So Fi A, je t'attends depuis plus de cent vies, à présent tu es là. Tu vois, Anubis tient toujours ses promesses ; la vie, la vie avant tout."
Alors, doucement, la femme médecin effleura du bout des lèvres les lèvres de la femme endormie.
Un des vieux archéologue se présenta à l’entrée de la tente. Inquiet, il venait s’enquérir de la l’état de sa jeune collègue.
"Docteur Nefher, comment va-t-elle ?"
La femme médecin releva son visage à la beauté antique et se tourna en souriant vers lui.
"Ce n'est rien, un mauvais coup, rien de grave ; un peu de repos et tout ira bien."
Puis plus doucement, en reprenant la main de Sofia dans la sienne.
"Oui à présent tout ira bien."
Lentement, émergeant peu à peu de la sensation de malaise, Sofia prenait pleinement conscience de ce
qu'elle venait d'entendre, ces mots, empreints de douceur et d'espoir, qui éveillait en elle un trouble délicieux. Elle battit des paupières, peinant encore à accommoder sa vision et parvint enfin à ancrer son regard dans celui de la femme qui lui tenait la main. Avant de la voir, elle savait. Pourtant le choc fut énorme. Là, dans la lumière doré se découpait l'ovale parfait du plus bouleversant des visages. Son cœur s'emballa et elle pressa très fort la main qui tenait la sienne et murmura dans un soupir :
"Oui ! Oui, tout ira bien à présent."
Et avec un doux sourire, sans lâcher la main, elle referma les yeux pour remercier Anubis, et sa grande mansuétude, qui leur avait offert le plus beau des présents.
08 décembre 2005
Shogun, la voie du sabre.....
Le soleil déclinait doucement à l’horizon qui se teintait de pourpre comme un incendie semblant se propager au ciel tout entier. Les petites maisons de bois alignaient leurs murets le long de la ruelle qu'elle arpentait. Elle devait être folle, c'est du moins ce que son officier de mari ne cessait de lui répéter jour après jour. Aller ainsi se perdre dans cette ville inconnue, au gré de ses promenades, quitter leur demeure cossue du quartier occidental d'Edo pour s’enfoncer dans les méandres de la cité, sans protection, était parfaitement déraisonnable. Mais tout dans cette ville était fascinant, tellement différent de tout ce qu'elle avait connu à ce jour. Lorsque son mari et elle avaient quitté Paris pour se rendre au Japon, elle ne s'attendait pas à un tel changement, tout y était étrange et imprévu. Maximilien, son mari, avait pris son poste auprès des conseillers militaires du jeune Empereur Meiji. L'arrogance, la morgue hautaine des soldats japonais correspondaient parfaitement au caractère de son époux. Quant à elle, elle s'était sentie tout de suite mal à l'aise dans le quartier réservé aux étrangers, où l’on vivait en s’observant à la dérobée, prisonniers de pesantes conventions. Elle voulait connaître cette ville qui s'étalait sous ses pieds, rencontrer ces gens étranges qu'elle croisait parfois, vêtus de somptueux kimonos ou d'armures rutilantes, leurs sabres glissés sous leurs ceintures de soie, ces femmes mystérieuses qui semblaient flotter plus qu'elles ne marchaient, comprendre ce monde interdit. Seule, elle tentait d’apprendre des bribes de japonais. Seule, elle partait donc tous les jours en promenade, malgré les injonctions de son époux, regardant, écoutant ces mots sans sens autour d'elle, tentant d'en saisir l'essence si exotique. Mais aujourd'hui, il fallait qu'elle se l'avoue, elle aurait mieux fait de rester chez elle, à coudre sagement ou encore à discuter oisivement avec d'autres épouses de militaires. Elle s’était bel et bien perdue, au milieu de la cité inconnue, dont elle ne comprenait ni le langage, ni la culture.
Elle réprima à grand peine la panique qui commençait à la gagner et essaya de trouver un endroit d'où elle pourrait se repérer. Malgré sa frayeur, elle ne cessait d'observer le décor qui s'offrait à elle. Cette ville était un vrai dédale mais chaque passage emprunté s'ouvrait sur un jardin ou sur une petite maison de bois ouvragée ou encore sur l'un de ces petits marchés si parfumé et coloré qui l’enchantait. Alors, à tant marcher les sens aux aguets, elle en avait perdu toute prudence et s'était enfoncée dans les artères tortueuses, bien plus loin qu'elle ne l'avait jamais fait. Elle finit par se rendre compte que les habitants la dévisageaient avec curiosité, avec une certaine hostilité même. Sans doute était-elle la première européenne à oser s'aventurer dans ce quartier et elle devait avoir un air complètement égaré. Elle avait beau chercher du regard, pas un endroit qui lui rappela son parcours. Et quand elle croyait en trouver un, quand un pignon de maison l'attirait, lui rappelant quelque chose de déjà vu, c'était toujours une fausse piste qui la perdait encore davantage. Il allait falloir qu'elle se résigne à demander de l'aide, tant bien que mal. Elle se dirigea avec appréhension vers ce qui ressemblait à une petite échoppe, pensant qu’un commerçant serait plus amène et plus apte peut-être à la comprendre.
Un groupe de jeunes gens se tenait devant l'échoppe. Ils la regardaient s'avancer vers eux avec curiosité. C’était bien la première fois qu'une de ces femmes étrangères venait se perdre ainsi au milieu des ruelles de la ville. On pouvait les voir passer dans leurs fiacres, l'air hautain et regardant les insulaires comme s'ils s'agissaient de sauvages. Mais c'était bien la première fois que l'une d'elles s'aventurait, seule et à pied, dans les vieux quartiers de la ville. Elle semblait perdue et avançait avec appréhension, regardant à gauche et à droite, comme pour chercher un point de repère, quelque chose qui lui permette de retrouver son chemin. Elle s'adressa à eux dans un langage étranger qu'ils ne comprirent pas. Tout juste comprirent-ils ses « Watachi wa furansujin desu » piètrement prononcés. Ils se regardèrent en haussant les épaules, ne sachant pas vraiment comment se comporter en présence de cette étrangère. Officiellement, les étrangers étaient les bienvenus dans l'empire, mais le comportement qu'ils adoptaient face aux Japonais les avaient vite rendus impopulaires. Finalement, ils convinrent, en l’entendant répéter « Doko » à tout bout de champs, qu'elle était perdue et devait demander son chemin. Un des jeunes hommes lui fit signe de le suivre, pointant son doigt vers une ruelle.
s. remercia en souriant doucement, joignant ses mains sur sa poitrine et abaissant la tête, comme elle l'avait vu faire par bon nombre d'autochtones. Elle espérait ne pas être trop ridicule et plus que tout, souhaitait que ces jeunes gens l'aient comprise et lui permettent de sortir promptement du labyrinthe de rues dans lequel elle s’était irrémédiablement égarée ; il se faisait tard et son époux allait rentrer, sans la trouver. Elle aurait droit à une jolie leçon de morale et le verrait se fâcher car rien ne serait prêt à son arrivée, ni elle, ni le dîner. Le dîner ! Mon dieu ! Elle avait complètement oublié qu'ils étaient invités à une réception chez l’Ambassadeur ce soir ! Il fallait qu'elle sorte de là, qu'elle regagne les quartiers occidentaux au plus vite. Elle emboîta le pas à son jeune guide, le suivant dans l'étroite ruelle, dont l'aspect peu engageant lui aurait fait rebrousser chemin si elle avait été seule. Elle se rapprocha de lui et tenta de lui faire comprendre qu'il fallait marcher plus vite, répétant inlassablement pour le presser « Hayaku. Kudasai. Hayaku ! » Elle s'affolait et se rendit compte que ses gesticulations devaient paraître complètement incohérentes. Elle secoua la tête d'un air navré et lui fit des signes désespérés pour qu'ils poursuivent leur route.
Ils continuèrent leur chemin, à travers la vieille ville. La pluie de la veille avait rendu les voies terriblement boueuses et le bas de sa robe ne garda plus que le souvenir de la couleur blanche des dentelles. Les rues devenaient de plus en plus étroites, de plus en plus désertes aussi. Ils tournèrent au coin d'un immeuble pour se retrouver dans un cul de sac. En face d'elle se dressait un grand mur aveugle. Elle se tourna vers son guide qui la regardait en souriant, les yeux brillants. Ce n'est qu'alors qu'elle constata que trois autres jeunes gens les avaient suivis et qu'ils lui barraient le passage. Ils la regardaient, la détaillant fixement, et commencèrent à avancer vers elle.
Elle eut envie de hurler. De rage. Contre elle même et sa stupidité qui l'avait faite se perdre. Et sa naïveté qui l'avait amenée à suivre n'importe qui n'importe où. De terreur aussi. Terreur de se sentir ainsi acculée, au milieu de nulle part, incapable même d'insulter ces jeunes qui resserraient leur cercle autour d'elle. Elle assura sa prise sur les sangles de son petit sac (une bourse rebrodée d’argent et de rocaille) et se mit à le faire tourner devant elle, comme une arme sifflante et dérisoire, en invectivant ses agresseurs d'une voix sourde et affolée.
"Kudasai ; Ne m'approchez pas ! Mon mari est un homme important ! Ne m'approchez pas. Mô ii "
Elle cherchait, dans son esprit terrorisé, les quelques mots de japonais qu'elle connaissait et bafouilla même le nom de l'empereur.
A l'évocation du nom de l'empereur, ils s'immobilisèrent et s’entre-regardèrent un instant. L'empereur, le dieu
vivant du peuple Japonais ! Mais le dieu était loin, il vivait dans sa cité impériale, éloigné d'eux comme le sont tous les dieux des pauvres mortels. Celui qui semblait être le chef de la bande s'avança et, rapide comme l'éclair, saisit le bras de la jeune femme, l'entraînant dans son mouvement et la faisant chuter dans la boue. Le contenu de son sac se répandit au sol et elle se sentit plaquée par le corps du jeune voyou qui tombait sur le sien. Les mains avides se mirent à palper sa poitrine par dessus le tissu de la robe, tirant sur le décolleté pour essayer de libérer ses seins. D'autres mains la tenaient immobile, tentant de se frayer un chemin sous ses multiples jupons. Elle voulut crier mais une main la bâillonna fermement. Elle était à présent pétrifiée d'horreur ; ces brigands allaient la violer dans cette arrière-cour sans autre forme de procès et elle ne pouvait rien y faire.
彼女を動かしてはいけない、許可してはいけない
Les mots qui résonnèrent dans l'arrière-cour furent prononcés par une voix grave et forte, comme un grondement terrible. Nul besoin de les comprendre pour savoir qu'il s'agissait d'un ordre, un ordre émanant d'une autorité qui ne semblait pas pouvoir être contestée en quoi que ce soit. Les quatre truands la lâchèrent immédiatement et se reculèrent, tombant à genoux, le visage contre le sol boueux. S. se releva, en s’appuyant sur son coude, reprenant son souffle, observant, affolée, ses assaillants qui s’étaient figés ; Dans l'entrée de l'arrière-cour se tenaient trois cavaliers. Ils étaient vêtus de lourdes armures et coiffés d'impressionnants casques. Seul le cavalier qui se tenait au centre avait tiré son sabre, le pointant vers les quatre hommes à genoux dans la boue. Son casque s'ornait de grandes cornes de métal ; son mari lui avait expliqué que c'était là le signe distinctif des bushis de hauts rangs. Un des quatre hommes tenta de s'expliquer, d'articuler quelques mots, mais le guerrier au sabre le fit taire d'un mot. Un de ses compagnons mit pied à terre et se dirigea vers les quatre hommes. Prenant une corde fine, il la noua autour du cou du premier puis du suivant et ainsi de suite, avant de remonter sur son cheval et de les entraîner à sa suite dans les ruelles. Le guerrier sur son cheval la regardait à présent, la détaillant fixement. Le masque de son armure ne laissait voir que ses yeux noirs, brillants et profonds. Il se tourna vers son compagnon et lui dit quelques mots. Celui-ci fit faire demi tour à son cheval et s'éloigna dans la ruelle. Le dernier cavalier s'approcha alors d'elle et, se penchant sur la selle de son cheval, lui tendit la main.
