Les Ecrits Pourpres

Ecrits Pourpres, une histoire de D. et de s. Notre histoire, une histoire d'amour et d'ouverture, venez nous rejoindre, vivez et vibrez avec nous.

02 juillet 2007

40. Les fins ne sont qu'un début....

Et voila chers lecteurs… Nous arrivons au dernier épisode des aventures de Sofito et de Michel-Ange… Elle fut difficile à poser cette dernière phrase, au fil des jours nous nous étions attachés à ces personnages. C’est un peu comme laisser partir un enfant devenu grand que de mettre le point final à ce récit. Merci à tout les lecteurs qui nous ont suivis lors des grandes petites aventures historiques de notre héroïne. Mais place, on frappe les trois coups pour le dernier acte, le rideau se lève,,, ,,,,

432fa236_ada3_447f_8420_68585a06a677Sans bouger, il regardait sa verge disparue entre les deux globes frémissants, son ventre collé contre les fesses tendues de la jeune fille. Puis serrant plus fermement ses doigts autour de la taille menue, il commença un va et vient, tout d'abord lent et mesuré et, petit à petit, se laissant aller, il accélérera le rythme, la prenant de plus en plus rapidement, plongeant en elle son pieu pour la forcer, l'ouvrir, l’écarteler sur son désir. Il sentait sa chair s'ouvrir, céder, l'entourer et commencer à accepter son membre qui l'envahissait, la torturait ainsi, si délicieusement. L'intromission se fit plus douce, plus sensuelle. Il la sentait palpiter autour de son dard et commencer à répondre, son corps se collait au sien, venait le chercher. La garce dansait la sarabande qu’il lui imposait en mouvements souples et ardents.

Arqueboutée, en appui sur le dossier du prie-Dieu, elle s'offrait, cambré à l'extrême, jusqu'au seuil de la douleur, et cette douleur là lui était douce comme lui devenait douce celle de la pénétration amples qui l'emportait, l'irradiant d'ondes de plaisir, d'une confusion sensorielle qui devint si intense que, peu à peu, la victime expiatoire qu'elle était se transforma en un animal sauvage, déchaîné par le rut. Elle se propulsa vers le membre qui venait en elle, le cherchant plus fort, accélérant ses coups de reins pour l'obliger à élever le rythme et la puissance de l'intromission, le souhaitant à nouveau en elle, ardent, vainqueur, outrancier.

Il s'enfonça à nouveau violemment dans les reins offerts, avec la force et l'ardeur d'un soudard. Ce n ‘était pas sans lui rappeler les folles années fougueuses de sa prime jeunesse, lorsqu'il prenait les jeunes paysannes dans les bottes de foin. Il se sentait l'ardeur d'un jeune homme, bouillonnant de la force retrouvée de ses vingt ans. La catin était en train de l'amener à un plaisir tel qu'il n'en avait pas connu depuis des années. Il la souleva du prieuré, la maintenant contre lui, toujours empalée sur son sexe et, la portant ainsi, il la mena à son grand bureau, l'allongeant sur les papiers qui le couvraient, les jambes pendantes. Reprenant sa pénétration avec encore plus de fougue, faisant aller et venir le dard en elle avec une rage qui ne semblait plus vouloir connaîtrai de limites, il se pencha sur elle et sa bouche vint mordre son épaule.

Elle râla sous son assaut, plaisir et douleur étroitement mêlés pour mieux enflammer son désir d'être prise de plus belle. Son anus, distendu par l'imposante verge, pulsait, brûlant et affamé. Elle avait mal et elle le voulait encore, bandait ses muscles et se raidissait sur ses avant bras pour se relever, tendant ses fesses et le provoquait de sa posture obscène, de son gémissement guttural qui acquiesçait à cette délicieuse et terrible violence. Elle se donnait totalement, impudique, vénielle. Elle lâchait toute retenue, tout amour propre, tout ce qu'elle était comme pour signifier, de tout son être abandonné, qu'après cela il ne pouvait y avoir d'au delà de cette possession déchaînée, où les deux s’entre-dévoraient dans un passion charnelle et un désir déments.

Au prix d’un effort douloureux, le Pape se figea, son sexe vibrant enfoncé dans les reins de la jeune fille.

Non, pas ainsi ! Il ne voulait pas jouir ainsi, pas aussi vite. C'était sans doute, il le savait, la dernière fois où il goûterait ce corps brûlant et gracile et il comptait bien le déguster de toutes les façons possibles. Retirant son membre il le frotta contre les fesses de Sofia, la caressant du bout turgescent, cherchant son intimité, l'explorant, l’effleurant, la titillant du bout de sa peau, la flattant avec une sorte de tendresse attentionnée, qui contrastait avec la sauvagerie dont il venait de faire preuve l'instant d’avant.

Il s'agenouilla derrière elle, ses deux mains posées sur ses fesses. Ecartant les globes, il avança la bouche, collant ses lèvres à la rosette malmenée. Sa langue se darda et commença à caresser l'œillet, en lents mouvements convexes. Doucement, il fit pénétrer son organe dans les reins de la repentante. Une de ses mains se glissa sous son ventre et son doigt découvrit son clitoris, le frôlant avec douceur.

Dans l'état d'abandon et de fureur érotique où elle était, cette accalmie lui fut une violence pire que l'affrontement de leurs deux corps dans leur branle démentiel. Elle était si peu préparée à ces gestes, soudain si doux, si peu encline à recevoir une sensualité  tournée vers elle, que la surprise fut totale et déroutante. Son corps se crispa, cherchant à échapper à l'affolante douceur et, pour la première fois depuis qu'elle avait entamé cette étrange confession, elle émit un gémissant "Non" de protestation.

Pour toute réponse, le Pape la plaqua d'une main ferme sur le bureau, la forçant à l'immobilité, la contraignant à 341f74ed_564d_43b7_840e_180a36507ee3l'abandon. Il la maintint ainsi, fermement rivée à la table, et continua à lui appliquer sa caresse. Fermement mais sûrement, sa langue l'explorait avec la vivacité d'un serpent, se frayant un chemin en elle. Son doigt, affolant et impérieux, la fouillait, la traversait.  Il cherchait son plaisir, l'obligeait à se plier, à se rendre à son désir dominant et si terriblement troublant.

Il la forçait à s'offrir à cette sensuelle attention qui la perturbait jusqu’à la perdition. Les poils de sa barbe effleuraient sa peau sensible et il semblait vouloir la soumettre complètement à son désir. Oui, il la voulait abandonnée et offerte à son désir, il la voulait pantelante de jouissance.

Et elle gémissait faiblement, cessant de lutter contre le plaisir que faisait naître ses attouchements, se livrant à l'habileté de sa caresse comme elle s'était livrer à sa fougue et à son feu. Et un nouveau brasier irradiait son ventre, insoutenable, la faisant chavirer, le cœur palpitant, dans un abîme de volupté où elle sentait qu'elle perdait pied, qu'elle perdait toute défense et toute notion de lieu. Elle fondait, se liquéfiait sous la poigne puissante qui la maintenait, sous la main si douce qui l'explorait, sous la langue qui la faisait vibrer intensément et elle se cramponnait au prie-Dieu de toutes ses force, pour ne pas hurler sous la montée du plaisir.

Odieusement, il la maintenait aux limites du plaisir. Il la tenait près de la jouissance, sans jamais la lui accorder. Ses caresses étaient des envolées, qu'il  interrompait d'un mouvement de sa bouche contre ses reins. Ainsi, plusieurs fois, il la mena au bord de l'orgasme et, s'interrompant, la laissa pantelante, le corps secoué de spasmes. Elle n’ouvrait plus les yeux, sa poitrine se soulevait sur une souffle haletant et sa peau rosée par le plaisir et couvert d’une fine transpiration semblait luire doucement.

Jugeant que le jeu avait assez duré, enfin, il se releva, la retourna pour la coucher sur le dos. Il l’observa un instant, superbe dans son abandon, avant de s’enfoncer entre ses cuisses, propulsant son sexe dans son intimité et l'envahissant de sa présence ardente. Il apprécia pleinement la sensation enivrante de sa vulve trempée, se crispant pour le prendre et le masser sous les pulsations de son propre désir. Le sexe de Sofia était un étau qui le dévorait, le happait, le prenait vraiment. Il avait rarement ressenti émotions charnelles aussi puissantes !

Il sentit son membre se tendre encore alors qu'il entamait un va et vient de plus en plus soutenu entre ses jambes écartelées. Il saisit ses fesses à pleines mains et la tira vers lui, l'empalant de toute sa longueur sur son dard, sa bouche cherchant la sienne et sa langue violant ses lèvres.

Elle répondit à son baiser avec ferveur, avec reconnaissance, les entrailles embrasées par le pieu qui butait au fond d'elle en coups lancinants, qui ne forçait pas ses chairs, tant elle était ouverte et désirante, mais les épousait et les faisait résonner en échos sourds d'un plaisir poignant, obsessionnel, insoutenable. Elle s’agrippa à lui, l'étreignant de ses bras fiévreux, enfonçant ses ongles dans ses omoplates, pour qu'il ne la lâche plus, pour qu'il ne la laisse plus redescendre et qu'il l'emporte et vienne avec elle sur les sommets rugissants du plaisir.

Et il allait et venait en elle, emporté à présent par la jeune fille dans un tourbillon de plaisir, dans un maelström de sensations. Elle l'avait piégée dans son corps et il devenait son jouet, il devenait celui qui était pris. Sans même s'en rendre compte, il avait perdu tout sens de la mesure et seul encore comptait le plaisir qui montait dans son corps. Dans un dernier sursaut, il s'extirpa de son  sexe et releva ses jambes sur ses épaules pour s'enfoncer encore dans sa rosette avec un cri. Il la laboura avec la force d'un soudard a l’assaut, la pourfendant de toute sa longueur. Il la prit avec force et rage jusqu’à ce que son membre explose dans son corps... Jusqu’à ce qu'il la remplisse de sa semence en jets bouillants.

ganymedePénétrée et emplie, son intimité, si enflammée par les caresses, encore sollicitée par les frottements et les à-coups du bas ventre du Pape qui éperonnait ses reins en libérant sa semence, elle bascula dans l'orgasme. Dans un brame qui tenait à la fois de l'animal blessé et du cri de libération, en sentant la verge palpiter et le foutre pulser dans ses reins, son corps se tendit et se détendit puis fut parcouru de spasmes et de frissons incoercibles. Elle haletait, ses jambes tremblait, tout en elle était secoué par le paroxysme du plaisir. Elle soupirait et gémissait encore alors que le Pape ne bougeait plus, laissant son sexe s'amollir en elle, goûtant l'ivresse de la volupté et le spectacle de sa parfaite reddition au plaisir que cette étrange jeune fille venait de lui donner.

Lentement, il s'allongea sur elle, essoufflé, vidé et il demeura là, tout contre elle, le temps de retrouver meilleure contenance. Se relevant sur ses avant bras, il plongea ses yeux dans les siens.

"Décidément, je n'aurai jamais le dessus sur toi Sofito."

Englobant tout son corps dans un regard attendri, il la caressa du bout des doigts. Dans un toucher d’une infinie délicatesse, il effleura la courbe de son sein, de son épaule, laissant glisser ses doigts sur son ventre.

"Jamais je n'ai connu étreinte plus flamboyante que les tiennes ma jolie. »

Puis, se dressant, il fit un signe de croix et récita une vague sentence en latin. En fait, il ne savait pas vraiment si cela convenait ; il n'entendait rien aux cérémonials et aux formules, alors il improvisait.

"Voilà, tu es absout de tous tes péchés, va en paix mon enfant."

Il enfila sa chasuble et remit un peu d'ordre dans son apparence avant de l'aider à se relever.

"Rajuste-toi jeune fille, ton époux doit s'impatienter à présent."

Elle se sentait incertaine sur ses jambes, ne savait plus bien ce qu'elle devait faire, ce pourquoi elle était venue. Elle n'osait le regarder et conservait obstinément la tête baissée, le geste maladroit. Elle peinait à rassembler ses vêtements autour d'elle. Ses mains tremblaient, son corps frissonnait. Elle ne savait plus exactement ce qu'elle avait gagné ou perdu dans l'instant d'égarement qui venait de s'écouler. Elle n'avait plus conscience de grand chose, ni du sens des paroles du Saint Père ni du comportement qu'elle devait avoir. Elle ne ressentait plus qu'une seule chose, une immense lassitude et une fragilité plus grande encore. Et une étrange sensation de liberté qui la grisait plus encore que la volupté éprouvée. Elle semblait tourner sur elle même, désorientée et soûle, plus que de s'empresser à sa toilette. Quand sa chemise eut glissé sur son visage, ses traits réapparurent, baignés de larmes, sans qu'elle les eut senti venir.

Le Pape se tourna vers elle, observant son visage bouleversé. Il rougit et parut sur le point de parler mais se ravisa, Il fit quelques pas rapides vers la porte et quitta le salon, d'une démarche rapide et décidée, pour rejoindre le couloir. Dès qu'il eut quitté la pièce, échappant aux deux gardes qui lui barraient la route, le Maestro se précipita vers elle et la prit dans ses bras. Voyant les larmes qui recouvraient son visage en longues traînées silencieuses, il fut saisi par une vive colère. La prenant par les épaules, il la pressa contre lui et de sa main tremblante essuya ses larmes, grondant entre ses dents.

"Le maudit, je vais lui ouvrir le ventre à ce maraud sans plus tarder, s’il a osé…"

Ses yeux flamboyaient de colère, il écumait d’une rage rentrée, tandis que ses doigts se crispaient sur l’épaule de Sofia.

Cherchant la protection de son torse, Sofia ravala ses sanglots et parvint à hoqueter :

"Non, non... il ne... ne m'a pas fait de mal... non.... c'est .... au contraire... il m'a.... il m'a .... je .... " Elle ne parvenait pas à expliquer son désarroi, combien le Pape l'avait déstabilisée en la touchant d'une manière à laquelle il l'avait peu habituée et  à laquelle elle s'était si peu préparée. Elle ne parvenait pas à expliquer non plus pourquoi cette jouissance là la laissait si brusquement démunie et fragile ; et elle se cramponnait à Michel Ange, cherchant à dire par son regard mouillé et agrandi par la détresse tout ce que les mots lui refusaient. Elle réussit à quémander à travers ses larmes :

"Emmenez-moi Maestro, emmenez-moi loin de ses appartements, chez vous, dans la chapelle, dans les jardins... n'importe où ailleurs, je vous en prie"

Et elle suppliait de tout son être, prête à se lever et à fuir sans se préoccuper de sa nudité.

Il la prit par les épaules, l'obligeant à s'asseoir et, calmement, l'aida à enfiler son pantalon de toile. Il regarda un 2006_10_18_234_desadeinstant les bandelettes qui jonchaient le sol. Elles étaient dorénavant inutiles, Sofito venait de disparaître dans cette pièce. Une fois rhabillée, il lui prit la main et la conduisit hors des appartements du Pape, prenant une longue succession de couloirs qui finirent par déboucher sur une petite porte donnant sur la cour du palais papal. Ils marchaient en silence et Michel Ange conservait sa main posée sur son épaule, comme une force protectrice. Se dirigeant vers l'antique forum. ils traversèrent les ruines, les antiques colonnades et les amoncellements de pierres, gloire passée d'une civilisation encore présente dans chaque recoin de rue. Il la guidait sans précipitation, la laissant retrouver ses esprits dans cette lente déambulation à travers les rues de Rome. Ils bifurquèrent le long d'une des artères principales de la ville, puis poursuivirent leur chemin dans une série de ruelles tortueuses où le soleil jetait des éclats enchanteurs. Ils finirent par déboucher sur une place qui semblait dormir au soleil de midi. La chaleur était étouffante et les habitants de la cité restaient cloîtrés dans leur domicile. Le bout de la place était occupé par une bâtiment imposant aux hautes colonnades. Ils avancèrent ensemble vers la porte qui était plongé dans une semi obscurité bienfaisante. Sofia hésita avant de s'engager dans le bâtiment silencieux et qui semblait totalement désert et leva un regard interrogatif vers Michel Ange. D’un signe de tête et d’un tendre sourire, il l’invita à avancer. Elle émit un petit cri de surprise alors qu'elle pénétrait dans l'imposante bâtisse. C'était un bâtiment circulaire, surmonté d'un dôme qui s'élevait à plus de trente mètres au-dessus d'eux. Elle en avait le souffle coupé. La lumière parvenait par un orifice circulaire qui trouait le sommet de la coupole et inondait le pavage de marbre. Il l'emmena au centre du cercle parfait que dessinait la lumière.

"Le Panthéon, mon amour… le Panthéon… ici naît le beau et s'exprime la grâce de la perfection que nous ont laissée les anciens… ici règnent la paix et l'harmonie."

Elle levait la tête vers l'immense occulus qui la baignait de lumière et ferma les yeux, soudain prise de vertige. Elle souffla "C'est magnifique !". Elle dessilla les paupières pour observer la vaste salle circulaire. Tout était ocre chaud et or, paisible et envoûtant à la fois. Jamais un lieu ne lui avait paru à la fois si démesurément inhumain et si accueillant, comme un ventre, un ventre de géant qui pouvait la protéger et lui faire effleurer l'essence divine, comme si elle en portait une étincelle enfouie au plus profond d'elle même. Elle frissonna et accrocha son regard à celui de Michel Ange :

"Pourquoi maestro ? Pourquoi , ici ?"

"Parce que c'est un lieu de paix ! Les anciens l'avaient voué à tous les dieux ; il était dédié à l'union de tout ce qui faisait leur monde. C'est ici, et en ce lieu seul, que nous unirons nos deux âmes, devant le regard d'un ciel unique fixé sur nous."

Sortant de la semi pénombre un homme s'avança, revêtu d'une pauvre aube. Mal fagoté, sa tonsure luisait sous la lumière de la voûte. Il semblait  écrasé par la majesté des lieux et mal à l'aise.

"Maestro ? Etes-vous sûr …? C'est tellement inhabituel !"

Le sculpteur hocha la tête.

"N'est-ce pas une église ? Et le Pape vous a dit, comme il me plaira, et il me plaît que ce soit ici et maintenant."

Le moine s'inclina avant de prendre la croix qu'il portait sur sa poitrine entre ses doigts, la tenant comme une amulette païenne. La tête baissée il récita quelques phrases dans un latin de cuisine avant de reprendre en Italien.

"Nous sommes ici, pour célébrer l'union de Michel Angelo et Sofia devant le regard de Dieu, veuillez vous approcher et vous mettre à genoux."

Elle vit Michel Ange s'avancer au devant du moine et commencer à plier le genou. Son cœur marqua un temps d'arrêt et ses larmes jaillirent à nouveau. Pâle, immobile et tremblante, elle ne put retenir un petit cri suraigu, affolé "Non !". Surpris, Michel Ange stoppa son geste et se retourna vers elle, l'interrogeant d'un regard inquiet. Elle chuchotait à travers ses larmes, baissant la tête et la secouant :

"Je... je ne peux pas vous épouser ainsi..." Et elle désignait ses pauvres vêtements de garçon d'un air aussi désolé que dégoûté "Pas ainsi... souillée.... je... je n'avais pas imaginé... je ... je croyais que le Pape... il avait dit qu'il nous unirait ... je..."

Elle voyait les traits de Michel Ange se crisper. Elle percevait sa déception. Elle eut soudain envie de s'enfuir et pourtant demeurait immobile, tordant le coin de sa chemise entre ses doigts.

