Les Ecrits Pourpres

Ecrits Pourpres, une histoire de D. et de s. Notre histoire, une histoire d'amour et d'ouverture, venez nous rejoindre, vivez et vibrez avec nous.

27 janvier 2006

12. Révélations

Fin du Tome 1

dragon_picture_0692Elle eut un mouvement de recul mais ne parvint pas à crier. Knemarak la regardait. Ses pupilles glacées plongeaient dans ses yeux. Elle était pétrifiée. Elle pouvait sentir son haleine brûlante. Elle pouvait sentir l'odeur de la mort. Sa mort se tenait à quelques centimètres d'elle et la fixait en souriant. Mentalement, alors qu'elle se sentait prête à défaillir, elle appela Ekna.

Dehors la mêlée était à son comble. Les troupes semblaient danser une danse de mort, dans une dernière étreinte sacrifier à Thanatos leur sang et leur souffle. Une cohue de corps enchevêtrés qui s'embrassaient dans un dernier baisers glacés. Les lames continuaient à s'abattre, les piques à s'enfoncer. Les flèches tombaient du ciel, pénétrant les gorges. Ils tombaient, sacrifiant leurs derniers cris à l'horreur de la guerre. Mais les armées de Knemarak reculaient, cédaient, pliaient sous l'assaut. Les hommes. Lézard, dans la citadelle, avaient atteint la grande porte et actionnaient le mécanisme d'ouverture. L'armée d'Avalon pénétrait la forteresse que l'on disait inviolable. La bataille s’achevait. Nekas, de son souffle brûlant, balaya les derniers archers sur les remparts, avant de se poser sur les murs de la citadelle investie. Il porta son regard vers la haute coupole et reprit son envol.

Ekna cria, en voyant le mufle de Knemarak s'ouvrir démesurément, dévoilant ses crocs énormes. Il saisit la hache sans réfléchir et la lança à travers la pièce. Le tranchant d'acier s'enfonça dans le flanc de la bête qui hurla de douleur en se redressant. D'une patte, il l'arracha de son flanc et la jeta au loin, se tournant vers le fils de Nekas en crachant un jet de flammes sifflantes. Ekna, fasciné, vit la vague de feu se précipitaient vers lui. Hypnotisé par les rouleaux des flammes, il ne bougeait pas. Il se sentit poussé sur le côté et jeté au sol. Tournant la tête, il eut le temps de voir le visage calme de Sarn, avant que celui-ci ne disparaisse dans une vague flamboyante. Le corps de son compagnon fut emporté par le souffle dévastateur et projeté contre le mur, pantin noirci et désarticulé. Mais Ekna n'avait pas le temps de le pleurer, Knemarak, délaissant Sofia, s'approchait de lui. Il roula sous un des cylindres d'acier pour gagner un peu de temps, juste avant qu'un nouveau jet de flamme ne vienne dévaster l'endroit où il se trouvait l’instant auparavant. Il entendit Sofia, crier :

« Les bombes ! Attention, les bombes ! »

Il en conclut que les bombes devaient être les fameux cylindres, il devait éloigner le dragon. Il se releva et courut vers l'extrémité de la pièce, ramassant une épée au passage, évitant un coup de queue du dragon. Il était face au mur, nulle part où aller. Se tournant vers son adversaire qui approchait, il leva son épée à hauteur de ses yeux, comme un torero avant la mise à mort, et fit face à son ennemi.

Crispée par l'angoisse, Sofia ne lâchait pas Ekna du regard, le supportant de toute son énergie, oubliant qu'elle n'en avait pas fini avec le tableau de commande des bombes. Soudain, elle faillit hurler. Quelque chose de froid, râpeux et griffu se frottait contre ses jambes. Elle baissa vivement la tête pour fouiller l'ombre, la main sur sa dague, prête à s'en servir à nouveau. Elle découvrit le minable petit dragon que Jukonna avait fait prisonnier. Il la regardait et ses yeux avaient un étrange éclat phosphorescent, hypnotique

"Ne frappe pas Maîtresse. Je me suis rendu. Je suis petit mais je sais. Oui, je sais bien des choses. Knemarak craignait Celui qui sait, alors il m’a tenu ici. Toi …Tu es celle de la prophétie. Celle par qui sera réuni ce qui a été désuni. N’hésite plus. Coupe le système. Il ne faut jamais rompre la grande unité. Coupe !" Comme en un songe, Sofia saisit sa dague d'une main et de l'autre enserra deux fils, un rouge et un noir, et, fermant les yeux, les trancha d'un coup. Il y eut une sorte de mugissement mécanique énorme, puis un chuintement. Sofia, n'osant plus ouvrir les yeux avait cessé de respirer. Elle tenait toujours les fils dans son poing serré. Un claquement puissant se fit entendre. Les boîtiers cessèrent leur clignotement. Et tous les cylindres s'éteignirent d'un coup, tandis qu'au-dessus d'eux, la coupole qui formait la voûte de la grande salle s'ouvrait en deux lentement. Un ciel laiteux apparut. S'y découpait une immense forme pourpre qui rugit

"Knemarak !"

Juché sur le rebord de la grande coupole, muscles tendus, Nekas observait son ennemi, laissant échapper de sa gorge un grognement sourd. Knemarak leva la tête, se désintéressant totalement d'Ekna.

"Nekas... Enfin !"

Les ailes du dragon noir se déployèrent et il bondit vers le dragon pourpre qui, crachant un flot de flammes, tenta deredblackbattle1 stopper son attaque. Knemarak traversa le mur de feu pour se jeter à la gorge de son ennemi, et lui trancher la carotide. Nekas para l'assaut d'un coups de griffe et se jeta sur son adversaire, l'emportant vers le sol. Les deux dragons roulèrent sur le carrelage sombre, chacun tentant d'immobiliser l'autre pour atteindre sa gorge. Ils se séparaient parfois, s'éloignant l'un de l'autre pour s'emmêler encore. Les deux créatures mythiques semblaient de force égales dans ce combat titanesque.

Tous étaient figés par la même tension, les yeux rivés à la lutte acharnée. Sofia serrait les poings et se projetait dans chaque attaque de Nekas, souhaitant furieusement que le Dragon pourpre prenne rapidement le dessus, frappe et vienne à bout du tyran noir. L'étrange petit Dragon ne l'avait pas quittée. Il s'était redressé et semblait psalmodier, sans trêve, une sorte d'incantation où revenait le mot "Unité" sans cesse. Abandonnant la lutte acharnée un instant, Sofia chercha Ekna du regard. Il lui faisait face, de l'autre côté de la grande salle et son regard, extrêmement brillant et tendu, était rivé aux combattants. Son coeur se serra. Maintenant, il y avait entre eux bien plus que l'espace de la salle... il y avait le poison des mots de Ravaknar. Elle ferma les paupières. Et retourna son attention vers l'entrechoquement des corps des grands Dragons.

Les dragons encore se jetaient l'un contre l'autre, se griffant, se frappant. Leurs queues fouettaient le sol, faisant trembler les murs. Un combat vieux de plus de mille ans trouvait, en ce jour, son apothéose. Ekna observait la scène les yeux fixes, haïssant à cet instant sa condition de demi humain qui l'empêchait de prendre part à cette bataille. Il haïssait aussi ce coté humain pour autre chose Pour la douleur qui le transperçait lorsqu'il pensait à Sofia, livrée aux bas instincts des bêtes de Knemarak. Il ne pouvait s'empêcher de l'imaginer, gémissante de plaisir entre les griffes de ces monstres. Il savait pertinament qu'elle n'y était pour rien, que ce plaisir ne venait que d'une réaction chimique. Mais la douleur était là, qui le faisait frémir de rage et d'impuissance. Une main se posa sur son épaule, Jukonna se pencha sur lui, glissant à son oreille.

"Ami, qui, crois-tu, souffre le plus en ce moment ? Si tu te détournes d'elle que lui restera-t-il à cette heure, la plus sombre de son existence ?"

Les mots de Jukonna trouvèrent son coeur.Il releva la tête et la tourna vers le petit dragon.

"Merci mon ami"

Se dirigeant vers Sofia, il entoura son épaule de son bras et reporta son attention sur le combat. Knemarak venait de porter un puissant coup de griffe à l'épaule de Nekas , le déséquilibrant, fouettant l'air de sa queue. Il le fit chuter au sol. Nekas ne dut son salut qu'à un bond de côté, évitant de justesse le coup que la gueule brûlante de son ennemi tentait de lui porter. Mais déjà, le monstre se préparait à frapper encore, les deux pattes avant immobilisant le dragon pourpre au sol.

explosionSofia fixait, angoissée, le grand corps de Nekas retenu au sol. Il avait l'air vaincu, semblant relâcher son étreinte sur le torse de Knemarak qui le dominait, gueule ouverte, prêt à porter un coup fatal. Elle sentit son coeur se figer, broyé par un étau glacé, son coeur si lourd, si douloureux que ne soulageait en rien la présence d'Ekna à ses côtés, bien au contraire. Alors qu'elle l'avait  tant voulu, et bien qu'elle souhaita se serrer tout contre lui et enfouir sa douleur contre sa poitrine, elle se sentait trop salie, trop souillée, trop coupable de tout pour accepter sa présence sans être tiraillée. Sous la morsure de ces terribles tensions, elle ne put retenir un cri. Elle hurla. Un hurlement que nulle humaine n'avait poussé jusqu'alors un

"Non"

terrible, strident, qui était le refus de ce qu'elle avait vécu, le refus de la faillite de Nekas, le refus de sa souffrance, un "Non" qui fit tressaillir tous ceux qui étaient rassemblés là. Et la queue de Nekas se détendit, à ce moment là, fouettant l'air.

Knemarak fut, un instant, déconcentré par le cri de Sofia. Un court instant, le temps d'un battement de paupière peut être, mais cela suffit à Nekas. La queue du dragon se détendit, dans un mouvement sec et rapide, frappant son adversaire à la tête. Knemarak fut projeté sur le côté, frappant lourdement le mur de son grand corps. Une de ses ailes s'était brisée et pendait lamentablement. Il se redressa péniblement sur ses pattes, du sang coulant de sa gueule entrouverte. Il fixa alternativement son ennemi et Sofia en grondant. Nekas ne lui laissa pas plus de temps. Le dragon fut rapide comme l'éclair et frappa son ennemi d'un coup de patte terrible qui l'envoya rouler au sol dans un grognement.

"Rend-toi Knemarak, et subis le jugement qui t'attend."

Le dragon fut secoué d'un rire douloureux.

"Le jugement ? Je vais te montrer quel est mon jugement."

D'un bond, Knemarak se jeta en avant, non pas sur Nekas mais vers les six cylindres d'aciers, les griffes tendues vers les bombes. Il n'atteignit pas les terribles engins de mort. Une détonation retentit dans la pièce et un de ses globes oculaires sembla exploser dans un magma bouillonnant. Gimal, les deux jambes écartées, le pistolet de Sofia tendu à deux mains devant lui, le canon encore fumant, abaissait doucement le canon de l'arme.

"Ceci est pour mes compagnons, sale porc."

Cinq détonations claquèrent encore, tandis que Knemarak se tordait de douleur au sol, le corps perforé, incapable de se relever à présent. Il était allongé, tremblant, et continuait pourtant à tenter de ramper vers les cylindres, vers son rêve de destruction. Jukonna s'avança vers Sofia. Il avait ramassé la hache au métal scintillant et la tendait à la jeune femme.

"Ce n'est pas de la vengeance. C'est l'heure de la justice. Que meure la bête !"

Un long moment, Sofia regarda Jukonna, puis la hache, sans faire un mouvement. Knemarak se traînait toujours vers sa démoniaque installation. Brusquement, elle saisit la hache et courut jusqu'à Knemarak. Elle s'interposa entre lui et son but, lui coupant la route, jambes écartées, regard flamboyant, la hache levée devant elle.

"Regarde-moi Knemarak. Regarde ce que tu méprises le plus. Regarde la vie vaincre le principe de mort."

Et elle abattit la hache sur le cou du Dragon. Ce fut facile. Comme si l'arme était douée d'une vie propre et pénétraitdragon_picture_0931 seule les chairs, perçant le métal, la carapace d'écailles, les artères, les os.... comme s'il ne s'agissait que d'un fil tranché par un rasoir. La hache irradiait d'un éclat chatoyant en s'enfonçant, un éclat qui se répandait dans la pièce en même temps qu'un bruit doux et mélodieux, comme un chant larmoyant. Sofia tremblait, les yeux fermés, bras baissés, les deux mains toujours rivées au manche de l'arme magique. Et tous entendaient la voix aigrelette et solennelle de l'étrange petit Dragon psalmodier

"Alors Une viendra. L'étincelle de vie portera. Et ce qui fut désuni se réunira. Que la prophétie soit réalisée. Dans la Grande harmonie, Paix et Unité "

"L'élue, qui rassemblera les mondes"

Jukonna venait de prononcer ces mots, dans le silence imposant qui régnait à présent dans la pièce. La hache que tenait Sofia continuait à étinceler. Elle ne semblait pas même tâchée de sang, comme si le mal ne pouvait pas la toucher, même sous cette forme. Ekna tressaillit tandis que le dragon difforme reprenait sa litanie.

"L’élue viendra, le métal magique portera, la valeur de son âme reconnaîtra."

Nekas observait la scène songeur. Il s'avança vers Sofia et, posant son énorme patte sur le corps de Knemarak, il le repoussa au loin, puis s'empara de la tête tranchée. Alors, il bondit sur le rebord de la coupole, dressant la tête sanglante au-dessus de lui, et rugit. Les bruits de la bataille s'estompèrent immédiatement. Le combat se terminait à présent, le Seigneur des Terres sombres venait de périr.

Ekna rejoignit Sofia, qui tenait toujours le manche de la hache serré entre ses doigts. Doucement, il lui prit l'arme des mains. Immédiatement, la hache cessa de scintiller Il regarda l'arme avec une moue dubitative, la jeta au sol comme si elle était empoisonnée et, sans rien dire, prit Sofia dans ses bras. Dépliant ses ailes, il s'envola, traversant l'ouverture de la coupole pour rejoindre l'air libre. En bas, les troupes d'Avalon rassemblaient les prisonniers dans la cour. Les dragons de Knemarak avaient jeté leurs armes au sol et se soumettaient à leurs vainqueurs. Ceux qui se trouvaient dans la forteresse n'avaient pas cette chance, les hommes lézard ne feraient pas de prisonniers. La forteresse retentissait de cris et parfois des corps tombaient du haut des tours en hurlant. Ekna accéléra son vol pour s'éloigner de la forteresse, volant vers Avalon.

Sofia se laissait emportée, absente. Elle ne ressentait rien, plus rien qu'une sensation de vide. Comme si elle avait été happée par un gouffre sans fin. Au moment où elle avait abattu la hache, elle avait senti une énergie extraordinaire pénétrer en elle, elle s'était sentie irradiée. Et puis cela avait reflué brusquement. La laissant épuisée, vidée, le coeur lourd, serré par une sourde angoisse. Les yeux fermés, le corps secoué parfois de frissons, l'esprit aussi nu qu'une page blanche, elle n'avait même pas conscience d'être dans les bras d'Ekna. Elle n'était même pas certaine d'avoir frapper Knemarak. Elle ne savait plus rien. Et elle se laissait aller dans ce flou comme dans un refuge froid où elle souhaitait trouver le repos. Loin, très loin, elle entendait les battements d’un cœur, le cœur d’Ekna.

dragon_et_femme_guerri_re2Il volait en silence. De temps en temps, ses yeux se posaient sur Sofia qui semblait être ailleurs perdue en son monde intérieur. Il ne pensait plus à la douleur que lui avait causé les mots de Knemarak. Une autre crainte, bien plus profonde et plus sourde, le remplissait à présent. Celle de la perdre. Elle s'en allait, il le sentait, son coeur et son âme le criaient, elle partait et il ne savait pas s'il pourrait la retenir. Il accéléra la vitesse de son vol, franchissant les limites des Terres sombres. Dans le lointain, déjà scintillaient les tours blanches de la cité.

Au lieu de poursuivre son vol vers les remparts immaculés, il se dirigea vers un tertre, perdue dans les bois. Au milieu de la verdure, se dressait un petit temple entouré de fleurs. Il pénétra dans l'ombre des pierres séculaires et la posa doucement sur le sol. Le temple était presque vide, seule une statue trônait au milieu de la pièce. Un semi dragon replet s'occupait de changer les fleurs dans les bacs d'offrandes. La statue était celle d'une femme vêtue d'une longue tunique. Elle affichait un air pensif et serein et tenait dans sa main une sorte de lance qui se terminait par une crosse ornée d'un emblème. Comme aimantée, Sofia fixait le symbole qu'elle ne pouvait identifier. Au milieu de la crosse brillait une pierre rouge. Elle reconnut la matière dont était faite la lance. Le même métal que celui de la hache. Ekna ne disait rien, ses lèvres étaient serrées, son visage pâle. Il tendit le bras vers la lance scintillante, sans oser la toucher, et invita Sofia, d’un signe, à aller la prendre.

Lentement, elle se sépara de lui et fit quelques pas hésitants et chancelants vers la statue. Peu à peu, une foule de pensées émergeait dans son esprit, mélange kaléidoscope d'émotions et de souvenirs, télescopage de douceur et de souffrance. Elle s'arrêta à mi-chemin et se retourna, plongeant son regard, brillants de larmes retenues, dans celui d'Ekna, pour une interrogation muette. Le voulait-il vraiment ? Qu'attendait-il d'elle ? Il conservait la même expression tendue et déterminée, sans rien exprimer de plus, la laissant seule face à son choix. Elle se retourna vers la statue. Son visage était incroyablement doux, réconfortant, comme une promesse du repos qu'elle cherchait désespérément en elle et qu'elle ne parvenait pas à trouver. Et le métal l'appelait irrésistiblement. Elle le sentait, au plus profond d'elle-même. Elle fit les derniers pas sans s'en rendre compte. Leva la main et s'immobilisa. Elle murmura

"Je n'ai jamais aimé qu'une fois. Et c’est vous, Ekna"

"Tu es et restera mon seul amour, aujourd'hui et à jamais."

Ce furent les seuls mots d'Ekna avant qu'elle ne saisisse la lance, qui se mit à flamboyer dans sa main, répandant des ondes de chaleur autour d'elle. Elle se sentit traversée par des vagues d'ondes lumineuses, une énergie ancienne et puissante qui chantait et lui parlait dans une langue inconnue. La douleur quittait son corps et refluait La lance scintillait et vibrait dans sa main. Il lui sembla que les doigts de la statue s'entrouvraient pour libérer l'étrange sceptre. Elle le retira doucement, l’amenant à elle. Alors, elle se sentit traversé par tout Avalon, comme si toute la force de cet endroit hors temps se concentrait en elle. La pierre rouge se mit à luire, de façon de plus en plus intense, projetant un fanal de lumière devant elle. Elle sut, et elle ne savait pas comment elle pouvait savoir cela  mais elle le savait, et elle s'avança lentement vers le parvis du temple, pointant la lance vers les tours d'Avalon. Le fanal s'intensifia encore et partit frapper le sommet de la tour, qui le réfléchit comme un phare. L'étrange fanal brillait de plus belle ; il était à présent visible dans tout le territoire des dragons.  Enfin, la pierre rouge cessa de flamboyer. La lance scintilla doucement dans sa main. Le chant glorieux s'était tu. Mais elle demeurait rempli de cette étrange énergie qui courait en elle.  Elle regarda la lance qui pulsait encore, puis, se tournant, elle fit face à Ekna qui la fixait douloureusement. Posément, il mit un genou à terre et inclina la tête.

"Gardienne de la tour, ma vie pour vous."

Le dragon replet, qui était resté bouche bée, se jeta à genoux

"Gardienne de la tour, ma.. ma vie pour vous."

De toute part, venant de la cité, accouraient les dragons. Ils se jetaient à genoux devant elle, répétant toujours la même phrase. "Gardienne de la tour, ma vie pour vous." Finalement, Nekas apparut et se posa près d'elle. S'inclinant, il récita la phrase rituelle, avant de se tourner vers la foule qui grossissait d'instant en instant.

"Avalon,  écoute ma voix ! Aujourd'hui, Sofia a sauvé notre monde. Aujourd'hui la lance protectrice a reconnu le courage et la noblesse de son cœur. Aujourd'hui Avalon a retrouvé une gardienne. Aujourd'hui, est le début du changement !"

Les dragons répondirent à ces paroles en poussant des hourras qui roulaient et revenaient en écho depuis les montagnes.

Sofia, écoutait Nekas, regardait la lance qui miroitait dans sa main, observait la foule amassée à ses pieds et yjeune_femme_brune2 cherchait désespérément le regard d'Ekna. Pourquoi la fuyait-il ? Elle ne parvenait pas plus à comprendre ce qui se passait, que ce qu'elle ressentait, cette paix soudaine, cette sensation de libération en même temps que cette indicible tristesse. Elle ne portait plus sa tenue souillée ni aucune trace des heures terribles qu'elle avait vécues dans la forteresse et cette métamorphose n'était pas la moindre de ses surprises. Il lui semblait qu'on venait de la projeter dans un autre monde, dans une destinée qu'elle n'avait pas choisie, qu'on lui volait une part d'elle même... sa vie... Ekna....  Elle sentit la colère et la rébellion monter en elle, bouleversant la sensation de paix qui l'avait submergée. Elle voulait fuir, cherchant une issue dans la foule qui les cernait, elle et Nekas. Elle n'était pas cette.... gardienne... non...non... Il se trompait ! Ils se trompaient tous. Tous !

Nekas avait reportée son attention sur Sofia et constaté le trouble dans lequel elle se trouvait. Il la sentait prête à perdre pied. S'avançant entre la foule et elle, il posa son regard dans le sien.

"Montez sur mon dos Sofia. Ne dites rien, pour l'amour d'Avalon."

Elle le fixa un instant, le regard vide, et grimpa sur le dos du Dragon qui s'envola sous les vivas. Ils volèrent un instant, avant de se poser sur la crête d'une des falaises qui bordait la frontière septentrionale du royaume d'Avalon. Il l'aida à descendre de son dos et contempla la ville qui s'étendait à leurs pieds. On dressait des mats ornés d'oriflammes. Toute la ville pavoisait, célébrait la défaite des terres sombres, mais surtout la venue de la gardienne. Il désigna un point vers l'ouest. On pouvait apercevoir le long ruban de l'armée d'Avalon qui approchait de la cité.

"Ce soir, Avalon vivra dans la liesse et la joie. La guerre est finie et notre cité retrouve une gardienne."

Nekas s'assit doucement. Ses muscles lui faisaient mal. Le combat contre Knemarak avait laissé des traces.De plus, il était presque sûr d'avoir une ou deux cotes enfoncées. 

"Il existe une légende en Avalon, une légende qui vit le jour sur les terres du milieu, il y a bien des siècles. Le monde alors était autre, bien différent de ce qu'il est aujourd'hui. Il y avait de la magie en tout lieu, en toute chose. Dans ce monde, les autres mondes se touchaient et se rejoignaient. C'était un temps de merveilles mais aussi de grands dangers.Pour chaque rayon de lumière, il existait une ombre. De ces temps, nous restent les récits des grandes légendes, celles qui ont traversé le temps et l'espace. Ce monde a disparu, après bien des combats, bien des guerres, le blanc contre le noir, le jour contre la nuit. Finalement, les mondes se sont éloignés les uns des autres, les passages se sont fermés, chacun choisissant son temps et son lieu. La légende dit aussi qu'un jour ce qui fut désuni sera à nouveau réuni, que toute chose n'est que la promesse d'un éternel recommencement, alors les portes s'ouvriront et les forces de la nuit tenteront de détruire tout ce qui est, pour faire des mondes leur monde."

Nekas se tut quelques instants, fixant le ciel.

"Quand ce qui fut séparé fera un, quand l'unité sera, alors se lèvera encore, en chaque monde, un champion, une âme valeureuse et noble. Les héros de la lumière marcheront à la rencontre de la nuit. Les armes magiques à eux seuls serviront et leur seront données. Ainsi les terres du monde à naître seront sauvées et viendront les millénaires de la paix. Voici en quelques mots le récit de la légende, la Prophétie de la Pierre Première, Sofia, qui tient lieu de religion en Avalon. Aujourd'hui,  vous avez prouvé que vous étiez digne de porter la lance de Selena, la lance de la gardienne. C'est pour cela qu'elle vous a investie et choisie."

dragon_doux_femmeSofia tenait toujours l'étrange emblème dans sa main et le regardait, en secouant la tête en signe de dénégation. Elle prit la parole d'une toute petite voix, infiniment triste.

"Non, non ! Ce n'est pas possible. Regardez-moi Nekas ! Regardez-moi !"

Elle posa délicatement la lance devant elle et s'élança au devant du grand Dragon, levant vers lui un visage torturé

"Je vous en prie, regardez-moi comme vous m'avez regardé quand je suis arrivé ici. Regardez ce que je suis. Je... je ne peux pas être la... la gardienne ... pas cette gardienne là ... non... je ne peux pas !"

Sa voix se brisait. Elle inspira et reprit, plus fermement

"Tout ceci ... c'est une erreur... le...le hasard.... D'abord je ne suis même pas d'ici et ... la lance se trompe.... je ne suis pas digne de quoi que ce soit, non...pas digne" à nouveau sa voix s'effondrait dans un sanglot avalé. Elle acheva d'une voix blanche

"Vous ne pouvez pas savoir .... "

"Ce que vous avez subi dans les geôles de Knemarak ? Ou bien vos sentiments pour mon fils ? Est-ce un de ces deux points qui vous rend indigne de porter la lance ? Si vous pensez cela, détrompez-vous. Ce n'est pas un honneur, c'est un fardeau comme tous les grands pouvoirs. Une terrible charge sur vos épaules. Mais la magie qui existe en ces lieux est plus ancienne que le monde, du moins que cette version du monde. Vous avez été choisie. Par quel moyen elle vous a menée en ces lieux, elle seule le sait, mais c'est ainsi. La lance a choisi vos mains, en toute connaissance de cause. Les dragons attendent ce jour depuis la Grande séparation. Ils l'attendent et ils le craignent aussi. Car c'est une ère de grands dangers où toutes les forces qui agissent pour repousser l'ombre sont appelées à s'unir, un temps où tout est possible, où plus rien n'est écrit. Si aujourd'hui vous ignorez pourquoi, si tout cela ne semble pas avoir de sens pour vous, je le comprends. Mais laissez-nous une chance. Si vous partez, vous tuerez l'espoir d'Avalon, vous briserez les rêves de tout un peuple. Aujourd'hui, vous avez déjà sauvé une fois mon monde. Je vous en supplie humblement Sofia, sauvez-le encore une fois. Ne refusez pas la lance que je vous tends."