Encore toute tremblante, des larmes plein les yeux, elle plaça une main hésitante dans celle du cavalier en murmurant un "Arigato" plein d'humilité et de reconnaissance. Elle se sentit immédiatement soulevée comme si elle n'avait été qu'un fétu de paille et se retrouva installée entre l'encolure du cheval et le torse du terrible guerrier, qui la dominait de toute sa hauteur. D'une main, il enserra sa taille, tandis que l'autre transmettait ses ordres au cheval qui partit à belle allure dans les ruelles. Malgré sa position, si peu convenable pour une femme du monde - mais elle n'avait plus rien de guère convenable, le visage et sa robe maculés de boue et les mèches folles de ses cheveux défaits lui barrant les joues - elle le remercia intérieurement de la tenir si bien serrée. Jamais elle n'était montée de la sorte et elle en concevait un délicieux vertige, mélange d'effroi et de ravissement. De sentir ainsi les mouvements du cheval, de voir les rues de cette position élevée était autrement plus excitant que les lentes promenades en calèche. Son coeur battait très fort et le bras qui enserrait si fermement sa taille n'était pas pour rien dans son émoi. Elle se prit à espérer qu'il savait où la conduire. Elle se prit à espérer que le trajet durerait.
Ils chevauchèrent une dizaine de minutes à travers les rues vides à présent. Petit à petit, les demeures devenaient plus cossues et espacées. Elles ne donnaient plus sur la rue mais étaient en retrait, enfoncées dans de petits parcs, sous le couvert des cerisiers. Ils s'immobilisèrent devant une entrée surmontée d'un arc de bois finement ouvragé et pénétrèrent dans les jardins d’une maison. C'était une vaste demeure de bois et de papiers de riz, des lampions suspendus à intervalles réguliers en éclairaient doucement la façade. Ils mirent pied à terre devant ce qui semblait être l'entrée principale de la demeure. Immédiatement, plusieurs femmes, vêtues de kimonos, se portèrent à leur rencontre, et, prenant s. par la main, l’invitant à se déchausser, plaçant sur ses pieds couverts de boue de fins chaussons de soie, la conduisirent vers l'intérieur, l’entraînant à leur suite sur le parquet de bois qu'elle macula de boue, s'en sentant étrangement honteuse. C'était la première fois qu'elle pénétrait dans une maison japonaise ; elle fut frappée par le dénuement de la décoration et la simplicité des meubles qui la composaient. Elle eut le temps d'apercevoir son sauveur qui se tenait dans une pièce. Deux servantes s'affairaient à lui retirer son armure. Il était nue tête et elle pouvait enfin apercevoir son visage ; il devait avoir la quarantaine, plutôt grand pour un asiatique, son menton carré avait une expression ferme et volontaire. Leurs regards se croisèrent encore et elle se sentit étrangement troublée, sous le feu sombre de ses yeux. Mais déjà, les trois femmes la tiraient plus loin. Ecartant deux panneaux coulissants, elles la firent entrer dans une pièce où trônait un immense baquet de bois rempli d'eau fumante. Les trois femmes le lui désignèrent, lui faisant signe de retirer ses vêtements et de prendre place dans l'eau chaude.
Malgré l'étrangeté de son arrivée et de sa situation, elle ne se fit pas prier. Elle était impatiente d'effacer les souillures de son horrible mésaventure et de retrouver un aspect plus présentable. Rougissante bien malgré elle, elle retira ses vêtements chiffonnés, déchirés et salis et se tourna vers les femmes pour quémander de l'aide afin de défaire son corset. Elle vit leurs regards écarquillés par la surprise, en découvrant l'étrange harnachement qui comprimait sa taille, mais elles comprirent rapidement comment venir à bout du laçage et les mains fines s'activèrent pour la libérer, non sans laisser échapper quelques éclats de rire et des phrases incompréhensibles. Enfin, nue, elle se dirigea vers le baquet fumant dans lequel elle s'installa doucement, en soupirant d'aise, se détendant réellement au contact de l'eau bienfaisante dont le parfum suave envahissait ses narines. Elle ferma les yeux de bien être. Sa frayeur passée s'estompait. Le temps se dissolvait lentement dans la chaleur de l’eau. Contrecoup de l'intense émotion qu'elle avait connue, une douce torpeur l'envahissait qu'elle ne souhaitait combattre.
Ella allait s'assoupir lorsqu'elle sentit un contact contre elle ; une des femmes venait de se dévêtir et se glissait dans l'eau du bain, tenant à la main une éponge. D'autorité, elle entreprit de glisser l'éponge douce sur le corps tendu de s., massant d'abord ses épaules pour descendre, doucement, le long de son bras et atteindre ses mains, avant de remonter pour passer au bras suivant ; puis elle lui fit signe de se tourner et de lui présenter son dos qu'elle commença à masser doucement, faisant glisser l'éponge du haut de ses épaules au bas de son dos. Elle prit grand soin de la laver consciencieusement, caressant ses fesses avec une attention qui semblait à s. un peu trop attentive pour être définitivement honnête. En ayant terminé avec son dos, elle la fit encore une fois se tourner et commença à laver sa poitrine avec la même attention. S. eut le temps, enfin, de la détailler. La jeune femme devait avoir une vingtaine d'année, des yeux en amandes brillants et une bouche rouge carmin finement dessinée, son corps gracile semblait recouvert de satin précieux tant sa peau semblait douce.
C'était la première fois, depuis qu'elle n'était plus un tout petit enfant, qu'une personne s'occupait de sa toilette. Et cette nouveauté, si surprenante, était délicieuse, délicieuse et troublante, tant par la douceur des gestes, leurs lenteurs étudiés, qu'à cause de la beauté de celle qui les exécutait. s. n'osait trop relever les yeux et se laissait faire, les paupières mi-closes, se livrant au savoir faire de la jeune femme, consciente d'avoir une chance inouïe, dans son malheur, de pouvoir être ainsi accueillie et entourée de soins alors qu'elle n'était qu'une étrangère qui connaissait si peu de choses à la culture du pays où elle vivait presque en prisonnière - de luxe certes, mais elle y étouffait pourtant !- et si peu de mots qu'elle ne savait que murmurer de timides "Arigato" pour exprimer sa reconnaissance. De penser à sa prison dorée l'inquiéta à nouveau. Quelle heure pouvait-il bien être ? Et en elle une petite voix souffla "Quelle importance ?" Elle était bien, là, pour la première fois depuis qu'elle était dans ce curieux pays, elle se sentait vraiment bien, elle avait l'impression d'exister vraiment.
Les mains de la jeune fille glissaient sur son corps, n'omettant aucune partie, prenant le plus grand soin de la toilette qu'elle prodiguait à la jeune femme. Ses deux compagnes, pendant ce temps, étudiaient le corset en riant. Elles auraient aimé pouvoir parler la langue de l'étrangère afin de lui demander pourquoi son époux la punissait ainsi, l'obligeant à porter pareille prison autour de son corps. La main de la jeune fille remontait le long de sa cuisse à présent, appliquant l’éponge contre la peau tendre. Elle s'attarda sur le pli de l'aine et glissa sur son intimité, caressant doucement le sexe de s. Elle sourit à s., révélant, entre ses lèvres incarnat, une série de dents nacrées et brillantes. Mais elle s’interrompit brusquement. Les panneaux de bois s'écartaient, laissant le passage à une femme revêtue d'un luxueux kimono blanc. Si la jeune fille dans le bain était charmante la femme qui venait de pénétrer dans la pièce était d'une beauté éblouissante. La trentaine, son visage exprimait une immense douceur, la pâleur de sa peau était encore mise en valeur par les longs cheveux noirs qui tombaient sur ses épaules, descendant jusqu'à ses reins. Le kimono dessinait la forme d'un corps parfait dont on pouvait deviner les courbes somptueuses. Les deux femmes se jetèrent à genoux et saluèrent l'arrivante. La jeune fille dans le bain cessa sa caresse avec regret et inclina la tête, avec un infini respect, pour saluer. Flottant sur le parquet de bois, la jeune femme s'avança vers s. et la salua d'une petite inclinaison de tête.
" Konnichiwa. Je suis dame Yushi, la compagne de Masami Yoshida, le seigneur qui vous a sauvée. Je vous souhaite la bienvenue dans notre demeure, et j'espère que nous pourrons obtenir le pardon pour la conduite de ces voyous à votre égard."
S. qui lui avait rendu son salut, relava vers elle des yeux éberlués. Elle était subjuguée tant par la beauté de son hôtesse que par sa parfaite maîtrise du français et elle la regardait, bouche bée, ne trouvant plus ses mots. Elle lutta contre sa confusion, secoua la tête et osa
" Hajimemashite. Je vous remercie de votre accueil noble Dame et vous prie de m'excuser. Je dois vous paraître
bien stupide et bien inconvenante à vous dévisager de la sorte. Mais je m'attendais si peu à entendre ma langue. Je suis votre obligée Madame. Votre époux m'a sauvée et vous me faites les honneurs de votre demeure. Je ne sais comment vous exprimer ma gratitude..."
Dame Yushi lui sourit doucement.
"Ne vous étonnez pas. J'ai appris votre langue au contact des missionnaires français, durant mon enfance. Nous sommes vos obligés ; la conduite honteuse de ces voyous fait retomber toute la honte sur l'ensemble du peuple de mon pays. Terminez votre bain, vous serez ensuite l'invitée de notre maison pour le repas du soir." Se tournant vers les deux servantes, elle leur fit signe d'emporter les habits souillés. "Mes dames de compagnie vont prendre soin de laver et recoudre vos habits. Nous ne pouvons vous laisser repartir ainsi dans des haillons, ce serait une grave insulte faite à votre peuple, et à votre époux. Mon mari a dépêché un messager auprès de l’Ambassadeur pour l'aviser de votre présence ici et lui signifier que vous êtes saine et sauve. Votre époux ne saurait tarder pour vous ramener en votre logis."
Masquant la nudité de son corps dans l’eau du bain, un peu décontenancée par cette conversation si conventionnelle dans ce lieu qui l’était si peu, s. s’empressa d’ajouter, en masquant sa déception :
"Oh je vous remercie Yushi-sama, pour toute la peine que vous vous donnez pour moi et j'aimerais pouvoir parler votre langue aussi bien que vous parlez la mienne pour vous rendre les honneurs que vous me faites. Croyez-moi, j'ai oublié l'outrage puisque, grâce à lui, il m'est donné de vous rencontrer !" …et d'échapper à ma prison ! pensa s. sans le dire. Et ce soir, elle n'était guère pressée de retrouver son triste statut d'épouse de diplomate tant elle prenait plaisir à la découverte des merveilles de la demeure du seigneur Yoshida.