Il se tourna lentement vers elle. Il aurait pu lui dire que tout cela ne comptait pas, que tout ce qui lui importait était d'être uni avec elle. Mais il lisait aussi le désespoir dans les yeux de sa douce. La situation lui semblait bloqué, et il s'en voulait de lui assener une déception supplémentaire.

"Bien alors, qu'il en soit ainsi !"

La voix forte et tonnante venait du fond de la crypte. Sortant du couvert que lui offraient les colonnades de l'entrée, le Pape s'avança dans la grande salle.

" C'est le moins que je puisse faire tout de même. Après tout…"

Il était suivi par trois servantes qui se dirigèrent immédiatement vers Sofia. Elles la prirent par la main et la conduisirent vers une petite porte, qui se cachait derrière une imposante croix de marbre, en la rassurant :

"Venez mademoiselle, nous allons faire votre toilette."

Le Pape tendit la main vers l'autre bout de la pièce.

"Ici Maestro, vous pourrez vous rafraîchir et prendre le temps de vous changer."

nonneSofia se laissa emmener. Elle ne savait plus vraiment si elle rêvait ou si les événements se déroulaient concrètement, tant l'arrivée inopinée du Pape avait fini de renforcer cette sensation d'irréalité. Au fur et à mesure qu'on la prenait en charge, et qu'elle abandonnait son corps aux mains habiles et légères, elle se libérait de ses tensions, des flots d'émotions qui l'avaient bousculée Son esprit s'apaisant, elle parvenait à nouveau à réfléchir. Bien sûr, le Pape était au courant de tout et il ne pouvait ignorer pourquoi Michel Ange l'avait conduite ici. Et bien sûr, se faisait-il fort d'assister à leur union. Mais il avait tout prévu, y compris d'intervenir au moment clé. C'était décidément un diable d'homme que ce Pape là et infiniment dangereux. Presque prête pour ces noces si inespérées, elle frémit en pensant qu'ensuite, il lui faudrait revêtir une robe nonale pour courir les coursives du Palais. Et puis, elle éclata de rire. Sa vie était vraiment une incroyable mascarade où elle passait d'un rôle à l'autre comme la comédienne d’une folle dramaturgie. Les grelots de son rire s'éteignirent brusquement. Les servantes venaient de tirer une psyché devant elle et, dans le miroir, son reflet immaculé lui fit face. Elle était prête pour le plus beau rôle de sa vie et il n'y avait plus de comédie ! C'était la vie, sa vie, en vrai, un engagement  profond, un don réciproque devant Dieu qui allait enfin être célébré. Et elle pressa sa main sur son cœur, froissant la délicate mousseline qui la couvrait.

Les dames de compagnie se reculèrent et acquiescèrent avec un sourire ; la mariée était magnifique. Une des chambrières s'avança vers elle, tenant un petit coffret de bois précieux. L'ouvrant avec délicatesse, elle le tendit vers Sofia, un bijou, magnifique œuvre d'argent sertie de rubis qui jetaient des lueurs fauves dans la pièce. Une deuxième servante sortit le bijou de son écrin et le passa autour du cou de la jeune fille. Se penchant à son oreille, elle murmura :

"Un cadeau de sa Sainteté pour vos épousailles."

Puis enfin, elles décidèrent que la future épouse était prête pour la noce et, la prenant par la main, la conduisirent vers la porte qui donnait sur le sanctuaire. Elle eut le souffle coupé lorsque la porte s'ouvrit. Une haie de dix gardes, en grande tenue, l'attendait, leurs casques scintillaient dans la lumière pâle que filtrait les lieux. Leurs hallebardes claquèrent sur le sol à son apparition et, dans un mouvement commun, ils se tournèrent vers le centre la pièce. Le Pape l'attendait, vêtu d'une riche aube où se mêlaient le blanc et l'or. On avait dressé de grands candélabres en cercle autour de la partie centrale de l'ancien temple. Elle ne reconnut pas tout de suite l'homme qui se tenait aux côtés du pape. Elle fut stupéfaite en constatant qu'il s'agissait de Michel Ange. Il arborait une tenue de velours aux reflets de nuit, doublé de soie pourpre que les découpes dans son pourpoint laissaient apparaître. Un chapeau de velours noir coiffait sa tête aux cheveux soigneusement noués et une aigrette pourpre pendait mollement sur son épaule. Il la regardait les yeux brillant.

Souriante mais tendue, elle s'approcha lentement, à travers la haie d'honneur, le cœur battant follement et vint se placer à ses côtés, droite, rivant son regard au visage du Pape. Une fraction de seconde, elle détourna les yeux pour croiser ceux de Michel Ange et ce qu'elle lut dans son regard lui emplit le cœur d'une immense bouffée d'allégresse et d'amour. Elle aimait cet homme de tout son être et il la couvait de tout son amour.

Dieu, que cette certitude était douce et pleine ! Et ils allaient unir leurs deux destinées, tout était bien ! Elle respira plus amplement, un soupir de joie, et tendit doucement la main pour se saisir de celle de Michel Ange. Il pressa tendrement ses doigts et tous deux fixèrent le Pape, dans l'attente des premiers mots.

Le Pape leva les yeux vers le cercle azur qui les dominait de sa présence lumineuse. Fixant cette lumière irréelle, il en venait presque à croire que Dieu pouvait exister. Ses mains s’élevèrent, les deux paumes tendues vers le haut.

"Seigneur,  nous sommes assemblés ce jour pour unir cette homme et cette femme sous ton regard. Nous  allons lier ce qui est déjà un, par le sacre du mariage, unir, en ces lieux, les destinés de ces deux êtres qui ne déjà s’appartiennent. Ecoute en ce jour la requête de Sofia et Michel Ange. Entend nos prières et bénie cette union par ma main. "

Il baissa le regard et le posa sur les deux personnes qui le fixaient avec impatience.

" Michel Angelo, voulez-vous prendre pour légitime épouse Sofia,  ici présente, selon le rite de notre mère la sainte Église ? "

Le sculpteur tourna son regard vers Sofia. "Oui je le veux."

Le Pape acquiesça et se tournant vers Sofia :

" Sofia, voulez-vous prendre pour légitime époux Michel Angelo,  ici présent, selon le rite de notre mère la sainte Église ?"

Serrant la main de Michel Ange plus fortement, Sofia plongea ses yeux dans les siens et sans cesser de le regarder énonça "Oui, je le veux."

"Ego conjungo vos in matrimonium. In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen"

Le Pape fit un signe de croix au dessus des mains jointes des époux et fit un signe au garde le plus proche qui lui VanderWeydenmariageAnverstendit un étui de velours noir. Il le défit d'un geste rapide et en tira deux bagues d'or ciselées. D’un signe de croix, il les bénit de son latin incompréhensible. avant de tendre le plus

petit à Michel Ange. Celui-ci, la main un peu tremblante, se sentant peindre la plus belle œuvre de sa vie, passa l'anneau au doigt de Sofia en retenant son souffle. Il regarda l'anneau luire doucement au doigt de la jeune fille. Puis le Pape tendit le plus grand anneau à Sofia.

Elle le prit délicatement, le souffle court, un doux sourire s'épanouissant sur ses lèvres. Et les yeux brillants, elle le fit glisser sur l'annulaire du Maestro. Il s'y ajusta parfaitement et elle le caressa, du bout de son index tremblant, prolongeant son effleurement sur la main avant de la lâcher.

"Je vous déclare unis par les liens du mariage"

Le Pape leva les bras au dessus des deux époux, appelant sa bénédiction sur les mariés et reprit avec un grand sourire :

"Vous pouvez embrasser la mariée mon cher Maestro."

Le sculpteur se tourna vers la jeune fille et la saisit par les épaules doucement. Il l'attira contre lui et posa ses lèvres sur les siennes, en un chaste baiser, puis, se reculant, il planta ses yeux dans les siens.

"Je jure de t'aimer toute mon existence, de te chérir, de te protéger, de toute mon âme."

L'étreignant plus vivement, il écrasa sa bouche sur la sienne, dévorant ses lèvres.

Le cœur en émoi, elle répondit avec ferveur à son baiser, s'abandonnant dans ses bras, laissant aller tout son corps contre le sien, tout son être vers lui. Dans ce baiser, elle lui redisait l'absolu de son amour et de son don. Lorsqu'ils se séparèrent enfin, Sofia perçut la gêne que leur baiser, sans pudeur, avait occasionné chez les gardes, pourtant aguerris à l'impassibilité, et, rougissante, elle riva son regard à celui du Maestro et prononça d'une voix basse mais pourtant étonnement claire :

"Je suis votre pour la vie et au-delà de ma vie même. Je jure de vous aimer et de vous chérir, de vous accompagner et de vous servir en toute chose, pour que mon âme et la vôtre ne fasse qu'une pour toute l’éternité."

Le Pape frappa dans les mains, les regardant avec une expression qui se voulait sévère mais où se lisait un vif amusement.

"Je sais bien que je ne m'adresse pas à un couple comme tous les autres, mais je vous demanderai, tout de même, d'aller consommer votre union en un lieu plus adapté à la situation. Maestro, je ne désire plus vous revoir dans mon palais avant une semaine ; vous possédez une villa, il me semble Sofia, emmenez-y votre époux et que je n’entende plus parler de vous tant que ces sept jours ne se sont écoulés !"

Puis il fit mine de s'éloigner avant de se retourner vers eux :

"Il y a ceci encore, c'est mon cadeau de mariage. Promettez-moi de ne l'ouvrir que lorsque vous serez dans votre logement."

Il tendit à Sofia une boîte, enveloppée d’un fin tissu pourpre. Après l'avoir déposée dans sa main, il saisit encore une fois le poignet de la jeune fille et se pencha à son oreille.

"Ce cadeau est vôtre pour tout ce que je vous dois."

La fine boîte marquetée pesait dans sa main tremblante, et ses yeux virevoltaient de l'étrange objet au visage du Pape, empreints d'une timide interrogation et d'une profonde surprise. Sofia ne savait comment témoigner sa gratitude et son soulagement. Elle bégaya un petit "Merci Votre Sainteté" en l'accompagnant d'une révérence raide et empruntée, qui en disait long sur l'agitation de son esprit. Elle fit un effort suprême pour se reprendre, poussa un soupir et ajouta :

"Mille merci Saint Père pour votre bénédiction et votre protection ! Et pour avoir fait de ce qui était encore désuni une si parfaite union"

et elle lui adressa un doux sourire avant de baisser la tête dans une profonde et gracieuse révérence cette fois.

Le Pape lui rendit son sourire et, sans plus ajouter quoi que ce soit, il prit la direction de la porte du temple, entouré de ses gardes, ne laissant derrière lui que deux hommes qui semblaient avoir été affectés à leur protection.

Michel Ange et Sofia se dirigèrent à leur tour vers la porte. Il avait saisit son bras et c'est enlacés qu'ils sortirent dans la lumière qui irradiait la grande place. Rome avait l'air soudain plus lumineuse, plus pleine et plus entière. Et ils s’immobilisèrent, baignant dans la lumière d'un soleil qui semblait incroyablement neuf en ce jour si particulier, baignant dans la belle clarté de leur union.  Le carrosse s'avança à leur rencontre et le sculpteur ouvrit la portière, invitant Sofia à pénétrer dans l'habitacle en s'aidant de l’appui de son bras. Elle s’installa sur la banquette, émue au plus haut point et attendit qu’il la rejoigne pour se glisser entre ses bras. Les deux gardes grimpèrent sur leurs chevaux et leur fier équipage s’ébranla, se dirigeant vers la sortie de la ville.

Bousculée par les cahots de la route, Sofia se serrait plus fort contre Michel Ange, levant vers lui son visage radieux et souriant. Elle n'arrivait pas encore à réaliser totalement ce qu’elle venait de vivre ni à se persuader que ce n'était pas qu'un rêve. Dieu, elle était SA femme ! Et tout était aller si vite ! Ces dernières heures surgissaient dans sa mémoire en se télescopant, kaléidoscope fou de souvenirs entremêlés, et elle en avait le souffle coupé. ELLE ETAIT SA FEMME ! Même si cela devait demeurer secret, même si peu saurait, que lui importait ! Et il était là, près d'elle, tout contre elle, l'homme qu'elle aimait plus que tout. Et, suprême cadeau, ils allaient passer une semaine ensemble. Une semaine entière rien qu'à eux ! C'était plus qu'ils n'avaient jamais eu ! Et tout à coup, son petit visage s'assombrit et elle baissa les yeux en frissonnant. Elle caressait nonchalamment le voile pourpre de la boîte posée sur ses genoux et, brusquement, sembla bizarrement absente.

Michel Ange, qui la tenait serrée contre lui, tout au bonheur de leur union, remarqua un changement dans la physionomie de son épouse. C'était comme si, soudainement, une ombre s'était mise à planer sur la lumière de cette journée qui avait semblée si vive, si claire. Il prit son menton dans sa main et la força à le regarder.

"Que t'arrive-t-il ma douce ? Quel est ce chagrin dans ton regard ?"

de_sade3Elle semblait hésiter et tentait maladroitement de détourner les yeux. Mais, bien vite vaincue, elle s'abandonna dans la main qui la tenait sans faiblir et soutint le regard scrutateur de Michel Ange les yeux humides

"Maestro, le Pape vous a donné congé pour une semaine... une longue semaine... vous... nous allons être ensemble... Oh cela comble mon cœur ! Mais j'ai si peur que vous finissiez par vous ennuyer avec moi... une semaine c'est bien long... loin de vos œuvres... vous allez être comme en prison mon amour !" et elle ferma les yeux avec un gros soupir douloureux.

"Ma douce, ma douce, tu n'es pas une prison ! Tu es celle qui a libéré mon art et ma main. C'est par toi que je suis devenu libre, c'est par toi que j'ai trouvé la force et l'inspiration pour peindre ce maudit placard qu'est cette chapelle. C'est ton visage qui illuminait les murs de sa présence. Je ne peux me lasser de toi, comme je ne peux me lasser de mon propre cœur, car tu fais partie de moi, de ce que je suis, de ce qui me fait. tu es une partie de ma vie, la plus belle et la plus flamboyante. Tu es plus qu'une muse, tu es mon souffle, et tu es mon inspiration."

Il retint son visage entre ses doigts puissants et l'attira à lui, posant doucement ses lèvres sur les siennes.

"Et à présent tu es ma femme."

Il la sentit frémir entre ses mains et lorsqu'il relâcha son étreinte c'est à nouveau un visage rayonnant qui se leva vers lui, débordant d'amour. Elle le regardait, avec adoration, comme si elle venait d'être éveillée d'un mauvais rêve par son baiser

"Mon époux" souffla-t-elle "Vous allez devoir vous accommoder d'une semaine de vie où il n'y aura plus de jeu de cache-cache, plus de masque, et où nous pourrons enfin goûter à la quiétude d'être pleinement l'un à l'autre. Cela m'enchante et m'effraie et je me sens à nouveau comme une enfant, comme une jeune épousée qui ne sait ce qui l'attend !" Elle lui pressa les mains et pinça la bouche "Et vous amour, oh dites-moi, vous n'avez pas bien sûr de ces inquiétudes puériles ?

Le Maestro se rassit dans son siège en riant.

"Ce qui t'attend ma douce…, la vie d'une femme mariée au service du plaisir de ton mari, et le plaisir de ton mari c'est ton plaisir. Ce qui t'attend ce sont de longues promenades au bord de l'étang, des repas au coin du feu et bien sûr de nombreuses et répétées étreintes. Je te veux pour moi, je veux goûter ces jours avec toi. Dans tes bras et dans ta présence. Mon amour, je te veux toi rien que pour moi."

Puis la regardant en clignant de l’œil, avec une petite lueur dans le regard.

"Et s'il arrivait à l'un ou à l'autre de s'ennuyer, il nous resterait toujours le petit personnel pour jouer avec nous."

Elle lui décocha une petite bourrade tendre dans l'épaule, en riant et en râlant un "Oh, vous... vous, vous êtes bf72da52_ae9d_43cc_99b0_94ce8e840041terrible !" qui s'acheva sur un baiser échevelé. Dans son élan, Sofia en oublia la boîte offerte par le Pape qui glissa de ses genoux et vint cogner le sol du carrosse dans un bruit mat. A ce bruit, Sofia se dégagea vivement des bras de Michel Ange, repoussant ses mains qui déjà partaient à l'assaut de ses jupons et, haletante et confuse, se baissa pour récupérer le précieux objet.

"J'espère qu'elle n'est pas cassée ?... Non, même le mécanisme d'ouverture semble intact... Oh soyez sage amour … »

Elle tançait Michel Ange qui profitait de sa position périlleuse à ses pieds pour effleurer sa croupe. « Nous allons arriver sous peu et je suis curieuse de savoir ce que peut bien contenir cet ultime cadeau, pas vous ?"

Le sculpteur prit la boite dans sa main et la soupesa doucement.

« Je me le demande aussi, effectivement… mais c'est ton cadeau. »

Il lui rendit la boîte, comme si son contenant était aussi fragile que du cristal.

"Saches cependant que, si tu ne l'ouvres pas tout de suite pour voir ce qu'elle contient, je te viole, puis je te livre au cocher et aux gardes et à tous les paysans que nous croiserons sur notre chemin."

Elle le regarda un moment, interloquée, ne sachant trop s'il s'agissait d'une plaisanterie ou d'une réelle menace. Lorsqu'elle distingua la petite lueur de malice dans ses prunelles, elle comprit qu'il jouait.. Mais que le jeu pouvait fort bien être dangereux. Elle revint se placer près de lui, la boîte sur ses genoux et la caressa à nouveau du plat de la main, lissant le tissu pourpre sur ses jambes avec un calme étudié que démentait le sang qui pulsait à son poignet, entre ses cuisses et affleurait à ses joues.

"Vous obéir revient à désobéir au Pape. Vous désobéir revient à obéir à vos pires pulsions.... je ne sais ce qui est pire...ou meilleur " Susurra-t-elle, tandis que ses doigts faisaient mine de jouer sur l'ouverture en hésitant.

Il lui sourit. Et sa voix se fit doucereuse.

"Et tu oses hésiter un seul instant entre obéir à ton Maître ou te plier aux demandes du Pape."

Il saisit sa nuque d'une poigne d'acier, lui retirant le petit coffret des mains en la forçant à s'agenouiller entre ses cuisses.

"Défais mon habit et montre-moi ce qu'une épouse aimante peut donner comme plaisir à son Seigneur pour se faire pardonner."

Tandis qu'il disait cela, il arrachait littéralement le bout de tissus qui recouvrait la boite, l'ouvrit nerveusement et en tira un paquet de feuilles recouvertes de sceaux.

Avec la même nervosité, Sofia défaisait le haut de chausse de Michel Ange et s'emparait de son sexe, déjà tendu, y posait les lèvres et l'embouchait,  en tendant le cou pour essayer de deviner le contenu de la boîte tout en tentant de masquer sa distraction avec un regain d'application. Elle vit les sourcils de Michel Ange s'arquer de surprise et sentit son vit perdre de sa vigueur dans sa bouche. Cessant son manège, elle redressa la tête complètement et questionna soudain inquiète :

"Qu'est-ce, mais qu'est-ce donc ? Dites, je vous en prie !"

Il appuya sur sa tête, pour qu'elle reprenne son ouvrage sur son membre, avant de reprendre. "C'est une lettre de sa Sainteté le Pape, je te la lis."

Ma chère Sofia, Sofito,

Je ne peux vous laisser partir en épousailles sans vous avoir auparavant doté de biens conséquents qui vous permettent de vous affranchir des soucis et des contingences du quotidien.