Nekas avait baissé la tête, avec infiniment d'humilité, tenant, délicatement au bout de ses griffes, la lance qu'il avait ramassée. Sofia le fixait sans bouger. Et ses yeux glissèrent lentement vers l'emblème. Elle posa sa main sur une des griffes de Nekas, effleurant la lance. Elle en perçut les vibrations, l'appel impérieux. Ses yeux sombres, noyés de peine, fouillèrent le regard du Dragon.

"Je n'ai même pas le choix" Fit-elle tristement "Vous le savez bien. Je ferai ce qui doit être fait. Je vous l'ai promis, un soir, sur les terrasses du Conseil. Je ne pouvais pas imaginer jusqu'où cette promesse m'engagerait."

Sa main se refema sur la lance. Elle regarda encore Nekas. Ses yeux flamboyaient.

"Mais je hais ce qui m'arrive. Cette sensation de n'être qu'un jouet dans une machinerie démentielle. Je suis furieuse !... Et cette colère me fait peur. Oh oui ! Plus que.... que tout le reste... c'est cette colère en moi qui me fait dire que vous vous trompez tous." Son coeur cognait dans sa poitrine douloureusement. Elle fit quelques pas, en silence, et se retourna vers Nekas

"Que va-t-il se passer maintenant ?"

Elle secoua la tête. Les mots venaient difficilement "C'est une immense question pour toutes celles que je n'arrive pas à poser"

Nekas se releva sur ses pattes, secouant ses ailes endolories.

"C'est une bonne question Sofia. Si je le savais, nous ne serions pas là à discuter des jeux du destin. Je ne sais ce quifemme_aux_dragons va se passer. Tout ce que sais, ce que je sens, c'est que les frontières entre les mondes deviennent de plus en plus minces. Bientôt, les portes s'ouvriront et le temps de la magie sera revenu. Ce que je vous propose Sofia, c'est de retourner à Avalon et de prendre un bon bain, un peu de repos et de célébrer notre..... Votre victoire. Les hommes lézards racontent partout, qu'à vous  seule vous avez décapité Knemarak et que vous avez soumise le Feu du ciel. Rentrons Sofia. Ce qui doit arriver arrivera de toute façon. Alors seulement, nous verrons quelle peut être notre influence sur le cour des choses."

Sofia soupira et s'approcha du Grand Dragon. Des larmes silencieuses glissaient sur ses joues mais elle souriait doucement. La sensation de paix intérieure renaissait en elle. La colère s'estompait un peu mais la tristesse demeurait comme une vieille douleur endormie. Elle effleura le flanc de Nekas avec tendresse.

"Oui, Nekas, rentrons ! Il y a de belles choses à célébrer et l'espoir est certainement la plus belle de toutes."

Ils étaient rentrés à Avalon sous les acclamations de la foule, Le grand chef de guerre et la gardienne de la tour. Les habitants, prompts à ce genre de choses, avaient tout de suite honoré le dragon du titre de Nekas le Magnifique et Sofia fut officiellement baptisée Sofia akn Selen, Sofia Fille de la lune. Ils avaient participé, un moment, aux libations. La ville résonnait au son des instruments et à la cadence des danses. On fraternisait entre dragons des Brumes et dragon d'Avalon. Les filiformes dragons de Lud éveillaient la curiosité. On les pensait disparus depuis plusieurs siècles ! Ils continuaient cependant à rester évasif sur l'emplacement de leur fameuse cité. Même la petite délégation d'hommes lézards semblait se dérider quelque peu. Elle avait cherché Ekna partout dans la foule, mais il semblait avoir disparu. Elle finit par se rendre dans une sorte de chapelle à la haute voûte, qui semblait plus silencieuse. Elle comprit pourquoi en franchissant les portes épaisses. Assises sur des bancs de pierres, pleuraient les femmes de ceux qui étaient tombés. Un dragon âgé récitait leurs noms devant une statue représentant ce qui lui semblait être une femelle dragon tenant dans une main la lune et de l'autre le soleil. Les femmes grises et silencieuses contemplaient la statue. Elle sortit doucement de la pièce et se décida à regagner son logement, le coeur lourd. La lance était là, posée contre le mur. Son métal luisait doucement. Elle l'effleura, du bout des doigts, sentant sa force passer en elle. Puis elle se rendit sur la terrasse, se perdant dans l'observation de la ville qui semblait bouger à la lueur des torchères. Elle le sentit, avant de le voir, avant de l'entendre. Elle sut qu'il était là, et cela lui donna le frisson. Sans se retourner elle murmura :

"Ekna."

Il se tenait dans l'ombre de la muraille et s'avança vers elle.

"Sofia."

"Je t'ai cherché partout" Son émotion était si vive qu'elle en oubliait le vouvoiement. " Je désespérais de jamais te revoir." Elle se tourna vers lui, levant la tête pour quêter son regard. Il baissa ses yeux vers elle. Et ce qu'elle y lut lui chavira le coeur. Autant de douceur, de douleur et d'amour que de renoncement. Elle ferma les yeux et s'approcha tout contre lui, presque à l'effleurer. Elle le sentit frémir et se raidir. Tout doucement, elle posa sa joue contre son torse, sa joue uniquement, se gardant bien d'approcher son corps de trop près, craignant qu'il ne la fuit.

"Ekna... je ne suis pas différente. J'ai peur. Très peur"

Elle n'osait pas le toucher et pourtant elle avait envie de s'enfouir tout contre lui, de chercher la protection de ses bras, la douceur de ses baisers. Sa voix n'était qu'un murmure, très doux, très calme, qui retenait péniblement les tumultes de son âme.

dragon_picture_5721Il hésita un instant, la joue de Sofia posé contre son torse. Elle était là, celle qu'il attendait depuis si longtemps."celles" serait plus exact : la gardienne de la tour et la femme qui remplissait le vide qui était en lui depuis si longtemps. Il finit par lever ses bras, encore hésitant, entourant le corps gracile de Sofia et la serrant contre lui. Elle était tremblante. Il avait toujours imaginé la gardienne de la tour comme une guerrière qui viendrait conquérir la lance. Il s'était trompé. Elle était, avant tout, la femme qu'il aimait, qu'il voulait protéger de tout son coeur. Il se sentait impuissant pourtant. Il n'avait pas su la protéger de Knemarak et de ses sbires et, à présent, il l'avait menée vers la lance, la conduisant peut-être à sa perte.

"Pourras-tu me pardonner Sofia ?  Je ne pouvais faire autrement...Lorsque la hache a brûlé entre tes mains, j'ai su que tu étais l'élue. Et je t'ai menée à la lance... parce que je suis un dragon. Parce qu'on m'a appris à faire passer mon devoir avant mes sentiments. Maintenant je voudrais t'emporter, loin, loin d'ici."

Retenant ses larmes, Sofia se détacha doucement de lui et, plongeant ses yeux étincelants dans les siens, lui saisit les mains

"Et tu ne le feras pas, Ekna, fils de Nekas, parce que l'amour n'est pas la négation du monde mais sa lumière ! Et je n'ai rien à te pardonner puisque tu as fait ce qui devait être fait... ou alors "

Ses yeux s'assombrirent et sa voix se voila

"Il faudrait, moi, que j'implore ton pardon pour tout ce que ...." Elle se tut. Non. Ce qu'elle avait fait et ce qu'elle avait perdu... tout cela devait être. C'était ainsi. Mieux valait le silence ! Elle avait fait juré Jukonna, pour que jamais le coeur d'Ekna ne soit lourd d'une peine dont elle finirait par guérir seule.

Il baissa la tête vers elle, plongeant ses yeux dans les siens.

"Je... je sais ce que tu as enduré... là-bas... je veux dire... dans les geôles. Tu sais, tu n'es pas la première à être tombée entre leurs mains."

il se tut un instant, la serrant tendrement.

"Ma soeur, elle, n'est pas revenue des souterrains. Tu ne dois pas t'en vouloir, ni avoir honte. Tu as survécue, tu as été plus forte qu'eux.Ne les laisse pas gagner maintenant que leur forteresse est à bas."

Il la serra contre lui presque à l'étouffer.

"Et tant pis si tu es l'élue du destin, tant pis si demain nous sommes tous voués à disparaître dans les flammes du néant. Je t'aime Sofia, et je serai à tes cotés où que nous mènent nos chemins."

Il écrasa sa bouche sur la sienne, l'embrassant passionnément.

Elle répondit farouchement à son baiser, son désespoir et ses peurs se muant en une flamme dévorante. Pressant son corps contre celui d'Ekna, elle sentit une bouffée de joie pure l'envahir. Elle s'arracha à son étreinte, un instant, juste le temps de souffler

"Je t'aime Ekna. Tu es le seul, l'unique, le premier être qui ait ravi mon coeur et qui l'illumine et quoique nous réserve l'avenir, cet amour est et demeurera le plus beau cadeau de la vie"

Et ses lèvres enfiévrées revinrent prendre la bouche de son compagnon. Se cramponnant à lui, elle pressait son corps contre le sien, cherchant à mêler leurs deux êtres par delà la barrière de leurs vêtements, de leur peau même.

Ils firent l'amour longtemps, langoureusement, leurs corps collés l'un à l'autre. Il la prit avec une infinie tendresse.boris_20vallejo_20__20demon_20serpent_20etreignant_20une_20femme_20nue1 De cette nuit, elle ne gardait que des images floues, ses yeux dans la pénombre, ses mains fortes et douces qui se posaient sur elle. Son corps luisant de sueur sur le sien, les muscles de ses cuisses se frottant contre les siennes. De cette nuit, elle gardait ce sentiment d'être complète, réalisée enfin lorsque le sexe d’Ekna se glissa dans le sien, remplissant tout son être de sa présence, de sa force et de sa douceur. Il dormait allongé sur le dos, le drap descendu révélant son corps. Elle l'observa un instant. Il était beau, apaisé dans son sommeil. Puis elle reporta son attention vers l'horizon. Elle se tenait debout sur la terrasse, la lance dans sa main semblait lui murmurer d'antiques mélopées. Le soleil se levait, baignant le paysage encore endormi dans une laitance spectrale. Les choses iraient plus vite que ce qu'Ekna pouvait penser. Ils approchaient. Elle ne savait pas qui, mais elle sentait leur présence, là-bas vers le nord. Ils approchaient et bientôt, ils seraient là …

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25 janvier 2006

11. Que la tour tombe

chargeLa créature qui avançait vers eux, dressée sur ses deux jambes, avait effectivement tout du lézard : une tête plus plate et reptilienne que celle des dragons et des yeux fendus de serpent. Il était massif, comme tous ceux de sa peuplade, et on ne distinguait que très peu de sa peau, scarifiée de motifs rituels. Il portait une armure scintillante, faite d’un métal extrêmement brillant qui semblait adopter les couleurs chatoyantes de la lumière. L'homme lézard franchit la barrière des gardes, qui s'écartèrent sur un signe de Nekas. Chacun fixait, avec admiration, l'armure de la créature qui avançait, tête nue, portant son casque sous son bras. C'était le métal de l'armure qui suscitait et l'admiration et la crainte des dragon, le métal mythique, celui que seuls les hommes lézards savaient forger : l'alterium, le métal du pouvoir. Les hommes, une seule fois dans leur existence, avaient pu approcher cette merveille, forgée en une épée, une épée que l'on avait baptisée Excalibur et remit à un grand roi, en qui coulait le sang des Dragons. L'alterium et ces propriétés fantastiques, celle d'être indestructible et de pouvoir trancher n'importe quelle carapace de dragon comme s'il s'agissait de papier ! L'homme lézard s'immobilisa et fixa Nekas.

"Me voici."

La voix de l'homme lézard était rauque.

"Vous avez pu venir. Je n'espérais plus votre venue."

L'homme lézard acquiesça et fixa le champ de bataille.

"Sommes venus, moyen de transport peu confortable. Dragons sont lents."

Le dragon blanc, aux côtés de Nekas, hocha la tête.

"Dites plutôt que vous devriez faire une diète salutaire."

Le Lézard siffla en direction du Dragon. Nekas interrompit l'échange.

"Combien êtes-vous ?"

"Grand nombre." Ce fut la seule réponse de l'homme lézard.

Le chambellan, que la présence de cette créature rendait nerveux, se mit à trépigner.

"Et où sont-ils ? Où sont ces guerriers que vous nous vantez ? Je n'en vois pas la trace d'un seul. Alors... ? .... "

Le chambellan s'était figé. L’homme lézard n'était plus là.

"Où... où est-il ?"

L'air scintilla derrière lui et sembla se matérialiser, prenant forme physique. Le lézard se tenait dans son dos et colla sa bouche à son oreille.

"Grande magie dans métal, très grande…"

Le chambellan faillit, pour le coup, s’évanouir. L'homme lézard se désintéressa de lui et se tourna vers Nekas.

"Nous prêt. Vous ?"

Nekas tourna son regard vers la rivière et les murs de la forteresse. Maintenant, tout reposait  sur le savoir faire d’Ekna, la victoire était entre ses mains.

Ekna et son petit bataillon d’élite prenaient pieds sur la rive du torrent, dans l’arène granitique noire des Terresclyde_20caldwell_20__20princess_20in_20peril_20_1_ sombres, sous l’écrasante silhouette des murailles de Knemarak. Ekna constata l’absence de Daïn Ken Kard, un tout jeune chevalier, pourtant prometteur. Malgré sa déception, et tout en libérant Gimal, il les félicita tous rapidement mais avec chaleur.

"Paix dans l'harmonie de la Grande unité à ceux qui ont péri" prononça-t-il ensuite, en serrant le sceau d'Avalon. Tous, Gimal y compris, reprirent ses mots. Puis Ekna intima

«Faites le moins de mouvements possible et couvrez-vous de sables. Devenez les Terres sombres ! »

Chacun, l’imitant, se frotta soigneusement le corps de sable noir. Ils ne furent bientôt plus que des masses indistinctes sur le sol. Aussitôt, en file indienne, moitié rampant, ils se glissèrent précautionneusement entre les rochers, jusqu’au pied de la forteresse. Ekna cherchait le passage, se laissant guider par son instinct. Tout à coup, ses compagnons qui le suivaient pourtant de près, le virent disparaître sans comprendre où ni comment: S'empressant le long de la paroi à sa recherche, ils l'entendirent chuchoter « Par ici ! » Ils s’engouffrèrent tous dans un étroit passage.

Ils étaient sous les murailles ! Sans flambeau, les sens aux aguets, ils avancèrent rapidement, guettant les bruits et les présences. Mais seul l’écho lointain de la bataille leur parvenait faiblement. Ces lieux semblaient désertés. S’enfonçant dans l’étroit boyau, en petites foulées silencieuses, ils arrivèrent devant une lourde porte métallique qu'ils poussèrent. Ils avaient pénétré l'inviolable forteresse ! Ekna se tourna vers Gimal.

"Je crois que vous avez maintenant une chose à faire. A vous de nous guider Gimal ! Nous assurons votre protection."

La troupe se déploya autour de l'Itlelmen, prête à assurer sa couverture, le long des couloirs qui semblaient inoccupés.

Pendant ce temps, Sofia et Jukonna avait gagné les abords de la salle du trône. Jukonna devait retenir Sofia qui voulait bondir vers la salle secrète. Il flairait une présence qu'il ne parvenait pas bien à identifier.

Jukonna passait doucement sa main griffue sur le bois luisant de la porte. Toute son attention se portait sur ce qu'il percevait, dissimulé de l'autre côté de la cloison. Un pouls rapide et affolé, une odeur de peur et de mort aussi, sang frais et chairs brûlées. Il repoussa doucement Sofia sur le côté et, se collant contre le mur, il poussa la porte du plat de la main. Celle-ci s'ébranla doucement, révélant un spectacle de désolation. La salle du trône était emplie de cadavres mutilés dont les chairs broyées reposaient dans des mares de sangs. Les lourdes tentures qui recouvraient les murs finissaient de se consumer, tombant en cendres. Jukonna se glissa dans la salle, mais il ne sentit plus de danger immédiat. En cet endroit, la mort avait déjà récolté son dû. Il avança avec précaution, humant l'air autour de lui. Il cherchait d'où venaient les relents âcres de panique qui flottaient encore dans la pièce. Soudain, sa griffe se détendit sous la dalle épaisse du trône et ressortit, tenant à bout de bras un petit dragon tremblotant. La créature les regardait, totalement paniqué. Une longue estafilade courait le long de son visage. Sur sa poitrine, l’emblème des prêtres d’Avalon était brisé. Il gémit, protégeant sa tête de sa patte malingre. Il gémit plus fort, alors que Jukonna le posait au sol.

"Ne me tuez pas, Seigneurs d'Avalon. Ne me tuez pas, je me rends."

Jukonna le fixa attentivement puis, embrassant la pièce d'un mouvement de tête.

"Que s'est-il passé ici ?".

Le petit dragon hocha la tête et murmura d'une voix à peine audible.

"Quand le seigneur Knemarak a vu que tous les clans et toutes les cités des dragons se liguaient contre lui il est venu ici, pris d'une colère sans pareille. Il les a tous fait venir, les savants russes, tous. Ils croyaient recevoir de nouveaux ordres… il les a massacré, tous, un vrai carnage. Je n'ai pu que me cacher sous le trône avant qu'il ne me réduise en bouillie moi aussi."

Jukonna saisit la petite créature par le cou. "En reste- t-il un ? Dis-moi en reste-t-il un ?" Le petit dragon hocha la tête négativement.

"Où est il ? Knemarak ? Où est Knemarak ?"

Le dragon sembla se tasser sur lui même.

"Il est allé dans la pièce où dort le feu du ciel. Il a dit que puisque Avalon ne voulait être sien, alors Avalon disparaîtrait."

colorfinal2Sofia eût un haut le coeur. Ce fou était capable de tout. Elle s'élança vers la porte métallique, ignorant le misérable petit dragon pendu au bras de Jukonna. Elle se cogna à une porte verrouillée et, tira sur les panneaux pour les forcer à s'ouvrir, cherchant désespérément le mécanisme d'ouverture qu'elle n'avait pu repérer, à cause de son état, lors de sa première visite. Malgré l'urgence de la situation, elle n'arrivait à rien et rageait, maudissant Knemarak et cette fichue porte dans toutes les langues qu'elle connaissait.

Soudain, le tonnerre éclata dans la pièce. Les épais murs de pierres se mirent à trembler. De larges blocs de rochers se détachaient de la paroi pour se briser sur le sol qui tremblait. Sofia tomba, sentant les vibrations se transmettre à toute la citadelle. Par les fenêtres de la terrasse leur parvint un terrible cri de guerre. Mais ce n'était pas le cri de guerre bestial des soldats de Knemarak. C'était une seule voix faite de milliers de bouches. Et cette voix criait de tout son être

"Avalon"

faisant, à elle seule, trembler les murs de la forteresse. Jukonna se précipita sur la terrasse et se figea. La muraille était percée, une longue  brèche s'ouvrait en son flanc. Les pierres finissaient de retomber, écrasant au passage bon nombre des guerriers de Knemarak massés dans la cour. Il vit son père, entouré des oriflammes d'Avalon, lever sa grande patte griffue et tendre son poing vers les troupes ennemies rassemblées devant la porte désormais inutile. Les troupes d'Avalon s'ébranlèrent au pas de charge, lances pointées vers le triangle hérissé de piques que formaient les premiers rangs des défenseurs. Ils allaient se faire transpercer ! C'était suicidaire de courir ainsi droit sur les premières lignes, c'était se condamner à finir embrocher sur les lances ennemies.

Sofia s'était relevée péniblement. L'effet du formidable choc avait été salutaire. Il avait calmé son sang bouillonnant d'impatience et c'est la tête froide qu'elle se replaça, face à la porte, sans se préoccuper davantage du vacarme guerrier qui provenait du dehors. Elle observa patiemment les mécanismes, détaillant les symboles, observant les minces égratignures qui blessaient le métal. Et soudain, tout fut clair. Ses mains s'agitèrent sur les motifs. Elle héla Jukonna.

"Venez m'aider Jukonna. Je suis trop petite pour atteindre le haut de cette satanée porte!"

A regret, le dragon quitta son poste d'observation et se précipita à son secours. Il la souleva d'un battement d'ailes tandis qu'elle touchait les motifs, composant une combinaison. Il ne lui fallut que trois essais, le coeur battant, pour qu'ils entendent jouer les mécanismes. La porte cédait enfin, coulissant sur elle-même.

La poussière retombait enfin dans le couloir. Ils respiraient péniblement, les oreilles bourdonnantes. Après avoir disposé soigneusement les charges d'explosifs que lui avaient concoctés les assistants de la traîtresse Ilia, Gimal les avait entraînés loin dans les couloirs, pressentant la force de cet étrange explosif à base de composés organiques de Dragon. Il ne s'était pas trompé. La muraille avait été soufflée par l'incroyable explosion. Gimal en fin artificier, avait utilisé le tunnel secret pour déposer sa bombe, juste sous les fondations de la muraille. Il se tourna vers Ekna.

"Ma mission, Seigneur, est accomplie.  Je vous libère de la charge qu'est ma protection. Allez sauver Sofia."

Ekna n'attendait plus que ça. Enfin ! Mais loin de s'engouffrer dans les couloirs au pas de charge, il se retira dans un coin sombre, s'assit sur le sol en tailleur, se concentra sur sa respiration et, dans un état méditatif,  chercha les ondes de Sofia. Il la localisa rapidement et le chemin qui menait vers elle s'inscrivit au même instant dans son cerveau. Lentement, il sortit de sa léthargie, se redressa, respira profondément et désignant deux de ses hommes ordonna

"Sarn Pen Fig, Ort  Tahn Kig, suivez-moi ! Les autres... demeurez avec Gimal et servez Avalon du mieux que vous pourrez !" Et il s'élança.

La masse des guerriers d'Avalon approchait de la pointe d'acier qui se dressait dans leur direction. Les hommes ne sebattle_of_hornburg_lee posaient plus la moindre question et couraient tout droit, comme le seigneur Nekas leur avait ordonné. Leur confiance dans le grand dragon était totale. Ils fonçaient droit devant eux, leurs lances abaissées et les épées levées. Les troupes de Knemarak faisaient front, les officiers criant leurs ordres pour qu'ils tiennent leur rangs serrés. Tout n'était pas perdu, l'armée d'Avalon ne pourrait briser les lignes de défenses, ils ne parviendraient jamais à la brèche. Un rugissement s'éleva dans les airs, un cri qui n'était pas celui des dragons, un cri terrible et inhumain. La plaine en face de la brèche se mit à scintiller dans le soleil. Sous le regard incrédule des dragons de Knemarak, l'armée des hommes lézard parut se matérialiser dans la plaine. Ils couraient, faisant des bonds de plusieurs mètres, terribles dans leurs armures scintillantes ; le métal magique lançait des éclats de feu. Un bourdonnement horrifié s'échappa des rangs de Knemarak.

"Les hommes lézards"

La rumeur affolée montait jusque dans la salle du trône tandis que Sofia, suivie de Jukonna qui portait le petit dragon ficelé sous le bras, s'engageait à pas de loup dans la salle secrète. Il y régnait un silence de mort que seul le ronronnement des turbines troublait. Et dans l'étrange pénombre irradiée de pâles reflets verdâtres, Sofia ne distinguait rien

"Jukonna ! Il faut localiser Knemarak ! Je ne vois rien !" chuchota-t-elle en s'immobilisant, tous ses sens, bien insuffisants, aux aguets.

"Il est là, je ne sais pas où, mais il est là. Je sens sa présence fétide, mais je ne parviens pas à déterminer où avec précision. Knemarak est un mage dragon, il sait se rendre invisible pour tous ceux à qui il veut se cacher."

Il ne murmurait pas, de toute façon le monstre responsable de tout ce carnage avait dû sentir leur présence depuis longtemps. Il restait cependant collé contre le mur de l'énorme pièce, retenant et protégeant Sofia. Si Knemarak voulait se jeter sur eux il devrait venir de face. Il déposa le minuscule dragon contre un pilier, l'enchaînant rapidement, avant de continuer sa progression, scrutant les ténèbres. Les cylindres d'acier luisaient doucement dans la pièce. Il désigna un petit boîtier, fixé sur chacun des tubes, où défilaient des chiffres clignotants.

"Qu'est-ce que cela ?"

Sofia n'eut pas à s'approcher davantage pour comprendre. Elle souffla

"Un mécanisme de compte à rebours ! Ce malade à programmer la destruction !"

Précautionneusement, elle se plaça près du boîtier et en étudia l'assemblage. Cela semblait simple. Bien trop simple. Un ingénieur de première année aurait pu les stopper un à un. Cette évidence devait cacher un piège mais lequel ?! Où ? Il ne leur restait que trente minutes. C'était peu, si peu. Sofia frémit et expliqua à Jukonna ses ultimes conclusions. Puis, elle baissa la tête piteusement.

"Honnêtement... je ne sais pas comment m'y prendre cette fois ..."

"Cela ne vous serait d'aucune utilité de toute façon. Vous serez morts avant que l'explosion ne se produise."

dragoneyeLa voix venait de la porte. Ravaknar se tenait dans l'embrasure, sa griffe d'acier jetant des lueurs meurtrières à travers la pièce. Il était entouré d'une dizaine de guerriers. Jukonna le mit en garde. Ils s'évaluaient, tournant doucement l'un autour de l'autre en grognant. Jukonna commençait à douter de l'issue de la bataille. Il n'arrivait pas à retrouver la paix intérieur, l'unité lui échappait Il était fatigué, ses blessures le faisaient souffrir et en face de lui se tenait une machine à tuer, en pleine possession de ses moyens, assoiffée de sang et ivre de colère. Les compagnons de son agresseur lui coupaient toute issue par laquelle ils auraient pu tenter une fuite. Fuir d'ailleurs ? Pour aller où ? Si ce n'était pas Ravaknar qui les rattrapait, ce serait le feu du ciel.

Sofia hésitait sur la conduite à tenir, ne sachant si elle devait entrer dans le combat pour soutenir Jukonna, qui, malgré son courage évident, faisait pâle figure face à Ravaknar et sa soldatesque, ou ne rien tenter et se concentrer seulement sur les mécanismes de compte à rebours. Elle se replia dans l'ombre, lentement, cherchant à toute vitesse à prendre la meilleure décision possible

Les hommes lézards allaient atteindre les flots tumultueux et se précipiter dans l'onde lorsque les dos des dragons de Lud vinrent affleurer à la surface de l'eau, formant une passerelle improvisée, une sorte de Y sur la rivière. La horde des hommes dragons se scinda en deux, la première partie bondissant vers la faille, pénétrant dans la forteresse sombre, la seconde fonçant sur le flanc de la troupe qui gardait le pont. Les défenseurs, face à ce flot hurlant, tentèrent de se tourner vers le danger le plus immédiat, les hommes lézards, mais il était déjà trop tard. Entaillant les armures, tranchant les membres, fendant les boucliers et renversant leurs propriétaires, les hommes lézards enfonçaient les lignes de Knemarak. Les rangs se disloquèrent, et l'armée d'Avalon rencontra celle de Knemarak. S'infiltrant à travers les troupes désorientées, les soldats d'Avalon commençaient le corps à corps avec leurs ennemis jurés.