Dame Yushi frappa dans ces mains et la jeune fille qui massait s. sortit du bain, entourant son corps d'un grand drap blanc. Puis, tendant la main vers s., elle lui dit
"Dasu bâsan"
Elle ne comprit pas le sens des mots mais saisit bien qu'on l'invitait à quitter la douceur chaude du bain. Sous le regard de Yushi-sama, elle abandonna presque à regret le baquet et frissonna tout de suite tant la différence de température la saisissait. La jeune fille l'entoura immédiatement d'une grande pièce de tissu et entreprit de lui frictionner vivement le corps pour la réchauffer. Ses mains n'étaient décidemment pas innocentes, le séchage, qui avait dans un premier lieu été fort énergique, se transformait petit à petit en caresses lascives par dessus le linge humide. La jeune fille tourna la tête vers sa maîtresse et souffla doucement vers elle.
"Hoshii ?"
Dame Yushi leva les yeux au ciel et secoua la tête et lui fit signe de sortir. La jeune fille partit en courant dans le couloir en riant, caressant du bout des doigts la main de s. au passage. Yushi se pencha vers un coffre qu'elle entrouvrit, sortant un kimono de soie pourpre orné de motifs brodés représentants des fleurs de lotus.
"Veuillez pardonner à Mashiko son impertinence, elle est une impossible gamine, elle n'a jamais vue de femme occidentale et se demandait quel goût vous pouviez avoir."
Tout en disant cela le plus naturellement du monde, elle aidait s. à enfiler le luxueux kimono de soie.
s. essayait de masquer sa gêne tant bien que mal, n'osant comprendre à quelle sorte de goût faisait référence Dame Yushi. Elle se sentait particulièrement gauche en tentant de vêtir l'étrange draperie de soie, gauche et troublée par cette proximité si sensuelle des corps, maladroite et excitée comme une enfant devant un déguisement princier qui lui refuserait ses secrets. Ses doigts s'emmêlaient dans les larges manches et le contact de la soie la faisait frissonner. Elle fit un geste un peu trop brusque et laissa échapper un petit rire contrit
"Je ne suis décidément pas très habile pour me plier à vos coutumes. J'ai l'impression d'être une sauvage découvrant des raffinements inconnus. Pardonnez ma maladresse Yushi-sama, j'ai tant à apprendre de votre culture."
Yushi lui sourit doucement.
"Ne soyez pas gênée, il faut des années pour apprendre à revêtir un kimono, imaginez que je vous ai fait porter un Juni-Hitoe, nous serions encore dans cette pièce à l'aube. De plus, je ne serais guère plus habile si je tentais de trouver l'ordre dans lequel il faut enfiler la multitude de jupons qui composent votre vêture, surtout cet étrange objet qui vous serrait la poitrine."
Elle finit d'ajuster le kimono, se recula un peu.
"C'est tout à fait bien, vous le portez fort joliment. Prenez place sur le tabouret, je vais peigner vos cheveux, ensuite nous nous rendrons auprès de mon époux dans le Chashistu pour le Chanoyu"
Se saisissant d'un peigne d'ivoire, elle commença à peigner doucement les cheveux de s, démêlant les mèches avec application. Ses mains étaient douces et fraîches et venaient parfois effleurer la peau de s, peut être plus langoureusement que ne l'aurait permis la bienséance.
s. avait fermé les yeux. Elle avait failli demander à son hôtesse ce qu'était le chashistu et le cha... elle ne savait plus quoi, mais s'était vite persuadée qu'elle aurait tout le temps de le découvrir. C'était un instant de grâce qu'elle n'avait pas envie de rompre par un jeu de questions/réponses. Elle en profitait pleinement, s'immergeant dans un flot de sensations neuves, la douceur de la soie sur sa peau nue qui se réchauffait lentement à sa chaleur et était une perpétuelle caresse à chaque infime mouvement, la douceur des mains sur sa nuque, une autre caresse de soie tout aussi voluptueuse. Elle était troublée mais détendue, sereine, et elle souriait, les yeux clos avec la sensation délicieuse que rien de mal ne pouvait plus advenir, qu'elle était dans un bulle de perfection et de sérénité. Sans s'en rendre bien compte, elle laissa glisser sa joue contre la main délicate qui s'abandonnait sur son cou, un instant... et elle se ressaisit, se redressa, toussotant légèrement, confuse de son soudain laisser aller."Soumimassène" murmura-t-elle.
Yushi ne se départit pas de son sourire et effleura doucement la joue de la jeune femme.
"Venez, allons rejoindre mon mari, il doit nous attendre."
La prenant par la main, elle l'emmena à sa suite dans le couloir. Faisant glisser deux panneaux, elle entrouvrit l'accès à une petite salle dont le seul mobilier se composait d'une série de nattes et d'un petit poêle où se consumait un peu de charbon de bois. Et expliqua patiemment
"Voici le Chashistu, c'est la pièce où nous prenons le thé. C’est un moment important pour nous. Un acte très important qui se doit de tendre vers la perfection, cette cérémonie s'appelle le Chanoyu."
Soudain s. sursauta. Le seigneur de la maison se tenait derrière elles. Masami Yoshida était vêtu d'un kimono gris, rehaussé par un hakama noir. Il ne portait plus son katana et son regard semblait moins dur et impitoyable lorsqu'il se trouvait en compagnie de son épouse. Il détailla s. et sourit, se tournant vers Yushi il lui dit quelques mots. Celle-ci inclina la tête et se tourna vers s.
"Mon époux dit que vous portez fort bien le kimono et qu'il vous en fait présent pour tenter de racheter l'offense qui vous a été faite."
Sans attendre de réponse, Masami pénétra dans la salle et s'installa à genoux sur le tatami. Yushi fit signe à s. de s'installer près d'elle, aux cotés de son époux. Mashiko pénétra dans la pièce tenant un plateau avec de multiples accessoires. Elle posa la théière sur les braises, surveillant le feu, la température de l'eau. Mashami désigna la théière et parla un instant en regardant s. puis, se tournant vers Yushi, lui fit un signe.
"Masami dit que cette eau est la plus pure d'Edo, elle surgit d'une source préservée dans les collines du palais impérial, qu'il faut prendre grand soin de ne point trop la faire chauffer. Elle ne doit point bouillir."
Mashiko versait à présent du thé vert finement haché dans la bouilloire, à l'aide d'une cuillère en bambou taillé. Saisissant une sorte de fouet, elle commença à battre doucement le mélange, d'un mouvement rapide et fluide, faisant apparaître une mousse verte sur le liquide, puis, jugeant la préparation satisfaisante, tendit une tasse à s. qui soudain se rendit compte que 20 bonnes minutes venaient de se passer, vingt minutes à observer la minutie de chaque geste, empreint de sérénité et de recherche de la perfection. Elle prit le thé que lui tendait la jeune fille.
Et serra entre ses mains la tasse de grés brûlante, attendant que ses hôtes fussent servis, sans oser un mouvement.
Il n'y avait nulle impatience en elle. Elle appréciait cette lenteur, ce calme si apaisant des gestes, la douceur des respirations. C'était comme si le temps s'était suspendu et tout lui semblait extraordinairement beau, dans la plus pure simplicité, si loin de l'apparat ampoulé des salons qu'elle fréquentait avec son époux. Elle avait l'impression d'être là où elle avait toujours souhaité être... sans trop savoir à quoi ce lieu ressemblerait. Mais elle se sentait en paix avec elle même, en harmonie avec ce patient cérémonial. Elle regardait chacun des gestes exécutés par Mashiko et souriait à ses hôtes chaque fois qu'elle croisait leur regard, le coeur soulevé par une vague de gratitude spontanée, se sentant acceptée, sans a priori mesquin.
Le thé se prenait en silence, chaque gorgée, doucement, apportait un peu de sa chaleur odorante à l'ensemble. Le silence fut soudain rompu par une voix d'homme qui appelait précautionneusement, dans le couloir. Masami leva la tête
"Hai ?"
Les portes coulissèrent et un Bushi s'agenouilla dans l'entrée, les mains posées sur les cuisses. Il débita rapidement quelques phrases et, hochant la tête pour les saluer, se retira. Masami regarda sa femme avec un air interrogateur, puis s., avec une pointe de gène dans le regard, avant de reporter son regard sur son épouse. Yushi se tourna vers s. avec un air désolé.
"Cet homme revient du palais de l'ambassadeur. Votre mari vous fait savoir qu'il n'a point le temps pour l'instant de venir vous chercher et demande à ce que vous restiez ici pour la nuit. Il ne peut se permettre d'être en retard au bal de l'ambassadeur. Il vous fait savoir qu'il vous excusera auprès de son excellence." Yushi baissa la tête d'un air contrit. S. entendit la voix de Masami grommeler
"Aho.."
Avant de vider sa tasse d'une gorgée.
Le visage de s. était le théâtre d'émotions contradictoires. Elle se contraignit, à grand peine, à réfréner la joie qu'avait éveillée cette nouvelle et sentit la colère monter en elle. Elle se convainquit rapidement qu'elle devait la franchise à ses hôtes, ne serait-ce que pour la changer de l'hypocrisie des relations entre diplomates
"Ne prenez pas cet air désolé Yushi-sama. C'est sa façon à lui de me faire payer l'embarras dans lequel je l'ai mis en n'honorant pas l'invitation de l'ambassadeur et de me punir de ma désobéissance.
Il doit me croire horrifiée à l'idée de passer la nuit dans les quartiers nippons !"
Ses yeux noirs jetaient des flammes de colère et son visage s'éclaira d'un grand sourire
"Et bien, en cela il se trompe ! Je suis ravie d'échapper à ses sempiternelles réceptions guindées... et immensément honorée d'être parmi vous."
Un peu surprise de l'audace de sa déclaration, elle baissa la tête et vida sa tasse d'un trait, sans plus oser croiser les yeux de ses hôtes.
Yushi traduisit sa tirade à son mari qui la regardait d'un air perplexe. Il la scruta un moment puis son visage s'illumina d'un grand sourire. Il appela et immédiatement trois femmes, portant de nombreux plateaux couverts de multiples petites coupelles, pénétrèrent dans la pièce. C'était un festival de couleurs et de saveurs différentes qui nourrissaient le regard avant de nourrir le palais. Les dames posèrent les plats devant eux et se retirèrent doucement. Masami désigna chaque plat et en indiqua la composition : fruits de mers, coquillages, riz parfumé, poissons cuits et crus. Autant la cérémonie du thé avait été silencieuse autant le repas se montrait animé et plein d'entrain. Masami, de temps en temps, par l'intermédiaire de son épouse, interrogeait s. sur les moeurs et les coutumes des européens et Yushi répondait à son tour, de bon cœur, à toutes les interrogations de leur invitée. Mashiko avait saisi un koto et doucement pinçait les cordes, tirant une suave mélopée de l'instrument, ne cessant de sourire paisiblement à s.
Ce repas était un ravissement des sens. Les papilles de s. étaient titillées par des saveurs subtiles et chaque met goûté la surprenait agréablement. La conversation était un pur bonheur et elle en oubliait presque le barrage de la langue, tant les idées s'échangeaient dans la bonne humeur, avec vivacité et bel esprit. Elle répondait à la curiosité de Masami, tentant d’établir des comparaisons, parfois un peu fantaisistes et audacieuses, entre leurs deux cultures et apprenait, plus qu’elle ne l’aurait jamais cru possible, sur la culture de l’Empire Edo et le shogunat. La musique qui s'élevait doucement finissait de la combler. Elle souriait à ses hôtes et rendait ses sourires à Mashiko sans aucune gêne, toute à sa joie de la découverte et du partage.
Le thé vert avait fait place à l'alcool de riz, fumant dans de petits bols de céramiques. La liqueur brûlante enflammait les gorges. Masami dit quelques mots en direction de Mashiko dont les joues s'empourprèrent immédiatement. Yushi traduisit à l'attention de s.
"Mon époux demande à dame Mashiko où en est son irezumi."