Il se trouve que, dans la suite qui accompagnait les assassins envoyés pour mettre fin à mon existence, se trouvait un noble français du nom de Pierre Coseigneur de Mazan, dont les titres sont sis en Provence. Cet homme a trouvé la mort dans l'attaque dont je fus victime, la rencontre avec le jeune Valois lui fut fatale. Paix à son âme ! Le dit seigneur ne pouvait donc voir d'objection à ce que son titre, désormais vacant, revienne à sa veuve, une jeune femme du nom de Clémence de Girard. Celle-ci apprenant la portée du crime de son mari, de la bouche même de son confesseur, a décidé de rejoindre le couvent dans le but d’expier les fautes de son époux.

Elle renonce, par cela, à son titre de noblesse et à son nom.

Vous détenez ainsi les papiers qui font de vous une Marquise ma chère. Vous êtes donc, entre autre, Clémence de Girard, épouse du défunt marquis Joachim. Bien entendu, j'ai déjà dépêché un Sénéchal dans vos terres, qui prendra soin de vos biens et vous fera parvenir les dividendes de vos revenus. Vous n'aurez pas à vous rendre en votre domaine ; votre indépendance se voit assurée et d'un titre et de revenus confortables.

Goûtez à présent votre lune de miel et détruisez cette lettre pour ne garder que les documents officiels qui attestent de votre rang de Marquise.

Jules... »

Michel Ange laissa retomber  les feuillets à côté de lui.

"Eh bien, te voilà Marquise !"

La Marquise, pour l'heure, muselait sa surprise sur le membre de son époux, avec l'ardeur et l'habileté d'une catin et se préoccupait bien moins de répondre que de lui faire rendre grâce. La lecture de Michel Ange n'avait fait que rythmer ses va et vient et le sens des mots, qu’il avait pourtant clairement prononcés, lui semblait irréel, vaporeux, bien moins essentiel que ce sang qu'elle sentait pulser sous les chairs. Elle avait les yeux clos et se concentrait uniquement sur le plaisir qu'elle faisait naître et qui palpitait sous sa langue en même temps que dans son propre ventre... marquise... marquise.... cela était si lointain, plus tard, plus tard, ils verraient bien.

Il passa ses mains dans ses cheveux et, doucement, rythma la fellation dont elle le gratifiait, s'abandonnant au plaisir qui montait en lui.

Laissons à présent ce jeune couple voguer vers des aventures qui ne regardent plus qu'eux.

Que pourrions-nous encore en dire, que pourrions-nous encore ajouter à leur histoire qui, désormais, ne nous appartient plus ? De la vie de cette épouse discrète du grand Maître, l'on ne sait que peu de choses. Elle fut sa fidèle et secrète compagne durant de longues années, se tenant à ses côtés aussi discrète que précieuse, dans l'ombre propice de sa gloire, tenant sa main forte, escortée et guidée par lui autant qu'elle le guidait dans sa longue marche. Ils eurent des enfants, de forts et solides gaillards dit-on, on ne sait combien, on ne sait leurs noms, du moins pas tous, la grande Histoire effaça bien des traces.

Lorsque le souffle de la création finit par quitter le grand corps fatigué de Michel-Ange, il ne restait plus rien qui put retenir, dans cette villa pleine de leurs ébats et de leurs souvenirs, la vielle dame qu'était devenue Sofia. Elle entreprit son dernier voyage, celui qui la menait en France, dans les terres qu'elle avait reçues en héritage si longtemps auparavant, terres où vivait à présent son fils, enfant né de l'amour que lui avait porté, avec tant de passion, son mari, son amant et Maître.  Elle rejoignit donc le château de Vaizon où s'était installé, depuis de très longues années, son fils Jean, le seigneur de Saumane et de Beauregard.

Elle y coula encore quelques années tranquilles, vieille dame sereine qui souvent se promenait, rêveuse, au milieu des rosiers du jardin, en se rappelant dieu seul savait quoi.  Elle partit un matin d'automne, pour rejoindre son grand amour on ne sait où mais peu importe. Une chose est certaine, ils sont ensemble désormais et plus rien ne peut les séparer. La lignée de Sofito se perpétua, mêlant le sang de la jeune italienne et du Maestro au sang de la France. Il y eut Balthazar, puis Jean Baptiste auquel succéda Côme, suivi de Gaspard-François. Eux-mêmes perdirent l'histoire de leurs origines obscures dans la trame des générations. Ils étaient enfants des territoires de France.

47c67b70_0468_4c79_89b9_155756050f72Et il y eut encore un Jean-Baptiste Francois… puis un jour naquit, dans le château de Vaison, le jeune Donatien Alphonse François, Capitaine du château de Vaison, et Marquis de Sade.

Dans ses yeux, disait-on, il y avait une lueur d'ailleurs. Lui aussi a sa propre histoire et nous ne la conterons pas en ces lieux.  Mais, me direz-vous, Sofito, Sofia, a-t-elle continué à sculpter ?

Chut, lecteur, cela restera un secret. Un joli secret…

Dans les couloirs du Vatican, longtemps on a chuchoté que certaines œuvres du Maestro semblaient avoir une touche féminine bien particulière.... Mais cela... cela appartient à l'histoire....

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18 juin 2007

39. Aller à con, fesses

BateauAccoudé au bastingage le jeune Valois regardait s'éloigner la côte. Il admirait les collines noyées de soleil qui disparaissaient dans une espèce de brume opalescente. Il poussa un soupir avant de se tourner vers le Chevalier.

"Qu'allez-vous faire ?"

Le français à son tour s'éloigna du parapet qui surplombait les flots calmes de la Méditerranée. Son regard, cerné par les nuits sans sommeil, se planta dans les yeux du jeune pair de France.

"Je ne le sais,  Messire, cela dépend de vous. Nous sommes entre vos mains."

Il crispa ses doigts, serrant son poing à s'en faire mal. Ses jointures blanches tremblaient dans une appréhension sans nom. Le futur roi se retourna vers la femme, qui se tenait à l'opposé de la galère et qui fixait, comme eux, la cote italienne qu'elle quittait probablement à tout jamais.

"Que voulez-vous que je fasse de vous ? Je ne saurais vous remettre à mon beau père, ce serait manquer d'élégance ; les petites histoires de familles ne regardent que les alcôves. Vous tuer, tous deux, pour vous faire taire ? J'aurais aussi bien pu laisser cela au Pape, cela m'aurait coûté moins cher que de devoir soudoyer tous les gardes du palais."

Le jeune prince fit quelques pas sur le pont, attrapant l'épaule du Chevalier.

"Non, mon Cher De Lespalle, je vais vous débarquer le long de la côte espagnole, un endroit charmant où j'ai des amis chers. De là vous ferez ce qu'il vous plaira. Mais je ne veux plus jamais vous revoir, de toute mon existence. Restez tranquilles, vivez comme bon vous semblera, mais ne faites plus jamais parler de vous !"

François tira une bourse de  sa botte, l'ouvrit et en inspecta le contenu, avant de la tendre au Chevalier. Celui-ci prit la petite sacoche de cuir et admira les pierres vertes, de belles tailles, qui y brillaient doucement. Des émeraudes, et il y en avait pour une fortune !

"Faites-en bon usage, ceci devrait vous permettre d'assurer votre quotidien dans les années à venir." conseilla le jeune noble avant de s'éloigner vers le groupe que formaient son maître d'armes et ses gardes. Le Chevalier attrapa son bras.

"Sire, je voulais vous dire, … enfin vous remercier… pour tout ce que vous avez fait pour moi, pour nous."

Le futur roi de France posa sa main sur la sienne.

"Non, c'est à moi de vous remercier. Vous m'avez, une dernière fois, permis d'agir en homme et non pas en roi. Avec ma conscience et non pas pour les intérêts du royaume. Allez à présent, elle a besoin de vous."

Le Chevalier fit une profonde révérence, relevant la tête pour river son regard, empli de gratitude, dans les yeuxbourse_grise1_pop du jeune héritier de la couronne et se redressa lentement. Comme il allait s'éloigner, François le retint d'un geste

"Avant que vous ne partiez, mon ami, n'oubliez pas ceci : l'amour est une grande chose ! Et si souvent femme varie, il en est qui savent demeurer fidèles, bien au delà de l'entendement humain. Ce sont de forts jolis yeux noirs qui me l'ont appris, des yeux que cette contrée que nous quittons conservent, hélas... quand moi je les perds ... Allez maintenant !"

Et François lui désigna le ponton où se tenait toujours Lucrezia, figée dans une attente glacée, face à la mer. De Lespalle s'empressa vers la Comtesse. Mais arrivé à sa hauteur, il hésita. Il ne savait comment lui annoncer sa liberté, cette liberté si dangereuse, qui était, peut-être, la certitude de la perdre, plus définitivement encore que dans la mort. Il retint un soupir et posa sa main, doucement, sur son épaule. Lucrezia sursauta et se retourna vers lui avec brusquerie, blême et les mâchoires crispées par l'angoisse.

"Alors quoi, mon doux ?! Comment allons-nous finir nos tristes jours ? Dans quelle forteresse serons-nous détenus ?"

Le Chevalier la détailla un instant. Comme, elle paraissait fragile et épuisée en cet instant ! Il aurait souhaité lui dire tant et tant. Il leva la main pour effleurer son visage. Et la laissa retomber. Happant son regard, il se contenta d'annoncer :

" Vous êtes libre Madame. François n'exige rien d'autre de nous que de nous faire définitivement oublier. Nous serons débarqués en Espagne.... "

Il se saisit de sa main et, déliant la bourse, versa délicatement dans la paume retournée la moitié de son contenu.

"Ceci est pour vous. Une liberté sans moyen ne serait qu'un piètre cadeau !"

Stupéfaite, la Comtesse observait tour à tour le visage du Chevalier et les pierres qui étincelaient dans le creux de sa main. Elle sembla pâlir plus encore, s'empourpra et pâlit à nouveau.

"Que .... ? Ce jeune homme est incroyable… il a la générosité d’un très grand souverain !"

Elle referma sa main sur les pierreries, baissant la tête, et murmura :

"Quelle leçon d'humanité ! Quelles terribles leçons m'ont donné ces dernières heures !"

Elle releva la tête. Ses prunelles brillaient et semblaient un gouffre insondable.

"Vous me donnez ma liberté, mon doux .... Je vous en sais gré !"

clergue_nu_1_1Jamais, auparavant, elle n'avait ressenti un tel désespoir, et, bien que tenant une fortune dans sa main, elle comprenait qu'elle perdait ainsi la seule chose qui lui avait paru importante ces dernières heures, l'amour de cet homme, cet amour qu'elle avait pourtant moqué mais qui avait été son seul vrai trésor. Le poids des pierres lui parut soudain insoutenable et leur éclat écœurant. Elle tira de sa jupe un petit sachet de soie et, les y enferma avec brusquerie, crispant son étreinte sur l’insupportable offrande.

Le Chevalier referma à son tour soigneusement sa bourse contenant la moitié des émeraudes et la soupesa un instant en la fixant curieusement. Et il la jeta dans les flots. La Comtesse écarquilla les yeux, éberluée, tandis que le petit sac décrivait une gracieuse courbe avant de toucher les flots, et de se retrouver balancé mollement par les eaux calmes. Elle fixait le sac qui s'en allait à la dérive.

"Mais  vous êtes fous De Lespalle ! Qu’avez-vous fait ?"

Le Chevalier la saisit par les épaules et la fixa droit dans les yeux.

"Je n'ai que faire de cet argent si pour lui je vous perds. Je n'ai que faire de cette liberté, qui n'est qu'une geôle loin de vous. Je ne suis libre que dans l'étau de vos bras ! Et si cette fortune me rend indépendant de vous, alors qu'elle rejoigne le fond des mers. Ma seule fortune, c'est vous, ça a toujours été vous."

La Comtesse desserra sa main, laissant tomber son sachet au sol, et se jeta dans les bras du Chevalier, écrasant sa bouche sur la sienne, l'embrassant passionnément. Ils se séparèrent haletant, le regard brûlant. Puis ils posèrent leurs yeux, en même temps, sur la bourse de cuir que le courant faisait danser. C'est en riant tous deux qu'ils se débarrassèrent de leurs habits de voyages légers, et c'est en riant toujours qu'ils plongèrent dans les flots, main dans la main, pour récupérer les joyaux à la dérive.

Lorsque la vigie cria

"Un homme à la mer !",

le royal passager du navire et ses compagnons étaient déjà accoudés au bastingage, riant et apostrophant le couple qui se poursuivait dans les eaux bleus, et l'ordre avait été donné au Capitaine de  faire tomber les voiles. Ce fut un temps de récréation pour tous, un temps d'oubli de la fuite. Le navire resta immobilisé suffisamment pour que tous ceux qui le souhaitaient puissent faire un joyeux baptême d'adieu à la Méditerranée. Et quand tous furent hissés et remontés à bord, dans la bonne humeur générale, le voyage reprit son cours sans plus d'autres surprises. 

A bien des encablures de là, dans la Rome éternelle, l'humeur était toute différente.

Le Pape venait de quitter la fenêtre après un long moment de silence. Se tournant vers le couple qui l’observait avec appréhension, il tendit son doigt vers le Maestro.

"Sortez Michel-Ange. Je vais à présent entendre la confession du jeune Sofito."

Le sculpteur serra un peu plus fort la main de sa promise et la regarda, essayant de la rassurer de son mieux. Avant d'obtempérer aux ordres du Pape, il posa encore un dernier baiser sur les lèvres de Sofito lui murmurant doucement :

"Je serai derrière la porte. Crie et Pape ou pas, je le ferai passer à travers la fenêtre de son palais."

Puis il sortit pesamment de la pièce. Sofito restait seul avec le terrible Pape qui la fixait de ses yeux sombres, dans une immobilité terrifiante. Il finit cependant par désigner le centre de la pièce.

"Viens ici Sofito, et mets-toi à genoux, la tête baissée. Ainsi se présentent les repentants devant le Seigneur. »

L’apprenti avança jusqu’à l’endroit que le Pape lui indiquait, les jambes tremblantes. Et tomba plus qu'elle ne se mit à genoux. La haute silhouette du Pape se plaça devant elle.

"Seigneur, reçois la confession du jeune pécheur Sofito. Ecoute son repentir et ses regrets."

La main du Pape s'était posée sur sa tête et la caressait doucement.

"Sofito, tu te présentes devant le Seigneur pour demander ton pardon. Alors fais-le comme un enfant au jour de sa naissance."

A genoux, tremblante et crispée, Sofia avait fermé les yeux. Une boule d'angoisse lui serrait la gorge, rendant pénible toute parole. Elle parvint cependant à articuler, d'une voix sourde

"Notre père qui êtes aux cieux, pardonnez mes péchés..."

Elle eut un soupir étouffé, une inspiration douloureuse qui ressembla presque à un petit cri d'animal, mais elle poursuivit d'une voix plus affermie, les paupières closes toujours, malgré la main qui semblait peser sur sa tête et qui lui était une insupportable brûlure.

"Vous qui avez envoyé votre Fils pour qu'il enlève les péchés du monde, votre Fils qui a beaucoup pardonné, aussiHAXAN4_1_ grande soit la faute, entendez ma confession. Je ne suis pas dans le péché, mon Père. Non, je suis, depuis la première heure du premier jour, dans l'amour. Et je ne me suis jamais éloignée de cette voie. L'unique péché que je confesse devant vous, en toute humilité, c'est un péché d'orgueil car j'ai cru, et je crois encore, que l'amour que je porte est au dessus de tout et peut tout !" 

Le Pape se recula de deux pas, la fixant toujours de ses terribles yeux noirs, insondables, qui ne laissaient transpirer la moindre émotion.

"J’ai dit : comme un enfant au jour de sa naissance." Enonça-t-il d’une voix froide

Incrédule, Sofia ouvrit les yeux et fixa le Pape.

D'une toute petite voix, elle s'enquit :

"Votre... votre Sainteté souhaite que je .... ?"

Le Pape la fixait froidement et son regard hermétique lui chavira le cœur. Pour toute réponse, il se contenta d'un bref hochement de tête. Baissant la tête, en rougissant, le cœur battant d'angoisse et d'humiliation, elle commença à se dévêtir, ôtant sa chemise posément, déroulant les  bandes qui maintenaient ses seins, avec la lenteur malhabile de la crainte et de la gêne. Lorsque sa poitrine parut, nue et marquée de rouge par la contrainte du lin, elle y croisa ses mains, la respiration oppressée, prête à défaillir. Le front toujours courbé, elle chuchota :

"L'enfant qui vient de naître, Saint Père, n'est pas ainsi pourvu ...." 

Le Pape se recula de quelques pas, la fixant toujours de ses yeux brillants de convoitise.

"Nous sommes tous égaux devant le Seigneur, le petit enfant comme la dernière des catins."

Disant ces mots, il tira sur sa chasuble et la fit passer par dessus sa tête, révélant son corps musclé, que plus rien d’autre ne dissimulait, à la vue de la jeune fille. Il était en érection et son membre se dressait fier et orgueilleux, une érection arrogante qui n’était pas sans rappeler à Sofia bien des souvenirs. Il avança vers elle, si près que le membre, battant à quelques centimètres de son visage, la frôlait presque.  Il abaissa son terrible regard jusqu’à plonger dans les yeux de la jeune fille agenouillée.

"Commence ta confession maintenant,  je t’écoute »

Et tout en prononçant ces derniers mots, il frottait son gland contre la joue de Sofia, le faisant courir sur sa peau, dans une caresse aussi douce et terrifiante que celle d’un serpent.

nue_20modernart_20lgrLe souffle court, le ventre palpitant d'angoisse et d'un trouble sensuel qui la perturbait affreusement, Sofia déglutit péniblement. Elle avait la gorge sèche, aussi brûlante que ses joues, et ses lèvres tremblaient légèrement quand elle commença à parler d'une voix basse et rauque, les paupières closes :

"Je suis femme, mon Père, et j'ai joué les invertis. J'ai masqué ma féminité pour pouvoir devenir l'apprenti de Michel Ange,… pour apprendre l'Art que je place au dessus de tout, la sculpture, mais j’ai appris bien plus…"

Le sexe tendu qui venait se frotter à sa joue, effleurait ses lèvres indécises, lui faisait perdre le fil de ses pensées. Sa confession, dans une telle posture, lui était pénible, presque insoutenable. Elle sentait monter en elle le désir sauvage de s'emparer de ce vit orgueilleux, de s'en saisir à pleine bouche, là, à genoux, de mettre un terme à cette mascarade de contrition.  Elle eut un soupir bref et douloureux et se força à poursuivre.

"J'ai découvert le sexe, hors des liens du mariage et hors toute convention, comme un garçon… puisque en garçon j'étais venu, le sexe pour le sexe… et comme acte créatif, comme un bouleversement de tout mon être, comme une seconde naissance. Et j'ai aimé. J'ai aimé chacune des lentes ou folles découvertes dans lesquelles le Maestro me guidait et me révélait à moi même, j'ai aimé le goût du péché..."

Elle se tut brusquement, effarée soudain par l'ampleur de cet aveu.

Le Pape reprit de la distance, tenant toujours son membre dans sa main, la fixant les yeux exorbités, avant de reprendre d'une voix grave et pesante.