Dans la salle secrète, un duel inégal commençait. Sous l'oeil ironique des guerriers assemblés en demi cercle, Jukonna faisait face à Ravaknar qui le toisait, découvrant de terribles crocs, dans un sourire mauvais. Sofia avait abandonné le dragon à son destin pour s'attacher à la déconnexion du système de mise à feu. Elle cherchait toujours le détail infime qui lui permettrait de trouver comment désamorcer sans risque l'infernal processus, et les minutes défilaient. Elle luttait pour conserver son calme. "Pense comme un dragon ! Pense comme un dragon" se disait-elle. Mais ses pensées s'enchevêtraient dans l'angoisse d'un irrémédiable échec. Elle entendit le premier tintement métallique des armes mais ne releva pas la tête.

Jukonna tenta de prendre Ravaknar par surprise en lui portant un coup à la gorge, mais celui-ci l'esquiva avec facilité,dragon_2003 d'un mouvement souple du bassin, balayant l'espace devant lui de sa terrible griffe d'acier. Quatre lignes rouges apparurent sur le flanc de Jukonna, mais celui-ci ne se redressa pas moins, soulevant son épée devant lui. Ravaknar passa à l'attaque. Les lames s'entrechoquaient et Jukonna reculait sous la violence des coups reçus. Bientôt, acculé contre un pilier, il ne tentait plus d'attaquer, essayant de parer aux assauts du terrible guerrier, sentant ses forces l'abandonner. Un coup plus puissant fit voler son arme au loin. Ravaknar sourit cruellement en levant son épée. 

"C'est tout ce que vous savez faire Ravaknar ? Vous attaquer à un ennemi blessé ?"

Ekna se tenait derrière eux avec ses compagnons, armes à la main. Les dragons qui accompagnaient Ravaknar se saisirent de leurs propres armes.

"Posez vos armes ! ordonna Ekna, la bataille est perdue et vous le savez. Rendez-vous et nous nous montrerons cléments envers vous."

Les dragons se regardèrent et se précipitèrent sur les nouveaux arrivants en grognant. Ravaknar les suivit en criant.

"Le fils de Nekas est à moi." 

Sofia s'était dressée. Ekna ! Ekna était là ! Elle vit Ravaknar fondre sur lui et elle le vit éviter la charge avec adresse et frapper l'abject guerrier au droit d'une de ses ailes, y laissant une profonde déchirure. Le mugissement de rage de Ravaknar lui broya l'estomac. Mais Ekna parait ses coups avec calme et y répondait avec audace. Ses compagnons, aidés de Jukonna, qui malgré ses blessures était entré dans la mêlée, combattaient fièrement la troupe de Ravaknar, ne cédant aucun terrain. Elle ferma les yeux. Elle aussi avait son combat à mener. MAINTENANT. Elle était sûre d'une chose, d'une seule... il fallait qu'elle coupe tous les boîtiers à la fois. D’instinct, elle se dirigea, glissant d'ombre en ombre, vers le panneau coulissant où se trouvait la carte de Chine, la contrée mythique des Dragons. Elle ne s'était pas trompée ! Faisant coulisser le panneau, tâtant la carte, elle retrouva, sous la Chine, l'amas de fils qui commandait tout le système. Restait à savoir lequel était le point névralgique !

La troupe de Ravaknar se réduisait considérablement ;  les guerriers de Knemarak ne semblaient pas avoir le dessus sur leurs adversaires. Plus souple et plus calme que le rustre Ravaknar, Ekna combattait avec tout le sang froid d'un dragon, suivant en cela les années d'apprentissage de son père. Alors que, pour la énième fois, il parait une attaque de son ennemi, Ekna se sentit soudain précipité au sol. Un des comparses de Knemarak venait de faucher sa jambe d'un coup de queue rapide. il vit son épée lui échapper et Ravaknar la pousser du bout de sa patte griffue. Ekna recula, tandis que le monstre essoufflé et souriant s'avançait. Il jeta son épée au loin et leva sa griffe d'acier.

"Tu n'as plus d'arme et c'est ma griffe qui va te tuer. Mais je veux d'abord que tu saches le plaisir que j'ai pris à baiser ta femelle. Combien elle a aimé que je la prenne par là où jamais tu ne l'as prise. Il parait même que cette chienne y a prit goût, qu'elle en a redemandé dans les cellules."

guerre La brute éclata de rire en levant sa patte. Lorsqu'un sifflement traversa les airs.

Dans un bruit mat, une hache à double tranchant vint se planter dans le sol près d'Ekna. Elle était magnifique, brillante de couleurs chatoyantes et ondulantes. Ravaknar, fasciné, ne pouvait s'empêcher de la fixer. Soudain, il se rendit compte que le manche de la hache se trouvait à quelques centimètres de la main d'Ekna. Mais il était trop tard ! Rapide comme l'éclair, Ekna avait déjà saisi la hache, s'attendant à ce qu'elle soit aussi lourde qu'un homme. Mais elle était incroyablement légère et maniable. La double lame siffla dans les airs propulsé par le bras du dragon. Un instant, il sembla que rien ne devait se passer. Puis la tête de Ravaknar se détacha de ses épaules. Son heaume, proprement coupé en deux, tomba au sol en tintant. Le corps du dragon s’affaissa sur ses genoux, secoué de tremblements. Ekna leva encore une fois la hache et l'abattit, fendant le corps du monstre en deux comme on fend une bûche.

Le combat avait cessé autour d'eux. Tous fixaient ce qui avait été le plus terrible combattant de Knemarak. Les survivants déposèrent leurs armes au sol et se mirent à genoux, implorant le dragon de les épargner. Ekna observait la lame scintillante et posa ses yeux sur l'homme lézard qui la lui avait lancée et qui le regardait avec son visage sans expression.

"Toi bien battre pour Dragon ; toi garder Ran-oökel de Kar."

Puis il se tut et s'avança vers les prisonniers. Il tira un long poignard de sa ceinture et, d'un geste vif, avant que quiconque ne puisse réagir, égorgea les trois prisonniers. Se tournant vers Ekna, il ajouta.

"Honneur dragon, pas celui de homme lézard. Pas quartier, détruire le mal."

Sans rien ajouter, il repartit en courant à travers les couloirs, rejoignant le flot des guerriers qui ravageaient la forteresse. Sofia, s’obligeant à se concentrer sur sa mission, avait fini par trouver. Elle touchait au but, sentant qu’elle tenait la combinaison pour désamorcer cette maudite bombe ; elle voulut en faire part à ses compagnons et se tourna vers eux, pleine d'enthousiasme. Elle se tourna… pour se trouver face à la gueule béante de Knemarak, qui se tenait derrière elle à quelques centimètres à peine de son dos.

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23 janvier 2006

10. Dans les feux du combat...

dragon3Soudain, l'épaisse couverture nuageuse sembla s’ouvrir et prendre vie. Loin au dessus du vol des Kirmakis, les nuages s’animèrent et, trouant le manteau épais, surgirent des formes d'un blanc éclatants. Elles traversaient la couverture nuageuse, piquant sur les dragons noirs, leurs ailes repliées contre leur corps, pour accélérer leur vitesse. C’étaient des Dragons immaculés, bien plus petits que les monstrueux Kirmakis, mais  ils fondaient sans la moindre hésitation sur leurs proies. Un murmure parcourut les rangs des guerriers d'Avalon : les dragons des brumes, les dragons des hautes montagnes du Tibet ! Ils étaient venus, ils avaient enfin répondu à l'appel d'Avalon !

Ils savaient merveilleusement voler, plus haut que n'importe quel dragon, et s'étaient dissimulés dans l'épaisse couche nuageuse, choisissant leur proie, attendant que vienne leur heure. Les Kirmakis ne les avaient pas vus, malgré les appels qui venaient des remparts pour les avertir, il était de toute façon déjà trop tard pour l'artillerie lourde de Knemarak. A une centaine de mètres de leur objectif, les dragons des brumes déplièrent leurs ailes éclatantes, pour ralentir leur descente, et commencèrent à cracher leur souffle glacé sur les ailes des immenses dragons. Lorsque les Kirmakis sentirent le souffle glacé qui les touchait, ils tentèrent bien de manoeuvrer, mais ils étaient aussi puissants que lents et peu habiles au vol. Agiles et véloces, les dragons des brumes n'avaient aucune peine à se maintenir à leur verticale et à continuer leur attaque. Les ailes noires se couvrirent rapidement d'une épaisse couche de glace. Ainsi, les Kirmakis étaient trop lourds pour maintenir leur vol,  et leurs carapaces les empêchaient de plier leurs cous  pour utiliser leur feu de quelque façon que ce soit pour sauver leurs existences. Ils commencèrent à tomber en rugissant. Paniquant, ils se télescopaient en plein ciel, ou s'écrasaient, broyés sous le poids de leurs propres cuirasses. Certains prenaient feu en vol et tombaient comme une gerbe de flamme vers le sol, où ils agonisaient. Un seul, le corps en feu, se consumant dans sa chute, s'effondra sur une troupe d'archers, la décimant.

Tous les autres moururent sans causer de dommage aux armées d'Avalon. Bientôt, le ciel ne fut rempli que de dragons blancs qui remontaient vers les nuages, disparaissant dans les brumes. Un dernier, seul, vint se poser auprès de Nekas et s'inclina devant le dragon pourpre.

"Seigneur Nekas, recevez les salutations de la cité des nuages. Je suis Kairn Ar Nek, général des armées du conseil des brumes. Je crois que nous sommes arrivés juste à l'heure dite. Excusez notre léger retard mais nous avons dû faire un détour sur le chemin."

Le dragon blanc se tourna vers Ekna.

"Vous devez être le fils de Nekas ? Le chef des archers volants d'Avalon ? J'ai à votre disposition près de cinq cents archers du corps d'élite, cachés dans les nuages, qui attendent vos ordres."

Nekas se tourna vers le général.

"Les archers ne seront pas commandés par mon fils, mais par le général Guid Ar Kena."

Disant cela, il désignait l'aide de camps de son fils. Le dragon blanc s'inclina et alla rejoindre l'homme qui déjà distribuait ses ordres à la troupe.

Ekna qui jubilait, s'assombrit brusquement aux paroles de son père. Il avait donc perdu sa confiance en affichant sondrgfightdt impétuosité ? Non, cela ne pouvait être ! Mais son esprit et son coeur étaient à la torture. Il chercha le calme au plus profond de lui et décida de s'ouvrir à son père de ses inquiétudes.

"Seigneur, vous savez ce qui préoccupe mon cœur… mais vous savez aussi que rien n'est plus important à mes yeux que la sauvegarde d'Avalon ! Je vous ai obéi, malgré ce qui combat en moi. Dois-je croire que je ne mérite plus la confiance d'Avalon ou bien... avez-vous pour moi d’autres desseins qui apaiseront mes craintes et me permettront de servir noblement notre cause ? Père, ne me faites plus attendre, quelle que soit votre décision, je m'y plierai, comme tout serviteur fidèle d'Avalon. »

Et il inclina la tête, anxieux, avec infiniment d’humilité.

Nekas abaissa un regard empli d’empathie vers son fils.

"Ce ne sont pas les guerriers en armure qui prendront cette forteresse, mais les souris qui la rongeront."

Il désigna l'entrée de la forteresse. Lentement, les lourdes portes basculaient pour révéler une masse grouillante et hurlante, qui se mit à avancer vers le pont de pierres. Ils étaient une multitude, formant un flot sombre, un amas d'armes et d'armures, avançant comme une vague menaçante vers eux. Le chambellan, qui se tenait à coté de Nekas, blêmit :

"Ils sont au moins deux fois plus nombreux que nous."

La horde de Knemarak avançait vers le pont, prenant de la vitesse. Ils chargeaient déjà, survolés par les guerriers volants qui assuraient leur couverture depuis le ciel. Les dragons des brumes ne pourraient pas intervenir, ils auraient d'abord à combattre les dragons légers de Knemarak avant de pouvoir freiner la charge de la troupe hurlante. Nekas fit un signe vers un des hommes qui se tenait près de lui. Gimal s'avança, revêtu d'une  superbe armure sombre.

"Êtes-vous prêt Gimal ?"

L'Itlelmen se frappa la poitrine.

" Je suis prêt mon Seigneur ! Prêt à venger la mort de mes compagnons et à défendre Avalon."

Nekas hocha la tête et se tourna vers son fils.

dbataille"Tu vas emmener dix hommes de confiance avec toi, et Gimal. Vous allez vous rendre discrètement à ce point. » Et il lui désigna le flanc droit des lignes, et au delà un endroit précis dans les murailles de Knemarak.

« Vous vous approcherez autant que possible du torrent. Lorsque la bataille sera à son comble, vous traverserez. Assure la sécurité de Gimal, qu'il mène sa mission à bien. Ensuite, tu pourras, puisque je ne saurais t'en empêcher, aller au secours de Sofia. Va ! Force et confiance !"

« Justice ! » lui répondit Ekna en s’inclinant. Et il s’éloigna rapidement, suivi de Gimal.

Le Seigneur dragon se retourna vers la forteresse. À présent, les premiers hommes de Knemarak mettaient le pied sur le pont de pierres.

Ekna ne savait trop s'il devait se réjouir ou rager du sort qui était le sien. Il désirait, plus que tout, combattre au corps à corps les guerriers de Knemarak et rendre coups pour coups, venger la souffrance de Sofia, qu'il avait si intensément ressentie. Mais il allait vers la forteresse ! Et la voix de son père raisonnait dans sa tête. Oui, il serait cette souris qui ferait s'effondrer la citadelle maudite. Et il irait chercher Sofia ! Il s'empressa de choisir soigneusement, avec le plus de discrétion possible, les hommes sûrs qui formeraient sa troupe. Il fit un savant mélange de la belle noblesse, courageuse et fine lame, et du petit peuple combattant, Dragons et mi-hommes, qu'il avait pu repérer pour leur adresse, leur audace et leur ruse. Flanqué de Gimal, lourdement chargé et aussi fier que concentré, il se posta, avec mille précautions, à proximité du torrent et ils attendirent, dissimulés par un éboulis de rocs. La clameur de la troupe de Knemarak qui déferlait, montait, effrayante, supplantant le roulement des eaux tumultueuses. Mais, en écho, lui répondit le cri du coeur d'Avalon "Force et confiance ! Justice !"

Les épées des chevaliers d'Avalon frémissaient d’attente mais elles ne tremblaient pas. Pourtant, la horde qui fonçait sur eux était terrifiante ! Le pont grouillait d'une masse sauvage qui hurlait sa soif de carnage.

Ils avançaient dans un couloir voûté qui devait mener au coeur de la forteresse, progressant prudemment. Pourtant, le cœur de la citadelle semblait bien être vide. Toutes les troupes étaient engagées dans la bataille dont leur parvenait le tumulte assourdi. Les murs étouffaient les cris de rage et les appels des trompes qui se répercutaient de voûtes en couloirs. Parfois la main de Jukonna la poussait contre le mur. Bien avant qu'elle ne sente la présence de l'ennemi, les sens surdéveloppés du dragon en percevaient l'approche. Ils cherchaient le trône de Knemarak, la porte noire, le coeur du secret des Terres sombres. Ils remontaient à la source de ce qui avait empoisonné l'eau de la rivière, vers celui qui avait enlevé, torturé et violé un nombre incalculable de personnes. Les couloirs devenaient plus grands, laissant plus d'espace pour circuler. Ils approchaient ; ces passages étaient prévus pour les dragons de la taille de Knemarak. C'est alors qu'elle surgit au détour d'un couloir. Elle se tenait devant eux, debout, cintrée dans son armure noire, tenant une épée dans la main et fixant Sofia dans les yeux.

"Tu n'es donc pas morte, petite putain ?"

Ilia souriait cruellement,  en levant son arme, pointant le bout effilé de la lame vers sa rivale. Jukonna la mit en garde, dressant ses deux lames courbes pour protéger Sofia.

Elle s'était plaquée contre le mur, masquant sa dague dans son dos, donnant l'illusion d'être totalement éreintée.dragonsofwar Illusion facile ! Elle ne s'était pas vue mais, ceinte de son bout de tissu déchiré, le visage et les jambes souillés de traînées de sang et de diverses salissures, les yeux brillants de fièvre, elle était effrayante et ressemblait plus à une rescapée au bout du rouleau qu'à une fière combattante. Elle releva à peine son visage vers Ilia. Des mèches de cheveux pendouillaient sur ses joues, masquant ses expressions. Elle parla lentement, d'une voix de basse, tendue par l’angoisse.

« Non Jukonna, je t’en prie ! Cela suffit… cette violence… tout ça… »

Elle se savait une trop piètre manieuse d'armes pour affronter Ilia frontalement. Et fixant enfin la russe, les yeux implorants, elle soupira :

"Pitié, Ilia... je n'en peux plus..."

Elle s'accrochait des ongles d'une main à la paroi et laissait Ilia venir à elle, l’épée brandie vers son ventre.

"Approche, approche encore" pria-t-elle muettement.

Ilia eut un sourire mauvais. Pointant son épée vers Jukonna, elle sortit de sa ceinture un petit poignard et s’approcha, tout contre Sofia, lui soufflant à l’oreille.

« Alors Putain, tu me supplies ?! Je vais te faire goûter ma miséricorde »

Et la lame de son poignard s’avança vers la gorge offerte et palpitante de sa victime vaincue. Sofia sembla s'effondrer, glissant le long du mur. Et souple, elle se redressa vivement, brandissant sa dague, qui bouscula férocement le poignet d'Ilia, lui faisant lâcher son poignard. La russe émit un juron de surprise. Déjà Sofia revenait à la charge. La dague frappa, entamant l'épaule d’Ilia qui poussa un rugissement étranglé. Un flot de sang se répandit sur le pommeau de l'épée qu'elle tenait encore, mais d'une main bien moins sûre.

Sofia cracha "Non, la putain n'est pas morte !" et attaqua à nouveau.

Ilia sentit la douleur se répandre de son épaule à son bras, tandis que la lame de la dague revenait à l'assaut, visant sa gorge. Elle se jeta sur le côté, la lame la frôlant de quelques centimètres et allant rebondir sur la roche de la grotte. Elle voulut lever son épée pour transpercer son assaillante, mais les deux femmes étaient collées l'une à l'autre et elle ne parvint pas à trouver l'espace nécessaire pour accomplir sa manoeuvre. Alors qu'elle levait son bras, la lame de la dague vint l’entailler profondément. Ses doigts s'ouvrirent, lâchant la longue lame, qui tomba au sol avec un tintement métallique. Jukonna avait abaissé ses deux sabres courbes et observait la scène.

Cet instant appartenait à Sofia et à elle seule, il n'interviendrait pas.

Ilia rua pour se dégager de l'étreinte de la jeune femme, mais rien n'y fit. Elle ne put se soustraire à la prise implacable que lui imposait son adversaire. La main libre de Sofia saisit Ilia au cou, la collant contre le mur, serrant à l'étouffer. La russe se figea lorsqu'elle sentit la pointe de la dague venir appuyer contre son ventre et y faire perler une goutte de sang. Le visage de Sofia s'approcha du sien, ses lèvres à quelques centimètres de sa bouche.

"Je te l'ai dit vieille femme, tu es déjà ... Morte !"

Et Sofia poussa sa lame, appuyant de tout son poids, fixant les prunelles d'Ilia où, après l'effarement, s'éteignait peu à peu l'étincelle de vie. Elle retira sa dague et lâcha le corps qui glissa le long du mur et s'effondra sur lui même comme un grotesque mannequin. Elle détourna le regard, fixant la lame couverte du sang de sa victime.

"Il n'y a aucune joie dans la mort... "

Elle leva ses yeux, incroyablement sombres et brillants, vers Jukonna, tenant au bout de la main son arme comme si elle lui était devenue totalement étrangère et reprit dans un souffle

"Je... croyais... mais cela ne guérit rien."

Le petit dragon inclina la tête avec douceur.

"Il fallait que vous l'appreniez par vous-même Sofia. A présent, cela ne vous rongera plus et vous pourrez songer à commencer à panser vos plaies. Mais ne restons pas plus longtemps en ces lieux, il nous faut avancer."

sea_dragonJukonna s'enfonça dans les méandres de la forteresse, sans plus ajouter un mot.

Les premiers guerriers de Knemarak touchaient la rive opposée du cours d'eau en hurlant, lorsque, soudain, l'eau de la rivière se mit à bouillonner. Une gerbe d'eau s'éleva brusquement, libérant une flèche verte qui passa comme un éclair au dessus du tablier du pont, à hauteur d'hommes.  Lorsque la forme verte déboucha de l'autre côté, elle emportait avec elle une vingtaine de guerriers, dans les tourbillons de la rivière. On vit leurs corps s'agiter un instant dans l'eau, et disparaître sous les flots qui commençaient à se teinter de rouge. D'autres formes surgissaient déjà de la rivière, passaient au dessus du pont et emportaient leurs lots de guerriers vers leur tombe liquide. Les suivants, qui étaient sur le point de s'engager sur le pont, tentèrent de s'immobiliser. Mais, derrière eux, une foule hurlante, ignorante du danger, continuait à avancer, les poussant vers la rivière mortelle. Ceux qui se trouvaient à mi-chemin tentèrent de rebrousser chemin, se heurtant au flot de ceux qui, poussés par les nouveaux arrivants, continuaient à avancer. Ce fut une cohue sans nom. Les corps s’écroulaient, piétinés, emportés par les griffes des créatures vertes qui surgissaient du néant liquide. Un attroupement s'était formé au bord de la rivière et les dragons, surgissant de l’onde, saisissaient les hommes les plus proches de la rive et les tiraient dans les flots à présent écarlates. Près de Nekas, le chambellan sautillait en pointant son bâton de commandement vers la forteresse.

"Les dragons marins de la cité engloutie de Lud ! Les dragons marins !" Puis se tournant vers Nekas.

"Vous avez réussi à les convaincre ? Comment avez-vous fait ? Ils ne sont pas sortis de leur cité depuis près de mille ans."

Nekas ne quittait pas la scène des yeux, observant la bataille.

"Knemarak est allé trop loin. Au-delà de tout ce qui peut être admis. Il a touché à l'essence même de l'unité du monde ! Aucune créature ne peut laisser se défaire l'unité."

A présent, les hommes de Knemarak retrouvaient un semblant de cohésion et se rassemblaient, hors de portée des griffes des créatures aquatiques. Il vit des régiments d'archers quitter la forteresse et venir se poster aux abords de la rivière, afin de prendre les dragons de Lud sous le feu de leurs lourdes arbalètes. Nekas sourit. Les rats quittaient leur trous.

Ekna et sa troupe, contemplaient, ébahis, l'invraisemblable apparition des dragons maritimes et le désordre qui s'était emparé des rangs de l'armée de Knemarak. Ekna ne put refréner une bouffée de joie et d'orgueil. Son père était un sage et un stratège hors pair. Il devait lui faire honneur. Il rassembla les siens autour de lui et leur indiqua qu'il était temps de passer à l'action, profitant du chaos pour approcher de la forteresse. Il leur désigna leur but et le déroulement de la mission. Ils allaient devoir plonger dans le ravin du torrent, utiliser ses courants ascendants pour remonter, tout en évitant les dragons maritimes qui, prit dans leur furie meurtrière, ne ferait pas de différence entre eux et la soldatesque de Knemarak. Il se tourna vers Gimal.

"Je me chargerai de votre vie comme de la mienne. Vous et moi avons de très bonnes raisons d'atteindre cette maudite citadelle"

L'Itlelmen, le visage tendu, acquiesça gravement. Ils se préparèrent dans la hâte.

Les archers de Knemarak commençaient à faire feu sur les dragons de Lud. C’était le moment ! Nekas fit un signe aucombat_grand porte-fanion le plus proche qui agita un étendard vert. Immédiatement, trois archers décochèrent des flèches enflammées qui tracèrent de longs sillages de fumée verte dans le ciel. Au signal, les archers volants se lancèrent vers la forteresse, avançant rapidement, filant dans l'azur comme des météores. La couche nuageuse, encore une fois, sembla s'ouvrir, laissant le passage aux dragons étincelants qui fondirent vers la bataille. Cette fois-ci, ils étaient entourés d'une nuée de dragons, plus petits, chevauchés par des archers armés de grands arcs richement décorés. Les dragons des brumes étaient accompagnés, dans leur attaque, par les dragons archers, aux couleurs vives et éclatantes. Ils piquaient  vers le tumulte, silencieux et attentifs. Il n'y avait plus d'archer sur les remparts pour les arrêter et c'est ces mêmes archers qui étaient à présent leur cible. Les hordes de Knemarak, qui survolaient la rivière, étaient trop occupés à tenter de viser les fantômes verts qui décimaient leur armée pour remarquer la présence des dragons au-dessus d'eux. Lorsque les cors affolés, sur les tours de la forteresse, se firent entendre, il était trop tard. Les dragons blancs crachaient leur souffle glacé tandis que les dragons d'Avalons, aux couleurs de feu et de flammes crachaient leur souffle brûlant. Les deux souffles se rencontrèrent à quelques mètres au-dessus de la scène du combat. Immédiatement, il se forma une brume épaisse, qui vint recouvrir tout le champ de bataille. Les archers tournaient au-dessus de cet épais manteau, se fiant aux sens de leurs montures, l'arc appuyé sur le sommet du crâne de leurs dragons. Volant, ils décochaient leurs flèches au signal de leur compagnon de combat. Une pluie mortelle traversa la brume, couchant les ennemis par dizaines. Parfois, un dragon de Knemarak perçait la couche nuageuse pour être aussitôt criblé de flèches. Empennages blancs et verts se teintaient de la même couleur, la couleur pourpre de la mort.