Devant l'air totalement désorienté de s. la jeune femme expliqua plus longuement
"L'Irezumi est un tatouage traditionnel, Dame Mashiko a choisi de marquer son appartenance au clan Yoshida en portant sur son corps la démonstration indélébile de sa fidélité absolue."
La jeune fille posa son instrument au sol et leur tourna le dos. s s'avisa, à ce moment là, qu'à aucun moment elle n'avait vu ou fait attention au dos de la jeune fille durant le bain. Celle-ci fit glisser doucement son kimono, dévoilant la peau claire de ses épaules et son dos. Apparut alors aux yeux de s. un grand motif en voie de finition, le corps d'un dragon enroulé autour d'un arbre verdoyant s’offrit à son regard curieux et émerveillé. L'oeuvre était aux trois quarts terminée, il ne manquait plus que certaines zones à remplir de couleur et le dragon éclaterait de toute sa force sur la peau fine de Mashiko. Masami s'était approché de la jeune femme et étudiait soigneusement le dessin en hochant la tête d'un air approbateur. Il invita les deux femmes à le rejoindre pour contempler la finesse de l'oeuvre.
L'oeuvre était déjà si parfaite qu'il sembla à s. que le Dragon avait sa vie propre. Et l'éclat fabuleux de l'animal
l'attirait irrésistiblement. Elle avait envie d'effleurer les écailles multicolores, d'en suivre les contours, aussi reçut-elle l'invitation avec le plus grand plaisir. Cependant, elle s'approcha timidement, avec un infini respect, retenant son souffle, subjuguée par la beauté du dessin qui sublimait la chair opalescente de Mashiko.
"J'ai entendu dire que vos Dragons n'ont rien à voir avec les nôtres. J'ai lu quelques unes de vos légendes traduites. Mais j'ai peur que la portée de leur enseignement m'ait échappé. Toujours est-il que ce Dragon là est magnifique. Une force et une beauté à couper le souffle. Pardonnez-moi si ma question vous paraît insolente, est-ce le symbole de la puissance du clan Yoshida ?"
Dame Yushi traduisit la question à son époux qui regarda s. avec un air approbateur. Il hocha la tête tout en s'adressant à s., tandis que Yushi traduisait ces paroles.
"Le dragon du clan Yoshida signifie plus que la puissance et la force de la créature mythique, c'est avant tout le symbole du rôle de protecteur que se doit d'avoir le membre du clan. Depuis plus de 600 ans les Yoshida sont les protecteurs de la maison impériale, les bushis du clan ne vivent que pour la vie de l'empereur, ils forment la garde rapprochée du palais. Aujourd'hui, les choses ont changé, l'empereur s'est entouré de nouvelles idées, de nouveaux projets inspirés par les occidentaux. En un sens c'est une bonne chose, nul ne peut vivre en se repliant sur lui-même, ainsi le Japon doit s'ouvrir à la modernité. Le prix à payer, hélas, est la disparition d'un grand nombre de nos traditions. Certains le vivent très mal. Je sais que ma maison, mon clan, comme celui de tous les autres seigneurs de la guerre, est sur le point de s'effondrer. J'ai été tenté de suivre les grands seigneurs dans leur folle guerre, dans leur dernière bataille, celle qui se prépare en ce moment même et qui verra probablement la fin des samouraïs. Mais le devoir d'un Yoshida est avant tout de se tenir au coté de l'empereur, même si celui-ci souhaite votre disparition."
Il prit son verre de saké et le vida d'un trait. Dame Yushi posa sa main sur celle de son mari et le regarda tristement.
"Mon mari est un homme instruit et lettré. Il a essayé de faire comprendre à notre empereur qu'il devait exister un chemin entre les extrêmes, qui nous permette de changer, d'avancer, sans pour autant nous perdre. Mais l'empereur a arrêté sa décision, et rien ne peut plus sauver les Bushis."
Masami se leva en remplissant son verre et le leva vers le ciel.
"Buvons, buvons au dernier combat des braves, buvons à la fin d'une époque et à la naissance d'une nouvelle ère, ne pleurons plus hier et chantons demain."
Il vida son verre et dame Yushi fit de même.
III
s. but avec eux, le coeur infiniment triste. Elle ne savait que trop combien l'Empereur était entouré par une cours d'occidentaux avides qui, le flattant, le poussait sans cesse à renier sa propre culture. Et les français n'étaient pas les derniers ! Elle en avait tellement honte. Quand elle voyait cet homme, Empereur d'une contrée fabuleuse, apparaître en costume Napoléon
"Il y aura toujours des Samouraïs... aussi longtemps qu'il y aura des dragons"
Et elle savait qu'elle formait un voeu, un voeu pour ce pays dont elle s'était peu à peu mise à aimer les traditions, sans pourtant trop bien les comprendre.
Masami la regarda les yeux brillants. Les lanternes faisaient briller des flammèches dans ses yeux sombres. "Les Samouraïs ne disparaîtront jamais, peut être le Japon les oubliera-t-il un temps, mais au fond de chaque habitant de ce pays il restera toujours la lame d'un katana et le parfum du thé fumant. Lorsque les gens de mon peuple se seront aperçus qu'ils ne peuvent être ce qu'ils veulent qu'en acceptant ce de quoi ils sont originaires, alors seulement ils se trouveront eux-mêmes. L'empereur est jeune encore, il apprendra avec les années et un jour toutes les grandes nations qui se moquent de lui aujourd'hui comprendront qu'il ne fait pas bon défier le soleil Levant. Mais cessons là cette triste conversation, vous êtes notre invitée s. et nous ne voulons pas vous charger de nos soucis."
Il se tourna vers son épouse et lui fit un signe, celle-ci hocha la tête en souriant doucement tout en tournant le dos à s.
"A présent, voyez une oeuvre achevée."
Le fin tissu de son kimono glissa sur sa peau de soie. Le dragon était magnifique et semblait sur le point de s'envoler, la couleur paraissait presque mouvante, changeante.
"Ce tatouage a été réalisé par maître Oshiba, un des plus grands tatoueurs du japon. Oshiba utilise une technique toute particulière pour faire ressortir le grain de la peau lors de la séance de tatouage."
s. détaillait le tatouage, bouche bée. Il était somptueux, d'une extraordinaire finesse et empli de force à la fois. "C'est une merveille!" souffla-t-elle "Une pure merveille qui semble respirer, si délicatement et si intensément... posée sur une autre tout aussi extraordinaire merveille... Veuillez m'excuser encore... je ne sais si je peux... mais votre beauté Dame Yushi est si émouvante que je ne sais si vous êtes l'écrin du dragon que vous portez ou si c'est l'inverse !" s. se mordit les lèvres en rosissant d'avoir osé pareil compliment. Elle aurait fait un beau scandale en parlant de la sorte devant ses pairs !
Dame Yushi se tourna vers elle en souriant, inclinant doucement la tête, elle la remercia. "Je vous sais gré de ce joli compliment, mais votre peau tout autant que la mienne gagnerait à se voir ainsi ornée."
En se retournant, elle avait omis de remonter son Kimono et ses seins, aux pointes érectiles, semblaient se tendre
vers les mains de s. Elle put à loisir contempler la peau sans défaut de la jeune femme ainsi que le trouble qui semblait voiler le regard sombre. Mashiko, elle aussi toujours nue jusqu'à la taille, saisit son instrument et se mit à pincer doucement les cordes. Yushi reprit.
"Pardonnez mon impudence, mais dans mon pays le corps est une source d'inspiration et avoir entrevue le vôtre m'a inspiré des sentiments que je sais désapprouvés par le sens moral des européens, je vous prie de m’en excuser."
Disant cela Dame Yushi s'inclina profondément devant elle, attendant le pardon ou que s. lui signifie son congé.
s. fixait Dame Yushi, incrédule. Elle se sentait tellement insignifiante, tellement grossière que ce qui la choquait n'était pas l'attirance que venait d'évoquer la jeune femme mais bien qu'il y ait pu avoir attirance ! Délicatement, et infiniment troublée, s. saisit les belles mains fines et les pressa entre les siennes
"Oh belle et noble Dame, je vous en prie. Je reçois ce témoignage comme un honneur dont je me sens si peu digne ! N'ajoutez point la gêne à mon trouble en me demandant de vous pardonner pour une chose qui m'effraie sans doute, me flatte sans que je parvienne à y croire mais en rien ne m'horrifie ! Il y a longtemps déjà que se fait en moi une dure lutte contre une stupide éducation qui me plie à un rôle dans lequel j'étouffe !"
Et disant ces mots, pour la première fois, étonnée d'avoir su les formuler, elle cherchait le regard de Yushi pour être certaine d'avoir été comprise.
Les yeux de Yushi se levèrent pour croiser ceux de s, ils étaient à la fois troublés et brillants. A son tour elle pressa les mains de s. dans les siennes.
"Dame S., je ne saurais trop vous remercier pour ces mots, et l'écho qu'ils renvoient à mes propres sentiments."
Levant les mains de son invitée vers son visage, elle pressa doucement ses lèvres, délicatement teintes de vermeil, sur la peau de s. et embrassa doucement les deux mains tremblantes posées dans les siennes. Ses mains ne la lâchaient plus et, remontant la tête, elle planta son regard dans celui de s. et avança doucement vers le visage de la jeune femme. Leurs bouches n'étaient qu'à quelques centimètres l'une de l'autre et leurs souffles s'emmêlaient au gré de leur respiration. La poitrine de Yushi se soulevait de plus en plus rapidement.
"Dame s., laissez-moi, d'un baiser, réconcilier nos peurs et rassurer nos esprits."
Doucement les lèvres de la jeune femme se posèrent sur celles de s., comme un papillon se pose sur une fleur, le souffle léger d'un vent printanier qui venait effleurer, de sa fraîcheur, la fleur de son désir.
De surprise, s. faillit reculer. Mais elle céda à la douceur de l'effleurement, fermant les yeux, appréciant le pulpe délicat des lèvres de soie qui s'unissaient aux siennes en frémissant. En elle, une petite voix aigre tentait bien de crier
"C'est mal ! Dieu te voit et te juge !",
Son corps, son âme, voulaient ce baiser et ses mains désiraient caresser le dragon plus que tout. Sa main s'éleva, un instant, en direction du dos splendide, mais retomba, encore trop prisonnière d'une pruderie si bien ancrée qu'elle ne lui permettait pas d'oser, la première, des gestes que tout en elle pourtant souhaitait. Le coeur battant, les lèvres scellées à celles de Yushi, elle n'osait pas bouger.
Yushi gardait ses lèvres unies à celles de s, suspendant ce moment de fragile éternité, ce lien qu'elle sentait encore si ténu entre elle et la jeune femme. Elle pouvait sentir son souffle et les tourments de son esprit qui oscillait entre le désir et la fuite. Elle ne lâcha pas les mains, se contentant d'appuyer son baiser sur les lèvres de sa partenaire. Doucement, une de ses mains caressa un des poignets de s, glissant sous la manche de son kimono. Elle effleura l'avant bras du bout des doigts. Yushi pouvait entendre les soupirs de Mashiko, soupirs d'envie teintée de jalousie, sûrement, qui couvraient parfois la musique douce de son instrument. Les doigts de Yushi continuaient à caresser lentement la peau de s. Lentement, les lèvres de Yushi s'entrouvrirent, laissant le bout fin de sa langue caresser les lèvres closes de s, chercher délicatement le chemin qui les guideraient plus loin sur l’éclosion de leurs désirs.