"Tu es une pécheresse, et ton plus grand péché est d'avoir mis tant de temps à accepter cela. Le Seigneur, dans son grand projet, a sûrement pour toi un dessein, et si celui-ci est que tu sois la catin de Michel Ange, alors tu sers sa création, son grand projet en admettant ce que tu es. A présent, montre-moi ce que tu as appris auprès de ton maître, montre-moi ce que le Seigneur a cru bon de t'offrir en don pour que tu serves son grand projet."

Et il se saisit de la nuque de la jeune fille et la tira vers son vit dressé et luisant d'attente. Il en avait une érection presque douloureuse tellement il désirait cette fille. Il savait qu'il la perdrait sous peu ; elle allait devenir, l’épouse et l'amante de son sculpteur. Cependant, avant de la perdre définitivement, il comptait bien en jouir et lui montrer sa mâle et verte ardeur. Son gland gonflé se pressa contre les levres lègérement entrouverte de la jeune fille, cherchant son chemin pour pénètrer la bouche fraîche.

Elle eut un temps d'arrêt, se raidissant dans une posture de refus et releva des yeux farouches vers le visage du Pape. Le membre démesuré et gonflé par le désir jetait une ombre coupable sur son visage pâle et crispé.

"Qui fait la catin ? Qui fait la pécheresse, votre Sainteté ? La personne qui offre ou celle qui reçoit ? "

Et sans attendre de réponse, elle baissa la tête, ferma les yeux et ouvrit la bouche, dardant la langue pour lécher le méat, entourer le gland, puis engloutir la verge palpitante aussi loin que possible, abndonnant toute retenue, happant le chibre avec une sensualité rageuse et déterminée.

Il se laissa aller à la caresse de la bouche habile. Cette petite avait tous les talents décidément ; elle était aussi diabledouée que la plus confirmée des filles de joie qu'il avait pu recevoir dans son palais. Doucement, il tira sur ses cheveux, ramenant son gland au bord de ses lèvres, lui prouvant que lui seul décidait du quoi et du comment,  puis s’enfonça encore en elle d'une poussée vive et brutale, la sentant s’étouffer sous l'intromission de son chibre impressionnant. Il allait et venait maintenant dans sa gorge, tandis que, d'une main ferme, il la maintenait immobile, presque rageusement, pour mieux la soumettre au rythme de son désir. Il regardait sa hampe entrer et sortir entre les lèvres rouges et nacrées qui serraient sa colonne de chair palpitante. Il aimait sentir son gland cogner contre le palais de la jeune fille, il aimait son affolement quand le souffle lui manquait. Il ahanait prenant sa gorge comme on prend un sexe, sentant encore, malgré l’énormité de la pénétration qui la distendait, la bouche accueillante s'activer autour de lui avec une soumission appliquée.

Plus Sofia sentait son corps se révulser, au bord de l'intolérable, plus elle s'acharnait, s'appliquait à maintenir la pression de sa bouche sur la hampe, faisant danser sa langue sans répit et déglutissant péniblement pour calmer ses hauts le cœur. Elle s'emparait du sexe invasif comme si elle eut voulu le dompter à force de cajolerie. Elle se livrait, toute entière par sa bouche, son corps ondulant, ses reins se cambrant au rythme de ses allées et venues, de la danse de plaisir de sa bouche sur la virilité impérieuse. Le souffle lui manquait. Des élancements douloureux parcouraient sa gorge quand le vit s'enfonçait, si profondément en elle qu'il l'étouffait et la blessait à la fois, mais elle ne cédait pas. Elle revenait à l'assaut des chairs monstrueuses avec le même fol appétit, avec une audace démente. Son corps se couvrait de gouttes de sueur et le long de son dos ruisselait un filet de transpiration. Elle allait au bout d'elle-même, repoussant les limites de ses résistances.

Il décida de mettre un terme à cette divine torture et se retira de sa gorge en lui tirant un soupir rauque. La saisissant d'une main ferme et la tirant d'un coup sec, il la poussa vers le petit prieuré qui se trouvait au centre de la pièce. Il la força à se mettre à genoux dessus, les mains en avant, la croupe tendue. Posant ses mains sur sa taille il se place derrière elle, frottant son gland contre sa rosette.

"Au nom du Père tout puissant…"

Elle sentit le gland peser contre ses reins et forcer l’étroit passage qui se refusait encore à son intromission.

"Du fils…"

mains_genouxUne poussée supplémentaire et le gland franchit la barrière étroite.

"Et du Saint Esprit."

D'une poussée, il enfonça son membre en elle, buttant contre ses fesses.Il râla de plaisir, sentant le corps de la jeune fille se cabrer, et ses reins l'entourer comme un étau. 

Sofia retint un rugissement de douleur en plantant ses dents dans le velours pourpre du prie-Dieu. Elle tint ses mâchoires serrées sur le velours jusqu'à ce qu'elle sente la douleur diminuer et son corps s'ouvrir, céder à la pression du chibre qui l'écartelait, forçant son passage en elle, emplissant ses reins comme un pieu incandescent !

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25 mai 2007

38. Au matin du jour suivant,,

Moon_Woman_2Sofia le dévisagea, interloquée. Elle se demandait si ses sens, si secoués et éprouvés par les drogues et les derniers événements, ne lui jouaient pas un tour grotesque. Bouche bée, le front plissé par l'effort de concentration, fronçant les sourcils, elle tentait de déchiffrer le visage impénétrable du Pape pour y lire la confirmation de ce qu'elle pensait avoir entendu. Mais en pure perte ! Les traits du Saint Père ne reflétaient rien d'autre qu'une attente placide... peut-être une lueur d'amusement dansait-elle au fond de ses prunelles ?... Ou alors c’était de la colère, elle n'était sûre de rien. En désespoir de cause, elle scruta, affolée le visage de Michel Ange. Il observait le Pape avec un air dubitatif et quelque peu surpris. Qu'avait-il entendu et que signifiait sa réaction ? Le cœur de Sofia s'emballa. Et si le Pape avait bien prononcé ces étranges paroles, et si elles ne faisaient qu'ennuyer le Maestro… et si, à être sa catin, elle ne pouvait.... elle en eut le vertige et se laissa retomber vers l'arrière, passant une main lasse et glacée sur son front, attendant que la conversation reprenne ; elle ne se sentait pas de force, pour l'instant, d’y intervenir.

Le sculpteur regardait le Pape, jaugeant la proposition qu'il venait de lui faire. Il savait que l'homme ne plaisantait pas ; ce n'était guère dans ses habitudes de jouer lorsqu'il parlait. Il se tourna vers Sofia et la regarda longuement. La jeune fille était morte d'angoisse. Son regard de biche affolée allait de l'un à l'autre, les commissures de ses lèvres tremblaient légèrement. Doucement, Michel-Ange lui saisit les deux mains et les prit dans les siennes.

"Sofia, veux tu devenir mon épouse ? Veux-tu lier ton destin au mien et partager mon existence ?"

Il ferma les yeux, soudain envahi par l'appréhension. Elle allait certainement se moquer de lui, rire aux éclats peut-être, le traiter de fou. Comment pourrait-elle aimer un homme comme lui, qui avait deux fois son âge, et tant de perversions ? Il se préparait déjà au refus, sentant par avance son cœur se fendre de façon irrémédiable.

Sa réponse lui brûlait les lèvres, comme un cri d'amour ardent. Elle les mordit pour retenir les mots, sentant ses yeux s'emplir de larmes et observa les traits du Maestro. Elle y lisait toute la ferveur de sa demande et une tension douloureuse. Il serrait ses mains entre les siennes, à les broyer. Avant de répondre, elle cherchait à calmer les battements de son cœur qui, douloureusement, sautait de joie et d'affolement dans sa poitrine. Les yeux toujours rivés au visage de Michel Ange, elle réfléchissait intensément à tout ce que cette demande d'engagement signifiait pour le sculpteur. Devenir sa femme ! Elle ne se demandait pas si elle le voulait. Elle le désirait de tout son être. Mais le pouvait-elle ? Avait-elle le droit de lier à elle cet homme, ce génie, sans l'entacher d'un lien qui serait un poids, elle qui n'avait ni nom ni statut. Son silence dura, si longtemps que le Pape finit par toussoter d'agacement et que Michel Ange plongea un regard inquiet et surpris vers son visage concentré et baigné de larmes. Alors, elle chuchota :

"Oui Maestro, je le veux. Je veux être votre femme devant Dieu et lier tout ce que je suis à vous" Sa voix s'affermit et elle regarda le Pape "Mais, je ne peux pas l'être aux yeux des hommes, quoiqu'il m'en coûte... ce serait bien trop lourd à porter pour le grand Michel Ange… qui se doit à son Art, et aux cours du vaste monde bien plus qu'à une femme. Alors, si votre Sainteté consent à cette union, qu'il la conserve secrète... et moi, je demeurerai loin de vous, Maestro, le temps que nécessaire à l'accomplissement de votre œuvre. Si c'est le prix à payer pour être vôtre, sans que vous en souffriez de quelque manière, je le trouve bien léger ! Je vous aime Michel Angelo et être votre femme sera le plus beau cadeau de cette vie !"

Le Pape les engloba dans un même regard bienveillant, le sourire aux lèvres.

"Eh bien, voilà donc ! Vous serez mariés tous deux, au plus vite, et ce par mes soins."

Il détailla encore Sofia plus intensément. Et soudain son visage s'éclaira d'un grand sourire qui fit disparaître toute trace de dureté dans  ses nobles traits. Ses yeux scintillaient de malice, comme ceux d'un enfant sur le point de réaliser une bonne farce.

"Pour ce qui est de votre présence dans le Vatican… et de votre titre Sofia, car il vous en faut un,  je pense pouvoir faire ce qu'il faut. Les titres de noblesse, j'en vends ou j'en offre tous les jours ! Considérez que le vôtre sera mon cadeau de mariage. Et pour votre présence, il est certes impossible que Sofito pointe le bout de son joli nez dans mon palais, ce serait trop de tentations. Pas plus que l'épouse secrète du grand artiste, vous en conviendrez. Par contre, nous recevons, jour après jour, la visite de tant de jeunes filles qui se sont vouées au Seigneur ! Elles déambulent dans les couloirs, serrant entre leurs cuisses le trésor qu'elles offrent à Jésus. Je ne voudrais pas être le fils de Dieu s'il se doit de cueillir ce cadeau à leur mort ! En tout cas, il en est tant et tant, qu'une de plus ou de moins, personne ne le remarquera. Et je crois que notre charmante amie affectionne de se grimer de bien des façons."

C'en était trop pour Sofia ! Pâle et stupéfaite, elle se disait qu'elle rêvait, que tout ne pouvait être si simple. Cramponnée aux mains de Michel Ange, qui ne l'avait pas lâchée, elle se redressa sur son assise et questionna avec appréhension :

"Très Saint Père, ai-je bien compris ce que vous m'offrez... ? Ce... ce me semble si... improbable.... je... vous allez nous marier... ? Et me permettre d'être au Vatican, sous une identité d'emprunt ?… comme… comme l'une de ces novices qui y circulent en toute liberté .... !? Vous... vous ... Oh Votre Sainteté, j'ai peine à en croire mes oreilles ! Tout me semblait perdu, il y a peu, et tout paraît soudain…. miraculeux... je... pardonnez-moi ! J’ai l'impression de perdre la tête !"

Le Pape se retourna vers elle.

"Mais ne suis-je pas le Pape ? Qui saurait accomplir des miracles en ces lieux si ce n'est moi ?"

Il se dirigea vers la porte, donnant ses consignes aux gardes afin de préparer l'escorte qui le ramènerait au palais. Michel Ange la prit dans ses bras, caressant son visage.

"Peu m'importe ce que l'histoire retiendra de nous, peu importe ! Tout ce qui compte c'est que tu deviennes ma femme, et moi ton époux."

Il l'embrassa doucement tandis que sa main serrait sa taille, la pressant tout contre lui. Le Pape les regarda avec un léger sourire et une étrange et fugace lueur dansa dans son regard de glace. Au moment de quitter la pièce, il se retourna encore.

"Cependant, le mariage aura lieu dans trois jours… mais il faudra, avant que Sofia ne se marie, … que Sofito vienne à confesse et se repente de ses péchés. Je l'attendrai donc, demain sans faute, dans mes appartements."

Puis dans un bruissement de sa robe et dans le cliquetis des armes de ses gardes, il quitta la pièce.

Il ne vit pas le visage de Sofia se décomposer, sa bouche s'ouvrir sur un hoquet de stupéfaction, son front seconfession plisser d'appréhension. L'eut-il vu que cela l'aurait amusé davantage. Car il souriait en regagnant son carrosse, pleinement satisfait de la manière dont il avait mené cette affaire, gratifiant celle qui lui avait sauvé la vie mais n’omettant pas de la punir pour son audacieux comportement. Tout cela, en s’assurant un dernier moment de volupté des plus alléchant, voilà qui était parfait !

Et alors qu'il s'installait confortablement sur la banquette, au milieu des coussins que lui avait arrangés sa garde personnelle, Michel-Ange caressait le visage de Sofia en détaillant ses traits, attentif à percer les raisons de l'angoisse soudaine que trahissait la tension de tout son corps entre ses bras.

"Qu'y -a-t-il donc ma douce ? Serait-ce que mon apprenti craindrait l'aveu de ses péchés dans le secret de la confession ?"

Sofia leva vers lui un regard paniqué et se débattit mollement dans sa main.

"Oh ! Ne me moquez point ainsi Maestro ! Ce n'est pas Sofia qu'il a demandé en confession mais bien Sofito et vous savez comme moi ce que cela peut signifier ! Quelle naïve je fais ! Je songeais que j'en avais fini avec tout ceci puisqu'il concédait à nous unir... mais il n'en est rien ! Et, oui Maître, cela me fait trembler !"

Il la saisit par les épaules et embrassa son front.

"C'est de bonne guerre après tout ; nous lui avons menti sans vergogne alors qu'il nous accueillait et nous sommes joués de lui. C'est une vieille carne. Il eut été étonnant qu'il ne veuille pas tirer un quelconque avantage de la situation. Allons, ma douce, tu seras ma catin une toute dernière fois avant de devenir ma femme. Alors viens plus près de moi, que je respire ton parfum. J’ai eu si peur de ne plus pouvoir te serrer dans mes bras ma douce !"

Il la prit contre lui et l'embrassa tendrement. Mêlant leurs souffles, ils entrelacèrent leurs langues et leur désir. Et ils s'embrassaient ainsi fougueusement, oublieux du monde, lorsqu'un des gardes toussota poliment à la porte.

"Maestro, votre carrosse est prêt. Nous pouvons vous mener à la villa sur l'heure."

Michel Ange acquiesça, se détacha de Sofia, la prit par les épaules et, la guidant le long du corridor, l'emporta vers le véhicule qui les attendait. Alors que le carrosse s'ébranlait sur le chemin, entouré de hallebardiers aux couleurs orange et noires du Vatican, il l'attira à nouveau à lui, la retenant contre son épaule. Le paysage défilait au dehors, paisible et ensoleillé. Son cœur se serra d'appréhension. Fugitive, l’image de la Comtesse soumise à l’Inquisition, venait de traverser son esprit. Elle aurait sans hésitation mis à mort Sofia, et lui certainement, pourtant il ne pouvait s'empêcher d'avoir pitié d'elle pour les souffrances qu'elle allait subir.

Sofia se laissait aller, cherchant la protection du grand corps aimé, y enfouissant sa fatigue et ses peurs. Paupières closes, elle cherchait à calmer les battements désordonnés de son cœur et tentait, dans le chaos de ses pensées, à ordonner les bribes de ses souvenirs. Tant de sentiments contradictoires combattaient en elle ! Elle se revoyait, prisonnière, rebelle puis vaincue, peinant à saisir cette part d'elle-même, si ardente sous l'effet des drogues, effrayante dans son inextinguible appétit. Elle sentait la colère et la peine en elle. Colère face à la soumission obligée à la toute puissance de l'Eglise et à la raison d'Etat, bien plus encore que contre la Comtesse et ses manigances. Envers elle, elle ressentait plus de tristesse que de hargne. Elle ouvrit les yeux et releva son visage vers le Maestro. D'une voix amoindrie par l'émotion, le fixant intensément, elle questionna :

"Vous pensez à elle, n'est-ce pas ? C'est terrible, Maestro ! On ne peut souhaiter son sort à personne, quoi qu'elle ait fait ! Est-elle plus à blâmer que tous ceux qui ont tiré les ficelles dans l'ombre ? Est-elle plus à punir que Celui qui se sert de son pouvoir pour nourrir ses coupables instincts ? Elle m'aurait assassinée sans l’ombre d’un scrupule, et pourtant ce n'est pas à elle que j'en veux le plus !"

Il se tourna vers elle. Son regard était plein de tristesse.

"Peut être existe-t-il quelque part une force au-dessus de nous… et si celle-ci existe elle veillera à sa protection. Mais j'en doute ! Les dieux sont à l'image des hommes qui les ont faits ; ils sont cruels et fourbes. Le destin de Lucrezia ne nous appartient plus ; elle avait le choix, à plusieurs reprises, de tourner le dos à sa destinée, elle a choisi sa voie. A présent, espérons pour elle une main secourable… ou le pardon du Pape."

Il venait d'évoquer le pardon de Jules ! Comme un enfant il se mentait, lui mentait, mu par une vague de tendresse, en lui offrant un espoir trompeur ; le Pape n'était pas homme à pardonner si facilement et il tirerait certainement sa vengeance de cette trahison. Ils se turent le reste du chemin, rongé par un indicible chagrin, et lorsqu'enfin ils arrivèrent à la villa, sans prendre le temps d’un souper, ils s'effondrèrent sur le grand lit de leur chambre, étroitement enlacés, vidés, sombrant dans un sommeil sans rêve.

20051127124647_bonitablogSofia s'éveilla alors que le ciel commençait à peine pâlir, le corps douloureux et trempé par une transpiration aigre, le cœur cognant dans sa poitrine. Elle avait fait un mauvais rêve dont elle ne parvenait pas à se souvenir. Seuls demeuraient le goût de la peur, l'état d'urgence. Elle se sentait lasse et lutta pour retourner dans les limbes. Elle ne voulait pas du jour. Pas encore. Le sommeil la reprit. Plus généreux que les humains étaient les divinités de la nuit. Serrée contre Michel Ange, elle replongea, l'esprit agité de multiples rêves qui faisaient courir sur sa peau des tressaillements affolés. Ce furent ses petits sursauts et ses plaintes marmonnées qui arrachèrent Michel Ange au sommeil.

Il la regarda. Ses yeux clos en mouvements, son souffle rapide, tout cela indiquait un mauvais sommeil. Doucement, il se pencha sur elle, lui murmura des mots de réconfort à l'oreille, en la caressant tendrement. Il lui parla d'amour, de son cœur qui ne battait que pour elle, de son souffle qui ne vivait que par elle. Lentement, sa respiration se calma, se fit plus ample et elle replongea dans un sommeil profond, sans rêve. Il resta longuement à l’observer, jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Alors seulement, il appela doucement Urbino pour qu'il prépare un bain chaud et des onguents. Le serviteur s'éloigna silencieusement et s'empressa de tout mettre en route. Il donna par la même les ordres pour que les  cuisines s'activent et dressent de quoi restaurer le Maître et sa dame. Urbino avait l’oreille fine et un talent certain pour saisir les plus secrets événements. Discret mais perspicace, il avait déjà tout compris ; ils allaient devenir époux ! Le cœur du vieil homme palpitait de joie. Son maestro allait enfin prendre compagne, et quelle compagne !