Lorsque le voile de brume commença à s'étendre, Ekna, qui tenait solidement Gimal arrimé sous lui - ce qui rassurait bien peu l'Itlelmen qui, s'il avait pu apprécier les capacités de vols des dragons, doutait encore de celles des demi dragons - plongeait, ailes repliés à l'apic du ravin, vers les eaux tumultueuses, suivi de sa petite troupe. La descente fut d'une exceptionnelle rapidité et Ekna ne déploya ses ailes qu'au tout dernier moment, quand il sentit les premières éclaboussures des remous brumer sur sa peau. Alors il plana, s'élevant de quelques centimètres au dessus de l'onde qui grondait, vérifiant que chacun réussisse la manoeuvre mais n'abaissant pas sa vigilance sur les flots. De là était maintenant le danger ! La brume les protégeait de tout guetteur mais ils faisaient des proies faciles pour les dragons maritimes. Il y eut un bouillonnement à sa gauche. L'un des demi dragons, l'écuyer Kir Per Gryk, venait de se faire happer. Il vira brusquement en voyant une ombre se profiler sous la surface de l'eau, s'éleva avec vélocité et replongea à nouveau, secouant Gimal sans ménagement, pour échapper à un dragon qui avait bondit. Peu à peu, lui et les rescapés de sa troupe remontaient le long de l'abîme, au pied de la forteresse. Loin en dessous de lui, il aperçut encore un retardataire imprudent se faire harponner par les dents d'un dragon. Il ne put distinguer qui, mais son coeur se serra. Il manquerait deux compagnons à l'appel à l'arrivée. C'était déjà un bien lourd tribut et ils leur restaient beaucoup à accomplir.

Un dragon blanc vint se poser près de Nekas.

"Seigneur, les troupes de Knemarak se sont regroupés près des portes de la forteresse. Ils se sont mis en formation couverte par leurs boucliers, mais nous avons eu le temps de décimer leurs archers."

combat2Nekas inclina la tête vers le messager et fit un geste vers le porte-étendard. Peu après, trois flèches jaunes montèrent vers le ciel et les troupes de dragons volants se dirigèrent vers les rangs d'Avalon, se posant derrière les lignes des fantassins. Aussitôt, une foule d'écuyers parcourut les rangs, portant des carquois pleins de flèches d'un dragon à l'autre.

La brume se dissipait sur le champ de bataille, révélant un spectacle de désolation. Le sol, devant la forteresse jusqu'à l'extrémité du pont, était jonché de cadavres. L'armée de Knemarak s'était regroupée, formant une pointe inexpugnable, hérissée de piques lourdes et recouverte par la cuirasse de leurs boucliers. Une lance d'acier gigantesque pointait vers l'armée d'Avalon, attendant que la charge vienne se briser sur le mur de fer. Un tumulte se fit entendre dans le dos de Nekas. Il se retourna. Venant de la forêt, une forme solitaire s'approchait de lui. Les dragons s'écartaient sur son passage en grognant, le regardant avec suspicion. Le chambellan recula de quelques pas.

"Par l'unité ! Un homme lézard."

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17 janvier 2006

9. Dans les griffes du mal..

flyingperndrgIl avançait doucement, son vol était lent et mesuré. Il se contentait de planer dans les airs, essayant de ne pas distancer l'armée, qui progressait en dessous de lui, long ruban où brillaient les éclats des armes et des armures. Il observait la progression des oriflammes colorées qui précédaient la troupe, langues multicolores qui flottaient au vent. La longue procession des archers, leurs grands arcs posés sur l'épaule et leurs carquois remplis de flèches, derrière eux les dragons de l'infanterie recouverts de cuirasses brillantes, leurs longues épées passées dans leurs baudriers, les soldats à pied finissaient l’impressionnant défilé martial. Un incroyable rassemblement disparate de tout ce qui pouvait porter une arme à Avalon ! Nekas scruta le ciel. À ses côtés, volaient les dragons guerriers, fine fleur de l'armée d'Avalon, juchés sur leurs dos, revêtus d'armures finement ouvragées, se trouvaient les chevaliers d'Avalon choisis parmi les meilleurs, les plus braves et les plus justes des guerriers de la ville. Un peu au dessus d'eux, se trouvaient les archers volants, montés sur leurs petits dragons, avançant en formation serrée ; c'est leur oeil aiguisé qui scrutait le lointain pour prévenir le danger. Pourtant Nekas savait qu'ils ne risquaient rien. Knemarak les attendait chez lui, pour ne pas leur laisser la moindre chance de replis. Ils ne pourraient pas, comme ils le firent déjà, dans le passé, se retrancher derrière les hautes murailles de la cité. Avalon avançait sur les Terres sombres, l'armée silencieuse et déterminée foulait la terre de leur ennemi, peut être quatre milliers de combattants quand tous les rapports estimaient l'armée de Knemarak à plus de dix mille guerriers, assoiffés de sang et de mort. Ekna juché sur son dos, s’agitait. Il observa son fils, si beau, lui sa fierté, la parfaite union de noblesse et de grandeur qu'il fallait pour représenter la cité blanche. Ekna avait l'air soucieux, le front plissé sous son heaume relevé.

Il tentait, tant bien que mal, de se concentrer sur le déplacement de l'armée, se repassait sans fin le plan de bataille. Mais il bouillonnait, de rage, d'impatience. Il n'aurait jamais dû la laisser seule. Il n'aurait jamais dû la laisser aller sans lui à la rivière. Maudit interdit ! Et pourquoi, lui, fils de Nekas, n'avait-il pas osé ce que Jukonna avait fait ? Il s'en voulait terriblement. Quand il avait appris la terrible nouvelle de la trahison, il avait voulu se porter au secours de Sofia, comme tout Dragon l'aurait fait. Mais Nekas l'avait arrêté, avec l'autorité d'un père doublée de celle d'un Seigneur du Conseil. Et Ekna avait dû promettre. Maudite promesse qui l'enchaînait au dos de son père, surveillance ultime contre toute folie de sa part. Toutes ses pensées étaient tournées vers la forteresse noire. Vers Sofia, perdue au milieu des ennemis. Il ne pouvait demeurer ainsi, dans l'attente. Il se pencha en avant.

"Seigneur Nekas... mon père, je vous en prie, laissez-moi me porter à l'avant ! L'inaction m'est insupportable ! Laissez-moi au moins vérifier le moral des troupes et calmer les esprits qui en auraient besoin !"

Le dragon détourna son regard du visage tourmenté de son fils.

"Non mon enfant. Tu resteras auprès de moi. Je n'ai pas la moindre envie de te voir courir au suicide. Et que feras-tu ? Tudragonwars iras te précipiter vers les murailles de la forteresse noire, et après ? Tu te feras transpercer par les flèches de Knemarak et Avalon n'y gagnera rien. Reste près de moi Ekna, ton heure viendra. En attendant ce moment, il te faudra faire confiance à Jukonna pour protéger Sofia. C’est la meilleure garantie de survie qu'elle puisse avoir."

Le dragon reporta son attention sur les nuages et la forêt épaisse qu'ils traversaient. On devinait, au loin, le contour sombre de la forteresse de Knemarak.

"De toute façon, nous serons bientôt sur place, il ne reste que peu de temps. Cherche la paix en toi, et ne laisse pas tes émotions prendre le contrôle de ton esprit."

La voix de Nekas était douce et pourtant c'était comme s'il l'avait giflé. Ses émotions ! Oui, elles dominaient son esprit en cet instant, il devait bien piteusement le reconnaître. Sa part d'humanité était difficilement contrôlable. Bien plus impulsive et rebelle que l'essence des Dragons. Depuis son plus jeune âge, il avait dû apprendre à juguler cette émotivité qui faisait irrémédiablement décliner sa raison. Il se secoua. Respirant calmement, il concentra toutes ses capacités mentales sur le plan de bataille. Chaque coup porté serait un coup qui le rapprocherait de celle qui était devenue une part de lui-même. Chaque coup porté devait être juste et exact. Chaque coup porté devait être vainqueur. Ekna sourit à Nekas qui ne cessait de l'observer à la dérobée.

"Tout ira bien Père ! Pour Avalon, Force et confiance ! Justice !" et il dressa son épée au dessus de sa tête, tandis que son cri se répercutait sur la longue colonne en marche.

boris_20vallejo_20__20femme_20et_20homme_lezardLes gardes s'approchèrent de la cellule, leurs yeux brillants se posant sur le corps de Sofia, qui se tendait vers eux. Ils s'observèrent un instant, hésitant sur la conduite à tenir. Les ordres du maître avaient été très stricts. Ils ne devaient pas s'approcher des prisonniers. Mais leurs sens exacerbés, dopés dès leur enfance et plus encore par la perspective du combat à venir, leur faisaient perdre toute prudence. Si Knemarak venait à soupçonner quoi que ce soit, ils finiraient empalés dans la grande cour de la forteresse. Ils reportèrent leur attention sur la prisonnière gémissante. L'un d'entre eux défit sa cuirasse, exhibant un sexe impressionnant, qu'il caressa lentement. Ses compagnons firent de même, les yeux rivés à Sofia.

Les yeux toujours mi-clos, Sofia ne semblait pas s'intéresser le moins du monde à ce qui se passait autour d'elle, toute absorbée à ses caresses. Cependant, à travers le voile de ses cils, elle ne perdait pas une miette du comportement des gardiens. D’une main fébrile, elle pressait plus fort son intimité, écartant ses lèvres brillantes d'humidité, plongeant un doigt, puis deux dans sa moiteur. De l'autre, elle caressait sa poitrine, malaxant alternativement un sein puis l'autre. Il fallait qu'ils entrent. Il le fallait ! Gémissant plus fort, elle fit lentement glisser le haut de son corps dans l'ombre de la cellule, n'offrant plus au regard que le spectacle de son pubis sur lequel ses doigts s'activaient dans une folle danse et qui, peu à peu, disparaissait lui aussi dans l'obscurité.

Un des dragons se saisit des clés de la cellule et ouvrit la lourde porte d'acier, Il pénétra dans la pièce et jeta un rapide coups d'oeil au corps de Jukonna, prostré sur le sol. Puis, se retournant vers Sofia, il fit glisser son armure sommaire sur son corps, révélant un torse couturé de cicatrices. Défaisant sa ceinture, il fit tomber le pantalon de toile qui le couvrait. Son sexe, imposant et dressé, apparut devant elle. Rapidement, les trois autres gardes pénétrèrent dans la triste cellule. Le seul bruit qui retentit alors fut celui, métallique, des armures tombant au sol. Les quatre gardes, nus et en érection, se présentaient à présent devant Sofia. Leurs pattes griffues ne tardèrent pas à se poser sur le corps offert de la jeune femme. Ils se mirent à la caresser rudement, sans ménagement, pinçant ses seins et pétrissant son corps de leurs paumes puissantes.

Sofia devait faire des efforts incommensurables pour ne pas se retourner brusquement et se jeter sur eux avec rage. Sous l’effet de la potion qu'elle avait bue, elle se sentait presque invincible. Mais sa raison lui soufflait que ce n'était là qu'une illusion dérisoire qui ne tiendrait pas longtemps face à la puissance, réelle elle, des dragons. Aussi, offrait-elle son corps aux attouchements avec une énergie farouche, se frottant contre les corps aux rudes écailles, saisissant tout ce qu'elle pouvait saisir, bras, torse, sexe, pressante, déchaînée, avec un râle rauque et permanent "Mmmm, grognait-elle, Vous êtes 4 ! 4 puissants guerriers ! Voyons si à 4 vous êtes capables de me donner autant de plaisir que votre Chef Ravaknar a pu m'en offrir seul ! Allez, prenez-moi !"

Les Dragons se déchaînaient sur elle, lorsqu'une voix dure retentit dans la  cellule.

"Qu'est-ce qui se passe ici ?"

Les quatre gardes se retournèrent vivement, s'écartant d'elle. Ilia se tenait devant la porte de la cellule, observant la scène de ses yeux glacés.

"Voilà qui est intéressant ! Notre chère Sofia semble vraiment avoir pris goût aux étreintes de ces vaillants soldats. Mais avant le plaisir, cette putain et moi avons un compte à régler. Maintenez-la fermement, face au mur ! Obéissez ou je vous dénonce à notre Seigneur."

Deux des gardes se saisirent de ses mains et la plaquèrent contre la paroi froide de la cellule. Les deux autres se018 saisirent de ses chevilles, la forçant à écarter largement les cuisses. Ilia défit le fouet qu'elle portait autour de la taille. Ramenant son bras en arrière, elle fit siffler la lanière de cuir à travers la pièce. Le cuir vint mordre cruellement les fesses de la prisonnière, la zébrant d'une longue marque rouge.

Sofia, s’arque bouta, serrant les mâchoires, retenant son cri. Son corps se crispait sous la morsure du fouet. Mais elle le força à se détendre, sachant que la crispation ne ferait qu'amplifier la douleur. L'eau de vie, qui coulait encore, de toute sa puissance, dans ses veines, lui était, en cela d'un grand secours. Entre ses dents serrées, elle souffla :

"Tes coups sont comme ton esprit Ilia. Ce sont ceux d'une vieille femme retorse et faible, si faible qu'elle a choisi le camp de la facilité ! Tu peux bien frapper. Ce sont les coups d'une morte en sursis !"

La russe, les yeux remplis de rage, reprit la flagellation. Elle abattait le fouet, cinglant la peau de Sofia de longues zébrures rouges d'où perlait un peu de sang. Le fouet impitoyable s'abattit ainsi sur ses épaules, son dos, ses fesses et ses cuisses. Sofia dansait sous les coups, sans un cri. Finalement, la russe laissa retomber son bras. Elle savait qu'elle pouvait la tuer ainsi, mais elle avait autre chose en tête pour cette putain qui avait enfoncé la lame d'un poignard dans ses cotes. Elle s'approcha d'elle et tira une petite fiole de son sac, dont elle retira le bouchon doucement, en humant le goût.

"C'est de la semence de Ravaknar, mélangée avec de l'eau de feu, une spécialité de Knemarak. Je peux te garantir que l'effet en est redoutable."

Elle en enduisit les doigts de sa main gauche et, la plaquant contre le mur en utilisant son autre main, elle introduisit ses doigts dans son intimité, forçant le passage de son sexe.

"Voilà ! Tu sens comme Il se répand en toi ? Tu sens ce que tu es ? Une chienne, rien de plus."

Elle se recula un peu, retirant sa main du sexe de Sofia, puis se tournant vers les quatre gardes.

"A présent, vous pouvez la baiser, et il serait même très appréciable que vous la baisiez à mort."

La russe s'éloigna dans le couloir en riant, tandis que les dragons recommençaient à couvrir son corps de leurs mains épaisses et brutales.

azpiri_20__2017C'était comme si les flammes qui avaient consumées son dos déferlaient brusquement dans son ventre, se rassemblant comme un magma volcanique, incendiant son intimité, faisant basculer sa raison. Sofia haletait et ses chairs, enflammées, avides, n'attendaient plus qu'une chose pour être satisfaites. Être prise, possédée sauvagement. Elle râla :

"Oh oui, prenez-moi ! Défoncez-moi comme une chienne ! Tous, oui, tous !"

Elle se jeta à quatre pattes, la croupe agitée d'un balancement obscène, tendue vers les gardes, frémissante d'attente, les muscles rendus douloureux par le désir ignoble qui avait pris possession d'elle. Elle ouvrait la bouche, léchait ses lèvres d'une manière outrageusement suggestive, et enfonçait les ongles d'une de ses mains dans ses fesses pour ouvrir son corps.

Un des gardes la saisit brutalement par les reins et enfonça son membre dans son intimité, la pénétrant d'une seule et longue poussée. Le membre épais du garde disparut en elle, avant de ressortir pour replonger encore plus violemment. Les mains agrippées à sa taille, il la besognait sauvagement. Un deuxième garde se posta à genoux devant elle, attrapant une poignée de ses cheveux, relevant sa tête d'un mouvement brusque, il enfonça son membre dans sa bouche, poussant son dard dans sa gorge jusqu'à l'étouffer. Le nez de Sofia vint s'écraser contre le pubis du garde tandis que la hampe noueuse pulsait contre son palais. Les deux autres brutes avaient saisi ses seins et les pinçaient cruellement tandis que les deux gardes qui la possédaient avaient accordé leurs coups de reins, pour la pénétrer simultanément, retirant leurs verge tendues en même temps,, pour les enfoncer à nouveau, d'une poussée commune.

Elle n'était plus qu'un animal en rut. La douleur parfois, autant morale que physique, parvenait à lui rendre un peu de raison, mais ce n'était qu'une brève accalmie, vite diluée par les effets conjoints de l'onguent d'Ilia et de la potion d'eau de vie. Pendant cet instant, en un éclair, elle eut la sensation qu'elle allait en mourir et elle pria mentalement Jukonna pour qu'il trouve une solution, qu'il l'arrache à cet enfer... jamais elle ne tiendrait… son corps ou son esprit allait lâcher, avant que les gardes ne tombent d'épuisement. Puis, l'ardeur lubrique reprenait le dessus. Elle happa plus fort le vit du Dragon qui pourtant lui coupait le souffle et provoquait ses hoquètements, tout en donnant de furieux coups de reins, pour que celui qui pénétrait son intimité s'enfonce plus loin et plus fort en elle. En reprenant sa respiration, elle feulait à l'adresse de ses quatre assaillants

"Oh oui ! Comme ça ! Oui ! Fort ! Prenez-moi ! J'aime !"

Celui qui forçait son intimité se retira de son ventre et, présentant son membre dressé contre sa rosette, enfonça sondragon_m_chant_femme membre, couvert de ses sécrétions dans ses reins, en tirant sa tête en arrière pour la coller contre son torse, la forçant à lâcher le chibre implacable qui remplissait sa bouche. Ce sexe, enduit de salive vint rapidement se coller contre son intimité, le deuxième dragon ne voulant pas abandonner son plaisir. Prise dans l'étau de ces deux masses de muscles, elle sentit le vit chercher son chemin en elle et, enfin, remplir son ventre. Les deux membres monstrueux allaient et venaient en elle à un rythme effréné. Les deux autres gardes vinrent présenter leurs sexes à sa bouche, s'enfonçant à tour de rôles dans sa gorge, se succédant entre ses lèvres, qui happaient goulûment leur imposante virilité.

Pourtant, elle suffoquait, privée de son souffle par l'invasion des membres qui ne lui laissaient aucun répit, écrasée par l'étreinte animale des deux corps durs, qui la pressaient et la défonçaient sans ménagement. Mais, le feu dans son ventre ne faiblissait pas. Son corps cependant s'amollissait. Elle n'était plus qu'une poupée de chiffons, dansant sous les coups de boutoir, sans volonté propre, privée de parole, réduite à l'état d'un gémissement rauque et de plus en plus ténu, maintenue encore à l'état conscient par un désir implacable et furieux qui tourmentait ses sens et sa raison.

Ils allaient de plus en plus vite, enfonçant leurs griffes dans le corps de la jeune femme, sortant leurs membres pour la pénétrer plus loin, plus fort. Elle sentit le chibre qui perforait ses reins gonfler et se répandre en elle, attisant encore davantage le feu de son désir en la remplissant de sa semence lourde. Les deux dragons qui forçaient sa bouche entreprirent de la pénétrer ensemble, écartelant ses lèvres, forçant l'entrée de sa gorge, tandis que celui qui continuait à pilonner son ventre mordait ses seins, en se répandant dans son intimité comme de la lave en fusion. Elle défaillait. Les deux dards, qui s'enfonçaient dans sa gorge, l'étouffaient. Ils étaient sur le point de se vider en elle, gonflant contre sa langue. Les pattes griffues des monstres se saisirent de sa tête, l'immobilisant tandis que le premier des gardes se répandait dans sa gorge. Un voile obscurcissait ses yeux, lorsque le dragon restant, se retirant vivement de sa gorge, éjacula sur elle sa semence, qui couvrit sa gorge et son visage. Elle releva des yeux vagues, constatant que le garde avait changé. Sa tête avait disparu et un flot de sang noirâtre giclait vers la voûte de pierre et, retombant, la recouvrait d’un voile aussi rouge que celui qui dansait devant ses yeux. Il recula en titubant, avant de s'effondrer au sol. Derrière lui se tenait Jukonna, tenant entre ses griffes deux lames d'acier couvertes de sang. Il fit un mouvement rapide vers le côté et la fine lame d'une des épées trancha la gorge d'un des dragons qui se tenait encore debout près d'elle. Le monstre, qui avait violé sa bouche quelques instants auparavant, liquéfié par la jouissance, ne fit pas un geste lorsque l'épée de Jukonna transperça sa poitrine. Le dernier garde, allongé sous elle, son membre encore à moitié dur planté dans les reins de Sofia, tenta faiblement de se dégager, mais Jukonna ne lui en laissa pas le temps. Détendant sa tête, d'un mouvement rapide, il plongea vers la gorge du tortionnaire et, d'un mouvement sec, planta ses crocs en lui, tranchant la carotide et brisant sa colonne vertébrale.

Exsangue et hébétée, le corps secoué de spasmes, le ventre pulsant de désir, Sofia observait la scène, le regard trouble et voilé, sans rien comprendre.

Gémissante, elle se recroquevilla sur elle-même, enserrant son ventre brûlant dans ses bras croisés, se balançant d’avant en arrière. De sa bouche s’échappait une étrange mélopée douloureuse

« Oooh non ! Mmmmm ! Ooooh ! Mmmmm ! Oh, prenez-moi ! Prenez-moi ! »

Et brusquement la nausée la submergea. Elle se redressa, en chancelant, hoqueta, ouvrit la bouche… et déversa un flotguerrier_noir de semence et de fiel, pliée en deux, s’appuyant contre le mur pour ne pas s’effondrer. La nausée s’apaisa aussi brutalement qu’elle était venue.

Elle releva péniblement la tête. Le sang pulsait dans ses tempes, si fort, si douloureusement qu’elle avait du mal à garder les yeux ouverts. Et dans ses entrailles, le feu de l’enfer, ne connaissant q’une courte trêve, recommençait déjà à darder son lancinant message de perversion.

« Jukonna, murmura-t-elle, aidez-moi… par pitié… je… ne … peux plus… je ne… »

Elle essayait de le regarder, pâle, les joues marquées par deux tâches d’un rouge violent, mais sa tête retomba sur sa poitrine, son souffle se fit chaotique Elle reprenait son chant de sirène maudite.

Jukonna la prit dans ses bras. Il était décontenancé, connaissant la violence du désir que pouvait provoquer l'élixir et la semence de dragon qui coulait en elle. Il savait égorger, se battre, se dissimuler et pister un ennemi durant des jours, mais il ne pouvait rien pour elle. Les potions d'Avalon ne lui seraient d'aucune utilité. La seule chose qui pouvait faire taire ce désir en elle était le temps, et du temps ils n'en avaient pas, c'était bien ce qui leur faisait le plus cruellement défaut.

Sentant ce corps tout près du sien, elle s'y cramponna de toutes ses forces, enfonçant ses ongles dans les omoplates de Jukonna, à la naissance des ailes, là où la chair écailleuse est si sensible, lui arrachant un frémissement de surprise. Fiévreusement, elle l'entoura de ses jambes, souillées de sécrétions et de sang, se pressant contre lui, poursuivant son chant d'une voix mourante, sanglotante et fébrile.

Il tenta de la repousser au loin. Mais elle se retenait à son corps en vibrant de tout son être. S’il ne faisait pas très vite quelque chose, elle risquait de sombrer dans la folie ou de voir son coeur céder. Il ferma les yeux, se concentrant sur le corps de la jeune femme qui bougeait contre le sien. Il avait l'impression diffuse de trahir Nekas, et surtout Ekna, mais il n'avait pas le choix. Il ne pouvait sortir sans Sofia, pas plus qu'il ne pouvait sortir avec elle dans cet état. Il défit la sangle de son cache sexe, révélant sa virilité qu'il fit glisser doucement sur l'intimité de Sofia. Puis, il fit pénétrer son membre en elle, d'une lente poussée mesurée. Il ferma les yeux, essayant de trouver et de rejoindre les vibrations du corps de la jeune femme et de s'harmoniser avec elles. Il commença un doux mouvement de va et vient, glissant sa tête contre son oreille. "Fermez les yeux, c'est Ekna qui vous prend, c'est son amour qui entre en vous."

Dans les brumes de sa raison, le nom d'Ekna raisonna doucement et s’insinua en elle comme une caresse apaisante sur ses sens malmenés. Les yeux clos, Sofia sentit son corps se détendre lentement, les bouillonnements de son sang se calmer peu à peu, son esprit émerger des flammes dévorantes et de la douleur. Elle avait la sensation diffuse d'être entraînée par une marée refluante, baignée doucement par des vagues suaves qui léchaient ses chairs martyrisées.  Le feu en elle cédait du terrain. Les flammes s'apaisaient, déclinaient et devenaient braises. Quelque chose de doux et de lumineux frémissait en elle, quelque chose qui faisait battre son cœur plus fort que les appels chaotiques de son corps, plus fort que la dictature de ses sens. Le désir se maintenait encore mais comme un appel lointain et douloureux. Elle eut un soubresaut et sa bouche happa l'air comme après une noyade.

vol_de_nuit1Les hautes murailles de la forteresse se dressaient devant eux.

Ils venaient de déboucher à la lisière des bois et un spectacle de désolation absolue s'offrait à leurs yeux. Sur plusieurs lieues, nul arbre, pas la moindre végétation, une plaine de roches arides et brûlées s'étendait devant eux. Au bout de ces terres mortes, le tumulte d'un torrent, aussi large qu’infranchissable mais qu'enjambait un impressionnant pont de pierres, plus loin encore les murailles de la forteresse et les lourdes portes d'acier qui en interdisaient l'accès.

La forteresse s'élevait, taillée dans la montagne, sertie de tours, de remparts, de chausses trappes. Les plus anciens, parmi les guerriers d'Avalon, la connaissaient bien. Ils s'y étaient cassés les dents durant de longs mois, sans jamais pouvoir en venir à bout. Nulle machinerie, nulle attaque n'avait pu faire céder ces épais remparts. Nombre de guerriers avaient laissé leurs vies sous les flèches des défenseurs ou broyés par de lourds rochers, lancés du haut des tours.

Ils fixaient cette masse sombre avec appréhension, tandis qu'ils s'alignaient en formation d'attaque dans la plaine. Les plus aguerries quêtaient sur le visage du seigneur Nekas un signe qui leur eut permis de comprendre ce qu'il attendait d'eux. Mais rien ne transparaissait. Posté au milieu des portes étendards, entouré par les soieries flamboyantes qui flottaient au vent, il se tenait, silencieux, les yeux rivés à la forteresse. C'était folie de s'avancer ainsi sur la plaine, tous étaient unanimes sur ce point au moins ; ils étaient à découverts, sans machine de guerre, pas la moindre tour d'assaut, pas de baliste, pas même un bélier pour attaquer la porte. Ils s'étaient mis en formation, rangés en bataillon, armes au poing et avançaient sur le sol calciné, le couvert des arbres s'éloignant de plus en plus : ils seraient bientôt à la merci des assauts des Kirmakis. L'évocation de ces monstres faisait passer des frissons dans le dos des soldats, les plus gros dragons que l'on avait jamais vus. Recouverts d'une carapace quasiment indestructible, ils étaient remplis de gaz et pouvaient déchaîner un océan de flammes sur leur passage, les flèches n'entamaient même pas leur lourde carapace. Les guerriers d’Avalon avançaient néanmoins vers la forteresse, suivant Nekas, le guide et le plus sage des dragons que la Cité Blanche n'eut jamais connu. Ils le suivraient, même s'il devait les emmener à la mort. À ses côtés, ce serait une mort honorable. Nul ne connaissait son plan. Au dernier moment, il envoyait des messages auprès des chefs de troupes, pour donner ses ordres. On disait que même son fils, avec qui il semblait avoir une discussion animée, ne savait rien de ses projets.