Ne parvenant pas à réprimer le léger tremblement de sa bouche, s., le coeur à l'arrêt, entrouvrit les lèvres accueillant la langue douce, sa caresse suave, qui venait emporter ses dernières défenses. Sa main s'échappa enfin et effleura timidement le dos de Yushi, suivant de la pulpe des doigts la danse du dragon sur le dos de la belle. Et leurs deux langues entamèrent un lent ballet, tandis que l'instrument de Mashiko faisait naître une mélopée étrangement triste et envoûtante.
Dame Yushi soupira doucement tandis que les doigts de s. parcouraient son dos. Ce contact subtil faisait naître en elle des frémissements et elle sentait son corps répondre comme un instrument de musique sous le toucher de la jeune femme. Leurs langues qui s'emmêlaient avec douceur, en un long baiser, leurs langues, qui jouaient l'une avec l'autre se transmettaient leur désir, leur faim de l'autre. Ses doigts quittèrent la manche du Kimono et glissèrent sur le bras de s. pour remonter sur son épaule. Doucement, elle caressa la peau de son cou, sans jamais cesser de l'embrasser, et sa main fine commença à faire glisser le tissu sur la peau de s, révélant la peau qui frémissait sous la soie fine.
s. frissonna quand la soie commença à découvrir sa peau. La main, pourtant si fraîche qui l'effleurait, semblait brûler sa chair. Son baiser se fit haletant. Elle ouvrit les yeux pour diminuer le vertige qui s'emparait d'elle et l'envie de glisser au sol en entraînant Dame Yushi avec elle. Elle ouvrit les yeux... et elle croisa le regard de Masami. Deux braises dans un regard d'encre, fixées sur elles. Elle se figea, se cramponna aux épaules de Yushi, soudain confuse... elle avait complètement oublié sa présence.
Masami se leva. Son kimono se déploya, volant un instant autour de lui, puis retomba mollement autour de son corps.
Il dominait les deux femmes, toujours enlacées dans l'étreinte de leur baiser, la main de Yushi caressant doucement un des seins de s. Il dit quelques mots, un souffle rauque qui s'échappa de sa bouche presque closes. Dame Yushi interrompit son baiser et, regardant s. avec des yeux où brûlaient le désir et l'envie, elle lui murmura.
"Mon époux désire vous faire partager un autre aspect de notre culture, un côté que, peut- être, aucun occidental n'a jamais eu l'occasion de connaître, cela se nomme le shibari. Il s'agit à la fois d'un art et d'un jeu de corps et de cordes. Voulez-vous expérimenter cela avec moi s. ?"
s. la fixa, une interrogation intense et muette dans le regard. Shibari ? Elle n'avait jamais entendu ni lu ce mot nulle part et il n'évoquait rien pour elle. Elle leva lentement les yeux vers Masami qui la regardait toujours avec cette même lueur ardente plantée dans les prunelles et parla pour lui : "Il n'est rien que je ne souhaite plus que de pouvoir découvrir ce qui fait votre culture, sous tous ses aspects. Et je crois, ce soir, être prête à tout expérimenter. Shin den-shin (un coeur parle à un autre coeur)." Et elle sourit doucement en baissant les yeux.
Masami se tourna vers Mashiko avec un sourire et lui fit un petit signe ; celle-ci s'inclina doucement et se leva avant de sortir de la pièce. Dame Yushi se recula avec lenteur, éloignant son corps légèrement de celui de s. et dénoua le bas de son kimono qu'elle fit glisser au sol, révélant son corps d'albâtre. La peau fine et blanche de la jeune femme brillait doucement dans la lueur des petites lanternes qui éclairaient la pièce. Sa poitrine se levait et s'abaissait au rythme de sa respiration. A genoux devant s, assise sur ses talons, on distinguait la fine bande de poils pubiens soigneusement entretenue de son sexe quasi imberbe. s remarqua que nulle pilosité hormis cette fine bande de poils sombres ne couvrait son corps. Il émanait d'elle une odeur à la fois sensuelle et légère de fleurs et d'encens. Les mains de Yushi se posèrent sur la ceinture de s, qu'elle défit. S. ne lâchait pas le regard de la femme à genoux en face d'elle. Yushi écarta doucement les pans de soie, révélant la peau satinée de la jeune femme.
s. frissonna, en sentant le kimono glisser sur sa peau. L'appréhension la saisit et elle n'osait plus regarder Masami. Sa nudité, sans lui paraître totalement obscène, était une chose si nouvelle pour elle qui, même dans l'intimité avec son époux, portait toujours une chemise, qu'elle ne savait trop comment se tenir. Elle se sentait terriblement vulnérable et exposée, indécente et victorieuse à la fois. Elle plongea son regard dans les yeux de Yushi pour y chercher un appui et tenter de calmer sa respiration qui s'affolait.
Les yeux de Yushi se firent plus doux. Ils semblaient murmurer « Ne craignez rien, je suis avec vous, tout se passera bien. » Doucement, le plat de sa main caressa le haut de sa poitrine et glissa lentement sur les seins de s. Elle effleura, d'une caresse subtile, les pointes dressées et contourna l'arrondi de la poitrine, avant de passer au sein suivant. Sa main était à la fois légère et déterminée, frôlant doucement, se posant, puis se relevant. Les portes glissèrent, laissant le passage à Mashiko qui portait dans ses bras un panier d'osier qu'elle posa avec précaution sur le sol, près des deux femmes à genoux. Masami en retira le couvercle et en sortit une longue corde de chanvre soigneusement enroulée. Il se positionna aux côtés des deux femmes et saisit la corde par son milieu, formant une sorte de boucle. Il se recula un instant, comme pour évaluer la scène, regardant alternativement les deux corps qui se faisaient face, et passa doucement la boucle de chanvre autour du cou de son épouse, faisant un noeud qu'il laissa reposer sur la poitrine qui se soulevait doucement. Il déroula ensuite soigneusement la corde, la faisant glisser lentement dans sa paume. D’un mouvement rapide, il fit un autre noeud au-dessus de son nombril. Continuant à dévider la corde, il fit un dernier noeud au niveau du pubis, avant de glisser les cordes entre les cuisses légèrement écartées. Il fit, de même, trois noeuds dans le dos de son épouse au même niveau que les noeuds sur sa poitrine, terminant par une boucle au niveau de son cou. Il laissa ainsi une longueur de corde significative en suspend. Puisant dans son panier, il sortit une autre corde qu'il déroula de la même façon. Il se tourna vers s., et, doucement, noua la corde de chanvre autour de son cou. Elle sentit ses doigts effleurer légèrement la peau de son cou, puis celle de sa poitrine, tirant la corde, la faisant glisser lentement sur la peau nue, prenant soin de ne pas blesser, de ne pas irriter la peau par le frottement rugueux de la corde. Visiblement, il se préparait à enrouler la corde autour de s. comme il l'avait fixée autour de son épouse.
s. se raidit au contact de la corde et plus encore quand les doigts de Masami effleurèrent sa peau. Son coeur bondissait dans sa poitrine et sa respiration était chaotique. Elle fixait le corps de Yushi que les cordes habillaient, soulignaient, semblaient redessiner comme une étrange parure à la fois sauvage et sophistiquée et cette vision, paisible et étrangement belle, lui apportait un semblant de réconfort. Elle se détendait peu à peu, frémissait pourtant à chaque passage de la corde, chaque fois que les doigts de Masami prolongeaient un peu trop leur contact dans leur patient travail, mais n'esquissait pas un mouvement, fermant les yeux, les narines emplies de l'odeur suave et un peu écoeurante du chanvre, toute pénétrée par le silence aussi dense et cérémonial que lors du thé et qui lui interdisait toute manifestation. Elle livrait son corps aux caresses des cordes et en ressentait un bien être grandissant et plus les noeuds venaient contraindre sa chair, plus les mains s'activaient, plus elle se sentait emplie d'une allégresse proche de l'ivresse et d'une étrange paix.
A présent, les deux femmes étaient pareillement entravées de liens qui dessinaient les contours de leurs corps de
marques claires. Masami saisit les cordes qui partaient dans le dos de son épouse et les tira doucement vers l'avant pour en entourer les poignets de la jeune femmes en plusieurs boucles qui se resserraient autour de sa peau fine. Puis il fit de même avec les deux poignets de s. Continuant à tirer les cordes, il les obligea à tendre leurs poignets vers l'avant jusqu'à ce que les mains de chacune d'entre elle se trouvent posées sur l'intimité de celle qui lui faisait face. Il lia, par quelques boucles habiles, les cordes de chanvre aux corps qui frémissaient, les immobilisant dans cette position. Ensuite, il entama un savant tissage, faisant courir les quatre bouts de cordes comme une araignée qui tisse sa toile, d'une femme à l'autre, les faisant aller et venir, tissant un filet, se servant des premières cordes posées comme appui pour continuer son tressage. Bientôt, les deux femmes furent prisonnières d'une nasse de corde, un maillage compliqué qui les unissait. Sur un signe de tête, Mashiko vint se poster derrière s. et Masami derrière son épouse. Tout deux saisirent les cordes et commencèrent à tirer doucement sur les extrémités. Elles sentirent les cordes se tendre et leurs corps, pris dans le filet, se rapprochèrent inéluctablement. Bientôt l'étreinte impitoyable du filet les fit se retrouver peau contre peau, sans leur laisser la possibilité d'effectuer le moindre mouvement. Masami fixa les cordes pour achever son oeuvre et se recula pour admirer les deux corps enlacés, emprisonnés l'un contre l'autre dans une étreinte inflexible, leurs mains posées sur l'intimité de celle qui lui faisait face. Il vit les doigts de Yushi bouger doucement sur l'intimité de s.
s. n'ouvrait plus les yeux. La prison de corde qui retenait si bien son corps l'avait plongée dans une béatitude voluptueuse et elle reçut la caresse de Yushi dans un tel état d'abandon qu'elle ne s'en offusqua pas. Ses doigts bien au contraire se mirent à jouer la même partition, d'abord timidement, effleurant la fleur nacrée qui ouvrait sa corolle perlée de rosée sous ses doigts puis, avec une curiosité fébrile, devinant, de la pulpe du doigts, le renflement d'un bourgeon palpitant, s'y arrêtant, le frôlant longuement. Les yeux toujours clos, frémissante, s. sentait ses doigts se charger d'une chaude humidité et son propre corps tanguant entre les cordes offrait la même source. Jamais elle n'avait ressenti des sensations aussi intenses, un vertige aussi grand. Maintenue, mains tenants, il lui semblait qu'elle voguait sur la rivière des délices !
Masami se releva, hochant la tête avec satisfaction, tournant la tête vers Mashiko, il s'aperçut qu'elle le fixait avec des yeux suppliants. Il lui sourit en acquiesçant de la tête. La jeune fille eut un sourire radieux et défit rapidement son kimono, le laissant glisser au sol d'un mouvement souple. Elle vint se coller contre le dos de s. et ses mains s’immiscèrent doucement entre les deux corps entravés. Recouvrant les seins de s. avec ses paumes, elle entreprit un lent massage, mains prises dans l'étau que formaient les deux corps étroitement liés. Sa bouche se posa doucement sur l'épaule de s. en y déposant de petits baisers, caressant la peau du bout de la langue. Elle laissa glisser la pulpe rouge de ses lèvres sur le cou de s., remontant vers le lobe de son oreille. Elle agaçait doucement la chair tendre de s, ses paumes toujours aplaties sur ses seins. Sa poitrine se frottait contre le dos de s et son corps s'emboîtait contre celui de la jeune femme. Masami observait la scène, silencieux, l'air grave. Il hocha la tête et défit son propre kimono, le laissant tomber au sol, révélant un corps presque entièrement recouvert de tatouages.