Et pendant qu'il se démenait, se sentant plein d'une vigueur toute neuve, Michel Ange veillait sur le sommeil de Sofia. Elle semblait enfin parfaitement détendue. Son corps reposait, blotti contre lui, jambes souplement emmêlées aux siennes. Il s'écarta délicatement et souleva précautionneusement le drap pour la regarder. Il ne se lassait pas de la découvrir sans fin, de goûter cette joie sans borne de l'avoir tout près de lui, à lui. Doucement, du plat de la main, il suivait les courbes de son corps, sans la toucher, captant sa chaleur à travers sa paume, se délectant de la redessiner ainsi. Il avait envie de l’effleurer mais retenait son désir, faisant durer cet instant de grâce, dans la naissance d’un autre jour, où le jeune corps s'offrait dans l'abandon du sommeil à son œil d'artiste, d'amant et d'amoureux.

Il se pencha davantage sur elle et, du bout des doigts, très lentement, caressa sa peau, prenant garde à ne pas l’éveiller. Il frôla la pointe de ses seins et laissa sa main descendre vers le triangle qui ombrait le haut de ses cuisses. Le pubis lisse et tendre s'offrait à sa main qui délicatement plongeait dans la moiteur de son désir. Il caressa les lèvres d'où sourdait une délicate humidité et sentit son membre se dresser. Il lui écarta les cuisses et, s'installant d'autorité entre ses jambes mollement ouvertes, effleura doucement l'entrée de son sexe de son gland tendu. Se positionnant, il appuya plus fermement et fit pénétrer son sexe dans celui de sa compagne, forçant le corps endormi à s'ouvrir sous son assaut. Il sentit la chair récalcitrante céder sous la pression de sa pénétration. Elle gémit dans son sommeil alors que sa hampe s'enfonçait en elle et la prenait avec douceur. Il était entièrement rivé à elle quand elle sembla commencer à émerger difficilement du sommeil. Il se laissa aller, entamant un va et vient, de plus en plus rapide, enfonçant son sexe dans le sien qui l'accueillait divinement de sa chaleur.

Elle le sentait. Elle ressentait. Mais elle ne parvenait pas à ouvrir les yeux. Ses paupières, gonflées par le mauvais sommeil, encore lourdes, quémandaient le retour au repos. Son corps cependant s'éveillait lui, bien plus vite, échauffer par la sensation enivrante d'être possédé alors qu'il se trouvait dans le plus grand dénuement. Elle sentit son cœur s'accélérer, son sang battre plus vite dans ses artères, une délicieuse chaleur remonter de son bas ventre et envahir sa poitrine, la gonfler d'un désir flamboyant. Les yeux toujours fermés, elle se mit à onduler sous les coups de boutoir qui l'éveillaient, calquant d'instinct ses mouvements sur les va et vient du Maestro pour venir davantage à sa rencontre, pour se donner, volontairement cette fois, comme la terre s'offrait au rayon du soleil. Gagnée par la sensation d'une volupté, presque surnaturelle, entre veille et rêve, elle laissait ses sens enfourcher le galop du désir et l'emporter vers celui que ses mains cramponnaient maintenant pour le conduire plus profondément encore en elle.

Il avait encore accéléré le rythme de sa pénétration, la prenant de plus en plus amplement. Glissant ses mains sous son corps, il avait saisit ses fesses et la besognait en la tirant à lui de sa poigne puissante. Il faisait claquer son ventre contre celui de Sofia, pénétrant son corps à grands coups de reins. Ses doigts s'enfonçaient dans la chair de ses fesses et laissaient, dans la tendre blancheur de sa croupe, l'empreinte de sa possession. Couché de tout son corps lourd sur celui de la jeune fille, il la possédait avec jubilation et dévorait son cou de baisers. Il pressait et écartait largement les cuisses de Sofia, s'enfonçant encore et encore en elle pour la plier, l'ouvrir à son désir et la prendre de toute sa longueur. Il la sentait sienne, parfaitement à lui, ouverte et offerte dans son demi sommeil. Son corps se donnait à lui dans un gémissement sourd qui le ravissait.

Elle ne dormait plus vraiment maintenant, mais elle s'abandonnait, se livrant totalement à la houle qui l'avait arrachée au rivage des songes, se donnant au ressac qui la saisissait toujours plus violemment, à la lame qui la brisait d'un plaisir extrême et étonné. Elle ne cherchait pas à reprendre le contrôle de son corps, elle le laissait aller, pour que l'emporte plus loin, vers les abîmes et sur la crête de la volupté, le seul Maître qu’elle n’eut jamais souhaité. Elle se tordait, se coulait, mugissante sous ses assauts, comme une matière docile qui voulait une érosion totale, l'empreinte de sa vitalité sur tout son être à peine ramené au jour. Elle sentait le plaisir monter en elle, en déferlantes successives, ardent comme une vague exotique, et gardait les yeux clos sur l'immensité de son éblouissement.

Il sentit son membre gonflé, presque douloureux dans cette raideur effrayante et il bascula dans le plaisir. C'étaitLidaAlanguie cet instant de panique intense où il perdait tout contrôle sur son corps et où il sentait monter en lui le plaisir impérieux qui allait tout emporter. Il s'enfonça d'une dernière poussée dans le corps de Sofia, soudant son ventre au sien pour les unir dans une étreinte forcenée. Son corps fut traversé par l’onde de la foudre qui se vrilla dans ses reins, tandis qu'arcbouté en elle il fermait les yeux. Sa verge se tendit, dans un ultime effort, comme pour éperonner le corps offert sous le sien. Une chaleur intense traversa sa colonne de chair et fondit dans l’intimité qui l’enserrait. Comme le feu d'un volcan, son plaisir glissa hors de lui pour se répandre en elle et l’emplir de sa lave impérieuse. Son corps tout entier se dissolvait dans le plaisir. L’orgasme le balaya tandis que les jets venaient battre la matrice de Sofia. Il s'effondra sur elle, secoué de spasmes et la respiration courte. Son cœur cognait dans sa poitrine. Il reprenait son souffle difficilement, encore enfoncée dans le corps de son apprentie, heureux.

Frémissante, elle respirait à peine, son corps languide blotti sous le grand corps du Maestro, le cœur encore palpitant du dernier galop paroxystique. Elle ne bougeait pas. Seules ses lèvres effleuraient l'épaule qui la dominait, en doux baisers, et sa langue recueillait amoureusement la sueur sur la peau moite. Elle était toute à son ravissement, à la joie totale de cette union consacrée dans l'éveil, dans la parfaite insouciance que donnent la volupté totale et la plus entière confiance. Elle aurait voulu demeurer ainsi éternellement. Elle était bien, emplie de lui, de sa présence, de son odeur, de sa force virile, de sa protection. Elle se sentait complète et n'aspirait à rien d'autre qu'à cette merveilleuse sensation d'apaisement.

Il bascula sur le côté, se dégageant de son corps et passa son bras sous sa nuque, l'attirant contre lui. Dehors chantaient quelques oiseaux et l'on pouvait entendre les serviteurs qui s'affairaient dans les dépendances de la villa. La voix étouffée d'Urbino lui parvenait tandis qu'il exhortait les chambrières à rajouter de l'eau chaude dans la grande cuve. Il se tourna vers elle et saisit son menton dans sa main. Relevant son petit visage, il la couvrit de baisers tendres, frottant sa barbe contre la joue douce de la jeune fille.

"Il va te falloir redevenir Sofito une dernière fois ma douce, une dernière fois avant de devenir mon épouse. T'en sens-tu capable mon amour ?"

Elle battit des paupières et fronça les sourcils. Elle mit un temps pour accepter la question, pour en saisir le sens et parvenir à y réfléchir. Elle laissa échapper un profond soupir et se serra plus fort tout contre le sculpteur, pressant son corps frissonnant dans la chaleur du sien. Enfin elle s'arracha à sa protection et le fixa droit dans les yeux, le regard brillant.

"Je me sens de taille à affronter n'importe quoi et n'importe qui pour vous Maestro, pour que nous puissions être l'un à l'autre et que plus rien ne puisse nous séparer. Alors oui, même si je déteste cette idée, je me sens capable de... de faire ce qu'il faut pour que le Pape accepte les confessions de Sofito et lui accorde pardon et… oubli. Je vous aime Michel Angelo et plus rien ne me fait peur !"

Il la serra plus fort contre lui et l'embrassa passionnément avant de la soulever hors du lit et de l'emporter vers la salle où fumait un baquet d'eau savonneuse. Doucement, il la déposa dans les vapeurs du bain avant de se saisir d'une des éponges, un luxe précieux venu des lointaines contrées orientales. Il commença à passer l'éponge sur le corps de la jeune fille, délicatement, la savonnant avec soin, ne laissant aucune parcelle de peau sans y passer la douce chaleur végétale. Il la lava avec une grande attention, apportant tout son amour à cette toilette. Il la baigna longuement, comme s'il souhaitait faire durer cet instant une éternité, comme si ce moment devait ne jamais connaître de fin. Il l’effleurait du bout de la matière spongieuse, l'explorait infiniment, avant de se décider, finalement, à la sortir de l'eau qui refroidissait et de commencer à la sécher avec le même soin qu’il avait pris à la laver, l'apprêtant lui-même pour la rencontre à venir, s'occupant de la grimer encore une fois en garçon. Elle souriait et se laissait faire, toute au bonheur de le voir s’affairer pour elle.

Il l'aida à ajuster les bandes de toile qui comprimaient sa poitrine, à nouer ses cheveux et les maintenir par un lacet, avant de boutonner sa chemise de toile avec des gestes emplis d’une tendre attention. Puis la tenant à bout de bras, il l'observa un moment, la faisant tourner sur elle même.

"Tu es parfaite, on dirait un jeune garçon qui a fait toilette pour la messe ! Mettons-nous en route à présent."

Urbino qui arrivait avec un plateau chargé de victuailles, les voyant sur le départ, eut un air si contrit qu’ils éclatèrent de rire et prirent le temps de lui chaparder un peu de pain et de fromage avant de quitter la villa.  En le quittant, Sofia planta une bise sonore sur la joue parcheminée du vieux serviteur, lui tirant une grimace de ravissement. Ils partaient emplis d’une joie enfantine mais ils montèrent dans le carrosse avec une certaine appréhension. Leur équipage s'ébranla à travers la campagne romaine sans plus leur laisser le temps de renoncer.

Durant le trajet, Sofia tenta d'éviter le regard de Michel Ange pour qu'il ne lise pas, dans ses yeux, la montée de l'angoisse. Elle savait cet effort dérisoire, tant il la connaissait, mais ne se sentait pas la force de soutenir une discussion sur sa détermination. Plus ils avançaient vers les faubourgs de Rome et plus elle avait de difficultés à respirer. Elle en venait à maudire les fichus bandages qui comprimaient sa poitrine et se sentait prête à affirmer que c'était à cause d'eux, et d'eux seuls, qu'elle était si oppressée si Michel Ange en venait à la questionner. Jamais elle ne lui aurait avoué qu'elle mourrait de peur maintenant. Et chaque fois qu'elle s'arrachait à sa contemplation tendue du paysage, elle affichait un sourire décidé, que la pâleur seule de son teint et le frémissement de ses lèvres suffisaient pourtant à démentir.

silencioLes portes s'ouvrirent au bout de la longue route, les laissant pénétrer l'enceinte du palais. Ils quittèrent le carrosse tandis qu'une vive agitation semblait régner dans la cour. Des hommes en armes courraient en tout sens. Ils s'écartèrent vivement du passage d'une dizaine de soldats qui partaient, au petit trot, vers le château Saint Ange.

Pénétrant dans le couloir, ils avancèrent vers la chancellerie du Pape. Un prélat, les reconnaissant, leur fit signe de le suivre.

"Le Pape m'a demandé de vous accueillir et de vous conduire à lui dès votre arrivée. Il y a grand trouble dans le palais ; la traîtresse qui a voulu attenter à la vie de sa Sainteté s'est échappée à l'aube. Elle a disparu, pouf, comme un nuage, ainsi que les deux gardiens qui devaient la surveiller. Le Pape est en grande ire."

Ils traversèrent rapidement une longue série de couloirs en enfilade, avant de parvenir aux appartements du Saint-Père, qui, sous le regard affolé du chef de sa garde et de plusieurs prélats, tournait en rond dans la pièce, les bras au ciel, injuriant tous les imbéciles de la terre.

Autant Michel Ange semblait attendre dans le plus grand calme que le Pape daigne abandonner ses imprécations pour s'intéresser à eux, autant Sofia aurait voulu que la terre s'ouvre sous ses pieds et la fasse disparaître, elle et son travestissement, tant le courroux papal exacerbait son angoisse, jusqu’à la rendre insupportable. Dans cet état, il ne saurait être enclin à une quelconque mansuétude et dieu seul savait ce qu'il serait en mesure d'exiger du petit apprenti qui venait lui offrir sa confession. A moins que, trop occupé à régler cette affaire, il n'en vienne à abandonner l'idée de tout acte de contrition ? Sofia, se faisant minuscule derrière le Maestro, se prit à espérer. Il lui sembla plus facile de respirer soudain, à la pensée que, peut-être, Lucrezia avait pu vraiment échapper à sa terrifiante punition.

Le Pape les fustigea d'un regard noir, leur faisant signe, d’un geste impatient, de s'asseoir dans un coin de la pièce et il se remit à tambouriner du bout du doigt sur l'armure du Capitaine des gardes, le traitant d'incapable et d'imbécile, le sermonnant en utilisant un chapelet d'insultes qui aurait envoyé tout autre directement en enfer. La porte s'ouvrit sur un messager aux insignes de la papauté.

"Votre Sainteté, on nous signale que le jeune prince de Valois et sa suite ont quitté la ville ce matin par la route du387767884375________la_colere_copier_a nord, ainsi qu'une galère affrétée par le français, qui vraisemblablement aurait dû les emporter vers son pays. La traîtresse se trouve probablement dans un des deux convois, l'autre ne servant qu'à nous leurrer. Nous pouvons dès à présent lancer la poursuite ; dans quelques heures nous les aurons rattrapés, il suffit d'envoyer des messagers à nos troupes de Bologne pour les intercepter, ainsi qu'aux vaisseaux de la flotte à Brindisi pour qu'ils les rattrapent."

Le Pape observa un instant le héraut et se tourna vers une des grandes fenêtres qui donnait sur Rome. Les toits de la ville scintillaient doucement sous le soleil romain. Il posa son front contre le verre chauffé par les rayons brûlants. Il soupira et ferma les yeux.

"Non. Dites à tous de retourner à leurs occupations. La traîtresse a probablement été emportée par un démon et conduite directement en enfer, pour lui faire subir sa juste punition."

Le messager fixait le Pape les yeux écarquillés.

"Mais votre Sainteté… ?"

Le Pape se retourna vers l'homme. Son regard glacé le figea sur place.

"Mettriez-vous en doute la parole du successeur de Pierre ?"

L'homme secoua la tête en tremblant et sortit de la pièce, suivi par les prélats, trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Le regard fixe, Jules continuait à se perdre dans l’observation du Tibre qui scintillait doucement, il murmura dans un souffle.

"Bon voyage Lucrezia, puisses-tu trouver la paix."

tree_forgivness_LLe cœur battant, toujours tenaillée par l'angoisse, Sofia avait pourtant dirigé toute son attention vers la conversation. Le sort de la Comtesse venait de se jouer sous leurs yeux. Et le dénouement la sidérait. Sauvée ! Lucrezia était sauvée ! Aussi incroyable que cela puisse paraître le Pape abandonnait les poursuites. Elle n'en revenait pas et avait joint les mains contre son cœur, remerciant le ciel de sa miséricorde, remerciant le cœur si imprévisible des hommes. Toute à sa joie, elle se tourna vers Michel Ange et lui offrit un sourire radieux, le premier vrai sourire depuis qu'ils avaient quitté la villa. Elle prit sa main et la serra fort dans la sienne. Dans le dialogue muet de leurs paumes jointes, ils partageaient le même soulagement et Michel Ange lui rendit son sourire, trop heureux de voir les couleurs revenir sur ses joues. Cependant, il conservait toute sa vigilance et mobilisait son acuité vers le Pape. S'il venait de rendre à Lucrezia une liberté, au demeurant fort conditionnelle puisqu'elle se trouvait sous la garde étroite du jeune Valois, il n'avait encore rien statué sur le sort de Sofito ; et le sculpteur craignait que son amante ne doive affronter une nouvelle épreuve.

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23 avril 2007

37. Là où tombent les murs...

12308143_p Enfonçant sa lame d'un mouvement rapide dans le corps du soldat qui venait de tenter de l'embrocher, il utilisa toute sa force de sculpteur, pour quasiment fendre l’attaquant en deux. Michel Ange, son épée couverte de boue et de sang, regarda autour de lui sans plus faire un mouvement. Les cadavres gisaient sur le sol, mais ils avaient eu le dessus. Le jeune pair de France se tenait dans un cercle de corps, les mains crispées sur ses deux armes. Il respirait rapidement, le souffle court, sa poitrine se soulevant spasmodiquement. Ses yeux étaient fixes et semblaient perdus dans le vague. Son menton tremblait doucement.

Christophe de Longueuil ramassa une épée au sol, pour remplacer la sienne, dont la moitié dépassait du corps du Vicomte. Il observa son roi, celui qui pour lui était, depuis toujours, le seul vrai roi de France, et murmura :

"Il n'a que quinze ans ! Seigneur, qu'ai-je fait ? Il n'a que quinze ans, là n'est pas sa place."

Ce fut le Chevalier qui les tira de cette hébétude du massacre, dans laquelle ils semblaient tous plongés, en se jetant au pas de charge vers la villa.

"Le Pape, Sofia, hâtons-nous Messieurs !"

Le Pape, revenu de sa surprise, affrontait l'attaque farouche de la Comtesse avec le calme et l'art consommé d'unindex_r15_c6 guerrier parfaitement rôdé à tous les périls. Et autant Lucrezia aurait pu avoir raison de lui, en le frappant par la ruse, autant, dans le corps à corps qui s'engagea, elle eut le dessous bien plus vite que dans leurs habituels échanges sensuels. La lame, mal assise dans sa main, ne fit qu’effleurer l'épaule de Jules II, avant qu'il ne se saisisse de son poignet et ne la désarme promptement. Elle se débattait comme une damnée entre ses bras puissant, tentant de griffer son visage, de récupérer son arme qui semblait la narguer, accrochant le soleil sur le bois blond du plancher. Les portes s'ouvrirent, dans un fracas épouvantable, sur le spectacle de leurs deux corps en lutte, sur le canapé, tout près de celui de Sofia, qui ne se rendait plus compte de ce qui se jouait autour d'elle, recroquevillée, à demi inconsciente et maculée du sang de Lucrezia.

Le Pape, voyant surgir cette troupe en armes, saisit le poignard de Lucrezia, tout en projetant celle-ci, d'une poussée contre le mur de la chambre. Un genou à terre, il tendait la courte lame vers les assaillants.

"Venez me chercher marauds, mais il vous en coûtera cher avant que vous n'ayez ma vie."

Le Chevalier s'immobilisa face à lui, faisant signe aux hommes de stopper leur avancée, et, laissant tomber son arme, tendit ses deux mains, paumes levées.

"Très Saint Père, nous ne venons pas pour vous ôter la vie, mais pour vous sauver d'un infâme complot."

Le Pape les dévisagea et, reconnaissant Michel Ange parmi eux, comprit. Son visage s'éclaira d'un sourire.