Ekna ne tenait plus en place. Il avait tenu jusque là, au prix de maints efforts de concentration mais la vision de la forteresse réveillait son impatience d'une manière insoutenable. Il ne cessait de questionner Nekas sur la suite des opérations, lui demandant de façon récurrente, s'il pouvait maintenant se porter à l'avant, lui suggérant qu'il était temps de tenter une manoeuvre de diversion tandis qu'il pourrait en profiter pour s'introduire dans la forteresse, lui martelant qu'ainsi à découverts, s'ils ne faisaient rien, ils courraient tous à une mort certaine. Il sentait monter l'agacement chez son père et, bien que craignant sa colère plus que tout, il ne pouvait juguler sa fébrilité. Il essaya encore :

"Seigneur Nekas, mon père, laissez-moi tenter quelque chose, n'importe quoi... Père... la culpabilité m'étouffe !"

"Oublie ta culpabilité, enfant. Cesse enfin de raisonner comme un enfant coupable de chaque chose qui lui arrive. Il est temps de penser comme un seigneur d'Avalon ! Il faut que tu apprennes à accepter ce que tu es, Dragon et Humain tout à la fois. Garde le courage des humains, leur folie qui peut les emporter des pires abîmes aux choses les plus hautes. Mais, pour l'instant, je commande cette armée et tu m'obéiras ! Le moment venu, mon fils, je te le promets, tu seras le premier à pénétrer les murs de la citadelle."

Son discours fut interrompu par le son des cors, qui résonnaient depuis la forteresse. Le moment du combat était arrivé.

Knemarak se tenait sur le premier rempart et observait la ligne que formait l'armée dans la plaine. Qu'espérait doncdesolation1 cet imbécile de Nekas ? L'impressionner avec l'étalage de son armée ? Lui faire peur ? Le pousser à se rendre pour éviter la confrontation ? Ses yeux se portèrent sur la grande cour intérieure du château où ses guerriers trépignaient d'impatience. Près de dix milles fanatiques assoiffés de sang se préparaient à jaillir des sous-sols pour se lancer sur les pathétiques guerriers d'Avalon. Il sourit doucement. Peut-être n'auraient-ils pas même besoin de se battre. Il fit un signe de la tête à son aide de camp qui agita un étendard rouge. Un grondement sourd se fit entendre alors que les Kirmakis prenaient leur envol depuis les hautes tours de la forteresse. Ils étaient impressionnants, noirs comme l'enfer, cuirassés et grondants. Leur vol était lent et majestueux tandis qu'ils avançaient vers l'armée ennemie. Knemarak sourit. Ils n'auraient pas le temps de rejoindre le couvert des arbres avant que les Kirmakis ne soient sur eux. Ce soir, la plaine sentirait la chair de dragon rôtie.

Ekna, tendu, les mâchoires serrées, fixait la masse noire qui obscurcissait l'horizon, étalant sa menace sombre sous les nuées blanches. L'instant fatidique était venu ! Son coeur cognait dans sa poitrine, douloureusement. Il reprit d'une voix sourde

"Père... elle est vivante... Je sens sa présence aussi nettement que je perçois les effluves nauséabondes du mal qui suintent de la Forteresse. Elle est vivante et elle souffre ! Et voici l'heure du combat ! Chacun de mes coups sera porté pour rendre la souffrance qui consume mon coeur en cet instant ! Je vous obéirai Père, soyez en sûr, mais mon épée à soif de sang !"

Déjà l'ombre des Kirmakis, qui glissait sur la plaine, précédant ces monstres d'une bonne centaine de mètres, se posait sur les premières lignes, les plongeant dans une pénombre redoutable et dans les affres d'une angoisse sans nom qu'ils surmontaient avec difficulté. Ekna se tut, crispé par l'attente. Qu'avait donc prévu son père qui puisse les sauver tous d'un massacre certain ?

Jukonna se retira du corps de Sofia qui s'apaisait doucement, sa bouche collée à son oreille ne cessait de murmurer doucement le nom d'Ekna. Il sentait la présence des armées d'Avalon toutes proche, ils n'avaient que peu de temps. Il la laissa reprendre son souffle, tassée dans un coin de la cellule. Il reprit le pendentif dans la main et effleura doucement la pierre centrale qui se mit à luire, répandant dans la pièce une lueur spectrale. Il se pencha rapidement vers le médaillon.

"800 mètres à l'est de la porte principale, à une centaine de mètres de la muraille."

Il remit le pendentif autour de son cou et reporta son attention sur Sofia qui semblait mal en point.

Elle clignait des paupières comme un oiseau de nuit aveuglé par le grand jour. Pourtant, il régnait dans la cellule une pénombre triste, à peine léchée par les maigres torches extérieures. Son visage, soudain très blanc et marbré de plaques rouges, était traversé de crispations douloureuses. Cramponnée aux pierres, elle tentait péniblement de se relever. Elle redressa la tête, très lentement et chercha Jukonna du regard. Ses lèvres tremblaient, tout son corps semblait parcouru de frissons et son front, pâle, était perlé de sueurs.

"Il faut... y.... y aller ... Juste quelques minutes ..." haleta-telle.

Jukonna, impressionné par sa pâleur, se précipita pour l'aider. Elle le repoussa en serrant les dents, tellement fort qu'elles émirent un grincement.

"Non ! Laissez-moi ! Ça va aller ! L'eau de vie agit toujours... toujours"

brom_41Elle se plia en deux, une main enserrant sa taille. Elle semblait se convulser et Jukonna la regardait sans savoir que faire. S'était-il trompé en croyant la sauver par son aide psycho-physique ? Son corps était-il moins résistant qu'il ne le pensait ? Soudain, il la vit écarter les jambes, visage crispé, des larmes plein les yeux. Elle poussa un cri rauque ... et une masse gélatineuse et sanglante glissa le   long de ses jambes, avant de tomber au sol dans un bruit mat. S'appuyant contre le mur, le souffle court, Sofia se redressa et plongea un regard douloureux dans le sien.

"C'est fini Jukonna !" dit-elle d'une voix faible mais déterminée. "Nous pouvons y aller. Tout va bien maintenant"

Le sang refluait sur son visage et ses yeux brillaient d'un éclat redevenu presque normal.

"Avant ... promettez-moi... pas un mot de... tout ceci... Promettez Jukonna... Jurez-le moi … sur ce que vous avez de plus cher !"

Les yeux de Jukonna allèrent de la jeune femme à l'embryon de dragon sans vie qui gisait au sol. Il fixa Sofia droit dans les yeux, rempli d'admiration pour cette femme courageuse.

"Je vous le jure sur les tours d'Avalon. Jamais rien ne franchira mes lèvres sur ce qui s'est passé en ces lieux."

Le dragon s'approcha de la petite chose informe et, se baissant, prit son pendentif dans la main, le portant à la hauteur de ses yeux.

"Paix et unité. Que ton âme se fonde dans le tout de la Grande harmonie."

Il se releva et saisit un glaive court sur une des armures des gardes.

"Prenez ceci, vous aurez peut être à vous en servir."

Puis, récupérant les deux sabres courbes, il prit la direction du couloir, en lui demandant de lui expliquer ce qu'elle avait pu voir dans la salle secrète de Knemarak. Il l'écouta lui expliquer les bombes, leur puissance, le plan de Knemarak, les yeux remplis d'horreur.

"Ce dragon est fou à lier. Sauriez-vous désamorcer ces… choses ?"

Sofia secoua la tête, tristement.

"Je ne suis pas une spécialiste de l'atome Jukonna, seulement une biologiste. Mais je crois que nous pourrions convaincre certains prisonniers de nous aider. Même prisonniers de Knemarak depuis des années, il doit bien rester, chez certains d'entre eux, suffisamment de raison pour vouloir faire capoter les plans de ce monstre. Sinon,… il nous restera la force, la terreur. A cela aussi, ils peuvent marcher... ils y sont conditionnés ! Mais de grâce, ralentissez un peu votre marche que... je puisse finir... ça"

C'est seulement que le dragon se rendit compte que Sofia s'était emparée d'une des capes des gardes et tentait, tout en marchant, d'y pratiquer des trous à l’aide de sa dague afin de s'en couvrir. Il lui jeta un regard confus.

Les Kirmakis avançaient. C’était maintenant ou jamais. Nekas venait de remettre la petite sphère blanche dans samachine_infernale bourse de cuir et fixait le ciel. C'était maintenant ou jamais ! La moindre erreur leur serait fatale. Les guerriers d'Avalon fixaient le mur noir qui s'avançait vers eux. Les archers dragons avaient fait mine de grimper sur leurs montures pour se porter à sa rencontre. On pouvait les abattre, il fallait se présenter face à eux et viser le globe oculaire dans sa partie la plus étroite,  là où l'oeil n'était plus protégé par une épaisse corne translucide. C'était une manoeuvre risquée ; on ne pouvait la réaliser qu'en attaquant le monstre de front, ce qui signifiait aussi s'exposer au feu du dragon qui avait une portée impressionnante. Mais Nekas, d'un geste les avait stoppés dans leur élan. Ils s'étaient donc immobilisés, attendant que la mort vienne les faucher puisque tels étaient les ordres du Grand dragon.

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13 janvier 2006

8. Au coeur des ténèbres

clyde_20caldwell_20__20homme_20lezardSofia le dévisageait incrédule et impatiente. Quelque chose de dur et d’indéfinissable voila le regard du dragon et il reprit

« Oui, Sofia, je sais qui est le traître. Depuis votre enlèvement, cela ne fait plus le moindre doute. N'est-ce pas Docteur Notchenko ?"

La russe recula de quelques pas, avec un sourire mauvais sur les lèvres.

"Vous devez vous croire très rusé et très adroit, n'est-ce pas Jukonna ?"

Le dragon fit un pas vers elle, tandis que, les yeux exorbités, Sofia les contemplait tous les deux.

"Qui d'autre que vous savait où vous iriez effectuer vos prélèvements aujourd'hui ? Ces guerriers étaient là bien avant notre arrivée, ils vous attendaient. Je vous soupçonnais depuis longtemps, docteur Notchenko. J'ai toujours trouvé étrange que vos recherches sur la peste noire avancent aussi lentement."

La russe recula de quelques pas, tout en continuant de sourire.

"Je vous tire mon chapeau. Cela fait longtemps que je recherche l'espion de Nekas. Je me sentais surveillée ces dernières semaines, mais jamais je ne vous ai soupçonné."

Le dragon tira une corde de son petit sac.

"Je vais vous attacher docteur Notchenko, après quoi nous irons à Avalon, où vous serez jugée et subirez le juste châtiment que vous méritez."

Ilia éclata de rire.

"Pauvre petit agent, pathétique Dragon, imbu de sa supériorité ! Crois-tu donc avoir gagné ?"

Des cliquetis retentirent dans l'ombre du couloir, et une bonne dizaine de guerriers en armures surgit de la pénombre.

"

C'est toi qui est tombé dans mon piège ! C'est toi qui es venu te jeter dans la gueule du loup. Mon Seigneur sera fier de moi. Je lui rapporte l'étrangère et le fameux espion qui se faufile partout, et qui, telle une puce sur le dos d'un chien, ne cesse d'irriter mon Seigneur."

Voyant les guerriers en armes les cerner irrémédiablement et leur fermer les deux issues, Sofia, vive comme l'éclair etdragon_20fight bouillante de rage, bouscula le pauvre Jukonna pour parvenir à se faire un passage dans l'étroit boyau et se jeta sauvagement sur Ilia qui n’eut pas le temps de réagir. Jukonna aperçut l'éclat de sa dague.

"Tu ne profiteras pas longtemps de ta victoire, chienne !" et sans hésiter cette fois, Sofia planta sa dague sous les cotes de la russe hébétée, remontant d'un violent mouvement de bras, ses yeux flamboyants rivés au regard effaré d'Ilia. Elle savait où frapper pour que son coup soit mortel et elle y avait ramassé toute sa colère, sa frustration et son dégoût.

« Crève ! »

Un violent coup de bâton la détacha du corps de la traîtresse et la projeta en arrière. Les guerriers dragons étaient sur eux. Elle s'écroula sur le sol, grimaçant de douleur, tenant dans sa main son épaule, démise par le choc.

Les griffes de Nekas frappaient nerveusement la table de la grande salle du conseil. Les deux assistants du docteur Notchenko feuilletaient le paquet de notes, que les gardes du Conseil avaient trouvées, cachées dans le logement du docteur. Ils hochaient la tête, avec une moue dégoûtée. L’un des hommes leva la tête, les yeux remplis de larmes.

"Elle savait ! Elle savait depuis des années,  peut-être depuis toujours ce qui tuait les nôtre. Elle nous trahit depuis son arrivée sans doute."

Jukonna avait donc raison. Nekas se tourna vers le globe de parole. La boule blanchâtre, posée sur son trépied, renvoyait de pâles reflets déformés de son image. Pas de nouvelle, depuis que le dragon s'était lancé à la poursuite des assaillants de Sofia ! Il devait pourtant partir du principe que Jukonna n'échouerait pas dans sa mission. Toute la suite de son plan dépendait de la réussite d'un seul être. Pourrait-il réussir ? Protéger Sofia, se protéger lui même ? Il secoua la tête, se rendit sur la haute terrasse. Le jour allait se lever dans une poignée d'heures. Avalon dormait encore, tranquille et sereine, derrière les hautes murailles blanches.

"Chambellan..."

Le demi dragon, vêtu d'une riche toge pourpre, s'avança vers le Dragon.

"Oui, Seigneur."

"Chambellan, tu vas rassembler l'armée. Tout ce qui peut porter armes, tout ce qui est en état de se battre. Que chacun se lève et se prépare. Fais rappeler les troupes aux frontières. Envoie des messagers à travers toutes les terres d'Avalon pour rassembler les hommes. L'armée se mettra en route avant midi. Nous marchons vers les Terres sombres !"

Le chambellan frissonna.

"Seigneur Nekas, je ferai selon vos ordres. Mais le seigneur Knemarak possède une armée bien plus puissante que la nôtre, nous courrons au massacre."

Nekas hocha la tête, le regard perdu vers le lointain.

"Je sais Chambellan, je le sais bien. Mais Knemarak est allé trop loin. Il a empoisonné l'eau de vie, le bien le plus sacré de tous les dragons. Nous allons marcher vers sa forteresse car il ne nous reste d'autre choix que de vaincre ou de périr. A présent vas, tu as beaucoup à faire, tout comme moi."

Le Chambellan s'inclina et se retira. Nekas était seul dans la grande salle.

"Vaincre ou périr"

livingstone1Il répéta ces mots avec rage et, se tournant vers la ville qui s'étalait sous ses pieds, laissa jaillir un rugissement pareil au tonnerre, se répercutant entre les tours qui se renvoyaient l'écho de son cri. Les lumières dans la cité s'allumèrent l’une après l'autre. Avalon se réveillait au cri de guerre de Nekas. Il rentra dans la salle du Conseil. Le globe se mit à scintiller doucement.

La douleur dans son épaule finit par tirer Sofia de son sommeil. Elle était allongée sur le dallage froid, les poignets entravés par une lourde chaîne, rivée à un collier d'acier fixé à son cou. La chaîne courait sur le sol, passant par un anneau, filant vers un trône de basalte noir.  Jukonna était allongé à ses côtés, inconscient, solidement entravé.

Elle sentit la chaîne se tendre. Elle releva péniblement la tête vers le trône de pierre. Un dragon imposant, dont la noirceur se confondait avec celle de son trône, dominait l’espace.

Il n'y avait pas de doute possible, elle se trouvait en présence du seigneur Knemarak !

« Ah ! Vous voilà enfin éveillée ! »

Gronda une voix terrible et narquoise au-dessus d’elle.

Sofia se redressait avec difficulté. Son épaule la faisait horriblement souffrir et le poids des chaînes lui semblait odieusement insupportable. Pourtant, elle se força à tendre le cou pour détailler l’immense Dragon noir qui la surplombait, ailes déployées, comme une funeste menace. L’horrible apparition reprit, ironique

« J’espère que mon sens de l’hospitalité convient à la putain du fils de Nekas ? »

Elle frémit. « Fils de Nekas ? » Ekna était donc le … Non, elle ne parvenait pas à y croire. Quelle idiote elle était décidemment ! Elle ne s’était doutée de rien ! Serrant les dents, se dressant contre la douleur et face au Dragon noir, autant que le lui permettaient ses lourdes entraves glacées, elle rétorqua, la voix grave et vibrante, hachée par la souffrance et pourtant arrogante :

« Une putain face à un assassin… C’est presque… une réunion de famille ! Et… je n’ai pas à rougir… de ce que je suis devant celui qui… assassine les siens comme un lâche ! … Vous n’êtes pas un Seigneur Dragon, vous êtes… un profanateur de la pire engeance !»

Un garde se précipita. Un violent coup de bâton la fit se plier en deux et se taire, souffle coupé. Effondrée, à genoux, elle posa ses yeux remplis de larmes sur Jukonna, recroquevillé sur lui-même, ses ailes pendantes le recouvrant à demi, et qui semblait toujours inconscient, paraissant respirer avec difficulté.

Le Seigneur Dragon, soulevant sa terrible griffe, intima au garde l'ordre de s'éloigner.

"Vous vous faites du souci pour cette engeance ? Vous devriez plutôt vous soucier de votre personne à l'heureclyde_20caldwell_20__20homme_20lezard_20et_20prisonniere actuelle. De vous-même et de ceux de votre espèce.

Mais vous avez raison je suis un assassin, c'est bel et bien la vérité ! Il faut dire que je fus à bonne école ; j'ai vu les humains exterminer mon peuple dès mon plus jeune âge. Je les ai vus, vos courageux chevaliers, attaquer les nids, crever les oeufs, trancher la gorge des nouveaux nés, affamer les miens, les chasser comme on chasse un animal. Oui, j'ai été à bonne école, et finalement, je suis venu ici, m'enterrer en ce cimetière. Alors que le monde est notre depuis la nuit des temps !"

Le dragon se souleva sur ses imposantes pattes et quitta son trône. S'avançant vers Jukonna, il le retourna brutalement. Le dragon gémit et entrouvrit les yeux. Knemarak saisit le médaillon que le dragon portait autour du cou.

" Le sceau de Nekas… pathétique !"

La patte se mit à tirer sur le lacet de cuir. La griffe de Jukonna se saisit d'une des monstrueuses griffes du seigneur noir.

"Non Knemarak… si vous devez me tuer, laissez-moi au moins mourir avec, sur moi, le sceau de la justice."

Le dragon noir tira et le lacet de cuir céda. Il souleva le médaillon, du bout de ses longues griffes effilées.

"Tu y tiens donc tant que cela à ce sceau ? Soit, je ne vais pas refuser un voeu à un condamné."

Le dragon approcha le sceau de sa gueule et une flamme bleue, intense, jaillit de sa gorge, faisant chauffer le métal au rouge. Sauvagement, le dragon appliqua le médaillon brûlant sur le torse de Jukonna qui hurla de douleur.

"Reprends ton bien, chien."

Knemarak lâcha le médaillon. Jukonna se tordit sur le côté, une griffe sur la plaie fumante et l'autre ne lâchant pas le médaillon brûlant. Knemarak se tourna vers Sofia.

"Où en étions-nous putain ?"

Sofia voulut se précipiter pour soutenir Jukonna, mais, brisée par la douleur, elle retomba à genoux. Elle redressa cependant la tête vers Knemarak qui l'interpellait. Ses yeux, embués de larmes, comme de l'ambre incandescent, flamboyaient de colère. Elle cracha d'une voix rauque et tendue :

"Vous êtes pitoyable avec votre puéril et mesquin esprit de vengeance. Tout ça… tous ses morts pour satisfaire votre ego. Vous avez des millénaires de sagesse et vous vous en servez pour quoi ? Pour suivre la voie de ceux qui ne sont encore que des animaux au regard de votre histoire. Belle gloire que celle-là, Seigneur Dragon. » Acheva-t-elle avec mépris, épuisée par l'effort.

Le dragon lui sourit doucement, les yeux plissés.

"Vous me prenez pour un petit seigneur de guerre ? Un tyran de bas étage sans consistance ? Il faut voir plus loin que cela, Sofia, bien plus loin. Je ne sers pas ma vengeance. Je construis l'avenir de mon peuple. C'est vrai, j'ai empoisonné les miens, mais ce fut un accident, du moins au début."

La griffe de Knemarak arracha l'anneau du sol et, tirant la lourde chaîne, il la força ä marcher, l'entraîna à sa suite. Ils se dirigèrent vers la grande porte métallique, au fond de la pièce. Le dragon fit jouer rapidement les engrenages et la lourde porte bascula. Ils pénétrèrent dans une pièce circulaire, plus grande encore. Plusieurs humains, vêtus de combinaisons vertes, levèrent la tête un instant, et se replongèrent en tremblant sur leur ouvrage.

"Je vous présente ce qui va changer la face du monde. Je vous présente le tournant de l'évolution !"

Dans la pièce, posée en cercle, six grands tubes d'aciers brillaient doucement, dans la lueur de flambeaux électriques. Longs de quatre mètres et haut de deux, ils étaient équipés de boîtiers électriques qui clignotaient doucement.

"Je vous présente le Feu du ciel !"

Encore titubante au bout de ses chaînes, la vue brouillée par la douleur, Sofia peinait à accommoder et à comprendre ce qu'elle voyait. Puis, tout à coup, ce fut clair. Oubliée la douleur ! Bouche bée, tétanisée par l'horreur, elle détaillait l'incroyable spectacle qui s'offrait à ses yeux, l'agencement diabolique, une technologie que ne devait pas, que ne pouvait pas posséder les dragons ! Elle s'exclama dans un souffle :

"Dieu du ciel ! Comment est-ce possible !"

Et elle ne parvenait pas à détacher son regard de la machine infernale qui jetait ses lueurs démoniaques dans la pièce.

sonofbaphomet"Mais grâce à la collaboration de nos chers amis Russes ! Ce fut une chance que de capturer autant de spécialistes de l'atome. Je les ai longuement interrogés sur le but de leur expédition et ils se sont fait un plaisir de tout m'expliquer. Je les ai convaincus de rester mes invités, je sais me montrer très convaincant. Certaines personnes, cependant, furent plus simples encore à convaincre. N'est-ce pas Ilia ? "

Une forme se détacha de l'ombre. La scientifique russe s'avança vers eux. Si, auparavant, elle semblait avoir quarante ans, à présent elle paraissait en avoir trente, tout au plus. La Russe lui sourit, superbement cinglée dans une armure noire.

"Bonjour Sofia ! Comme vous pouvez le voir, le seigneur Knemarak a pris soin de moi et m'a récompensée pour ma réussite."

Le dragon avançait, entre les cylindres d'acier et, se dirigeant vers un pan de mur, fit glisser une tenture sombre, révélant une carte de la Chine.

"A votre avis Sofia, comment vont réagir les chinois lorsque six bombes atomiques tomberont sur des sites militaires stratégiques ?"

Sofia ignora la présence d'Ilia. Pour elle, cette garce était morte. Elle fixait toute son attention et toute son énergie sur Knemarak.

"Vous êtes fou. Fou à lier ! Vous ne savez pas, oh non, vous ne pouvez pas seulement imaginer ce que représente la puissance nucléaire ! Le feu du ciel ?!!! Mais mon pauvre Knemarak, les radiations d'une météore c'est un amusement pour enfant à côté de ça !" Et elle balaya de la main l'installation.

"Ce que les chinois feront ? Je m'en moque, figurez-vous ! Six bombes nucléaires suffiront à bouleverser complètement l'écosystème et Avalon ne sera pas épargné. Rien ne le sera ! Vous règnerez peut-être, enterré dans un bunker, mais vous règnerez sur un monde de morts vivants ! C'est ce que vous voulez ?" et se tournant sauvagement vers Ilia

" Et je présume qu'ELLE ne vous en a rien dit. Non, bien sûr ! Parce qu'elle ne peut pas savoir, elle est là depuis trop longtemps. Mais nous on a fait joujou avec ça, une fois, une fois seulement, deux toutes petites bombes... et l'horreur fut telle que l'on a enterré l'utilisation de cette arme ! Serez-vous donc plus stupide qu'un humain ?"

"Tsss, tsss ! Vraiment, vous me sous-estimez ! Bien sûr que je connais l'étendue de son pouvoir de destruction, les retombées des radiations. J’ai pris le temps d'expérimenter tout cela, je ne manque pas de cobayes ici. J'estime que seuls trois pour cent de la population survivra à une apocalypse nucléaire. Je vais effacer toute forme de vie sur ce monde, comme le fit le feu du ciel. Mais les dragons survivront aux retombées ! Il en mourra un grand nombre, mais les plus forts survivront. Trois pour cent de la population, cela représente une quantité appréciable de nourriture. Le sous-sol de mon royaume est prêt pour un élevage intensif. Dans quelques millénaires, le monde guérira, la vie toujours revient, c'est ce que l'histoire nous a appris. Alors, les dragons seront de nouveaux les maîtres de l'horizon et nous veillerons à ce que nul autre espèce n'évolue suffisamment pour représenter une quelconque menace pour nous."

Knemarak se tourna vers Sofia, ses yeux brillaient d'une terrible folie.

"Bientôt Avalon, le monde des humains, feront partis des légendes."

Sofia était effondrée. Elle se sentait submergée par le découragement et gagnée par une nausée terrible. Elle lutta contre l'un et l'autre de toutes ses forces défaillantes, s'obligeant à respirer profondément, calmement. Elle ferma les yeux. Une sueur aigre et glacée perlait sur son front. Elle frissonna.

"Vous êtes ignoble ! Murmura-t-elle, C'est vrai… je vous ai sous-estimez, non parce que je ne suis pas capable denightdrg penser comme un dragon, ce qui est une chose avérée, mais surtout parce que je ne saurais penser comme un monstre ! Rien, aucune cause ne mérite un tel massacre ! A part la folie et votre projet est fou ! J'espère que vous paierez Knemarak pour avoir osé ce que vous allez faire alors que vous êtes un Dragon et qu'en agissant ainsi vous reniez votre essence ! Oui, rugit-elle, j'espère que vous paierez !"