Le coeur de s. s'affolait sous les sollicitations des attouchements conjoints de Mashiko et de Dame Yushi et ses doigts se perdaient fébrilement sur le corail humide qui vibrait sous ses caresses. Jamais le désir n'avait embrasé son corps avec une telle intensité. Et la morsure des cordes sur sa peau nue, qui la maintenaient dans une immobilité de statue, était une torture qui intensifiait encore son désir, le rendant insupportable. Elle souffrait de sentir la prison de chanvre la forcer à une pose infinie où seules ses mains pouvaient goûter à une promesse d'égarement alors qu'elle voulait plus encore, que son corps douloureux, tremblant de frustration et d'excitation, suppliait pour une libération qui lui permette de s'offrir davantage, de découvrir plus encore. Et la puissance de son ressentir était telle qu'elle s'en effrayait tout en y cédant avec un étonnement ravie. Dans son vertige, elle sentit une présence nouvelle, entrouvrit les yeux et fut happée par les couleurs qui dansaient sur l'épiderme de Masami, si près d'elle qu'il lui sembla qu'elle baignait dans une lumière irridiscente émise par les tatouages.
Masami s'avança vers le petit groupe étroitement enlacé. Il vint se placer derrière son épouse, laissant descendre ses mains le long du corps de Yushi, caressant, dans le même mouvement, du bout des doigts, la peau tremblante de s. Les mains de Mashiko se mirent en mouvement, comme pour répondre aux mouvements des mains du chef du clan Yoshida. Les quatre mains entamèrent une étrange danse silencieuse sur les peaux des femmes entravées, glissant et caressant, effleurant et se croisant de manière inlassable. Les caresses étaient à peine appuyées, juste un effleurement du bout des doigts, qui venait agacer la peau, qui par moment semblait appuyer un peu plus fort, faisant naître d'étranges décharges électriques dans le corps des deux femmes. s. ne le savait pas, mais les mains expertes de Mashiko et Masami stimulaient, de manière très précise, des points particuliers d'acupuncture, cherchant dans ces effleurements à emporter leurs partenaires dans un torrent de désir. Ils dosaient au plus fin les caresses qu'ils déposaient sur leurs corps, afin de les faire gémir au plus près du plaisir, sans jamais l'atteindre totalement.
s. tanguait à présent dans les cordes, sans plus retenir ses gémissements, qu'elle eut jugé honteux en tout autres
circonstances, dérangeant la belle architecture des entraves par ses lentes ondulations. Sa respiration était devenue plus rapide et elle aspirait l'air de manière chaotique. Ses gémissements, peu à peu, se transformaient en râles, sa gorge brûlait autant que son sang et sa chair et, à son souffle affolé, répondait la brise douce de la calme volupté de Yushi. Le contraste entre les deux corps était saisissant : l'un, d'ambre brûlant, semblait se tordre et lutter dans un chant de suppliciée tandis que l'autre, de pâle ivoire, frémissait suavement dans un murmure délicat. Mais l'aura de désir et de plaisirs qui les liait pareillement était quasi palpable.
Masami se recula un peu et fit un petit signe de la tête en direction de Mashiko. Dans un même mouvement, ils défirent les noeuds qui maintenaient le filet de chanvre. Celui-ci s'ouvrit soudain, libérant les deux femmes de leurs entraves. L'habile tissage de Masami se déroula comme coule une fontaine et les corps des deux femmes furent soudain libres. Yushi étreignit immédiatement s. entre ses bras et entreprit de l'embrasser furieusement. Sa langue vint chercher celle de sa compagne, en un baiser profond et passionné, tandis que ses mains semblaient avides de découvrir au plus vite tout ce qu'il lui avait été interdit de découvrir d'elle jusqu'à cet instant. La faim, aiguisée par la contrainte et l'attente, se révélait soudain au grand jour de ses désirs. Les deux femmes basculèrent sur le tatami, étroitement enlacées. Masami laissa glisser une main le long de la cuisse de Yushi, effleurant les fesses de sa femme avant d'aller caresser celles de s. Il glissa un doigt dans la vallée qui séparait les deux globes et titilla doucement la rosette qui se cachait au plus profond des replis. La main de Mashiko, elle, courait sur le ventre plat de s, caressant la toison pubienne de la jeune femme, ses doigts se perdant entre ses cuisses, cherchant le sexe humide. Tout en prodiguant ses caresses, elle s'inclina doucement vers Masami et ses lèvres entrouvertes vinrent se poser sur le gland du maître de maison. Une petite langue habile, dardée entre ses lèvres rouges, vint agacer le méat de l'homme, puis sa bouche s'ouvrant, se faisant accueillante, elle goba la tête du membre qui se tendait vers ses caresses. s. vit les lèvres de la jeune femme descendre doucement sur la hampe de chair.
Tout en laissant ses mains partir, affamées et fébriles, à la découverte du corps frémissant de Yushi, elle ne parvenait pas à détacher son regard de l'incroyable spectacle de ce pieu de chair s'enfonçant dans la bouche délicate de la jeune dame de compagnie. C'était horrible, c'était fascinant... si attirant. Elle n'avait pas imaginé pareille intromission auparavant mais elle était soudain submergée par l'envie insensée d'en connaître la saveur, d'en expérimenter la texture. Une bouffée de désir d'une rare violence lui broya les entrailles la poussant, à défaut, vers les lèvres de Yushi qu'elle reprit avec sauvagerie, en haletant.
Masami se laissa aller à la caresse de la bouche de la jeune fille, une de ses mains posée sur la tête qui s'activait entre ses cuisses. L’autre ne restait cependant pas inactive, délicatement, ses doigts caressaient l'anneau sombre de s, parfois un doigt se posait au centre de l'auréole et pesait doucement sur la fine barrière de chair comme pour en éprouver la résistance. Il la sentait se crisper chaque fois que son doigt tentait de franchir la fine barrière ; elle ne semblait pas coutumière de cette pénétration. Il n'en cessait pas pour autant ses intromissions, sentant petit à petit le corps s'ouvrir, en venir à appeler les caresses de ses doigts. Finalement, il poussa une phalange de son index en elle. Les chairs palpitantes de s. se refermèrent sur son doigt qu'il fit doucement coulisser dans l'étau de ses reins. Se dégageant de la bouche de Mashiko, il se plaça entre les deux femmes soudées dans leur baiser et présenta son gland luisant de salive à l'orée des lèvres jointes.
Les reins traversés de décharges électriques, s. vit la belle bouche de Dame Yushi abandonner doucement la sienne pour venir effleurer la hampe qui frôlait ses propres lèvres. Son ventre se serra d'angoisse et de désir. Timidement, elle tendit sa bouche vers le membre de Masami, caressant, de la pulpe des lèvres, la douce soie de la chair tendue et luisante. Le contact en était si extraordinaire qu'elle s'enhardit, sentant les vibrations qu'elle faisait naître par ses effleurements. Sa bouche s'entrouvrit et, de sa langue, elle parcourut la hampe, rejoignant la bouche de Yushi autour du gland, unissant dans sa bouche l'extrémité d'un sexe et le bout d'une langue, ivre de volupté, se cambrant pour accueillir le doigt qui la pénétrait, s'ouvrant, s'offrant, emportée par le plaisir de donner et recevoir dans un élan incoercible.
Masami enfonça son doigt un peu plus loin dans les reins de s., au fur et à mesure que sa caresse sur son membre se faisait plus précise. La bouche de la jeune femme se montrait habile. Visiblement, elle prenait un vif plaisir à la caresse qu'elle prodiguait. Bientôt son index fut complètement enfoncé dans les reins de la jeune femme. Tandis que les deux bouches affolantes caressaient sa virilité, il sentait son corps parcourut de décharges de plaisir qui remontaient le long de tout son être. Il sentit le corps de Mashiko glisser à ses cotés et vit la bouche de la jeune fille s'approcher du sexe offert de s. Yushi retira ses doigts qui jouaient dans cette intimité brûlante, pour laisser le passage à la jeune gourmande. Les lèvres fraîches vinrent se poser sur le sexe moite et enfiévré, et la bouche de Mashiko s'activa sur l'intimité de s. Masami fit pénétrer son membre entre les lèvres de son épouse, puis le retirant fit de même avec s. Il passait ainsi, alternativement, d'une bouche à l'autre, accueillant les langues qui agaçaient son membre, s'enfonçant parfois à les étouffer, puis se retirant. Il se sentait au bord du plaisir et s'arracha aux caresses des deux femmes. Immédiatement, les lèvres de Yushi revinrent prendre celles de s, reprenant leurs baisers enfiévrés. Masami s'allongea dans le dos de s, retirant son doigt des reins de la jeune femme. Il commença à caresser doucement l'anneau étroit du bout de son gland tandis que, parfois, la bouche de Mashiko venait s'égarer le long de la raie sombre et effleurer son membre, avant de retourner caresser l'intimité palpitante de s
s. répondait aux baisers de Yushi avec ferveur, avec la fougue d'un désir incendiaire et tout neuf qui ne lui laissait plus aucun répit. Serrée contre le corps de la belle Dame, les doigts emmêlés dans sa longue chevelure, elle buvait ses baisers comme au sortir d'un désert. Et sentant le corps de Masami appuyer sur son dos, elle fut parcouru d'un violent frisson. Une onde électrique traversa sa moelle épinière, lui arrachant un profond gémissement. Son corps appelait. Il se tendit, se cambra et ondula, recherchant le contact de la peau de Masami, recherchant l'effleurement de son sexe, cette présence virile que sa bouche avait voulu, avait goûté et que ses chairs désiraient avec une violence impitoyable. Son coeur cognait très fort et irradiait, incandescent, dans sa poitrine bouleversé par la montée du désir, par la peur de ce qu'elle pressentait à travers les brumes du plaisir. Tout son corps palpitait d'attente et de volupté, que la langue habile de Mashiko ne faisait que démultiplier.
Les mains de Yushi vinrent saisir les fesses de s. et, tirant sur les deux globes, elle écarta les chairs tremblantes,
révélant le sillon sombre palpitant de désir. Masami appuya doucement son gland contre la barrière de chair. Il commença à pousser vers l'avant. Après un instant de résistance, il sentit les chairs s'ouvrir sous la poussée de son sexe et la peau fine s'écarter à son passage. Bientôt le gland fut happé par les chairs brûlantes de s. Il resta immobile un moment, tandis que la bouche de Yushi étouffait les gémissements de s par ses baisers et que la langue de Mashiko s'agitait de plus en plus vivement sur le clitoris de la jeune femme. Puis il saisit les hanches de s. et donna une impulsion à son membre, s'enfonçant dans les chairs frémissantes. Il vit sa hampe disparaître dans les reins de la jeune femme, et ne cessa son avancée que lorsque ses poils pubiens vinrent se frotter à la chair ferme de ses fesses. Il la serra contre lui ainsi, sentant la chair palpitante masser son membre, puis entama un va et vient, d'abord lent, puis de plus en plus rapide.
s. poussait de petits cris à travers les baisers échangés avec Yushi, cris de surprise, de douleur et de plaisir mêlés qui se muaient, peu à peu en feulements étouffés par les baisers. Elle se livrait entièrement aux sensations si nouvelles qui submergeaient son corps, ses sens, tout son être. Elle avait la sensation d'exister comme jamais elle n'avait existé dans l'acte de chair et en même temps de se difracter, de fondre dans un océan, de plonger dans un gouffre, de gravir des sommets. Elle ne savait plus vraiment identifier ce qu’elle ressentait. Le plaisir l'engloutissait, la consumait, lui coupait le souffle, lui enlevait toute raison, s'infiltrait dans chaque parcelle de son être. Elle hululait, accompagnant les mouvements de Masami, appelant son sexe encore plus loin en elle, remerciant par des baisers dévorateurs, par sa bouche unie à celle de Yushi, pour le brasier qui montait en elle, palpitante sous la langue de Mashiko, sentant le plaisir l'emporter vers les plus hauts sommets.