"Maestro, maudit cachotier ! Ainsi, c'était cela que vous dissimuliez dans cette chapelle. Chevalier, je vous remercie de votre intervention, mais je ne dois la vie qu'au courageux Sofito et à son sens de l’à propos."

icono_polushkin Il désigna la forme prostrée sur le canapé. Déjà, le sculpteur courait vers elle. Il la prit dans ses bras délicatement, les yeux baignés de larmes, la caressant, écartant ses cheveux de son visage et, essuyant le sang, tentait de déterminer s'il s'agissait du sien et où elle pouvait être blessée.

Se sentant soulevée, elle cligna des yeux pour accommoder sa vision. Une douleur horrible vrillait son crâne mais la douleur dans ses chairs était pire encore. La drogue poursuivait sa pernicieuse emprise et son ventre se contractait en spasmes de désirs incoercibles et aussi fulgurants que les éclairs qui martelaient ses tempes. Elle reconnut vaguement la silhouette penchée sur elle et son cœur se mit à battre plus fort. Elle se laissa aller contre le large torse protecteur, incapable de parler, souhaitant seulement que les bras se referment sur elle et la gardent pour toujours. Et dans le même mouvement, ses hanches nues, souillées de sang et de sécrétions, vinrent se serrer contre Michel Ange, ondulant doucement, quémandant la caresse. Malgré la douleur, le désir ordonnait à son corps, maîtrisait ses chairs, brouillait sa perception. Et elle offrait l’étrange et effrayant spectacle, dans sa lascivité exagérée et souffrante, d’une nymphe hallucinée.

Une des diaboliques drogues de la Comtesse ! Il ne pouvait en être autrement, c'était là une évidence. Il sentait le corps brûlant de sa jeune amante, intact mais fiévreux, venir se coller au sien et épouser ses formes, réveillant en lui l'ardeur d'un désir animal, encore exacerbé par la bataille qui venait de s‘achever. Tout vibrant qu‘il était de l’ardeur du combat, qu'il avait mené quelques instants plus tôt, il avait toutes les peines du monde à juguler cette tentation obscène. Il la serra plus fort, contraignant son corps contre le sien, refermant sa prise sur elle en la forcant à l'immobilité totale. Ses yeux foudroyèrent la Comtesse qui s'était adosséee contre le mur, les cheveux défaits et les traits déformés par une haine sans nom. Elle avait perdue et elle le savait. Ses plans comme ses rêves de toute puissance s'effondraient à cet instant.

Au dehors, un bruit de cavalcade se fit entendre ; sans nul doute, les gardes du Pape, alertés par les échos du combat.

Elle était perdue et n'avait pas même le loisir de se jeter sur une des armes qui la cernaient de leurs lames sanglantes ; on lui avait prestement lié les chevilles et les mains dans le dos et elle n'était plus l'arrogante maîtresse, pas même une intriguante, elle était un paquet de chair qu'on allait livrer au bourreau.

Elle redressa malgré tout la tête, fière jusque dans sa défaite, provoquante dans sa nudité de vaincue, et soutint, avec toute la morgue dont elle était encore capable, le regard furieux de Michel Ange. Elle lui adressa un sourire, faussement appitoyé, et s'adressa à lui, ignorant délibérément tous les autres, assemblés dans la pièce, qui s'empressaient pour rendre au Pape sa dignité et pour la conserver elle, la malfaisante, sous bonne garde. En cet instant, ils n'étaient plus que deux, en face à face, le maître protégeant le corps naufragé que la traîtresse avait tant voulu, jusqu'à la plus fatale des possessions.

"Vous m'amusez mon Cher, à me regarder ainsi. Et bien quoi, elle ne vous plaît pas ainsi, votre petite apprentie ? N'est-ce pas ce que vous aimez, avoir un jouet consentant à tous vos caprices ? Il est même dommage de penser que les effets cesseront bientôt et que j'ai pu si peu en profiter. C'est moi qui devrait être furieuse, vous m'avez volé mon plaisir !"

Le sculpteur la fixait et ses traits s'adoucirent. Il ne la regardait plus avec colère mais avec pitié.

"Les effets de votre potion se dissiperont, c'est certain, et Sofia redeviendra elle-même. Alors oui, je la plongerainng_images encore dans les émois les plus troublants. Mais voyez-vous, ce que vous ne comprenez pas, c'est que je n'ai nul besoin d'une quelconque recette de sorcière pour obtenir ce résultat, cet abandon. En étant à moi, Sofia est elle-même parce qu'elle est mue par l'amour et le désir. Vous ne faites qu'effleurer sa réalité, moi, je suis le sculpteur qui la révèle comme la forme dans la pierre. Là où vous créez un instant, je fige le temps. Alors oui, Comtesse, je ne vous hais point... je vous plains."

Il détourna son attention d'elle et reprit ses baisers sur le front de Sofia, lui murmurant des mots d'amour et la berçant contre son coeur.

Elle pressa son visage contre son torse, baignée par l'odeur de musc de la peau de cet homme qu'elle aimait et, qu'en cet instant, elle désirait furieusement, et elle tenta de faire céder la pression de ses bras, en se tortillant autant qu'elle le pouvait, malgré la douleur dans ses tempes, se frottant à lui en petits mouvements, cherchant à le faire basculer dans la même ronde du désir qui la tenait, l'emportait, la rendait folle. Elle gémit

"Oh laissez-moi .... non, prenez-moi... je vous veux... je vous veux .... touchez-moi... oui touchez-moi... oh laissez-moi !"

Elle ne savait plus ce qu'elle voulait, ne voyait rien d'autre que cette peau à portée de la sienne, cette bouche qui murmurait des paroles d'apaisement et dont elle voulait les baisers et la morsure. Elle ne voyait rien des regards inquiets et effarés qu'échangeait la soldatesque présente dans la pièce, ni des coups d'oeil gênés du jeune François, qui eut aimé être ailleurs à cette heure.

La Comtesse avait penché la tête sur sa poitrine et ses cheveux cachaient son visage. Les dernières paroles du sculpteur étaient entrées en elle comme la lame d'un cruel poignard, fouillant son coeur, rouvrant des blessures anciennes. Elle murmura, d'une voix chevrotante, quelques mots incompréhensibles. Le Chevalier s'approcha pour mieux entendre alors elle reprit.

"La petite fiole, dans le premier tiroir du secrétaire... c'est un extrait de plante qui annulera l'effet de la drogue."

Le Chevalier recula vers le meuble et en tira une potion aux reflets bleutés. Christophe de Longueuil le saisit par l'avant-bras.

"Qui nous dit que ce n'est pas quelque autre diablerie de cette garce ? Que ce n'est pas pire poison que celui-ci ?"

A ces mots la Comtesse releva la tête, révèlant un visage baigné de larmes amères.

"Alors donnez-m'en donc quelques gouttes. Qu'ai-je donc à perdre ? Si c'est un poison, j'en mourrai, sinon, cela ne changera rien pour moi."

Le Chevalier plongea ses yeux dans les siens. Il ne lut en elle qu'une infinie tristesse, une solitude absolue et terrible qui semblait un véritable gouffre sans fond.

"Je vous crois, Madame. Ne me décevez pas et laissez-moi garder l'espoir de votre humanité."

Il s'avanca vers Sofia et versa quelques gouttes sur les lèvres de la jeune fille.

HAXAN4_1_Un goût amer envahit sa bouche et elle hoqueta, prise de violents haut le coeur qui se calmèrent brusquement, la laissant tremblante entre les bras de Michel-Ange. Il lui sembla qu'elle voyait son visage pour la première fois depuis une éternité, tant ses contours, si proches, lui parurent soudain nets, terriblement précis, comme si le voile qui couvrait ses yeux avaient été brutalement arraché. Observant ses pupilles agrandies, qui le fixaient avec une attention stupéfaite, Michel Ange desserra son étreinte pour caresser son visage. Enfin plus libre de ses mouvements, Sofia se saisit de sa main et tenta de la diriger vers son intimité qui pulsait toujours douloureusement, en proie à un flamboiement encore bien trop violent pour être tolérable. Et tandis que Michel Ange résistait, sans peine, il la sentit se raidir. Son corps se couvrit de sueurs et fut pris de tremblements. Elle se rejeta en arrière, lâchant Michel Ange, et cramponna son ventre à pleine main, cherchant à étouffer la douleur atroce qui le transperçait. Sa tête se mit à rouler de droite à gauche tandis que sa poitrine se relevait par à coups. Michel Ange ne savait plus comment tenir ce corps secoué de convulsions, qui se tordait et se tendait, et s’effrayait à la voir grincer des dents, le visage déformé par la souffrance.

Et tout à coup, alors que tous commençaient à s'affoler, et qu'un cercle menaçant se resserrait autour de la Comtesse, se fut fini.

Elle retomba, inerte, sur le lit, le souffle apaisé. Son corps se détendit et elle battit des paupières en murmurant :

"J'ai froid"

Le sculpteur se porta vers elle, saisissant une cape, qu'un des soldats lui avait spontanément tendue, pour la recouvrir tendrement. La reprenant dans ses bras, il sentit son souffle s’apaiser enfin complètement et les tressaillements de son ventre se calmer.

Le Pape allait et venait dans le pièce, en vitupérant après la Comtesse.

"Qui est le commanditaire de tout ceci ? Je le saurai Lucrezia, soyez en certaine ! Et vous Messieurs qui êtes-vous donc, qui sont ces gens qui viennent tellement à point pour me sauver la vie ?"

Le jeune Francois s'avança et, se présentant, débita la leçon parfaitement apprise de son mentor. La couronne de France, ayant eu vent d'un complot ourdi contre sa Sainteté, avait décidé, en toute discrétion, d'envoyer sur place une personne de confiance, l'héritier de la couronne lui-même, avec quelques gens valeureux et bons chrétiens, pour tenter de déjouer l'infamie. Alors le Pape reporta son attention sur la Comtesse.

"Vous allez me dire ce que vous savez sur ce complot. Qui ? Où ? Quand ? Et pourquoi ?"

La Comtesse releva son visage et lui sourit.

"Je crains, votre Sainteté, que vous ne deviez rejoindre votre fabuleux tombeau sans avoir les réponses à ces questions."

Puis elle rabaissa la tête, se figeant dans le silence. Le Pape la regarda avec un sourire féroce.

"Nous verrons cela lorsque tu seras soumise à la question. Même ceux qui n'ont rien à dire parlent lors de ces séances." 

Sofia, qui reprenait peu à peu possession d'elle-même et la pleine de conscience de son corps, de ceux quiimage010 l'entouraient, tresaillit en comprenant le sens de ces échanges. Elle se raidit, entre les bras de Michel Ange qui, inquiet, se pencha vers elle pour la dévisager. Il la questionna doucement

"Tu souffres ma douce ?"

Elle plongea dans son regard et s'y accrocha de toutes ses forces chancelantes.

"Pas ça Maestro, je vous en prie !" souffla-t-elle "Nous ne pouvons pas laisser faire cela... quoiqu'elle ait fait... pas ça... nous savons... nous pouvons lui dire... ce n'est pas bien..."

Son esprit n'était pas encore assez clair pour qu'elle trouve les arguments, les mots lui échappaient, s'emmêlaient et sa voix montait dans son affolement. Le sculpteur la baillona doucement de sa main.

"Chut ! Silence ma douce, ce n'est plus de notre ressort. Si nous parlons, nous déclencherons une guerre que justement ce jeune roi veut empêcher pour l’heure. Ce serait l'echec de tout ce que nous avons fait. Le destin de la Comtesse était écrit par sa main ; elle a eu le choix et a emprunté son propre chemin. De plus, le Pape peut tout à fait décider de garder l'héritier du trône prisonnier et réclamer une forte rancon pour sa libération. Nous serions cause d’un beau gâchis si nous parlions"

Pendant cet échange, Christophe de Longueuil s'était approché du Chevalier et l'avait mené à l'écart.

"Chevalier, elle est perdue, si vous l'aimez faites ce que vous avez à faire, pour elle, et pour la couronne. Mieux vaut que cela vienne de vous que d'un inconnu."

Il glissa dans sa main un poignard.

"Si vous ne le pouvez, je le ferai."

Le mentor de Francois s'éloigna, détournant l'attention du Pape en lui contant comment ils avaient suivi la trace de Sofia jusqu’à lui. De Lespalle s'avanca vers la Comtesse, qui se tenait toujours silencieuse contre le mur. Il s'agenouilla près d’elle, la lame froide cachée dans une manche, et caressa du bout des doigts le visage silencieux.

"Madame ?... Ma dame !"

Lucrezia releva un visage fermé et le fixa avec un regard vide. Puis elle tressaillit et un vague sourire creusa une fossette dans la pâleur de ses joues.

"Vous m'avez trahie Francis,... vous qui disiez m'aimer"

Elle eut un petit rire de gorge, douloureux

"Mais je savais que vous le feriez. Alors de grâce, épargnez-moi vos “Ma dame“, je ne suis plus rien pour vous. Notre destin est consommé !"

Le Chevalier glissa la lame hors de la manche et en saisit l'effroyable réalité. Il se trouvait à genoux, devant la femme qu'il aimait, et allait la frapper à mort. Sa main tremblait et la sueur coulait sur son visage, brûlant ses pupilles.

"Je vous aime Madame, je vous aime comme jamais je n'ai pu aimer qui que ce soit. Si seulement vous aviez pu avoir assez de foi en cela et me voir tel que je suis, tout ceci aurait pu être évité."

Il allait frapper, enfoncer la lame dans le coeur. Il savait parfaitement où passer, entre deux côtes, et donner un seul coup fatal. Il n'y aurait pas même de grands éclats sanglants ; le coeur cesserait de battre immédiatement. Il allait la tuer pour qu'on ne la fasse pas périr à petit feu, dans d'atroces souffrances, pas pour les secrets à conserver. Sa main se raffermit sur le poignard et il ferma les yeux, les muscles tendus. Au moment où il allait frapper, une poigne d'une force étonnante enserra son avant-bras, l'immobilisant. Il rouvrit les yeux, pour constater que le jeune Francois, à genoux à ses côtés, venait de suspendre son geste. Le jeune homme fixait le visage de la Comtesse. Lespalles le dévisagea comme s'il le voyait pour la première fois. Le visage, qui, encore peu de temps avant, accusait les traces d'une juvénile candeur, avait changé. Les traits semblaient plus fermes et le regard plus profond. Un pli traversait son front, comme une ride due à une profonde reflexion. Son aspect présentait une sorte de force apaisée et il semblait rayonner d'une mâle prestance qui ne l'habitait pas auparavant, comme s'il était ceint par une aura de sagesse et de grandeur. Le Chevalier se dit que c'était sûrement de cela qu'était fait un roi.

"Sire ??"

Le futur roi tourna son visage vers lui. Il lut dans son regard une lassitude sans nom, une sorte de fatigue désabusée.

"Le sang a assez coulé aujourd'hui. Je ne permettrai plus que l'on tue qui que ce soit en ma présence."

Le Chevalier baissa la tête.

"Sire, ils vont...ce qu'ils vont lui faire...ils..."

stonesremains_01copyLe jeune homme, impérieux, resserra son emprise sur son poignet, à lui faire mal, l'obligeant à lâcher le poignard qui tomba au sol.

"Laissez-moi vous aider à croire en l'humain."

Puis il ramassa la lame et la glissa dans sa ceinture en s'éloignant. Au passage, Christophe de Longueuil tenta de s'interposer, mais il l'ignora, lui faisant signe d'aller préparer les chevaux. Puis il s'avanca vers Sofia et se mit à genoux devant le couple enlacé sur le canapé. Défaisant sa chemise, il retira le médaillon qu'il portait autour du cou, une chaîne d'or que terminait un pendentif représentant une salamandre. Il tendit le collier à Sofia, le déposant dans sa main.

"Merci. Vous resterez le plus beau souvenir de ma vie d'homme. Et le plus beau regret de ma vie de roi."

Il se releva et prit la direction de la porte, encadré de son escorte. Une dernière fois, il tourna la tête vers Sofia.

"Ce n'est pas comme dans les livres, Sofia ! Ce n'est pas comme dans les livres. Le sang laisse des tâches qu'aucun honneur n'estompe.. mais il existe des miracles."

Sur ces mots, il quitta la pièce et bientôt le bruit du galop des chevaux retentit à l'extérieur.

Blottie dans les bras protecteur de Michel Ange, elle écouta s'éloigner le martèlement des sabots, tout en regardant les gardes papaux relever Lucrezia et l'entraîner vers la sortie. Elle ferma les yeux. Elle n'avait plus envie de savoir ce qui se passait. Malgré toutes les marques d'attention de Michel Ange, malgré ses paroles de tendresse et d'apaisement, qui avaient voulu calmer le tumulte de son coeur, elle ne parvenait pas à se résigner à la terrible fatalité. Et elle pensait à ce jeune roi et à sa phrase énigmatique, qui partait en emportant un morceau de son coeur, à son coeur à elle qui gardait un bout de France à tout jamais, à ce coeur de femme qui allait mourir affreusement en ayant toujours nié ses plus beaux élans. Elle se sentait lasse, si lasse tout à coup. Elle serrait la petite salamandre dans la paume de sa main à s'en faire mal et se surprit à faire un voeu, que tout cela cesse, que le Pape entre dans la pièce et qu'en bon chrétien il accorde son pardon. Elle sursauta en reconnaissant la voix froide de Jules II qui s'adressait à la Comtesse enchaînée.

"Vous allez être enfermée au château Saint-Ange, en attendant que j'ai réuni les personnes les plus aptes à tirer de vous les renseignements que je désire. Vous m'avez trahi et je ne saurai pardonner cela. Mais donnez-moi ceux qui vous ont soudoyée et vous vivrez."

La Comtesse le regarda, les yeux froids, et d'un ton aussi métalique que le sien lui répondit.

"Belle grâce que vous m'offrez là Votre Sainteté ! Vivre le restant de mes jours enfermée dans un de vos couvent ! Gardez vos bontés et laissez-moi ma dignité."

Le Pape haussa les épaules et fit signe qu'on l'emporte. Les gardes se saisirent d'elle, la soulevant du sol pour l'emmener. Elle se degagea d'un coup d'épaule et se mit face au Chevalier.

"De Lespalles, je ne partirai pas vers mon tombeau sans vous l'avoir dit une fois, mon doux. Vous avez été le seul en qui j'aurais pu croire, en qui j'ai été tentée de croire." Puis plus bas. "Le seul en qui je crois... je crois oui, que vous m'aimez, et, je... à ma facon, je vous aime."

Elle se tut et ne se débattit plus tandis qu‘on l‘entraînait vers la sortie.

Indifférent, le Pape s'était détourné pour diriger ses pas vers le canapé où se trouvaient toujours Michel Ange etIngres_Etudes_Bain_Turc_Louvre_235_par_300 Sofia, serrés l’un contre l’autre. Il se plaça devant eux et les observa tour à tour, avant de fixer son regard sur Michel Ange . Il semblait furieux.

"Maestro, je devrais vous en vouloir pour vous être ainsi jouer de mon hospitalité et de toutes les règles de la bienséance qu'exigeaient votre accueil au Vatican... Mais je ne suis pas le dernier à aimer ruser avec les obligations" Il parut s'adoucir mais son ton se fit plus grave. "Je dois beaucoup à votre désobéissance. Je dois beaucoup à votre charmant apprenti. Je ne suis pas un ingrat. Mais vous comprendrez aisément qu'il est impossible, à présent, que cette jeune personne demeure auprès de vous en mes murs !"