Le dragon approcha sa large gueule de son visage et laissa courir son énorme langue sur ses joues, sur sa poitrine, puis il se recula. Un de ses guerriers venait de pénétrer dans la salle et lui murmurait quelque chose au creux de l'oreille. Le dragon se redressa. Ses yeux étincelaient.

"Je vois, chère Sofia, que ma compagnie vous révulse. Mais vous aurez bientôt de la compagnie. L’armée d'Avalon est en marche pour se rendre en ces lieux. Bientôt, vous reverrez votre cher Nekas et son fils, du moins leurs têtes, plantées sur une pique à la porte de la forteresse. Qu'on l'emmène dans les geôles, elle et son ami, et qu'on les tienne sous bonne garde. Je veux qu'ils puissent assister à mon triomphe avant qu'on n’envoie cette putain dans un centre d'accouplement."

Les gardes se saisirent de Sofia et l'entraînèrent à leur suite. Ils furent, tous deux, bousculés jusqu’au sous-sol et jetés dans une cellule, leurs chaînes liées à de lourds anneaux d'acier. De l'autre côté de la grille de leur cellule, se tenaient quatre gardes à la mine patibulaire.

Rassemblant péniblement ses chaînes de son bras valide, Sofia gagna les quelques mètres qui la séparait de Jukonna. Elle s'effondra près de lui, haletante, les traits crispés.

"Chut, Jukonna ! Pour une fois ne parlez pas ! Aidez-moi si vous le pouvez... Je... je… n’en peux plus ! Mon épaule... il faut que vous tiriez sur mon bras pour la replacer... s'il vous plaît !"

Elle le regardait, suppliante, les yeux emplis de larmes, un pauvre sourire d'incitation sur les lèvres "S'il vous plaît... Après... nous parlerons... Avalon arrive !" acheva-t-elle d'une voix mourante.

Le petit dragon ouvrit un œil, fixant Sofia, puis les gardes qui les entouraient. Péniblement, il se redressa et faillit tomber en avant, se raccrochant au mur la tête tout près de celle de Sofia. Il murmura à son oreille.

"Ne bougez pas, ne criez pas."

Sa patte se posa sur son épaule et, d'un coup sec, il la remit en place. Elle serra les dents pour contenir le cri qui voulait s’échapper de sa gorge. Elle faillit sombrer dans l'inconscience alors que Jukonna la retenait contre lui. Elle vit le dragon porter le médaillon de Nekas à hauteur de sa  bouche et faire coulisser une des pierres qui l'ornait, approchant le médaillon de ses lèvres.

"Buvez ! C’est de l'essence de Dragon, de l'eau de vie, purifiée par les mères. Cela fera disparaître la douleur et vous rendra force."

Elle but doucement le liquide ambré et sentit le feu parcourir ses veines et se propager dans son corps. La douleur disparut instantanément. Jukonna porta le médaillon à sa bouche et le vida.

"Bien. À présent, il nous faut sortir d'ici. Je ne peux me défaire de ces chaînes, tant que ces gardes nous surveillent. Il va falloir les distraire et les attirer dans cette cellule. Je suis désolé Sofia, mais je ne vois qu'une façon de faire cela."

Le petit dragon fit semblant de s'effondrer, évanoui au sol, laissant Sofia seule, debout contre le mur de la cellule.

Elle sentait les forces vitales se répandrent peu à peu dans son corps et son esprit devenir de plus en plus clair.earth Cependant, la nausée ne la quittait pas. Pas plus qu'une douleur lancinante dans le bas-ventre ! Ce maudit garde avait frappé fort. Cramponnée aux pierres de la cellule, elle laissait agir la potion, tout en réfléchissant. Oui ! Il n'y avait qu'un moyen de se sortir de cette situation et la solution elle la devait à cette garce d'Ilia et aux informations qu'elle lui avait données. Il était temps d'en mesurer l'exactitude. Lentement, Sofia défit sa cape qui voilait si peu sa nudité et, s'appuyant contre le mur humide et glacé de la geôle, réprimant ses frissons, hanches basculées vers l'avant, elle commença à se caresser, paupières mi closes, passant une langue gourmande sur ses lèvres qui laissaient échapper un doux gémissement.

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11 janvier 2006

7. Prise au piège

warriorLa main puissante de Ravaknar avait saisi les seins de la russe et les pétrissait avec force, tandis que sa langue fourchue cherchait la langue de la doctoresse. Il saisit la tunique de Sofia et la déchira, en utilisant sa griffe d'acier, révélant sa poitrine, plus menue et ferme que celle de la Russe. Elle sentit le métal contre sa chair, se disant que les lames allaient s'enfoncer en elle et faire cesser ce cauchemar. Mais il n'en fut rien. Il se contenta de lacérer l'habit sur toute sa longueur, avant de pousser la tête d'Ilia vers celle de Sofia.

"Allons, préparez-vous à me recevoir comme il se doit, chiennes."

La bouche de la russe s'approcha de celle de sa compagne d'infortune. Elle murmura "Pour Avalon", avant que ses lèvres ne viennent se poser sur celles, tremblantes, de l'exploratrice. La bouche fraîche d’Ilia surprit Sofia, en se posant sur la sienne, et elle frémit quand sa langue fine vint caresser le carmin de ses lèvres cherchant sa jumelle. Elle sentit la main douce d'Ilia effleurer ses épaules et faire tomber ce qui restait de sa tunique au sol, puis glisser sur ses seins qu'elle caressa doucement, tandis que le dragon finissait d'arracher la blouse entrouverte, révélant un corps aux formes épanouies.

Sofia se livra d'abord aux caresses de sa compagne avec beaucoup de réticences, le corps tendu, les muscles crispés. Puis, peu à peu, elle se détendit et trouva, dans la douceur de ses caresses, un peu de réconfort, qui  allégea son esprit de ses terreurs, et, enfin, bien plus que du réconfort. Elle posa ses mains sur les épaules de la russe et les laissa glisser sur son corps, suivant doucement les courbes, appréciant la suavité du grain de sa peau. Elle s'enfermait dans la volupté de ses attouchements délicats comme pour nier l'horreur, la présence honnie du dragon. Rien d'autre n'existait plus que cet instant, hors temps, où la paume de ses mains partait à la découverte de cette délicieuse et tendre contrée. the_twins_2_by_bexai_1_

Ilia gémit sous la caresse de Sofia, et les doigts de la russe partirent à l'assaut du mont de Vénus de la jeune femme, écartant ses lèvres, glissant dans la fleur ourlée et humide, révélant le bouton perlé de désir. Elle appuya doucement, tirant d'elle des gémissements. Ilia glissa sa bouce avec lenteur, le long de son cou, de ses épaules,  ses lèvres découvrant le goût de la peau de Sofia. Elle embrassa les pointes érectiles de ses seins et se laissa doucement descendre le long du ventre musclé de la jeune femme. Sa bouche agaça un instant le nombril de Sofia, jouant avec la pointe de la langue sur l'ourlet de chair, avant de continuer son voyage. Elle se mit à genoux devant elle et posa sa bouche fraîche sur les lèvres intimes de Sofia. Doucement, du bout de sa langue adroite, elle écarta les pétales de son sexe et entama un lent mouvement circulaire, sur les chairs ouvertes et palpitantes, tirant des gémissements de plaisir de Sofia.

Ravaknar avait retiré son armure et se tenait debout, à côté d'elles, dans sa nudité terrifiante, son sexe, luisant et dressé, pointé vers elles comme une lance. Ilia prit le membre de Ravaknar dans sa main et commença à le caresser lentement, faisant glisser sa main fine sur la hampe noueuse. Le dragon gémit et saisit une des fesses de Sofia, la malaxant fermement, la poussant contre la bouche de la russe qui la dévorait.

Sofia mêla un gémissement à celui du dragon et, sans échapper à la dive torture, se laissa glisser à genoux. Lentement, fermant les yeux, elle approcha sa bouche du membre détesté, que sa compagne astiquait savamment. D'abord, elle l'entoura de son souffle, une caresse de sirocco sur l'énorme gland humide et saillant, sur les testicules lourdes. Puis, elle entrouvrit la bouche et laissa sortir un petit bout de langue avec lequel elle vint titiller la surface écailleuse de la hampe. Elle retint, à grand peine, l’envie de la lui arracher d’un coup de dents et transforma sa violence en coups de langue sauvages.

female_games_14_amelkovich_igorLe dragon gémit. Elle sentit sa main, lourdes griffes d'acier, venir se poser sur sa tête. Le contact froid et glacé des lames sur sa peau la poussait en avant, vers la hampe vibrante de la bête. La bouche d'Ilia ne cessait pas son ouvrage sur le sexe de Sofia, comme pour l'encourager. Elle redoublait d'ardeur dans ses caresses, enfonçant sa langue dans son vagin. Allongée au sol, se glissant entre les cuisses de Sofia, agrippée aux fesses de sa compagne, elle appuyait sa bouche avidement contre son intimité. Le gland du dragon poussait sur les lèvres de Sofia. Elle laissait sa langue découvrir le gland, gonflé, étonnamment dur du dragon, recueillir l'humidité qui suintait de son méat. Les griffes d'acier pesèrent plus fort. Elle arrondit sa bouche et la chair chaude du sexe inhumain commença à pénétrer le O de ses lèvres.

Elle accompagna la pénétration, détendant sa bouche pour que l'ignoble intromission se fasse plus facilement, faisant danser sa langue sur toute la surface du membre, poussant le vit contre son palais puis le libérant, faisant aller et venir sa tête en mouvement amples et longs puis en petits coups rapides et secs et revenant à nouveau à une plus grande amplitude. Brusquement, elle s'écarta, le libérant de son étreinte buccale mais, conservant les lèvres entre ouvertes, langue affleurante, elle fit basculer sa tête dans la main griffue qui la retenait, poussant son crâne dans la paume dure et glacée, la forçant à l'accepter. Alors, elle tourna un peu la tête et nicha son visage entre les griffes, caressant sa joue sur les lames, les effleurant de sa bouche, en percevant à chaque fois le danger du tranchant, jouant sur le fil du rasoir. Elle sentit la lame inciser sa lèvre inférieure. Elle échappa aux griffes et reposa sa bouche sanguinolente sur le membre tendu, l'humidifiant de son sang et de sa salive, avant de l'engloutir à nouveau et de recommencer à jouer furieusement avec sa langue, tandis que son ventre palpitait follement sous les caresses d'Ilia.

Le dragon gronda, regardant son membre sanglant entrer et sortir des lèvres de l'étrangère. Il prit une poignée de cheveux de Sofia et, la maintenant solidement, il la força à lâcher son membre. La renversant au sol, il la coucha sur le dos, poussant la tête d'Ilia entre ses cuisses, pour qu'elle continue son oeuvre sur la vulve de la jeune femme. Il s'allongea sur le dos d'Ilia, présentant son sexe à l'entrée de celui de la russe et la pénétra d'une poussée, lui arrachant un feulement. Se penchant sur le corps secoué de spasmes de la doctoresse, il la força à s'écarter du sexe qu'elle léchait et, appliquant sa bouche sur l'entrecuisse de Sofia, darda sa langue dans l'intimité de la captive. Une langue longue de près de vingt centimètres, à la pointe fourchue, immédiatement s'activa dans son vagin, la remplissant, la fouillant, se tortillant en tous sens, tandis qu'il s'enfonçait dans les chairs de la femme allongée sous lui. Il glissa une main sous les fesses de Sofia, un de ses doigts, épais comme un sexe d'homme, titilla un instant son anus et s'enfonça brusquement dans ses reins.

Sofia qui haletait et gémissait, cherchant le corps d'Ilia, mains tendues en avant, se saisissant de sa poitrine qu'elle malaxait fébrilement, poussa un cri rauque. Son intimité brûlante, surchauffée par la langue d'Ilia, ruisselait sous le harcèlement lingual du dragon. Elle s'arque bouta, le corps secoué de spasmes sous le doigt immonde qui violait ses reins.

Ilia gémissait, secouant sa tête de gauche à droite, comme prise d'une crise d'épilepsie. Elle cria soudain, s'agrippant aux bras du dragon, les membres tremblants. Celui-ci la repoussa et quitta son sexe. Son membre, luisant et tendu, vint se frotter à l'entrejambe de Sofia. Elle sentit le gland imposant appuyer à l'orée de son sexe et, soudain, venir la remplir de sa présence. Il s'enfonça dans son sexe brûlant avec facilité. À son corps défendant, elle était ouverte et ruisselait de désir, gémissante, alors que le membre de la bête la perforait, pénétrait en elle.

Elle le reçut et l'accueillit avec une hargne meurtrière, qui pouvait passer pour de la passion érotique. Elle se cambrait et selr79 détendait furieusement, lançant ses hanches vers le bas ventre du dragon, cherchant à happer son sexe, à l'engloutir, à le broyer en elle. Elle resserrait ses muscles pelviens puis les relâchaient, pour serrer plus fort encore. Elle saisissait le dragon, enfonçant ses ongles dans ses omoplates pour l'attirer plus fort en elle, pour le prendre tout, le détruire, l'anéantir. Ce n'était pas une femelle qu'il pénétrait mais une furie incendiaire.

Elle le pressait, le prenait pour le rejeter et le reprendre. Jamais de toute sa vie de dragon, il n'avait connu pareille amante. Il sentait son membre dur et tendu, comme rarement auparavant. Elle se débattait contre le plaisir qui montait en elle, le combattant, lui résistant, puis cédant pour mieux le repousser. Il se retira du sexe qui vibrait autour de lui et, d'une poigne puissante, retourna Sofia sur le ventre, la maintenant fermement plaquée au sol d'une main, tandis que, de l’autre, il saisissait la main d'Ilia pour la poser sur le sexe de la jeune femme, haletante sous son corps. Immédiatement, les doigts de la russe se firent un devoir d'aller fouiller l'intimité de la jeune femme, son pouce appuyé sur le clitoris vibrant. Sofia sentit le gland de Ravaknar appuyer sur sa rosette, commencer à peser sur ses reins.

Elle faillit hurler son dégoût et se débattre et se mordit les lèvres. Elle rouvrit sa coupure. Le goût du sang empli sa bouche, les larmes ses yeux. Ilia, à ses côtés, perçut son désarroi. Le sexe de Sofia s'était brusquement rétracté sous ses doigts. Elle reprit sa caresse, tout en douceur, très lentement, plongeant ses yeux, sombres braises ardentes, dans ceux, douloureux de la jeune femme. De sa main libre, elle chercha sa main qu'elle pressa fortement. Sofia ferma les yeux et laissa échapper un gémissement guttural quand le sexe du Dragon la pénétra, poussant au plus profond de ses entrailles, forçant l'étroit passage sans ménagement. Son coeur cognait, à l’étroit dans sa poitrine, son corps lui semblait incandescent et glacé à la fois. Elle se sentit défaillir.

Il s'enfonça en elle, d'une seule longue poussée, se fichant dans ses reins, sentant l'anneau, serré et brûlant, céder sous son passage. Il fit peser son pubis sur son dos, son membre entièrement logé dans les reins de Sofia. Il resta un instant immobile, sentant, à travers la fine séparation, les doigts d'Ilia qui s'activaient dans l'intimité de sa victime. Il commença alors un mouvement de va et vient de plus en plus ample, de plus en plus rapide, faisant coulisser son épée dans le fourreau étroit et moelleux de ses reins. Petit à petit, il la sentait s'ouvrir, s'offrant aux caresses d'Ilia et tendre ses reins vers son membre qui l’assaillait sans trève. Alors, il augmenta encore la force de ses coups de reins. Elle gémissait sous les coups de boutoir et sous celui des quatre doigts d'Ilia qui s'enfonçaient en elle. Il pouvait la sentir vibrer autour de son pal, tandis qu'elle gémissait non, non, non. Il accélera encore, pendant qu'Ilia prenait la bouche de Sofia pour apaiser ses cris, s'enfonçant en elle encore et encore, se retirant pour la reprendre plus fort. Il poussa un grognement, un râle inhumain, en se fichant en elle, répandant sa semence à gros bouillons dans ses reins, tandis que Sofia feulait, poussant un ultime gémissement dans la bouche d'Ilia. Et il s’affala sur le corps de sa proie.

Sofia, les muscles douloureux, étouffait. Il  pesait sur elle, l’écrasant de tout son poids, alors que son propre corps, encore tremblant, vidé de toute résistance et de toute énergie, s'était effondré après le dernier spasme de plaisir/souffrance. Son ventre brûlait et pulsait encore. Elle n'arrivait plus à bouger, à peine à respirer, et il ne semblait pas décider à s'écarter d'elle. Elle rouvrit les yeux, troublée honteuse du plaisir qui la bousculait encore, et chercha l'aide d'Ilia.

Ilia avait les yeux mi-clos, le corps encore submergé de plaisir. Elle se releva sur son avant-bras, se secouant pour sethe_come_to_life_angel_vasiljeva_elena sortir des spasmes qui la parcouraient encore. Elle poussa doucement le corps du Dragon sur le côté, pour libérer Sofia de son étreinte. Elle avait les yeux voilés, et semblait avoir du mal à coordonner ses pensées.

"Il faut,… il faut rester lucide… les dragons, ils… ils sécrètent une sorte de sérum durant la copulation, un puissant vasodilatateur aux effets aphrodisiaque redoutable. Je pensais que nous pourrions gérer cela, mais il semble bien que les recherches de Knemarak en la matière aient énormément progressée. Je… je… n'ai jamais rien ressenti d'aussi redoutable. J'ai le ventre en feu." Disant cela, la main d'Ilia glissait doucement sur le dos de Sofia, pour atteindre ses fesses. Caressant le sillon qui séparait les deux globes, elle enfonça deux doigts dans la rosette encore ouverte de sa compagne, recueillant la semence du dragon qu'elle amena à sa bouche, s'en délectant du bout de la langue et proposant ses doigts à Sofia,

Sofia se sentait tout aussi brûlante que sa compagne mais elle souriait maintenant. Ce désir incendiaire qui avait ravagé ses chairs, ce plaisir fiévreux, tout cela n'était dû qu'à un processus purement chimique et elle s'en trouvait profondément rassurée. Elle attrapa la main d'Ilia, l'approcha de sa bouche, fixant les yeux noirs de la belle russe, puis serra les doigts de toutes ses forces. Ilia poussa un cri et lutta pour se libérer.

"Je suis désolée, Ilia..." dit-elle d'une voix haletante, serrant encore davantage l’étau de ses doigts sur la main de la russe "Mais je crois que la douleur, sans plaisir, peut… doit… parvenir à envoyer un message chimique qui… qui supplante les effets du sérum des dragons. Alors... je vous en prie... faites-moi mal avant que l'envie ne soit plus tolérable ... je... vous ... en prie"

L’hésitation et la douleur se peignaient sur le visage de la russe. Un instant, elle sembla prête à basculer dans la tourmente du désir qui harcelait son ventre,  puis ses traits se durcirent. Elle secoua son bras plus fort, libérant sa main douloureuse, l’ouvrit dans une grimace, et appliqua une gifle magistrale à Sofia qui rouvrit la blessure de sa lèvre. La jeune femme secoua la tête, sentant le désir dans son ventre refluer doucement. Elle inspira une grande goulée d'air et se redressa. Elle prit dans un des coffres deux capes noires, en posa une sur ses épaules et enveloppa Ilia avec l'autre. Elle se saisit aussi d'une dague longue et effilée. Un instant, elle fut tentée de l'enfoncer dans la gorge du dragon assoupi, mais elle se retint. Elle avait pu constater la dureté de ses écailles et elle n'était pas du tout certaine de pouvoir le tuer rapidement. Elle n'osait imaginer ce que pourrait donner cette masse de muscles, blessée et en colère. Elle aida Ilia à se relever. La russe semblait avoir retrouvé un peu ses esprits.

"Il faut nous enfuir, par là où nous sommes arrivées, c'est la seule issue. Impossible de passer par la porte de la citadelle, nous serions tout de suite repérées."

Elles ouvrirent, avec d'infinies précautions, la porte de la chambre et se glissèrent dans le couloir désert. Rapidement, elles avancèrent, essayant de se rappeler le chemin qui les avait menées en ces lieux.

Elles arpentaient un couloir obscur, lorsqu'une forme se détacha du mur à quelques mètres d'elles. Elles se figèrent. La forme avançait vers elle. À la lueur d'une torche, elles reconnurent Jukonna. Il se tenait à quelques mètres d'elles, les regardant, ses yeux jetant des lueurs fauves, inquiétantes dans la pénombre.

Sofia, sans réfléchir, repoussa sa compagne dans la pénombre et se rua sur lui, la lame de sa dague dardée vers la poitrine offerte du dragon, avec un grognement sourd

"Traître !"

Elle le percuta de tout son élan, le déséquilibrant, faisant chuter la torchère au sol. Dans les ombres rouges qui dansaient sur les murs étroits, le dragon luttait pour comprendre ce qu’il lui arrivait, tandis qu'elle brandissait haut son arme pour frapper à la gorge.

Jukonna détendit une de ses pattes et saisit le bras de Sofia avant qu'il ne s'abatte sur lui. Il était d'une vitesse et d'une agilité étonnante. Il fit rouler Sofia sur le côté et, tordant son bras, lui fit lâcher la dague qu'elle tenait. Son autre main se glissa dans sa ceinture et en retira une lame courbe, très fine, qui jeta des éclats métalliques dans l'obscurité. Il posa la lame effilée contre le cou de Sofia. Sa tête s'approcha de celle de Sofia

dragonmesh3"Calmez-vous, par tous les dieux ! Je suis venu pour vous aider à vous enfuir. Je vous suis depuis la rivière, mais j'ai dû attendre la nuit pour me glisser dans la forteresse."

Il relâcha un peu la prise autour de Sofia, qui ne bougea pas, pour fouiller dans une de ses sacoches à courriers. Il en retira un sceau aux insignes de Nekas.

"Je sers le Seigneur Nekas depuis mon enfance. Il m'a chargé de votre protection, et de trouver le traître qui se cache parmi nous."

Sofia se calma définitivement. Ilia, qui s'était approchée précautionneusement pour prêter assistance à Sofia, les avait maintenant rejoints et détaillait Jukonna, visiblement stupéfaite

"Jukonna ! Le plus futile des Dragons d'Avalon, serviteur secret de Nekas ! Qui l'eut cru !"

Sofia sourit à cette exclamation et secoua la tête en approuvant. Le cœur battant, elle rengainait son arme tout en renchérissant

"Jukonna vous êtes parfait, vraiment parfait ! Et parfaitement insoupçonnable ! Bien trop bavard pour qu’on puisse se douter de quoique ce soit ! Et je suis bien heureuse que vous soyez ce que vous êtes ! Vous êtes aussi agaçant que sympathique …, fit-elle en riant, et je n’aurais pas aimé que vous soyez un ennemi ! Il faut que nous sortions d’ici au plus vite. Je crains que l’on ne finisse par s’alarmer de notre fuite. Marchons ! Et vous nous direz si vous avez des soupçons concernant le traître … »

Le petit dragon se releva, gardant son poignard à la main.

"Des soupçons ? Non, je n'ai pas de soupçons, j'ai une certitude. Je sais qui est le traître."

(Ps : Certaines images furent allègrements empruntées au blog d'Exigeant)

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09 janvier 2006

6. Emportées par le courant

016Sofia s'éveillait doucement, titillée par un rayon de soleil qui avait pénétrée par la grande fenêtre, restée ouverte, et jouait sur sa joue. Encore dans les brumes des songes, elle voulut se retourner et se sentit gênée, bloquée, incapable de faire un mouvement. Et les évènements de la nuit lui revinrent tout à coup, achevant de l'éveiller complètement. Son coeur se mit à battre follement. Elle n'osait plus bouger ni ouvrir les yeux, ne sachant trop quelle attitude adopter. Il était rarissime qu'elle se réveille avec un homme dans sa couche - en général elle fuyait dans la nuit ou se débrouillait pour mettre l'intrus dehors- et ... c'était la première fois qu'elle découvrait le jour avec un homme dragon tout contre elle.

Il ouvrit les yeux et la regarda de ses yeux verts aux étranges mouvances colorimétriques. Il lui sourit doucement. Son visage s'approcha du sien et il glissa sa bouche contre son oreille.

"Je sais que vous êtes gênée. Hier, nous avons fusionné et nous sommes endormis sans poser les mots sur nos gestes. Mais je sais dissiper cette gène, je pense."

Il se glissa contre son corps et elle sentit sa virilité imposante venir se frotter contre sa cuisse. Il glissa une main sous les draps et caressa ses seins du plat de la paume. Sa langue effilée venait caresser son cou et ses lèvres effleuraient la peau fine de ses épaules. Il saisit la pointe d'un de ses seins et la pinça doucement, lui imprimant une légère torsion. Son membre finissait de gagner en dureté et en taille, tandis qu'il glissait sa main de ses seins vers son sexe.

Elle frémit, sentant son corps prêt à répondre à ses caresses, avide d'en recevoir. Elle avait une folle envie de se serrer contre lui, de frotter sa peau à la sienne, de ses mains, de son sexe qu'elle sentait palpiter et se tendre contre sa cuisse. Elle retint son visage entre ses mains, approcha lentement ses lèvres des siennes et lui donna un baiser tendre et passionné, long et brûlant. Puis, elle le repoussa, doucement mais fermement, le tenant toujours entre ses paumes et plongea ses yeux dans les siens, longuement, avant de se forcer à parler. Elle savait qu'elle allait le blesser. Elle se blessait déjà elle-même, se détestant de sa faiblesse, lui en voulant de l'avoir emportée.

"Ekna... Ekna ... cette nuit n'a pas changé ce que je suis... je ... je ne serai jamais une compagne selon vos souhaits. Je ne le pourrais pas. Je ne saurais pas."

Elle vit son regard virer et s'assombrir mais s'obligea à poursuivre douloureusement

"Je me demande déjà ce que je fais encore là. Je ne suis pas une femelle. Je suis trop libre, trop imprévisible et... j'ai DU TRAVAIL " et, lâchant son visage, elle tenta de repousser son corps

"C'est ce que j'aime en vous Sofia. Vous n'êtes pas une femelle, vous êtes libre et sauvage comme les vents du grand nord. Si vous pensez ne pas savoir m'aimer, alors laissez-moi au moins vous aimer comme je l'entends."

Il la plaqua sur le lit, la faisant taire d'un baiser profond et intense. Sa main finit de glisser sur son ventre, caressant son sexe, entrouvrant ses lèvres intimes, découvrant son clitoris et appuyant fermement sur le petit bouton qui semblait se lancer à sa rencontre. Il introduisit doucement un de ses doigts dans son intimité et commença à aller et venir en elle, tout en la caressant du pouce.

"Je sais que tu le veux autant que je le veux."