Masami ne retenait plus rien, il n'était plus qu'un membre pulsant et vibrant qui s'enfonçait sans relâche dans les reins de la jeune femme. Il la prenait avec force, sentant chaque tremblement de son corps se propager à lui par l'intermédiaire de son membre. Il gémissait, ahanait en s'enfonçant en elle. Il était le sabre et elle était le fourreau dans lequel il ne cessait d'aller et venir. Il sentait le plaisir monter comme une vague sur le point de tout emporter. Il se tendit, se cambrant, pour s'enfoncer au plus loin, pour aller plus loin en elle, pour se fondre en elle. Il sentit son sexe gonfler dans la prison de chair et soudain le feu le traversa. Il était cet antique dragon protecteur de la famille, il crachait le feu en elle, la remplissait des flammes de son plaisir, de son désir. Il répandit les jets de son explosion dans ses reins, ses dents plantées dans l'épaule de s.
Elle s'arracha à la bouche de Yushi et cria sa jouissance, les fesses arque boutées contre le bas-ventre de Masami, en sentant les flots de sa semence battre ses chairs. Pantelante, le corps pris de tremblements incontrôlés, elle s'effondra doucement contre la poitrine de la belle dame qui cueillit sa bouche haletante pour un très doux baiser tandis que Masami effleurait leurs cheveux entremêlés. Chair frémissante, hébétée et ravie, son ventre pulsant encore de la découverte d’un plaisir insensé, s. se lova sensuellement entre les deux corps tandis que son souffle retrouvait peu à peu une plénitude apaisée.
S sombra dans le sommeil. Toutes les émotions vécues dans cette longue journée l'avaient achevée. Elle glissa dans un sommeil sans rêve, blottie entre les deux corps qui la caressaient doucement sans qu’elle en ait vraiment conscience. Pas plus, elle ne vit Mashiko se lever pour aller quérir une couverture qu'elle étendit sur les trois amants avant de se retirer doucement de la pièce. Lorsqu'elle commença à s'éveiller, tirée du sommeil par les premières lueurs de l'aube, Masami était debout depuis un bon moment. Il s'affairait déjà dans la maisonnée, organisant la journée et distribuant les taches à son personnel. Yushi dormait profondément le visage lové contre le cou de s.
Elle n'osait trop bouger, savourant la présence du corps doux et chaud si près du sien, encore prisonnier du sommeil, attentive à ne pas le perturber. Elle ne voulait pas trop bouger, sentant poindre en elle l'angoisse du jour à venir, la terrible obligation de revenir à sa prison, le poids d'un quotidien dont, tout à coup, lui apparut l'ampleur du dégoût qu'il lui inspirait. Elle gardait les yeux obstinément fermés, s'obligeant à calmer sa respiration, à demeurer dans un état de latence qui était négation de ce qui l'attendait. Elle eut soudain envie de pleurer et un sanglot infime s'échappa de sa gorge.
Le sanglot aussi infime qu'il fut, suffit à réveiller Yushi. Elle fut tirée du sommeil par cet imperceptible mouvement de la poitrine qu'eut s. à ce moment là. Elle comprit immédiatement la cause de sa tristesse, sans dire un mot la main de la jeune femme vint doucement effleurer la joue de s. Elle posa ses lèvres sur celles de sa compagne et l'embrassa avec une infinie douceur. Elle aurait voulu lui dire de rester, de ne plus jamais quitter la demeure des Yoshida, elle aurait aimé lui dire à quel point elle désirait partager une infinité de nuits en sa présence. Mais elle ne dit rien, trop consciente des devoirs que lui imposait le code de l'honneur et du scandale que cela provoquerait dans la bonne société occidentale, tellement en vue aux yeux du jeune empereur. Alors elle se tut, se contentant de serrer fortement le corps de s. contre le sien. Elle enfouit son visage dans son cou pour masquer les larmes qui naissaient aux coins de ses yeux.
s. se serra contre Yushi, pressant son corps contre le sien comme pour y puiser des forces, y calmer sa propre peine
et alléger celle de la belle dame. Puis, lentement, elle se dégagea de l'étreinte aimée et plongea son regard dans les yeux humides de Yushi. Elle y lut toute l'intensité d'une empathie sincère et elle en fut bouleversée. Mais cela acheva de la déterminer.
"Dame Yushi, je ne sais si vous et votre époux mesurez l'immensité du cadeau que vous m'avez fait en cette nuit. C'est une vie entière que vous m'avez offerte. Le songe d'une vie. Je vous en remercie infiniment. Mais la vie n'est pas un songe. Il est temps pour moi de me préparer à regagner mon monde. J'emporte avec moi votre cadeau. Il réchauffera ces longues journées sans âme où je ne suis qu'apparence"
Elle s'inclina avec lenteur, tout en s’écartant de Yushi. C’était un arrachement pourtant irrémédiable.
Dame Yushi inclina la tête doucement et posa un chaste baiser sur les lèvres de s.
"Vous avez raison s, et je garderai, à jamais gravé dans mon cœur, le souvenir de votre présence."
La porte coulissa doucement laissant le passage à Masami. Il était en tenue d'apparat, un riche kimono pourpre brodé de fils d'or. Il regarda un instant les deux femmes qui se faisaient face, les yeux brillants d'éclats humides et inclina la tête en souriant. Lançant quelques phrases, il s'adressa à son épouse dont l'expression du visage passa de la tristesse à la surprise la plus totale. Puis, se tournant vers s., elle lui traduisit.
"Mon mari revient du palais impérial. Il vient de faire part à sa majesté l'empereur de l'existence d'un complot visant à le dépouiller de toute une série d'objets précieux entreposés dans divers temples de la ville. Il semble que quelqu'un soudoie des mendiants pour voler ces biens et leur fasse quitter le pays discrètement, pour les revendre à l'étranger. L'empereur a donné carte blanche à mon mari pour mettre fin à ce scandale et punir comme il se doit le coupable. Il vous propose, avant que vous nous quittiez, d'assister à l'application de la justice impériale. Ainsi vous aurez fait un tour de nos institutions."
s. fixait Yushi, tout en réfléchissant à cette invitation imprévue, puis regarda Masami, à la fois surprise, intéressée et inquiète.
"... Dèkaïmasse ka ?.....(...je peux ?) je ne suis qu'une gaïdjin... je ne voudrais pas troubler l'ordre impérial par ma présence ..."
"Mon mari dit que cela devrait beaucoup vous intéresser, et que vous ne devez surtout pas manquer ce moment."
Masami appela. Immédiatement la voix d'un homme lui répondit. Il y eut une série de pas derrière les fines cloisons, des voix entremêlées. S., affolée, reconnut celle de son mari. Ainsi il était déjà venu pour la chercher et la ramener. Dame Yushi sentit le trouble, presque panique qui s'emparait de la jeune femme. S'avisant que celle-ci était encore nue, elle ramassa les kimonos au sol et enveloppa le corps tremblant dans la soie douce. Elles n'eurent que le temps de fermer leur kimono sur leur nudité avant que Maximilien ne pénètre dans la pièce. Il portait son uniforme de sortie aux galons dorés, la longue épée de cavalerie pendant à sa ceinture. Il lui suffit d'un seul regard pour comprendre ce qui s'était déroulé dans la pièce ; les cheveux ébouriffés de sa femme et de cette catin japonaise à ses côtés ne laissaient pas de doute quant aux activités de la nuit. Il prit sa moue la plus méprisante et, sans même s'adresser à s., parla directement à l'intention de Masami.
"Seigneur Masami, je suis fort aise de retrouver mon épouse saine et sauve, et je ne désire pas plus longtemps vous encombrer de sa pesante présence. s., levez-vous et allez chercher vos habits, débarrassez-vous de ce déguisement ridicule ! Nous avons des choses dont il va nous falloir discuter."
s. jetait des regards affolés dans la petite pièce sobre, ne sachant plus où se diriger, où trouver ses vêtements, ni la force de les mettre. Le regard que son époux faisait peser sur elle, chargé de courroux et de mépris, la salissait lui faisant soudain porter le poids d'une culpabilité dont elle ignorait tout l'instant d'avant. Elle baissa la tête pitoyablement, incapable d'un mouvement, désorientée et démunie, serrant son kimono autour d'elle. Elle sentit que les larmes n'étaient plus bien loin. Alors elle releva la tête et le toisa, son menton tremblant pointé vers lui.
"Mon très cher époux - et elle détacha chacun de ces mots avec toute la morgue dont elle était capable- je m'en vais revêtir, pour vous complaire, le déguisement qui sied le mieux à mon statut. Mais ce kimono est cadeau de notre éminent hôte. Je pense qu'il mérite donc de votre part un peu plus de respect. Pour le reste, il faut effectivement que nous parlions. Vous verrez alors comment l'on peut s'instruire en une seule nuit et que femme instruite n'est plus aussi stupidement docile." et frémissante de colère, elle le foudroya d'un regard noir et provocateur.
Maximilien s'avança la main levée, bien décidé à rabattre le caquet de sa femme d'une bonne claque. Ensuite, il aviserait, elle irait passer quelques temps enfermée dans leur demeure du Lubéron, perdue au milieu des marais, cela lui laisserait le temps de réfléchir. Mais, comme il s'avançait vers elle, un des gardes de Masami se mit en travers de son chemin, interposant son sabre entre elle et lui, le menaçant directement. Maximilien se tourna vers le samouraï avec un air indigné.
"Que signifie ceci seigneur Masami ? De quel droit vous interposez-vous."
Yushi ne prit même pas la peine de traduire, Masami fixait Maximilien avec un sourire féroce et lui répondit dans un français à peine teinté d'un petit accent.
"Du droit de celui qui rend justice au nom de l'Empereur. Du droit qu'a le juge sur son prisonnier. Car vous êtes
mon prisonnier capitaine." S. fixait le samouraï avec des yeux écarquillés de surprise.
"Je suis désolé chère s. de vous avoir caché ma connaissance de votre langue, mais mon vieux maître de combat m'a toujours appris que la meilleure façon de percer les secrets des gens est de leur faire croire qu'on ne comprend rien à rien." Puis se tournant vers Maximilien.
"De la même façon que mon émissaire, dépêché hier soir auprès de vous pour vous signifier la présence de votre épouse en ma demeure, parlait parfaitement le français, ce que vous n'avez pas, du haut de votre mépris, pu concevoir un instant. Cela lui a permis de surprendre une conversation fort intéressante entre vous et un marchand de la ville. Petite conversation qui lui a tout apprit sur votre trafic."
Maximilien se décomposait à vue d'œil. Il voulut faire quelques pas en arrière vers la porte, mais trois gardes en barraient l'accès avec des mines patibulaires. Masami tira une feuille de son kimono.
"Voici les aveux du marchand, et voici la procuration de sa majesté me donnant toute latitude pour instruire l'affaire, prononcer la sentence et la faire appliquer. Et la sentence pour votre crime est la mort."
s. observait la scène stupéfaite. Elle roulait des yeux effarés, allant de Masami à Maximilien, se refusant à comprendre ce qui était en train de se jouer, solutionnant peu à peu bien des mystères qui avaient peuplé son quotidien. Ainsi les sorties nocturnes de son époux, si nombreuses, n'étaient pas dues qu'à ses seules maîtresses - qu'elle savait aussi nombreuses que les nuits sans lune - ainsi leur enrichissement ne venait pas de sa nouvelle position, ainsi cet homme l'avait cloîtrée, s'était joué d'elle et de son envie de découvertes tandis qu'il trahissait et son mariage et ses fonctions et... il était condamné à MORT ! Livide et tremblante, elle le fixait sans l'ombre d'un apitoiement
Maximilien jetait des regards paniqués autour de lui, et soudain, tirant son épée de son fourreau, saisit prestement dame Yushi, qu’il amena à lui en appliquant la lame contre le cou de la jeune femme.