"Je comprends cela Votre Sainteté, mais Sofia possède une demeure près de Rome à présent. Elle peut tout à fait continuer à m'assister, et résider dans cette villa. Ainsi nul ne verra à mal."

Le Pape hocha la tête, caressa son menton, plongé dans une profonde réflexion.

"Soit mais, cette solution ne me convient pas. Je ne saurais permettre que s'ébatte, dans la demeure du Seigneur, le péché et la fornication éhontée. J'ai déjà bien assez de mes propres frasques et n’ai les moyens de me permettre de couvrir celles des autres."

A ces mots, le visage de Sofia se décomposa. Ainsi, elle allait être séparée du Maestro durant de longues journées. Que resterait-il d’eux, de leur lien merveilleux si tout les tenait éloignés ? Elle connaissait son maître, ce bourreau de travail ! Il passerait des journées pleines, dans son atelier, et elle se morfondrait dans une terrible solitude. Le Pape parut réfléchir encore un instant. Il fit quelques pas nerveux, se retourna et se pencha vers le couple.

"La situation serait, bien évidement différente s'il s'agissait de l'épouse dévouée qui viendrait appuyer son compagnon dans son œuvre."

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04 avril 2007

36. De bruit, de sang, de fureur....

donjuanLes mains de la Comtesse reposèrent doucement le peigne et se glissèrent le long du cou de Sofia, effleurant la petite veine où pulsait le sang. Elles écartèrent lentement le drap qui la couvrait,  dévoilant la peau de ses épaules fines et sa poitrine qui se soulevait au gré de sa respiration. Elles descendirent sur le corps tremblant et empoignèrent les seins frissonnant, les massant avec soin et application, saisissant les tétons pour les pincer un peu. Puis, relâchant la pression qu'elle exerçait sur les pointes sensibles, elle revint à une ample et douce caresse. Elle libéra enfin les deux globes qu’elle sentait se tendre vers ses paumes et saisit la main de Sofia, l’aidant à se lever pour l'entraîner à sa suite.

"Viens ! Allons dans le salon, nous serons plus à l'aise pour nos ébats."

Elles franchirent la porte de séparation, discrètement cachée dans un recoin de la pièce et pénétrèrent dans un grand salon richement décoré. Au milieu, posé sur un riche tapis pourpre, trônait un large canapé qui semblait les attendre. La Comtesse la mena vers le centre de la pièce et, l'entraînant dans son mouvement, l’allongea sur les cousins richement décorés. Elle reprit sa caresse sur les globes jumeaux, tout en dévorant son cou de baisers fougueux.

Quelque part, aux tréfonds de son esprit, une petite voix désespérée tentait encore de chuchoter "Danger, Danger ! Lutte Sofia !". Mais elle était déjà bien trop prise par les effets de la substance qu'elle avait absorbée pour y prêter attention. Son corps était désir. Sa peau lui faisait mal tant elle voulait être touchée. Et elle avait faim, faim de la saveur d'une carnation, fin de sucs doux et chauds. Son être se résumait à un abîme à combler, un cratère volcanique proche de l'implosion. Elle offrit une bouche avide à la Comtesse, cherchant ses baisers comme si sa vie en dépendait, basculant sur le canapé en appelant les chairs jumelles, ouverte, obscène, indolente et ardente à la fois. Sa rage, sa rébellion, s'étaient muées en une furie érotique qui la possédait entièrement.

Le cavalier pénétra dans le parc de la villa ventre à terre. Son cheval était couvert d’écume et de poussière, c’était tout juste s’il tenait encore debout lorsqu’il l’immobilisa. Tout de suite, le Chevalier courut à sa rencontre. L'homme sauta à bas de sa monture.

"Elle se trouve à deux heures d'ici au grand galop, dans un petit château au bord du Tibre."

Déjà, le garçon d’écurie donnait une monture fraîche au messager, tandis que les hommes de François de Valois sautaient en selle.

Michel Ange, fébrile, attendait depuis une heure, près de son cheval, que revienne enfin un cavalier. Il exhorta ses compagnons à se mettre en route au plus vite. Ils ne pouvaient se permettre de perdre un seul instant. Dieu seul savait quel péril encourait sa compagne en cet instant. Chaque minute pouvait être fatale à Sofia.

Ils s'élancèrent hors des portes de la villa à brides abattues, les bannières aux couleurs papales claquant au vent. Tous les hommes étaient vêtus à l'image des soldats du Pape, hormis le Comte et son mentor. Ils espéraient ainsi que personne ne vienne se mettre en travers de leur route. Il ne manquait plus qu'ils se fassent arrêter par une troupe de soldats. Il y aurait bien trop de réponses à donner et trop peu de temps pour cela. Michel Ange avait le ventre tordu d'appréhension et l'inquiétude était comme une boule qui nouait son ventre d'une froide terreur.

Il meurtrissait les flancs de son cheval de ses éperons, trop impatient pour épargner l'animal, lui qui jamais auparavant ne se serait permis pareil traitement, et il faisait si bien aller son destrier que, bientôt, il tint la tête de la petite compagnie. Le Chevalier ne tarda pas à le rattraper et, arrivant à sa hauteur, le héla :

"Michel-Angelo ! Calmez un peu votre cavale où vous allez la tuer avant que nous arrivions ! Et demeurez à l'arrière de grâce ! Je sais ce qui vous pousse ainsi, mais nous aurons fort à faire en arrivant, et il n'est nul besoin que vous courriez des risques inconsidérés"

Le sculpteur hésita, conservant sa folle allure, mais finit par céder aux exhortations du Chevalier. Il avait trop conscience de la folie qui l'habitait et savait que cette folie ne serait pas bonne conseillère arrivés à destination. Mais crainte et angoisse ne lui laissèrent aucun répit. Il avait peur pour Sofia. Sofia qui, au même instant, avait basculé dans le feu du désir et appelait tout contre elle le corps de la Comtesse, l'embrassant, la caressant, frottant son ventre contre le bassin qui la dominait.

La Comtesse, pleinement satisfaite de la voir céder si vite au pouvoir de la drogue, parcourait fébrilement sa chair,B0796 l’explorant, se nourrissant de ce corps désiré qui se tendait vers elle. Elle ne perdait pas le moindre millimètre de la douce carnation qui s’offrait en toute impudeur. Ses doigts couraient, comme pris de folie, sur la peau tendre et frissonnante de sa victime alanguie. Elle laissa glisser sa bouche sur le corps gémissant, traçant un sillon humide du bout des lèvres et de la langue, dévorant les deux fèves qui se tendaient vers elle. Ses doigts fouillaient les lèvres entrouvertes, ouvrant le passage vers la corolle frémissante d’impatience. Délaissant la poitrine, sa bouche agaça le nombril, un instant, avant d’aller doucement se perdre sur le pubis. Sa langue était un petit stylet qui traçait des motifs sur la peau de Sofia, des arabesques et des courbes fines. A sa façon, la Comtesse elle aussi était une artiste. Elle traçait sa grande œuvre, celle où elle excellait : le plaisir. Elle eut fugitivement le regret d’avoir dû laisser Julia derrière elle, dans la villa. Elles auraient pu connaître de flamboyants moments de plaisir. Sa bouche glissa alors sur l’ourlet que formaient les deux grandes lèvres trempées de désir, se gorgeant de ce parfum tellement particulier qui semblait émaner de Sofia et qui la rendait folle de désir. Oui, elle devait se l'avouer, cette fille la rendait folle, folle de désir et de jalousie. Elle était jalouse de sa relation avec le sculpteur, qu'elle lui enviait tant elle était inattendue et exceptionnelle. Mais surtout, elle était jalouse d'elle pour ce qu'elle était, libre et orgueilleuse. Elle l'aurait voulue amoureuse d'elle, en faire son objet de plaisir, comme le maestro avait su si bien le faire. Mais qu’importait, à présent, elle était sienne, même si cela devait être l'unique et ultime fois, elle était sienne ! Collant sa bouche contre le sexe ouvert, elle plongea sa langue dans l'antre palpitant.

Sofia tressaillait, se tordait sous chaque toucher. Ondulant, elle lançait ses hanches plus haut vers la bouche qui la happait. Elle voulait être dévorée, elle voulait être engloutie, elle voulait que cette bouche boive le feu qui la dévorait, mange la lave de son plaisir. Elle voulait cette bouche, toutes les bouches, n'importe quelle bouche. Elle souhaitait l'apaisement et les encore. Elle voulait que cela cesse. Elle voulait que ça ne s'arrête plus, plus jamais. Elle voulait appartenir à cette femme qu’elle craignait, qu’elle détestait, qu’elle aimait… elle ne savait plus ! Elle brûlait, brûlait, tout son corps réclamant, en même temps, dans un même cri, sa part du festin de plaisir. Et elle se cramponnait aux épaules de la Comtesse, enfonçant ses ongles dans la peau blanche et douce, comme une tigresse sur la proie capturée. Et pourtant c'était elle la proie. Et pourtant, elle refermait son emprise.

La Comtesse plongeait sa langue dans le sexe de Sofia, en étouffant le gémissement rauque que faisaient naître les ongles qui s'enfonçaient dans sa chair. Elle buvait littéralement le plaisir de Sofia, absorbant les sucs qui émanaient du corps de la jeune fille. Elle frottait son visage contre l'intimité enflammée, se gavant de ce désir qui répondait au sien. Mais elle ne voulait pas que la jeune fille se perde dans le plaisir et lui échappe. Elle la voulait brûlante, désirante, ardente, le plus totalement. Alors, elle s'arracha au sexe qui pulsait contre sa bouche et se releva, malgré les feulements de protestation de Sofia, pour se soulever et se placer au-dessus d'elle. A califourchon, dominant son visage, elle descendit son entrejambe, saisissants les cheveux de la jeune fille pour coller la bouche aux lèvres cerise contre son propre sexe trempé.

"Lèche-moi ma douce, donne-moi du plaisir."

17Sofia en aurait rugi de frustration. Son sexe battait douloureusement entre ses cuisses le tempo d'un désir inassouvi, rythmé par les afflux d'un sang bouillonnant. Elle se jeta sur l'odorante conque qui s'offrait à sa bouche avec l'envie d'y mordre à pleines dents. Et c'est presque ce qu'elle fit. Ouvrant grand ses lèvres, elle darda sa langue, pénétra fougueusement l'intimité humide et tiède qui s'offrait à elle et serra brusquement les dents sur la vulve gonflée de désir, refermant la prison ivoirine sur les chairs, suffisamment pour les marquer, juste assez pour que sa langue puisse continuer à aller et venir sur le corail humide, recueillant la gourmandise marine, le parfum du voyage voluptueux.

Il avait poussé la porte du salon et s’était immobilisé, contemplant la scène qui s’offrait à lui. La petite catin était enchevêtrée avec la Comtesse, les deux corps semblaient luire doucement dans la lumière dorée du jour. De fines gouttelettes de sueur perlaient sur les peaux nacrées et dessinaient une étrange carte du désir. Il referma doucement la porte derrière lui, commençant à retirer ses vêtements sans bruit, sentant son membre se dresser de façon irrémédiable. La Comtesse ondulait. Son corps souple de liane tentatrice semblait s’enrouler autour de quelque pilonne païen improbable.  Il ne tarda pas à se retrouver nu dans la pièce, dressé comme un faune en rut. Son sexe raide et tendu, qu’il caressait sans même s’en rendre compte, était douloureux de désir. Prudemment, il avança dans la pièce. Il ne pouvait distinguer le visage de la jeune catin qui se blottissait entre les cuisses de sa complice, mais il reconnaissait  le corps qui dansait sur le canapé, avec ses poses de chatte en chaleur. Il se glissa doucement entre les cuisses qui s’ouvraient et se fermaient de façon spasmodique. Saisissant son membre, il le pointa vers l’entrejambe de la catin et, d’autorité, lui écarta les cuisses de ses larges mains, pour s’enfoncer dans le corps offert et brûlant et y river d’un coup la totalité de son sexe. Enfoncé dans l'humidité accueillante, il avança les mains et saisit les seins de la Comtesse qu'il se mit à malaxer rudement, tout en entamant d'amples va et vient dans l'intimité de la putain, dont il voyait, vision délicieuse, le menton se frotter sur l'entrecuisse de Lucrezia.

Sofia se sentit prise, sans comprendre comment. Elle voulut pousser un "Oui" de satisfaction, elle faillit crier "Enfin". Elle n'en gamahucha que plus intensément le con encensé qui emplissait sa bouche, se cambrant, pour s'offrir au membre qu'elle sentait coulisser en elle, l'emplir, la pilonner, l'emporter de plus en plus fort. Et elle saisit les hanches de la Comtesse, l'écrasant contre sa bouche avide, tout en ondulant pour prendre et recevoir ce qui venait si bien combler son désir, nourrir son feu et le rendre aqueux sous l’alchimie du plaisir.

Se relevant, la Comtesse finit par échapper à l'emprise de la bouche de Sofia, laissant juste assez d'espace pourmains_20nb pouvoir la retourner sans que l'homme qui la foutait ne puisse distinguer son visage. Elle la tourna tant et si bien, avec une adresse consommée, que Sofia se retrouva sur le ventre, le sexe de Jules II toujours planté dans son intimité. Mais celui-ci avait désormais sous les yeux la vision de ce fessier tellement désiré. La main de la Comtesse maintenait sa tête enfoncée dans les coussins du canapé tandis que le Pape reprenait de plus belle ses va et vient.

"Foutez-la donc par le cul mon ardent, foutez-la comme vous savez si bien le faire, vous en mourrez d'envie."

Le Pape ne répondit rien. Il se contenta d'écarter les globes pour se délecter, tout à son aise, de la vision de la rosette de la jeune fille. Alors que le Pape se perdait dans sa contemplation, la Comtesse se glissait vers la tête du canapé, s'allongeant de façon à présenter son sexe devant le visage de Sofia. La tirant par les cheveux, elle releva le visage pâmé de la jeune fille et poussa son sexe contre ses lèvres alors que le Pape se retirait de l’intimité qui l’avait si bien accueilli. Il présenta son dard aux reins qui s'offraient à lui et d'une poussée, dans un cri sauvage, il s'enfonça en elle, jusqu'à ce que son ventre vienne cogner contre les fesses tremblantes.

Sofia poussa un petit cri de douleur, de surprise, de contentement, avant de laisser retomber sa bouche contre les lèvres épanouies qui l'attendaient. Elle reprit l'intimité de la Comtesse comme une affamée, avec la même ardente passion qui crucifiait ses reins, avec la même flamme qui ravageait ses entrailles, qui forçait douloureusement ses chairs. Elle buvait, mordillait, léchait, lapait, suçait tour à tour, pour ne pas râler de douleur, pour étouffer ses feulements de plaisir, son chant animal à se sentir ainsi prise. Et possédée, elle prenait à son tour, entrait en l'autre de la langue, du nez, du menton, se saisissait de l'autre comme on se saisissait d'elle. Il n'y avait plus qu'un et même mouvement, un triptyque ascensionnel vers la jouissance.

Ils chevauchaient, filant bon train dans la plaine, leurs montures couvertes de sueur. Il fallait faire vite, se hâter plus encore pour que l'irrémédiable ne se produise pas. Les paysans s'écartaient de leur chemin avec crainte, de peur de se faire écraser par les sabots des destriers. Michel Ange aurait piétiné quiconque se serait mis sur leur chemin. Il était fou de rage et la colère le transcendait d’un feu ardent qui brûlait sa poitrine. L'homme de tête, qui les guidait, leva soudain la main, leur indiquant le toit d'une belle demeure qui dépassait par dessus la cime des arbres d'un petit parc. Ils ralentirent leur course et finirent par immobiliser leurs chevaux. Précautionneusement, le soldat leur fit signe de les suivre à travers les frondaisons, pour se rapprocher d'un petit muret où se dissimuler pour observer les parages. Deux de leurs hommes y étaient en faction, à genoux, appuyés contre un arbre, et surveillaient l'entrée de la demeure. Michel-Ange eut envie de leur botter les fesses pour leur apprendre à se montrer aussi indolents alors que Dieu seul savait ce qui se passait en ce moment dans cette sombre villa. Ils avançaient, courbés, vers le poste de guet et Christophe de Longueuil voulut saisir un des hommes par l'épaule pour s'enquérir des nouvelles. Mais le corps bascula sous la poussée et s'affaissa brusquement, offrant la vision d'horreur de son cou tranché et de son pourpoint couvert de sang. Le gentilhomme grogna en tirant son épée de son fourreau.

"Ventrebleu, un piège !"

unbenanntAu même moment, Sofia succombait de plaisir, les reins transpercés, écartelés, tout son corps secoué, douloureux dans sa cambrure, sa bouche avide sans cesse arrachée puis ramenée vers le sexe qu'elle dévorait avec délectation, au gré des poussées du dard qui la perforait et de la poigne intraitable de la Comtesse qui, toujours enfoncée dans ses cheveux, ne la laissait guère respirer. Le plaisir tordait ses entrailles, l'anéantissait mais réclamait encore, ne faiblissait pas, quémandait d'autres assauts, la violence d'une union qui la ravage totalement. Ses sens s'affolaient vers sa perdition et, perdue, elle jouissait encore mais voulait toujours plus de jouissance. La drogue dévorait son sang, lui faisant perdre toute mesure.

Sous l’ardeur de Sofia et la vision de ses reins pris sans tempérance, Lucrezia sentit monter le plaisir, prêt à l'emporter, à l'emmener dans les limbes de la jouissance. Une décharge d'adrénaline traversa son corps comme une vague d'énergie. Le goût du sang était dans sa gorge et la brûlait. Son ventre pulsait, pris dans des vagues d'impatiences. Elle se cramponna d’une main plus ferme aux cheveux de Sofia et passa l'autre au-dessus de sa tête, pour saisir le manche du poignard d’argent, dissimulé sous les coussins brodés, s'assurant de sa présence rassurante et affolante. Lorsqu'ils jouiraient, son bras se détendrait et, comme un serpent, elle irait frapper sa cible. Elle émit un gémissement ; la langue de Sofia revenait une fois de plus à l'assaut de son clitoris.

Un assaut bien différent se préparait alentour.

Alors qu’ils se relevaient vivement, saisissant leurs épées, de nombreux mouvements se firent autour d'eux. Sortant du couvert, des hommes en armes surgissaient et eurent tôt fait de les cerner de leurs visages menaçants. Les lames des épées brillaient dans le soleil du jour nouveau. L’atmosphère devenait étouffante. Le Chevalier fit un pas vers celui qui semblait être le chef de la troupe.

"Vicomte Valence de Beaucourt ! Vous êtes donc mêlé à cette ignominie ?"

Le Vicomte lui sourit avec arrogance.

"Charmant Chevalier, quel plaisir de vous revoir ! Messieurs, nous sommes entre gentilshommes, veuillez déposer vos armes et vous rendre, ensuite vous quitterez ces lieux sans plus tarder. Ne faisons pas couler plus de sang que nécessaire et laissons l'histoire s'écrire."

Michel Ange était sur le point d'exploser de colère. Il allait se jeter sur cet arrogant et, quitte à se faire larder de coups d'épée, il lui arracherait sa morgue du visage. Mais il n'en eut pas le temps et ce fut le jeune Comte de Valois qui le devança. Il venait de tirer son épée de son fourreau et son autre main tenait ferment sa dague richement ornée. Il s'avança vers les mines farouches qui les cernaient.

"Assez de politique, assez de palabres et de ronds de jambes, il y a un Pape à sauver et une jeune fille à libérer !"