S'allongeant sur elle, il lui écarta les cuisses et entreprit de caresser son entrejambe avec la peau douce de son gland. D'une seule poussée, il fit pénétrer son sexe dans son antre humide et, l'empoignant par les fesses, il la tira vers lui, entamant un mouvement profond de va et vient.

Elle enfonça ses ongles dans la chair de son dos. Elle avait envie de le mordre, de lutter contre le désir qui embrasait son ventre, contre le plaisir qui balayait sa raison, contre lui qui la dominait de sa force et faisait naître en elle une telle ivresse. Elle s'arque bouta et, relevant la tête, le mordit violemment à l'épaule. Il s'immobilisa en elle et la regarda, un sourire amusé et gourmand sur les lèvres

"ça c'est pour vous apprendre les bonnes manières vilain Dragon ! Je vous pensais mieux éduquer" ronronna-t-elle en le fixant les yeux brillants de provocation

"Ma bonne éducation à ces limites, je reste après tout un dragon."

il reprit ses lèvres, dans un baiser plein de fougue, tout en reprenant ses va et vient, enfonçant volontairement sesdragon_picture_069 doigts aux griffes rétractiles dans la chair de ses fesses, goûtant les spasmes de son intimité contre sa hampe, chaque fois que la pointe de ses griffes s'enfonçait en elle. Goûtant aussi ses petits cris de plaisir qui succédaient immédiatement à ses gémissements. Ils roulèrent sur le lit. Elle se retrouva assise sur lui, tandis qu'il la soulevait et la faisait retomber sur son membre, l'empalant profondément. Elle griffa son torse, lui laissant de longues estafilades, alors que le plaisir l'emportait et qu'elle sentait son sexe se contracter autour du dard qui déversait un flot brûlant de semence en elle. Elle retomba sur son corps et s'endormit durant un moment. Finalement, ce fut lui qui la réveilla.

"Je dois y aller Sofia. Aujourd'hui, le Grand Conseil reçoit la visite d'une délégation des dragons des brumes, qui vivent sur les sommets des montagnes, pour tenter une alliance."

Il se releva, après avoir posé un baiser sur sa bouche.

"Je reviendrai vous voir ce soir..."

Elle sembla sur le point de dire quelque chose, il posa son doigt sur sa bouche en souriant.

"Et si vous me le refusez, eh bien je forcerai l'accès de votre couche."

Il sortit sur la terrasse et se tourna encore vers le lit.

"Je t'aime Sofia."

Puis, bondissant, il prit son envol. Elle eut à peine le temps de se vêtir et de happer un fruit dans un des plateaux de la veille que Jukonna pointait le bout de son nez d'impénitent bavard. Il semblait avoir retrouvé toute sa verve et l'emporta joyeusement vers l'hôpital. Elle courut presque vers le petit labo. Ils étaient déjà là, tous les trois, … ou bien était-ce encore ? Elle n'aurait su le dire. En tout cas, elle se sentait pleine de force et de vie, étonnamment débordante d'énergie. Pourtant elle avait si peu dormi ! Elle se contempla dans le petit miroir qui surplombait une des paillasses du bloc et eut un mouvement de recul. Son visage avait changé, imperceptiblement, mais il avait changé. Elle passa les doigts sur le contour de ses yeux. Les pattes d'oies, petits signes qui marquaient le temps autour du reflet noir de ses pupilles, avaient disparu. Il n'en restait pas la moindre trace.

Elle secoua la tête, s'arracha rapidement à l'observation de son image et aux questions qu'elle suscitait, et se dirigea vers le petit groupe qui l'observait silencieusement, ne sachant plus trop comment réagir. Elle n'eut pas à forcer son enthousiasme pour s'adresser à eux avec un immense sourire. La réminiscence de la certitude qu'elle portait en elle, depuis la veille, venait de balayer le souvenir si proche d’Ekna et de leurs folles étreintes.

« Latha malt mes amis ! J’ai une grande nouvelle ! »

Ils s’entre regardèrent, avec un sourire entendu et la dévisagèrent avec sympathie. Elle toussota, soudain gênée, percevant qu’ils n’étaient sans doute pas sur la même longueur d’ondes.

Ilia eut un sourire complice...

"Nous sommes toute ouïe. Je suis certaine que cette nuit a dû faire naître en vous bien des révélations. Tant sur la génétique des Dragons que sur les propriétés exceptionnelles de leurs fluides corporels."

Les assistants se regardèrent, échangeant des regards plein de sous-entendus, puis reprirent leur masque de scientifiques appliqués. En fait, ils étaient tous les trois suspendus à ces lèvres.

« Voilà ! Ça commence ! Tu t’en doutais bien que tu te fourrais dans un sacré guêpier » se morigéna-t-elle intérieurement, avec rage, avant de poursuivre avec fermeté et un sourire moqueur

"Et bien... il est un dicton chez nous, Ilia qui dit que la nuit porte conseil. Il est vrai qu'elle apporte souvent bien plus ! Toujours est-il que... je crois que je tiens peut-être une des clés de notre mystérieuse maladie. Mais… avant de vous en dire plus, faites-moi un point sur vos travaux et surtout... voyons un peu ce que dit mon ordinateur sur l'analyse de l'ADN !" Elle commença à s'éloigner du petit groupe et, se retournant pour les observer, éclata de rire

"Ne faites pas ses mines désappointées ! Je vous promets de tout vous dire ensuite" "Enfin tout ... il ne faut rien exagérer non plus" pensa-t-elle

Un des assistants se pencha sur l’une des feuilles, couvertes d'annotations, qu'il tenait à la main.

"Nous nous sommes surtout appliqués à déchiffrer les codes génétiques des différents prélèvements faits sur les cellules souches de Dragonnes saines et malades, ainsi que sur certains mâles. Nous avons constaté une différence au niveau du chromosome 34. Ce chromosome semble actif chez les femelles malades, et inactif chez les femelles plus âgées. Dans tous les cas, il semble inactif chez tous les mâles que nous avons étudiés. Impossible pour l'instant de déterminer quelle est son utilité. Mais cela fait trop de coïncidences ; là où ce gène est inactif la maladie n'a pas d'effet. Nous avons demandé des prélèvements sur de jeunes mâles. Tous les résultats concordent, ils sont toujours inactifs."

Il était évident qu'un lien existait entre ce gène et l'état de santé des dragons. La raison pour laquelle seules les femelles périssaient ne pouvait être que l'activation, à retardement, de cette particularité génétique.

Pendant que l'assistant donnait ses explications Sofia tapotait sur son ordinateur. Elle s'exclama

"Venez donc voir ça!"

Tous trois se précipitèrent autour d'elle.

"Là ! Vous voyez ! J'ai demandé la superposition et l'analyse du chromosome impliqué... il y a bien eu mutation ! Maintenant, il faut trouver l'agent mutagène et comprendre pourquoi il a pu être reconnu par les organismes des plus  jeunes femelles. Et voilà ce que je voulais vous expliquer... Au début du temps des Dragons... il y a eu le Feu du ciel... je pense qu'on peut en assimiler les effets à une irradiation, d'après les informations que j'ai recueillies. C'est l'agent mutagène souche. Le message génétique s'est inscrit dans le patrimoine des Dragons mais il n'était pas actif. Il a fallu qu'il soit activé par quelque chose Et je crois que ce quelque chose est, comme vous le pensiez si justement, ajouta-t-elle en se tournant vers l'un des assistant qui sourit de satisfaction, présent dans l'eau. Où exactement ? Comment ? Quel est le moment et la forme de la contamination ? Ça c'est ce que nous allons devoir élucider ! C'est pourquoi il faut se rendre à la rivière ! Alors ? Qu'en pensez-vous ?" et elle releva vers eux un visage radieux qu'illuminait un sourire plein d'espérance.

Les deux assistants se regardèrent.

"Nous, nous ne pouvons pas...."

"Moi je vous y accompagne. Je suis une femme et je ne crains pas l'eau de vie."

Ilia la regardait, farouche et déterminée. Déjà, elle jetait ses instruments dans son sac à dos.

"Jukonna nous y mènera et nous ferons le reste du trajet à pied. Je vais chercher le reste de mes affaires et avertir notre taxi volant de se tenir prêt au départ. Ne perdons pas plus de temps."

dragon_et_femme_bruneElle sortit, au pas de course du laboratoire, tandis que Sofia réunissait tout ce qui pouvait lui sembler utile. Elles se retrouvèrent sur le toit de l'immeuble devant un Jukonna fort peu rassuré. Il tenta de les dissuader de quitter Avalon aussi prestement, mais rien n'y fit. Il avait reçu des ordres précis, lui demandant de mener Sofia ou bon lui semblait, aussi se résolut-il à les emporter vers la rivière interdite.

Aux bouts de quelques longues minutes de vol, il se posa à bonne distance des lieux, leur disant qu'il les attendrait, posté en cet endroit. Les deux femmes s'enfoncèrent dans les bois, avançant péniblement entre les arbres très serrés. Elles atteignirent enfin le bord de la rivière, qui coulait rapidement dans son lit de rochers. Nul bruit autour de la rivière. L’eau de vie, c'était la mort pour toute autre forme de vie qui osait s'y aventurer. Ilia déposa son sac sur le tapis de sable noir qui formait les berges du cours d'eau.

"Par quoi commencons-nous ?" 

Leur vol avait été étrangement silencieux, Jukonna, visiblement fâché de cette course vers ces lieux interdits se tenant coit, et elles deux perdues dans leurs pensées. Mais si Ilia était en train d'étudier mentalement l'hypothèse de Sofia et de tenter d'extrapoler des solutions médicales, Sofia, quant à elle, avait retrouvé, dans ce vol, au demeurant fort peu confortable, un troublant écho à de bien trop fraîches émotions. Elle avait besoin de parler, avant de pouvoir reconcentrer toute sa pensée dans sa mission, un besoin urgent de se confier à quelqu'un, une femme, une humaine. Elle soupira, en observant Ilia d'un air contrit.

"Je crains, Ilia, de faire un bien mauvais guide aujourd'hui. J'ai l'esprit préoccupé... et je ne sais trop par quoi commencer... " 

"Vous avez fait l'amour avec Ekna… inutile de m'en dire plus. L’étreinte des dragons est troublante n'est-ce pas, très déstabilisante ? Leur semence contient toute une série de protéines. Les dragons peuvent s'accoupler des heures durant, les femelles en sortent épuisées, c'est pour cela que leur semence contient un cocktail revigorant qui permet de donner un coup de fouet à l'amante. Maintenant, si ce qui vous préoccupe est la liaison que vous entretenez avec Ekna, laissez-moi vous dire une bonne chose, qu'il me semble que vous n'avez pas encore saisie. Ceux qui détiennent le pouvoir en Avalon, ce sont les femmes. Elles sont libres de refuser toute étreinte, peuvent chasser leur mâle sans vergogne et, croyez-moi, elles ne s'en privent pas. Si votre liaison vous pèse, faites-le lui savoir, il ne tentera plus de vous séduire. Demandez-lui de ne plus jamais vous approcher et il se jettera dans un trou pour être sur que vous ne croisiez plus son corps. Les dragons sont des créatures instinctives. S’il est attiré par vous, c'est pour de bonnes raisons. En somme, mon conseil serait le suivant : Profitez de chaque instant de cette aventure, et ne boudez pas votre plaisir, l'avenir nous dira bien ce qu'il en est." La scientifique russe se pencha sur son sac et en tira une série d'éprouvettes.

Le visage de Sofia s'illumina. Comme tout paraissait simple dans la vision de ce monde selon Ilia ! Et combien les craintes qui l’assaillaient lui parurent soudain vaines ! Elle s'approcha de la scientifique russe, absorbée dans son tri de matériel, et posa un baiser sur sa joue

"Merci ! Vous ne pouvez pas imaginer le bienfait de vos mots !"

La russe eut un sursaut de surprise et la dévisagea, puis finit par lui adresser un sourire empli de tendre complicité. Sofia lui retourna son sourire. Elle avait retrouvé toute son efficacité et elle désigna les éprouvettes

"Nous n'en n'aurons pas besoin pour l'instant, je crois. Mais nous allons avoir besoin de ça, pour voir si je ne me trompe pas." et elle extirpa de son sac un étrange objet qui ressemblait à une longue pelle. "Cet appareil sert à détecter les radiations ! Voyons… »

L’aiguille de l'indicateur oscilla un instant. Elles avançaient lentement le long de la berge et le signal de l’appareil se faisait de plus en plus rapide. Soudain l’aiguille se figea dans la zone rouge. Sofia releva la tête, elle ne s'était pas trompée. Les radiations ! L’eau de vie était hautement radioactive, comme avaient dû l'être les retombées de la météorite, qui avait effacé presque toute forme de vie de la terre, des millions d'années auparavant. Les dragons avaient survécu parce qu'ils avaient muté. Ils avaient d'une manière ou d'une autre développé une résistance à la radioactivité et cette résistance était inscrite dans leurs gènes. Mais l'eau contaminée avait réveillé un message génétique en sommeil, mettant les femelles en danger.

"L'eau a été empoisonnée. Et c'est un phénomène récent, compte tenu de votre histoire, qui ne peut venir que de l'amont du cours d'eau. Des Terres sombres."

Elles étaient entièrement obnubilées par l'étude du compteur Geiger. Elles ne virent pas les formes sombres sebrom_33 détacher des arbres et avancer doucement dans leur dos. Elles n'étaient pas des dragons et ne possédaient pas leurs sens surdéveloppés, alors elles ne les entendirent pas plus se glisser au plus près d'elles. Ce ne fut que lorsque le filet tomba sur elles, que les masses lourdes des trois guerriers s’abattirent sur elles qu’elles comprirent le danger. Elles n'eurent pas le temps de crier, ni même de se débattre. C’étaient trois brutes surentraînées à toutes les formes de combat. Elles furent proprement ficelées, dans un silence que rien ne vint troubler, jetées comme des colis sur le dos des hommes dragons, et emportées, au pas de charge, à travers les bois. Vers les Terres sombres.

Sofia sentait la rage et la panique l'envahir. La rage parce qu'elles touchaient enfin au but et parce qu'il restait tant à faire. La panique parce qu'elle se retrouvait dans une situation qui lui rappelait par trop son arrivée dans Avalon et que ce souvenir la révulsait. Ballottée sans ménagement, elle tentait pourtant de se débattre, de tirer sur ses liens, de trouver une issue et ne parvenait qu'à se blesser contre le corps du Dragon qui ne bronchait pas et ne modifiait en rien son rythme. Elle avait envie de crier, de pleurer. Et sentait monter une terrible nausée. Il ne manquait plus que ça ! Si elle vomissait, bâillonnée comme elle l'était, elle finirait étouffée. Elle serra les paupières et se concentra sur sa respiration, usant de toutes ses capacités mentales pour retrouver son calme, envoyant un muet appel au secours vers Ekna.

Ils coururent sans jamais s'arrêter, traversant les bois, escaladant les pierres, franchissant les cours d'eaux. Ils coururent ainsi pendant des heures traversant les Terres sombres, les hameaux désolés et miséreux, aux battisses branlantes, s'approchant de la montagne fumante que formait la citadelle de Knemarak, le château de Kilk an karr, mot issu d'une langue ancienne et oubliée, l'Ombre de la mort. Les hautes murailles noires et menaçantes s'avançaient vers eux. Ils ne se dirigèrent pas vers les terrifiantes portes d'acier qui en interdisaient l'accès mais longèrent les murs aveugles, pour rejoindre un groupe de rochers entre lesquels ils se glissèrent, s'enfonçant dans le sol. Le boyau filait sous les murailles, pas assez large pour livrer le passage à plus d'une personne de front. Il était tortueux et obscur. Les trois guerriers ne semblaient, cependant, pas gênés d’aucune façon dans leur course. Ils débouchèrent devant une lourde et massive porte d'acier qui s'ouvrit devant eux.

Ils étaient dans la citadelle, s'enfonçant, dans les couloirs, vers le coeur de l'antre de Knemarak. Ils finirent par déboucher dans une vaste pièce où les dragons les délivrèrent du filet qui les retenait, de leurs liens et baillons, avant de se retirer sans un mot. Une forme se détacha du mur le plus obscur et s'avança vers elles. Quelque chose brilla d'un éclat métallique. Sofia reconnut son agresseur du premier jour, mais il avait changé, une de ses mains était à présent une griffe d'acier aux lames effilées.

"Quelle joie de vous revoir Baineannach, vous m'avez manquée."

Ravaknar s'avança vers les deux femmes en souriant.

Epuisée par la longue course, le corps douloureux, Sofia peinait à se maintenir sur ses jambes. Cependant, elle se redressa fièrement et toisa le dragon, lui jetant un regard plein de morgue

"Ce n'est pas une joie partagée ! Mais je ne vous apprends rien sans doute" émit-elle d'une voix rendue rauque par la soif et la fatigue, mais sans baisser son regard qui se fit méprisant

"Mais je comprends que j'aie pu vous manquer, tant tout ce qu'il y a ici est laid et frustre ! Vous devez mortellement vous ennuyer ! C’est sans doute pour ça que vous en venez aux jeux de mains"

Le mufle du dragon se fendit d'un sourire cruel.

"Effectivement, je m'y ennuie souvent, mais à présent vous êtes là."

Du revers de la main il la gifla, l'envoyant au sol d'une pichenette. Immédiatement, Ilia se précipita pour s'interposer et subit le même sort. Elle tomba près de Sofia et, s'approchant d'elle pour l'aider à se relever, glissa à son oreille.

"Je connais ces porcs, nous ne pourrons pas nous en sortir si nous l'affrontons directement, il nous mettra en pièces. Nous avons été trahis Sofia et les seules armes que nous ayons contre ce démon, c’est notre corps. Il est une particularité chez les dragons de Knemarak, ils mettent toute leur énergie dans l'acte sexuel, au bout duquel ils s'effondrent dans une torpeur profonde. Utilisons cela, c'est notre seule chance ! Il va falloir être forte Sofia."

Puis, se tournant vers le dragon, elle défit le haut de sa blouse, écartant le tissu pour révéler ses seins lourds et fermes.

"Seigneur Dragon, nous admettons notre défaite, et nous nous soumettons à notre maître. Ordonnez et nous serons vos dociles servantes, nous sommes vôtre."

dorian_20clavenger_2011Sofia regardait Ilia et saisit le regard luisant du dragon qui détaillait les formes appétissantes de la russe avant de se poser sur elle. Il passa sa langue sur son mufle, la fixant les pupilles rétrécies et brillantes, tout en s'approchant d'Ilia. Elle sentit son coeur et son corps se glacer. Jamais elle ne pourrait ! Elle revoyait les bras d'Ekna, ses caresses, sa force et sa douceur, sa puissance et sa tendresse, la magie de leur union. Plutôt mourir que d'accepter .... Non ! Plutôt vivre ! Vivre et faire payer les Terres sombres pour tout le mal accompli, vivre et faire que tout cela cesse. Mentalement, elle prononça le nom d'Ekna et pensa très fort

"Je t'aime"

et se colla aux côtés d'Ilia qui, déjà, subissait les premiers attouchements sans concession de Ravaknar.

Posté par Ecritspourpres à 21:20 - Les Chroniques d'Avalon - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 janvier 2006

5. Recherches et Découvertes

librarydrgPendant ce temps, Sofia avait passé la porte de la Grande bibliothèque d'Avalon, Ekna à ses côtés et ils s'étaient enfoncés à travers de sombres corridors, à la fois étroits et si hauts que Sofia ne parvenait pas à en distinguer les plafonds, perdus dans l'obscurité. Comme elle s'étonnait de l'étrange architecture des lieux, Ekna lui expliqua que, lors du Temps des Grandes Batailles, les anciens du  Conseil avaient tellement craint pour les précieux documents, manuscrits et archives que recélaient la bibliothèque qu'ils avaient fait construire, tout autour de la tour principale, un réseau protecteur, de couloirs et de corridors, permettant d'y piéger des assaillants et de garantir la protection du patrimoine des Dragons d'Avalon. Comme ils débouchaient sur une immense salle voûtée, plissant des yeux à cause de la clarté soudaine, une voix chuintante, au fort accent gaélique, les accueillit

"Latha malt. Fàilte Ekna. Que me vaut votre auguste visite petit chenapan, en cette si belle journée... et en si charmante compagnie ?"

Ekna sourit et, se tournant vers une pile de livres, répondit:

"Latha malt Maître Kerpendrir. Vous ne me ferez pas croire, vous qui savez tout, que vous ignorez ce qui nous amène en ces lieux. Mais je vous présente Sofia, notre visiteuse du monde du dehors... et notre alliée"

Sofia, fixant obstinément la pile amoncelée, finit par découvrir, perché à son sommet, l'être qui les avait accueillis de son aimable salut. C'était un curieux petit Dragon, recroquevillé sur la pile de livres et qui lui sembla, elle ne sut trop pourquoi, incroyablement âgé. Elle lui adressa un hochement de tête et un sourire poli.

Maître Kerpendrir descendit de la pile de livres, en prenant grand soin de ne pas renverser le fragile équilibre de son sommaire trône. Il finit par rejoindre le sol, s'approchant de Sofia qu'il inspecta sous toutes les coutures.

"Latha Malt Sofia, latha Malt, heureux de vous rencontrer, j'ai peu de visite en ces lieux, les habitants d'Avalon sont si soucieux de leur avenir qu'ils en négligent leur passé. Ce qui est une funeste erreur je trouve."

Le visage ridé du dragon semblait conserver en permanence un air amusé. Il se dirigea vers un meuble contenant un grand nombre d'ouvrages de dimensions considérables et en retira un de la pile d'un geste rapide.

"Voilàà, De Draconicum ! Cela devrait vous intéresser ; cet ouvrage fut rédigé par Elinkabar de Markanad, un dragon fort érudit. Il traite, notamment, de la physiologie des dragons et des modes de reproduction. Peut-être y trouverez-vous ce qui a pu m'échapper ?" La tête du dragon se tourna vers Ekna, qu'il inspecta en clignant légèrement des yeux.

"Tu me parais bien pâle. Tu devrais prendre le temps de te baigner dans l'eau de vie, on dirait un troll." Puis, changeant de sujet, il se tourna vers Sofia. "Je suis tout à votre disposition, jolie demoiselle. En quoi puis-je vous être utile ?"

Sofia, qui s'était immédiatement plongé dans la consultation de l'impressionnant volume que le dragon venait de lui remettre, et compulsait avidement une planche sur la reproduction des Dragons, releva brusquement la tête

"Qu'est-ce que cette "eau de vie" Maître Kerpendrir ? Je ne parviens pas à trouver le chapitre qui s'y rapporte."

Et voyant que les deux dragons échangeaient des regards gênés, elle ajouta, rapidement agacée

"Je vous en prie... l'un de vous deux voudrait-il bien m'éclairer ou faudra-t-il que je perde du temps en recherches fastidieuses ?! Croyez-vous que nous ayons vraiment du temps à perdre en vaines pudeurs, simagrées et autre secret d'état ?"

Le vieux Dragon hocha la tête.

"Vous avez raison Sofia, il n'est plus temps d'hésiter. L'eau de vie est une eau précieuse, qui coule dans la rivièrewhiteperndrg Branaka et qui traverse toute la terre des dragons. Elle est faite d'un équilibre bien particulier de métaux précieux, et d'une bonne part de magie aussi. Cette eau est mortelle pour toute forme de vie. Seule les Dragonnes peuvent la boire et la restituer purifiée. Alors ses pouvoirs sont considérables : longévité, force, la capacité de guérir les blessures, et… bien d'autres choses encore. L'eau de vie est le bien le plus précieux des dragons et appartient à tous et à personne. Il est interdit de se battre aux abords de la rivière et seules les femmes ont le droit de s'y rendre. Il faut aussi savoir que sans eau de vie, nulle femelle dragon ne peut enfanter."

Le sourire du vieux dragon s'élargit un peu et, se penchant vers Sofia, il lui glissa à l'oreille.

"On dit aussi que l'eau de vie peut favoriser les sentiments de celle pour qui votre coeur bat… c'est peut être ce qui cause ces soudaines rougeurs chez ce vaillant, mais bien transparent, guerrier."

Sofia dévisagea le vieux dragon avec un sourire tout à la fois interrogateur, amusé et confus et claqua le livre pour le refermer, ce qui eut pour effet de faire sursauter Kerpendrir, qui la foudroya d'un regard désapprobateur. Elle se releva, serrant le lourd volume dans ses bras et s'excusa :

"Veuillez pardonner ma brusquerie Maître Kerpendrir. Je vous promets d'en prendre le plus grand soin désormais. Car il va me falloir l'emporter avec moi, il y a là bien trop de données pour que je les assimile et... pour l'instant j'ai plus urgent à faire"

Le vieux Dragon la regardait, affolé, et agitait la tête en tout sens

"Je vous en prie... ne me le refusez pas, cela m'obligerait à des allées et venues tellement contraignantes ... et... "

Un bruit de pas les fit se retourner. Gimal et Jukonna surgissaient de l'ombre du corridor.

"Ah Gimal, Jukonna ! » reprit Sofia « Vous tombez bien. Jukonna ayez l'amabilité de conduire Gimal à mes appartements. Gimal, ouvre les caisses et sors tous les instruments que tu trouveras. Ekna vous me conduirez à l'hôpital. J'ai besoin de faire certains prélèvements sur les dragonnes décédées. Ah ! Et il faudrait aussi que je puisse recueillir des fragments de coquille de nouveau-né de sexe féminin. Et enfin, vous me conduirez à cette fameuse rivière. Allons, pressons ! Maître Kerpendrir, c'est entendu pour le livre ?"

Tous la regardaient s'animer, donner ses ordres, les yeux écarquillés. Elle était passé du calme de l'étude à l'action sans transition et Gimal, qui la connaissait le mieux, fut le premier à réagir. Tapant sur le flanc de Jukonna, il lui désigna la sortie.

Le petit dragon hocha les épaules. "Oui maîtresse, Jukonna bonne bête de somme, Jukonna bien gentil, il va porter gros itlelmen dans maison de maîtresse."

Ekna fit signe à Sofia de le suivre auprès de la grande fenêtre qui donnait sur la ville. Kerpendrir, cependant, lui signala tout de même au passage que ce livre avait plus de deux mille ans et qu'il valait mieux éviter de griffonner des annotations sur les marges. Ils quittèrent la tour des archives pour entamer une lente descente vers l'hôpital de la cité où les attendait le docteur Notchenko. Avant qu’ils ne la rejoignent, Ekna se pencha vers Sofia.