"Laissez-moi passer ou je tranche la gorge de cette garce, je..."
Mais il n'eut pas le temps d'en dire plus. Yushi venait de saisir son poignet, le tordant, lui fit lâcher son épée, et utilisant la force qu'il employait pour la tenir contre lui, elle tira sur son bras, se baissant légèrement, l’entraînant. Avant de se rendre compte de quoi que ce soit, Maximilien se trouva projeté par dessus l'épaule de la jeune femme et atterrit lourdement sur le sol. Dame yushi ramassa son épée et tint la pointe de la lame appuyée contre son cou.
"Chez nous les femmes savent se défendre, je devrais vous ouvrir la gorge pour avoir osé essayer de toucher à dame s. alors qu'elle était sous la protection de mon mari."
Dans les yeux de Yushi, s. constata que la jeune femme était toute prête à le faire, elle allait saigner son mari sur place. Mais la voix de Masami l'arrêta.
" Ne vous salissez pas les mains de son sang mon épouse, cela est mon labeur."
Deux samouraïs se saisirent de Maximilien et, le maintenant fermement, le firent mettre à genoux, le buste penché en avant offrant son cou. Maximilien pleurait, gémissait, implorait la pitié. Masami s'avança tirant son sabre de son fourreau.
"Essayez au moins de vous conduire en homme dans la mort."
Mais Maximilien secouait la tête en tremblant, invoquant la charité chrétienne, promettant de partager ses
bénéfices avec le samouraï, qui pouvait garder sa femme s'il le voulait. Une tache sombre apparut au niveau de l'entrejambe de l'homme et une forte odeur d'ammoniaque se répandit dans la pièce alors que Masami levait son sabre au-dessus de sa tête, le tenant à deux mains. Maximilien cria alors que la lame s'abattait comme l'éclair. Le métal aussi tranchant que le fil d'un rasoir passa à quelques millimètres de son visage et alla se planter dans le tatami devant lui.
"Je ne vais pas souiller la lame de ce vénérable Katana du sang d'un pleutre. Vous allez partir capitaine, un bateau quitte le Japon ce midi en direction de l'Europe, vous allez le prendre et retourner dans votre pays. Inutile de prendre quoi que ce soit, tous vos biens ont été confisqués au profit de dame s. qui reste sous la protection du clan Yoshida tant qu'elle le désirera."
Les deux samouraïs saisirent Maximilien et l'emportèrent gémissant et sanglotant vers la sortie. Masami s'assit sur le tatami en tailleur déposant son sabre auprès de lui.
"Bien, avec toutes ces choses à régler je n'ai pas eu le temps de prendre un repas depuis mon réveil. Que diriez-vous de prendre un petit repas mesdames ?"
Sonnée par les évènements, s. se laissa tomber sur le tatami auprès de lui, repliant ses jambes tremblantes sous elle. Timidement, très doucement, elle lui effleura la main et quêta le regard de Dame Yushi. Celle-ci la regardait tendrement.
"Hone-tïoni arigato Masami. Vous m'avez rendu ma vie. Et je vous la confie à vous et à votre douce épouse. Je ne peux espérer meilleure protection que celle du Dragon et de sa blanche compagne.... et j'a une faim de louve !" acheva-t-elle en laissant éclater un rire cristallin.
30 octobre 2005
Et Il créa la femme
Il avançait dans le couloir obscur et enfumé. La fumée des torches, disposées à intervalles réguliers, avait du mal à s'évacuer par les ouvertures prévues à cet effet. Dehors la nuit devait tomber sur la cité. Il se disait qu'il aurait, à cette heure-ci, bien d'autres choses à faire que de se trouver dans les dédales des catacombes pour procéder à un interrogatoire.
Il était las et se sentait comme un rat dans les égouts de la ville. Les deux légionnaires qui l'accompagnaient marchaient silencieux, baissant parfois la tête pour éviter que leurs casques rutilants ne viennent se frotter aux pierres qui affleuraient. L'esclave nubien, qui les précédait en brandissant une torche, se tourna vers eux.
"C'est ici maître"
Il désigna une porte, devant laquelle deux légionnaires à la mine patibulaire faisaient le pied de grue. Ils se redressèrent à son approche, croisant leurs lances devant la porte. Il se redressa, écartant les pans de son manteau blanc pour laisser apparaître la cuirasse scintillante de son armure et le pommeau d'ivoire de son glaive.
" Faites place à Maximus, Commandant de la garde prétorienne de Rome et envoyé de l'Empereur Caius Julius Cæsar Octavianus en ces lieux pour procéder à l'interrogatoire de la prisonnière de Judée."
Le garde le plus âgé pointa sa lance vers lui avec un sourire mauvais.
"Quand bien même tu serais Octavien en personne, ou encore le fantôme de Pompée revenu punir Rome, tu ne passerais le pas de cette porte sans avoir auparavant donné le mot de passe."
Maximus sourit. Il connaissait le garde depuis plus de dix ans, et il savait qu'il le taillerait en pièce sans la moindre hésitation s'il ne lui donnait pas le précieux sésame.
"C'est bien légionnaire. Ne jamais faillir à la garde. Le mot de passe est « L'aigle veille sur tous ceux qui vivent au sol, mais prend garde aux serres du roi des cieux"
Les lances s'écartèrent devant lui.
"Passe Maximus, au nom de l'Empereur."
Il poussa la porte basse, se baissant pour pénétrer dans la cellule circulaire, dépourvue de toute fenêtre. L'esclave Nubien planta sa torche dans une des niches du mur, éclairant la triste pièce qui avant cela était plongée dans l'obscurité. Puis il prit dans le couloir une chaise pliante faite deux de pièces de bronzes ouvragées qui tendaient une assise de tissus brodés de fil d'or et la plaça au milieu de la pièce. Sans un mot Maximus s'installa sur le petit tabouret, disposant soigneusement son manteau autour de lui, dévoilant un torse puissant à la virilité arrogante. Il retira un rouleau fixé à sa ceinture et le déroula lentement, lisant avec soin le court texte qu'il contenait. Enfin, il reporta son regard sur l'unique occupante de la cellule.
Elle se tenait debout, contre le mur en face de lui, mais ne semblait pas le moins du monde impressionnée par les hommes d'armes qui l'observaient. Les deux légionnaires, qui se tenaient contre le mur près de la porte, la détaillaient avec attention.
Elle était vêtue à la façon des femmes de Judée, d’une tunique sans luxe, faite d'une étoffe simple, mais qui cintrait joliment sa taille fine, mettant en valeur ses hanches et sa poitrine modeste mais joliment moulée. Ces yeux noisette semblaient le fixer avec une attention curieuse.
"Femme, tu as été arrêtée ce matin alors que tu descendais d'un bateau Phénicien avec plusieurs membres de cette nouvelle secte de Judée, les...."
Il dut chercher l'information sur le parchemin,
"Les chrétiens, voilà, c'est ça. Je suis envoyé par l'Empereur, car de plus en plus souvent résonne le nom de ces juifs étranges et je suis ici pour entendre au nom de mon Empereur tout ce qui est à entendre sur vous. Alors, tu vas me dire qui vous êtes et ce que vous voulez ?"
Il se tut, croisant les bras sur sa poitrine, sans plus rien ajouter, la fixant de son regard sombre.
La jeune femme ne lâcha pas les yeux de l'étranger qui la fixait intensément. Elle avait dû concentrer toute son attention pour saisir le contenu exact de son discours. L'araméen était sa langue maternelle et si elle parlait couramment le phénicien et l'hébreu, le latin lui demandait toujours un effort supplémentaire. Mais en comprenant ces mots, elle sourit doucement. Ainsi Rome s'inquiétait ! Le pouvoir tremblait ! Elle en aurait ri si elle avait été dans une position moins périlleuse. Elle ne pouvait s'empêcher de toiser ce chef de guerre avec mépris. Que pouvait comprendre ce genre d'homme de la foi en un Dieu unique ? Que pouvait-il entendre à un pouvoir qui ne soit pas politique mais spirituel ? Elle soupira. Voilà qu'elle se laissait envahir par de bien vilaines pensées : colère, mépris, orgueil ... Ce n'était pas avec le coeur plein de ses sentiments qu'elle saurait trouver les paroles qui apaiserait les craintes de Rome. Elle se mit à prier intérieurement, voilant l’éclat de ses yeux de l’ombre de ses longs cils noirs.
"Ô Yahvé, donne-moi les justes paroles, insuffle-moi la sagesse de dire ton nom et notre foi sans rien travestir. Que je sois ta servante. Hosanna au plus haut des cieux, inspire-moi et que ta lumière éclaire les impies!"
Elle rouvrit alors les yeux et plongea dans ceux de Maximus, qui l'observait visiblement impatienté par l'attente qui se prolongeait de trop. Aussi prit-elle la parole, d'une voix douce, limpide et fraîche comme un chant des sources de montagne, s’efforçant au latin qu’elle rendait exotique ainsi teinté de son accent mélodieux.
"Maximus, représentant de la Glorieuse Rome, écoute-moi, écoute la voix d'une croyante qui a vu sur les terres de
Judée se lever la toute puissance de la foi en un Dieu unique. Car ceux qui croient se lèvent et marchent avec lui. Et ceux qui suivent les enseignements voient les miracles nés sous ses mains. Et ceux qui l'entendent et ceux qui marchent dans sa lumière et ceux qui voient de leurs yeux savent où est la vraie foi, la foi qui sauve et qui rachète et ils prient Yahvé avec ferveur. Et demande à son fils le pardon de leurs péchés et vivent dans la paix du Christ.
Voilà qui nous sommes. Et nous ne nous voulons rien d'autres que de pouvoir pratiquer notre foi qui est partage et amour. Puisses-tu, grand Maximus, ne point t'offenser de notre arrivée et ne pas voir en nous des ennemis de Rome quand nous venons le coeur ouvert et les mains vides de toute arme."
Finissant, elle serra ses mains jointes sur sa poitrine et ferma les paupières, inclinant légèrement la tête vers ses mains, attendant et s'en remettant à Dieu.
Il soupira. Des illuminés, c'était bien ce qu'il lui semblait ! Et Rome à cette heure pouvait se passer de toute nouvelle forme d'illumination, le pouvoir de l'empire naissant fondé par Octavien était encore fragile, et le premier empereur de Rome ne pouvait se permettre de laisser une bande de trublion venue des provinces romaines jeter le désordre au coeur de l'empire. Il jeta de nouveau un oeil sur le parchemin.
"On dit que vous vous réunissez dans les catacombes pour célébrer vos rituels. Pourtant à Rome, il existe des synagogues, des temples à Isis, pour Astarté, les temples de Baal et de je ne sais combien d'autres Dieux en tout genre, à poil, à plumes et couverts d'écailles. Alors pourquoi donc ressentez-vous le besoin de vous enterrer comme des rats pour saluer ce nouveau dieu unique ? On dit que même les juifs de vos provinces vous détestent, vous êtes des gens étranges vous autres. Vous ne parvenez pas à vous entendre entre vous, les Saducéens détestant les Pharisiens qui méprisent les Samaritains, et que dire des Esséniens qui se terrent dans leur trous à rat, attendant avec joie la fin du monde.
Et voilà qu'il vous prend soudain l'envie de venir à Rome pour y répandre la bonne

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