"Je vous prie de m'excuser pour tout à l'heure Sofia. Je n'aurais pas dû faire passer mes sentiments avant mon devoir. Cela ne se reproduira plus à l'avenir." Soudain, le dragon s'immobilisa, se maintenant en sustentation dans un courant ascendant. Il lui désigna deux dragons, qui s’élevaient, semblant tracer une double ellipse dans le ciel, se croisant à quelques centimètres l'un de l'autre. "Regardez ! C’est un spectacle rare, une parade amoureuse qui commence. Voyez le mâle est un jeune, on le reconnaît à ses couleurs vives, faites pour attirer de potentielles compagnes. Ils vont monter dans le ciel et danser pour se prouver leur maîtrise du vol et leur maturité."

Les deux dragons, à présent, se frôlaient, plongeaient et remontaient, leurs ailes s'effleurant en une lente caresse, piquant au sol, tourbillonnant sur eux-mêmes. Le ballet dura une dizaine de minutes, les cercles se faisaient de plus en plus rapprochés. Le spectacle avait attiré une foule de curieux, sur les toits et les balcons des tours d'Avalon, qui semblait fixer les deux dragons avec anxiété. La voix d’Ekna se fit plus basse et plus tendue.

"A présent, l'épreuve de confiance. C’est ici que nous saurons si ces deux amoureux se font assez confiance pour envisager de s'unir. Ils vont se saisir, par les griffes, l'un l'autre et se laisser plonger vers le sol, étroitement enlacés, ils vont se laisser tomber et, s'ils se font confiance, ils attendront le dernier moment pour rétablir leur vol à  quelques mètres du sol. Si l'un d'eux doute de l'autre, il rompra l'étreinte trop tôt et ils en resteront là." Les deux dragons s'étaient rejoints dans le ciel et s'enlaçaient, liant leur sort dans une même étreinte. Repliant leurs ailes, ils basculèrent vers le sol et commencèrent à se laisser tomber. Il sembla à Sofia que leur vitesse était vertigineuse ; ils filaient entre les tours de la ville, sous le regard des habitants d'Avalon.

pernmating"Il arrive parfois, qu'attendant trop, les deux finissent leur vie ensemble dans cette épreuve." Les dragons filaient vers le sol et Sofia se dit qu'ils ne survivraient pas, qu'ils allaient s'écraser sur les rues blanches de la ville. Brusquement, les ailes des deux dragons se déployèrent simultanément et leurs griffes s'ouvrirent, à tout au plus quatre mètres du sol, et les deux amants rétablirent leur vol. Filant comme l’éclair, ils reprirent de l'altitude, remontant en cercles concentriques vers le sommet des tours, sous les applaudissements et les vivats de la foule.

"Deux coeurs unis, confiance et sérénité."

Ekna se tourna vers elle, reprenant son vol vers l'hôpital, une pointe de tristesse dans les yeux.

Sofia se remit à respirer normalement et se rendit compte qu'elle s'était cramponnée, de toute ses forces, aux bras d'Ekna pour surmonter l'angoisse de ce spectacle. Elle relâcha vivement son étreinte et murmura "C'est fascinant Ekna et terriblement émouvant. Votre culture semble posséder tellement de qualités que nous ne faisons qu'effleurer, nous piètres humains ! Et vous avez le vol ! Ce rêve des hommes ! Vous ne pouvez savoir combien je peux vous envier cette faculté ! Voler, pouvoir franchir les distances d'un battement d'ailes, frôler les nuages !" Elle secoua sa songerie "Pardonnez-moi... ce spectacle a eu un drôle d'effet sur une émotivité que je croyais bien mieux enterrée en moi... vous voyez ... je peux comprendre que les sentiments submergent parfois la volonté... Arrivons-nous bientôt ? Me conduirez vous ensuite près de votre rivière, Ekna ?

"Nous arrivons, mais ce n'est pas moi qui vous conduirait auprès de la rivière, il est interdit aux mâles de s'en approcher. C'est Ilia qui vous mènera aux rives si nécessaire."

Il avait un air sombre et triste. Il enviait ce couple, qui venait de se faire l'offrande de leur coeur, de tout ce qu'ils étaient, dans une parfaite harmonie. Il sentait les sentiments qui étaient nés dans son coeur et mesurait l'immense gouffre qui le séparait de la jeune femme. Ils se posèrent sur le toit de l'immeuble. Ilia leur fit un signe de la main en s'approchant.

"Un messager de Nelkas m'a prévenue de votre probable arrivée. J’ai tout préparé à votre intention dans une des salles d'opération."

Ekna hocha la tête. "Je dois aller donner un cour auprès des archers volants. Si vous avez besoin de moi… Jukonna ira me quérir."

Sans ajouter un mot, il prit son envol vers la tour du conseil. Déjà Ilia entraînait Sofia dans les couloirs de l'hôpital, pour la mener vers la salle d'autopsie.

"Je dois vous expliquer comment procèdent les dragons pour se reproduire. La mère porte un oeuf, deux au maximum, que les géniteurs déposent ensuite dans un nid. Les mères le maintiennent, grâce à leur feu, à une chaleur constante d'une centaine de degrés. L’éclosion survient au bout de quelques jours. Il en va de même pour une porteuse humaine qui accouche, au bout de quelques semaines, d'un oeuf unique. Cet œuf est déposé à l'état embryonnaire par le mâle, lors de l'accouplement pour les sangs mêlés ou directement par frottement pour le cas des dragons de race pure. C'est le ventre de la mère qui nourrit l'oeuf jusqu'à maturité, l'accouchement est alors provoqué par un onguent spécifique."

Le docteur s'immobilisa dans le couloir, fixant Sofia droit dans les yeux.

"Dans les terres sombres, lorsqu'un dragon de pur sang décide d'engrosser une femelle humaine, il laisse l'oeufbadbirth grandir dans la mère jusqu'à ce que cela la tue. Mais c'est de plus en plus rare. Les femmes sont trop précieuses pour renforcer l'armée ; elles peuvent pondre près de six oeufs dans une année, c'est une ressource vitale pour eux. Quoiqu'il en soit l'insémination de femmes humaines ne permet pas la naissance de femelles. De ces unions, il ne peut naître que des mâles. Parfois, le patrimoine génétique de la mère se transmet à l'embryon, ce qui donne naissance aux sangs mêlés, aux demi dragons. On détecte cela lors de la couvaison de l'œuf. On peut agir alors sur la constitution de l'enfant, en augmentant ou en baissant la chaleur du nid, en y ajoutant certaines pierres. Mais souvent, les oeufs ne sont pas viables et la mortalité infantile est grande. Dans le cas des femelles, depuis l'apparition de la peste noire, les oeufs de dragonnes sont rarement viables, et, de plus en plus souvent, les mères meurent en couches. Voilà, je viens de vous tracer un sommaire aperçu de la situation. Rien de bien réjouissant n'est-ce pas ?"

Elle ouvrit la porte d'une petite salle d'autopsie. Sur une grande table métallique, on avait allongé le corps d'une petite femelle dragon.

"C'était son premier-né. Ce sont les plus jeunes qui sont les premières touchées."

Sofia jeta un coup d'oeil rapide à la pièce et jaugea, d'un air approbateur, les différents instruments mis à sa disposition puis elle s'approcha froidement du corps, le détaillant et notant mentalement les informations qu’elle récoltait.

"Ilia... ne vous offusquez pas si je refais des analyses que vous avez déjà pratiquées... j'ai besoin de pouvoir faire mes propres diagnostics et je ne connais pas de meilleur moyen que de tout reprendre à zéro. De plus... j'ai besoin de savoir... "Elle détaillait le corps tout en parlant, enfila une paire de gants et prépara scalpels, seringues et éprouvettes

"Où en êtes-vous exactement de vos connaissances génétiques sur les Dragons ? Avez-vous déterminé les caryotypes de femelles atteintes et comparé avec des femelles saines, car il en reste encore, si j’ai bien compris ?"

La russe lui sourit doucement.

"Je tiens à vous rappeler, jeune fille, que j'ai 80 ans et que je suis ici depuis plus de 50 ans. Je n'ai pas la moindre idée de ce que peut être un caryotype. Je n'ai que quelques scalpels à ma disposition, et beaucoup d'imagination pour traiter mes malades. Par contre, je peux vous dire que les femelles les plus atteintes présentent souvent des gonflements de leurs glandes lymphatiques, ainsi qu'un sang extrêmement pauvre qui les affaiblit et les mène rapidement à la mort. C'est à peu près tout ce que j'ai pu déterminer. Regardez… ici, vous avez la poche de gaz. Lors de la décomposition des aliments, le système digestif des dragons produit un gaz extrêmement léger et très inflammable qui permet de produire le feu du dragon, ainsi que leur sustentation aérienne. Seuls les grands dragons sont à même de cracher le feu par ailleurs. Mais en vérité Sofia, je désespère de trouver une solution. Je ne connais pas la cause de la peste noire, pas plus que je ne sais comment la soigner."

"Ilia... je doutais jusqu'alors de pouvoir vous aider réellement. Vous me sembliez maîtriser tant de connaissances dont nous n'avons pas même idée. Mais je crois que la technologie que j'amène avec moi va nous permettre d'avancer dans la connaissance de cette saleté de peste noire. Je vais avoir besoin d'un échantillon de sang, d'un prélèvement du derme, du foie et de la moelle épinière d'une dragonne fraîchement décédée mais aussi... d'une dragonne épargnée et saine. Vous pensez que cela sera possible ? Si vos équipes peuvent se passer de nous pour ces interventions, je souhaiterais que vous me conduisiez à la rivière sacrée, il me faut en analyser la structure moléculaire. Et je crois que j'aurai alors tout ce qu'il me faut."

Sofia bouillonnait d'impatience et avait du mal à ne pas brusquer Ilia. Dans sa tête, une hypothèse s'élaborait peu à peu. Voilà des années qu'ils cherchaient, sans avoir fait d'études poussées de l'ADN... il y avait peut être quelque chose à vérifier du côté d'une homéogénèse... Elle rangeait fébrilement les instruments... se préparant à un départ qu'elle souhaitait imminent, sa nature humaine connaissant bien mal la patience.

Un des assistants bondit sur l'occasion pour prendre la parole, et peut être d'intéresser la fille venue de l'extérieur dont tout le monde parlait en ville. Il faut dire que cette femme, si différente de toutes celles qu'il avait rencontrées à ce jour, était des plus fascinante.

"Nous avons de l'eau de la rivière ici. Nous en gardons toujours pour concevoir des baumes qui soulagent les douleurs de l'enfantement des dragonnes."

il saisit un bocal, empli d'une eau légèrement trouble.

"Voici de l'eau de la rivière, mon collègue va vous ramener tous les prélèvements que vous avez pu nous demander." Immédiatement, les deux assistants zélés entreprirent de déposer sur la table tout ce que Sofia avait pu évoquer. A présent, tous les trois se tenaient devant la jeune femme, attendant on ne savait quel miracle, leurs yeux interrogatifs fixés sur Sofia.

Elle leur rendit leur regard un instant, médusée et amusée par leur empressement, et s’attacha à Ilia qui semblait elle aussi goûter le comique de la situation.

"Et bien, messieurs, si je m'attendais ! Je vous remercie infiniment  mais… si vous continuez ainsi, à presque pouvoir devancer mes demandes, je vais finir par croire que vous parvenez à lire mes pensées et ... ce pourrait être terriblement gênant."

Voyant qu'ils ne savaient trop comment prendre sa répartie, elle éclata de rire

"Je suis désolée ! Il y a, chez mon peuple, une tradition humoristique qui semble vous échapper. Soyez sûrs que j'apprécie grandement votre efficacité."

Elle examina les échantillons déposés

"Il ne manque rien... ou presque... juste un petit morceau de l'enveloppe de l'oeuf si je ne m'abuse. Si vous pouviez pallier à cet oubli ... ?"

Elle leur adressa un grand sourire complice et se tourna vers Ilia.

"Je pense que je vais aller chercher quelques instruments, et notamment mon ordinateur portable... en espérant qu'il ne soit pas endommagé... et travailler ici, avec vous et votre équipe. Je crois que ce serait une bonne chose, non ?"

Ilia approuva d'un mouvement de tête.

vol_de_nuit"Vos effets ont été amené ici par Ekna, tôt ce matin. Tout a été rangé dans les armoires de la salle d'autopsie. Le conseil est très impatient de vous voir à l'ouvrage. Je dois vous l'avouer,… j'ai tenté de comprendre à quoi pouvaient servir vos instruments mais l'utilité des trois quarts d'entre eux m'échappe." Elle fit coulisser une porte pour faire apparaître le matériel de Sofia qui se précipita pour en vérifier  l’état.

Puis, elle se dirigea vers la table d'opération, commençant à découper, de quelques coups de bistouris adroits, les différentes parties du corps de la dragonne pour en prélever la moelle épinière. Elle releva la tête un instant.

"Au fait, pour ce qui est de lire dans les pensées, ils sont effectivement capables de le faire. Cela fait partie de la formation pour devenir guérisseur dans la cité d'Avalon. Les dragons les initient à ces techniques mentales."

La femme brune se pencha à nouveau sur les organes qu'elle sectionnait. Sofia regardait les assistants avec un air effaré, essayant au mieux de cacher ses pensées derrière un mur de protection.

"Inutile de tenter de nous cacher quoi que ce soir, nous pouvons tout voir.... Tout savoir." La voix d'Ilia lui parut venir d'outre-tombe. C'est à ce moment là que les deux assistants éclatèrent d’un rire moqueur. Le docteur releva la tête, avec pour la première fois, un sourire sur son visage.

"Nous aussi nous pratiquons l'humour Sofia, même si les temps actuels ne s'y prêtent guère."

A cet instant, Gimal et Jukonna apparurent dans la pièce, portant le reste des effets de Sofia.

Sofia sourit, s'empourpra, confuse de s'être laissée piégée et secoua la tête d'un air résigné et amusé tout à la fois

"Vous pouvez bien vous moquer de mon instinct de protection, allez ! Il est aussi inutile que dérisoire et je n'ai, en outre, rien que je puisse avoir envie de vous cacher... bien au contraire... Tout ce qui me préoccupe, en cet instant, est centré sur le solutionnement de l'énigme de cette maladie. Alors… si vous pouviez puiser mes pensées autant que nécessaire…"

Au même instant, elle se rendit compte que surgissait dans son esprit le nom d'Ekna. Elle se troubla et, pour reprendre contenance et éloigner toute confusion en elle, elle s'adressa vivement à Gimal

"Cher Gimal ! Je suis bien heureuse que tu sois là et accompagné de l'indispensable Jukonna, bien sûr ! Mais je crains que les heures qui s’annoncent ne te paraissent terriblement ennuyeuses. Je vais me plonger dans des recherches et ne pas bouger d’ici de toute la journée. Je crois que tu devrais en profiter pour te faire guider dans Avalon par Jukonna… si vous le voulez bien, bien entendu mon incontournable officiant. Je sais, Jukonna, que vous ferez un guide hors pair pour expliquer à mon ami toutes les merveilles de la cité. Et je vous promets de vous retrouver au crépuscule pour que nous dînions ensemble. Cela vous va-t-il ? »

Il y avait bien longtemps que Gimal avait compris qu’il ne servait à rien de discuter avec Sofia quand elle avait pris une décision. Aussi l’approuva-t-il d’un hochement de tête résigné. Il allait encore devoir supporter l’infernal bavardage de l’animal ailé. C’était sûrement la punition que lui envoyaient les dieux : une migraine permanente ! Mais, au moins, allait-il satisfaire sa curiosité et échapper à l’inactivité et à l’enfermement entre quatre murs qui lui étaient bien plus douloureux que la migraine !

Ils se mirent donc au travail, faisant des prélèvements, étudiant, comparant les résultats. Ilia et ses assistants se montraient hautement intéressés par ce que faisait la scientifique. Ils posaient peu de questions et se montraient rapides à assimiler les techniques qu'elle utilisait. Chacun s'affairait à sa tâche. Sofia distribuait les consignes et le silence s'installait. Les heures succédaient aux heures. Petit à petit, Ilia s'initiait aux techniques et principes de la génétique et se montrait captivée par les observations que faisait Sofia. Ils convinrent que la peste noire avait unrebirth lien avec l'âge des victimes ; effectivement, les Dragonnes les plus anciennes, dont ils possédaient des prélèvements, ne présentaient aucun signe du mal. Par contre, les restes des victimes qu'ils étudiaient semblaient souffrir d'une forme aigue de leucémie qui les menait à la mort irrémédiablement. Mais, s'ils saisissaient le mécanisme du mal, ils n'arrivaient pas à en déterminer l'origine pour autant. Qu’est-ce qui provoquait le mal ? L'étude de l'eau avait conclu qu'elle était tout à fait conforme aux prescriptions du livre de la bibliothèque et qu'elle ne présentait pas la moindre trace de bactérie étrangère. Ils étaient devant la table, épuisés et découragés, attendant que l'ordinateur de Sofia finisse d'analyser les prélèvements de tissus. Un des assistants regardait songeusement le bocal d'eau.

"Cela doit forcément venir de ce qu'elles mangent ou boivent. Mais elles respirent le même air que nous, mangent les même plats, tout ce qui nous différencie est cette eau."

"Nous en saurons un peu plus quand l'ordinateur aura fini de travailler sur les  caryotypes. Nous avons épuisé tellement d'autres possibilités ! Je ne vois plus que cela... un problème dans la structure de l’ADN, une transgénèse.... une mutation si vous préférez, et certainement liée à l'eau... il faudra que je vois cette rivière Ilia... Il le faut absolument !"

Sofia passa une main lasse sur son front.

"Demain ! » et s'adressant aux assistants « Je suis certaine que vous pourrez continuer les études comparatives sans moi, n’est-ce pas ? Vous êtes stupéfiants, vous avez appris en quelques heures ce qui m'a pris des années ! Et Ilia, si vous le pouvez, vous me conduirez vers cette eau mystérieuse, j'ai besoin de la voir dans son environnement. Demain, demain car là voyez-vous ... " et elle sourit "J'ai FAIM ! Je ne sais plus depuis quand je n'ai pas pris un vrai repas !"

Ilia lui sourit.

"Vous avez raison, je vais demander à Jukonna de vous ramener dans vos appartements. Vous pourrez y prendre un repas ainsi qu'un peu de repos. Nous continuerons nos travaux."

Sofia prit chaleureusement congés et les laissa à leurs travaux. Jukonna l’attendait déjà.

Il emporta Sofia dans les airs. Pourtant, ce soir là, il fut étrangement silencieux et ne prit que la peine de la déposer sur la terrasse, avant de filer à toute vitesse dans la nuit, qui était tombée depuis longtemps, sans même lui dire au revoir.

Sur la table, au centre de la pièce, on avait disposé plusieurs plateaux, couverts de viandes fumées, de terrines, des salades diverses et variées ainsi que des fruits et une grande cruche d'eau fraîche. Elle s'assit devant les mets qui lui tendaient les bras et se mit à manger voracement, mesurant à quel point elle avait faim. Un bruit léger la fit sursauter. Elle se tourna vivement vers la fenêtre, située dans son dos. Elle distingua une forme sur la terrasse qui s'avançait avec précaution, en silence. Elle se saisit de son couteau et, se retournant vivement, la lame dressée devant elle, elle interpella l'inconnu.

"Qui est là ? Qui êtes vous ?"

La vague silhouette s'immobilisa un instant et pénétra enfin dans la lumière. C'était Ekna ! Il se tenait penaud devant elle.

"Je suis désolé de vous avoir effrayée. Je voulais juste venir m'excuser pour mon impolitesse de cet après midi, mais… je vais repartir, je ne veux pas vous déranger plus longtemps."

Dissimulé derrière une des arches de pierre d'une tour proche, Jukonna se tapit dans l'ombre, plissant les yeux. C'était Ekna ! Il grogna légèrement et continua sa surveillance.

Sofia reposa rapidement le couteau et interpella Ekna qui commençait à s'éloigner

dragon_et_femme_guerri_re"Non Ekna, ne partez pas ! Je vous en prie... Restez et..." Elle ne parvenait pas à s'expliquer pourquoi elle le retenait ainsi, aussi reprit-elle avec brusquerie "Et cessez donc de toujours vous excuser pour tout et n'importe quoi ! Si vous êtes impoli, je dois vous paraître bien pire avec mes comportements de garçon manqué et mon autoritarisme primaire ! Ekna, j'ai besoin de ... de votre aide ... Attendez-moi je reviens !"

Elle se précipita à l'intérieur de ses appartements et revint, portant le lourd manuscrit sur les Dragons serré contre son coeur. Elle le posa délicatement au sol, en caressa un instant la couverture, et l'ouvrit, invitant Ekna d'un signe à venir la rejoindre

"Voyez-vous... ce chapitre concerne les temps d'avant les Grandes Batailles, quand il n'y avait qu'un seul peuple Dragon, uni... Racontez-moi Ekna, je suis trop énervée par ma journée de recherches pour aller me coucher... entendre une histoire pourra peut-être m'apaiser ..."

Ekna soupira.

"Aux temps d'avant les dragons étaient un. Ils étaient là depuis le début des temps et vivaient en paix. Ce fut l'Age d'Or des Dragons, ils étaient seuls, le monde était rempli de gibier. Puis vint le temps du feu. Le feu du ciel qui en un instant changea le monde. Les grands lézards moururent, beaucoup de dragons y laissèrent leur vie. Les plus forts seuls survécurent à la famine, au froid et aux terribles épidémies. Il ne naissait souvent que des monstres, créatures difformes qui ne survivaient qu'un court instant avant de rejoindre le néant. Ils survécurent cependant à tout cela. Il n'en restait que très peu lorsque le monde finit par renaître de ses cendres. Les vallées étaient de nouveaux verdoyantes, mais il naissait que peu de Dragons, ils avaient changés. Ils se reproduisaient moins mais étaient plus fort et résistants. Ils ont vu naître les premiers hommes, d'abord leur gibier, parfois leurs serviteurs, finalement ils se sont intéressés à eux, les ont observés, en on saisit la différence et l'intelligence qui se rapprochait de leur propre façon de penser. Ils ne chassèrent plus les humains et les regardèrent de loin. Finalement, les humains se multiplièrent sur la terre, jusqu'à ne plus laisser de place aux anciens dragons. Ce fut le temps des premières guerres. Une partie des dragons choisit de combattre l'humain, de l'éradiquer de la surface du monde, l'autre partie prit fait et cause pour ces créatures fragiles et se battit à leurs côtés. Les humains gagnèrent et ne mirent que peu de temps à se retourner contre leurs anciens alliés, qui vivaient alors dans une île sacrée nommée Avalon. Plutôt que de continuer une guerre qui n'amènerait que ruine et désolation dans les deux camps, les dragons choisirent de s'enfuir. Ils s'installèrent donc ici. Et là encore, il y eut la guerre entre ceux qui voulaient réduire les frustes peuplades de la région à l'état d'esclave et les tenant de l'ordre qui cherchaient l'harmonie et la paix. La guerre a duré longtemps et s'est terminée devant les murs de la forteresse de Knemarak, l’armée pourpre d'Avalon incapable de prendre la forteresse et celle de Knemarak, irrémédiablement affaiblie, incapable d'attaquer. De nouvelles frontières sont nées et les deux camps depuis s'observent. Voici l'histoire des Dragons ! Et si vous voulez savoir de moi d'où ils viennent, inutile… je ne le sais pas, ils ne le savent pas eux-mêmes. Ils sont là, un point c'est tout."

Sofia, se détendant peu à peu, avait écouté Ekna, songeuse, s'alanguissant au son de la voix douce et bien timbrédragonfeu de son compagnon nocturne. Dans les ténèbres qui les cernaient ne demeuraient que le pâle miroitement de pages du livre, cette voix mélodieuse et cette présence, calme et harmonieuse, tout contre elle. Mais son esprit continuait à travailler, engrangeant et analysant toujours et encore de nouvelles informations. Et alors que le silence s'était installé entre eux, et qu'Ekna commençait à se demander si elle n'avait pas fini par céder tout de même au sommeil, elle se redressa brusquement en criant "Oh Ekna ! Je sais, je sais ! Merci !" et elle lui posa un baiser sonore sur la joue. Il la regardait, éberlué, tandis qu'elle le saisissait par les épaules, visiblement surexcitée, riant et s'enthousiasmant pour une raison qui lui échappait "Oh Ekna ! Vous ne comprenez donc pas ... ma théorie... l'ADN ! Mais bien sûr ! J'aurais dû comprendre... Nekas me l'avait déjà dit et je n'ai pas fait le rapprochement ... le feu du ciel Ekna ! Les Dragons ont subi le feu du ciel ! Je suis sûre que cela confirmera ma théorie ! Nous trouverons, nous trouverons Ekna et nous en finirons avec la peste noire !" et elle se serrait contre lui, rayonnante de joie, sans remarquer sa gêne ni son désarroi.

Juché dans sa cachette Jukonna ne perdait pas une miette de la conversation. Ses sens, hyper sensibles, lui permettaient de capter, sans le moindre doute probable, tout son à une très grande distance. On lui avait expliqué que c'était là un héritage de ses ancêtres, qui chassaient de nuit utilisant leur ouïe pour fondre sur leur proie. Quoiqu'il en soit, dans sa présente activité, c'était un atout de poids. Il devait avertir son maître au plus vite ; la femme venue d'ailleurs avait trouvé quelque chose, elle semblait sur le point de résoudre le mystère de la peste noire. Il prit son envol silencieusement, se glissant, sans le moindre battement d'ailes, dans les courants entre les tours.

Dans l'appartement de Sofia, Ekna avait blêmi. Le corps chaud de la femme contre lui affolait tous ses sens. Il glissa sa main sur la rondeur de l’épaule et prit sa nuque entre ses doigts, l'attirant à lui, écrasant ses lèvres contre les siennes dans un baiser passionné, tandis que son autre main l'attrapait par les reins et la serrait contre lui.

Sofia se crispa et éleva ses deux mains, dans un même élan, pour repousser le contact. Ses mains battirent l'air un instant, affolées, puis retombèrent. Elle s'abandonna au baiser et à l'étreinte d'Ekna, laissant choir ses défenses, cédant à la langue étrange qui pénétrait sa bouche, cédant à l'appel qui s'élevait en elle et qu'elle avait tellement tenté d'ignorer. Son coeur se mit à cogner plus fort dans sa poitrine et une intense chaleur dévora son ventre. Son ressentir était si puissant qu'elle prit peur. Ses mains se cramponnèrent aux épaules de l'homme dragon et elle s'arracha à son étreinte, le souffle court, dans la plus grande confusion

"Ekna... non... il ne faut pas...."

"Pourquoi ? Vos sens, comme les miens, le crient. Ce désir là, je le sens en vous comme il est en moi. Pour une fois, une seule fois, laissez-vous aller à vos émotions avant qu'elles ne vous étouffent." Soudain, il la souleva dans ses bras et, d'un bond, s'éleva dans les air