Dans un mouvement gracieux, il se mit en position d'attaque et se fendit, vif comme l'éclair, balafrant le visage du Vicomte d'une longue traînée sanguinolente.

"Je l'éteints et je m'en nourris"

Au cri de guerre de leur maître, les soldats français s'élancèrent sur leurs adversaires. Christophe de Longueuil, tout en assenant un coup d'épée au soldat le plus proche, grogna.

"Vous êtes fou Monseigneur, ils sont deux fois plus nombreux que nous !"

Le jeune pair, évitant d'un mouvement souple un coup de hache et répliquant en plantant sa dague dans un ventre, lui répondit.

"Encore heureux mon cher, où serait la gloire sinon ?

Dans ce décor bucolique, sous le beau soleil qui montait vers son zénith, un corps à corps farouche s'engagea, échosapho_ou_amour guerrier à celui qui se livrait dans le décor feutré du salon, préambule au sacre de Thanatos. Et quand tombait l'ennemi, dans une dernière convulsion, Sofia palpitait, surprise par la déferlante de la jouissance qui venait de l'emporter, la laissant, essoufflée et sans force, langue peinant à son œuvre de chair, tant le souffle lui manquait, et reins abandonnés aux mouvements que lui imprimait l'insatiable vit qui ne voulait se rendre. Dans ce répit du corps vaincu par le plaisir, elle eut un éclair de lucidité, la conscience fragile du lieu où elle se trouvait et de qui l'entourait. Elle sentit la peur mordre son estomac devant l'irrémédiable. Elle était trop faible, trop brûlante. Les brumes rougeoyantes remontaient dans son esprit, voilant peu à peu sa raison ; son corps à nouveau réclamait, sa croupe se redressait. Au fur et à mesure que sa respiration revenait à la normale, que son sang affluait plus calmement, le désir, impérieux, intarissable, revenait obscurcir sa conscience. Dans un dernier sursaut de lucidité, sa bouche vint prendre le sexe qui imposait sa présence et, cette fois, elle mordit, de toutes ses forces, jusqu'à sentir ses dents pénétrer la chair gonflée. Et le goût du sang envahit ses muqueuses tandis qu'elle poussait, dans une ruade désespérée, ses reins vers le vit dévastateur. Elle entendit un hurlement strident en même temps que la main, tenant ses cheveux l'arrachait avec violence à sa prise et qu'une claque retentissante projetait son visage en arrière, dans un éblouissement multicolore.

Elle avait hurlée de douleur et de surprise lorsque les dents s'étaient enfoncées dans sa chair. La douleur, comme un fer porté au rouge, s'était insinuée en elle, la traversant et incendiant sa chair et, dans un mouvement de pur réflexe, elle avait arraché le visage de Sofia de son entrejambe et l’avait violemment frappée, oubliant la dague qu'elle tenait encore dans son autre main, oubliant le spectacle qu’elle allait offrir à sa victime désignée. Le coup de reins avait désarçonné le Pape et il s’était effondré en arrière, à l'autre bout du grand canapé. Décontenancé, il observait la scène, son membre dressé, encore figé dans une érection imposante. Ce qu’il voyait était inconcevable.

La catin était Sofito, le jeune homme était une jeune fille, et la Comtesse tenait un poignard dans la main. Il voulut dire quelque chose, mais ne savait pas par où commencer tellement grand était son ébahissement. Lucrezia le fixait avec des yeux brillants comme des miroirs. Du sang coulait entre ses cuisses, se répandant sur la jeune fille gémissante, à la bouche maculé de pourpre, et qui semblait sur le point de perdre connaissance. La Comtesse profita de sa stupeur et se jeta en avant en hurlant, pointant la lame de son poignard vers sa gorge, bien décidée à tuer.

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09 mars 2007

35. Dans les griffes de la chatte

450px_Thomas_Couture_003Dans la grande salle, les serviteurs étaient en train de ranger discrètement les restes du repas. Les musiciens avaient fini de jouer. Leur contrat ne prévoyait pas plus que la nuit et ils étaient en train de plier bagage, souhaitant que plus personne ne prenne garde à eux et qu’ils puissent vider les lieux sans être retenus pour des prolongations. Mais tout le monde semblait dormir. Le jeune François, bouche ouverte, sourire aux lèvres, reposait sur le sein d'une fille, la main perdue sous un jupon déchiré. Michel-Ange, affalé, sur le grand canapé, semblait emporté par un pesant sommeil. Ce fut le bruit des plats en argent, malencontreusement entrechoqués par un serviteur maladroit et fatigué, qui, trouant le silence des dormeurs, réveilla subitement le sculpteur. Il se redressa brusquement, la bouche pâteuse et le cœur palpitant, pris par une angoisse atroce. Combien de temps avait-il dormi ? Il jeta un œil vers le parc et aperçut, au-dessus des grands arbres, le ciel qui rosissait. Où était donc Sofia ? Elle aurait dû le retrouver. Il se rappelait parfaitement ses derniers mots "Je reviens" ; c'était cette certitude qui lui avait permis de plonger si vite dans le sommeil. Où était-elle passée ?

Il arpenta la pièce, en pas furieux et impatients, allant de l'un à l'autre, secouant les corps léthargiques pour essayer de les réveiller, demandant à chacun s'il avait vu Sofia. Mais tous dans leur hébétude répétaient sans cesse le même mot assassin, ce "Non" qui tuait tout espoir en lui.

Finalement, il avisa le Chevalier, étendu sur un divan, une bouteille de vin vide à ses côtés, qui  dormait d'un sommeil agité. Il le saisit par le col et le releva portant son visage à hauteur sien.

"Vous Chevalier, vous avez été le dernier à l'avoir vue ? Qu'avez-vous fait de Sofia ? Parlez, ou il vous en coûtera !"

Le Chevalier leva des yeux vitreux et atones vers le sculpteur. Pendant un instant, il demeura ainsi, le fixant sans sembler le voir, ni comprendre les raisons de la violence dont il était l'objet. Enfin, il pâlit et ses pupilles se dilatèrent. Il fronça les sourcils et secoua la tête, semblant émerger péniblement d'un univers lointain. Il bafouilla, la langue pâteuse

"Michel-Ange, mon ami....voyons... comment osez-vous imaginer... je ne sais rien... j'étais sur la terrasse et... Dieu, du ciel, je suis rentré noyer ma stupide détresse, en laissant Sofia avec la Comtesse !"

Le sculpteur repoussa le Chevalier, qui retomba mollement sur le canapé, avant de rameuter tout le monde dans la grande pièce. Les serviteurs et les artistes se regroupèrent, dans un silence gêné, tandis que les gardes de François arrivaient dans la pièce en courant. Le sculpteur expliqua la situation en peu de mots, demandant à chacun de tenter de se souvenir de chaque détail et de se remémorer la nuit de la veille pour glaner quelques indices. C'est à ce moment qu'un des gardes se détacha du lot et pointa un doigt accusateur vers le Chevalier, tout en essayant de s'exprimer en italien avec un fort accent.

"Point de doute Monseigneur, c'est celui-ci qui est dans le coup, je reconnais son déguisement, pour sûr ! Alors queunbenannt je m'en revenais des aisances, je l'ai vu qui saluait une belle dame dans un carrosse, il s'est alors glissé dans la maison discrètement. Crénom, si j'avions été un peu plus tôt, pour sûr j'aurais tout vu ! Mais si la jeune dame a été enlevée par la Comtesse, ce ne peut être qu’avec son aide !"

Le jeune François s'avança vers le Chevalier, tirant son épée et la pointant vers la gorge de l'homme assis, qui les dévisageait, éberlué.

"Vous allez parlez Chevalier, vous allez parler et prestement, sans quoi je vous promets que nulle femme en aucun royaume ne vous trouvera plus jamais séduisant."

Tant bien que mal, secoué par l'ivresse et par les accusations dont il était l'objet, De Lespalle se redressa sur les coussins, toisant la lame sans l'ombre d'une crainte. Terriblement basse mais assurée, sa voix s'éleva, couvrant le léger brouhaha de l'assemblée encolérée

"Baissez votre arme, votre Seigneurie, cette menace est plus qu'inutile. Me croyez-vous donc assez sot pour être demeuré ici, sous votre inquisition, si j'étais complice de l'acte odieux dont tout semble m'accuser ? Et me croyez-vous donc assez peu homme d'honneur pour avoir cédé au chant d'une sirène dont je connais, visiblement bien mieux que vous, la rouerie ?"

Repoussant la lame d'une main implacable, il se redressa, chancelant encore un peu mais défiant tout un chacun du regard.

"Je ne sais ce qui s'est tramé ici et je regrette amèrement ma faiblesse, mais j'en suis le jouet autant que vous ! Et le temps que nous perdons en vains soupçons est un temps que nous volons à Sofia. Michel-Ange, par tous les dieux, regardez-moi, me pensez-vous capable de la trahir, de vous trahir ?"

Le jeune pair de France abaissa la lame de son épée et  sembla perdre sa belle assurance.

"Effectivement, Messieurs, c'est inutile ; le Chevalier n'est pas responsable, de quelque manière que ce soit, de l'enlèvement de la jeune Sofia."

C'était la voix de Christophe de Longueuil, qui venait de pénétrer dans la pièce. Il était vêtu de pied en  cap aux armes des Valois, sa longue épée pendait à son côté et, sous son bras, il portait un heaume éclatant.

"Le Chevalier n'est responsable que de son inconscience, responsable d'avoir laissé la jeune fille toute seule face au serpent. Mais le traître, qui tente aussi sournoisement de le faire accuser du crime, est une personne toute autre."

Il avança dans la pièce, son armure légère cliquetant à chaque pas. Se tournant vers les gardes.

"Messieurs en tenue. Soyez prêts à prendre la route dans l'heure qui vient."

Michel Ange interpella le Marquis.

"Comment pouvez-vous être aussi sûr ? Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer cela ? Et où voulez-vous que nous allions de façon aussi empressée ?"

Le gentilhomme français se tourna vers lui, les yeux vides de toute expression.

"Parce que de ma fenêtre j'ai assisté à son enlèvement, Maestro."

Michel-Ange le dévisagea, interloqué.

"Mais parlez, bon sang de Dieu, expliquez-vous ! Qui  est responsable ? Le Chevalier n'est pas impliqué, alors qui ? Et, sang du Christ, où est Sofia, pourquoi ne sommes-nous pas déjà à sa recherche ?"

Le sculpteur semblait hors de lui. Il hurlait et une veine bleue battait sur sa tempe. Tous craignirent un instant qu'il ne s'en prenne à De Longueuil et ne s'en saisisse pour le secouer et lui arracher des réponses. Le Marquis eut un sourire affable et se fendant, il désigna l'assemblée.

"Je crois qu'il y a, parmi nous, quelqu'un qui pourra nous apporter toutes les réponses, quelqu'un qui, dans les ombres de la nuit, jouait à se faire passer pour le Chevalier, quelqu'un qui hier n'était pas là où il aurait dû être..."

Et les yeux étincelants, un sourire mauvais sur les lèvres, il dévisageait chaque membre de l'assemblée avec une lenteur calculée.

traitreDès les premières paroles du Marquis, elle avait su que les jeux étaient faits. Tirant une lame de sa robe, elle en empoigna le manche fermement, prête à frapper quiconque s'interposerait entre elle et la porte.

"Laissez cela Julia, c'est inutile ! »

La tança de Longueuil, alors que les serviteurs tentaient de s’écarter, en poussant des exclamations effrayées.

« J'ai des hommes en armes à chaque porte de la villa, vous n'iriez pas loin !"

Elle laissa retomber son bras et la dague glissa au sol. François recula de quelques pas, les traits déformés par une expression d'horreur.

"Julia… mais voyons, je la connais depuis des années… ce n'est pas dieu possible."

Le Marquis se dirigea vers lui et posa sa main sur son épaule.

"Mon jeune ami, le roi, dans cette affaire, fut fort avisé de placer à vos côtés une jeune dame qui éveillerait votre convoitise sans éveiller votre attention. Elle a pu, soit, tromper un jeune homme empli de sève, mais pas un vieux renard, il faut croire. J'ai fait semblant, hier, de boire le vin drogué dont elle voulait me faire bénéficier. Ce qui me permit de la voir sortir discrètement, vêtue de la même parure que le Chevalier. Je l'ai vu commettre son forfait et ensuite venir me rejoindre dans le lit où je simulais un sommeil profond."

François s'était approché de Julia, écrasant de toute son impressionnante stature la frêle silhouette qui tremblait.

"Ainsi, garce, tu ne m'as si bien servi que pour en servir un autre mieux encore ! Alors dis-moi un peu ce que tu sais dans cette affaire avant que je ne te fasse copieusement rosser"

Cernée par le jeune français, vite rejoint par un Michel-Ange bouillant de colère et d'impatience, la jeune fille, téméraire, releva fièrement la tête et ravalant ses larmes, affirma :

"Je n'ai pas à rougir de servir la couronne de France Monsieur, car voilà mon honneur ! C'est tout ce que j'ai à dire."

La main de François se leva. Ses yeux flamboyaient de colère et de tristesse ; il venait de se rendre compte que sa première amante, celle qui l'avait déniaisé et qui avait partagé tant de nuits à ses côtés, l'avait trahi depuis le premier jour. Le futur roi de France venait de recevoir une leçon amère qui meurtrissait son jeune cœur. Ce fut la main du Marquis qui arrêta fermement la sienne.

"Pas de cela Monseigneur, vous entacheriez votre honneur et cela ne servirait à rien ; les agents de votre cousin sont aussi décidés que les nôtres, elle ne dirait rien. C'est de plus superflu, car j'ai fait tenir prêts, durant toute la nuit, trois cavaliers. Ils se sont lancés à la poursuite du carrosse dés son départ. Dès qu'ils auront découvert le lieu où est retenue Sofia, l'un d'eux viendra nous l'annoncer. Ainsi, nous pourrons surprendre le serpent dans son nid avant qu'il ne puisse mordre. Et nous l'écraserons du talon !"

Michel-Ange n'y tenait plus. Ces français ! Pour eux, tout semblait d'une évidence insupportable. Ils jouaient une partie, qui lui semblait dangereusement engagée, avec la certitude de leur domination, mais semblaient fort peu préoccupés par le sort de la seule qui obnubilait ses pensées. Il explosa.

"Bravo messieurs ! Quel plan magistral ! Attendons, c'est cela.... et qu'importe ce qu'il adviendra de Sofia pendant ce temps, contrainte ou pas, elle tient le rôle qui lui était destiné, n'est-ce pas ? Tout est si parfait !"

Le Marquis le toisa avec une moue méprisante.

"De biens belles paroles que celles-ci Monsieur l'artiste, mais où étiez-vous tandis que votre douce amie se faisaitlagrenee enlever ? Préfériez-vous, peut-être, que nous ayons achevé la Comtesse sur l'heure et qu'ensuite votre précieux Pape se soit vu mis à mort par un autre des sbires de Louis XII ? Nous sommes ici pour éventer un complot et le mettre à bas définitivement. Et c’est ce que nous ferons ! De plus, il me semble que celui qui a laissé entrer le loup dans la bergerie ne soit en aucun cas l'un de nous… alors, laissez-nous faire notre métier de chien de berger, nous vous ramènerons votre brebis !"

Le Marquis lui tourna le dos et sortit de la pièce, entouré de ses gardes, laissant derrière lui un François, encore sous le choc, qui ne cessait de détailler la jeune Julia. Il secoua encore une fois la tête et fit signe aux gardes de l'emmener, laissant le Chevalier et le sculpteur seuls dans la pièce.

De Lespalle s'approcha de Michel-Ange et posa sa main sur son épaule. Son visage trahissait une immense lassitude en même temps qu'une farouche détermination.

"Ne vous torturez pas inutilement, mon ami. Je vous garantis que nous vous rendrons Sofia saine et sauve, et je n'ai qu'une parole. Laissez se jouer la partie telle qu'elle est engagée, il n'y a rien de plus que vous puissiez faire ! Lucrezia a besoin de Sofia, vous le savez, nous le savons tous, et elle lui laissera la vie jusqu'à ce qu'elle obtienne d'elle la mise en scène qui lui permettra d'aboutir dans ses plans. A ce moment là, nous serons sur place, soyez en sûr !"

Les traits tendus par l'angoisse et la colère, Michel Ange scruta intensément le Chevalier et il gronda entre ses dents.

"J'espère que vous ne vous trompez pas Chevalier, je l'espère."

Loin de là, sur les chemins embourbés, dans les derniers frémissements de la nuit, le carrosse avançait à un train d’enfer, la ballottant en tout sens. Sofia s’était éveillée pour constater qu’elle était allongée sur les coussins, poignets et chevilles fermement liés et un bandeau posé sur les yeux. Aveugle et incapable de bouger, elle était contrainte à une complète immobilité que les cahots de la route perturbaient et rendaient douloureuse. Ils devaient filer vers une destination connue de la Comtesse seule. Depuis quand ? Elle sentait la chaleur des premiers rayons du soleil sur sa joue. Le temps avait filé durant son inconscience. Le jour venait de se lever, elle en était certaine à présent, elle le sentait, elle pouvait l’entendre dans le chant des oiseaux et le parfum de l'air.

Son crâne était douloureux, mais elle rassemblait ses esprits petit à petit. Elle allait parler lorsque le carrosse s'immobilisa soudain, dans le hennissement des chevaux. Elle entendit des pas et la porte s'ouvrit. Des mains viriles la saisirent pour la sortir sans ménagement du véhicule. Elle tituba sur ses jambes et, sans le soutien des deux hommes, elle se serait probablement écroulée au sol. Elle sentit des mains défaire son bandeau et délier ses entraves. La vivacité du jeune soleil lui brûla la rétine. Elle cligna plusieurs fois des paupières, sans parvenir à accommoder, et d'un brouillard sombre émergea la silhouette de la Comtesse, debout devant elle. Ils étaient devant les portes d'un petit château aux formes élancées et coquettes. Plusieurs gardes veillaient à l'entrée de la demeure.

"Nous voici arrivées ma douce, allons nous apprêter pour la venue de notre visiteur." L’invita suavement la Comtesse.

Tanguant sur ses appuis, elle n'en redressa pas moins fièrement la tête et toisa sa ravisseuse.

"Vous vous moquez, j'espère ! Vous m'avez entraînée ici contre mon gré ; alors inutile de me servir ce ton doucereux . Je n'ai plus aucune envie de vous complaire. Vous avez fait de moi votre prisonnière, n'attendez pas que je sois docile !"

Et elle se raidit, entre les bras qui la maintenait, farouchement déterminée à ne pas faciliter la tâche de la Comtesse, ni lui permettre de hâter le dénouement selon ses souhaits.

Un des hommes s'avança vers elle, menaçant. Et, dans cette semi pénombre où elle flottait, elle reconnut, avec un frisson d’horreur, les traits de celui qui l'avait déflorée. Le Vicomte Valence de Beaucourt se tenait devant elle, les traits durs et déterminés.

"Nous te forcerons à coopérer petite catin, on verra à quel point tu peux être dure."

Et sa main se levait déjà pour la frapper.

"Cessez espèce d'imbécile ! N’allez pas me l’abîmer ! Vous n'obtiendriez rien de cette façon, pauvre mâle stupide. Il n'est pas étonnant que vous n'ayez pas encore réussi à accomplir votre mission. Elle ne nous aiderait pas, même si nous l'étripions sur place."

La Comtesse s'était approchée de Sofia et caressait doucement ses cheveux d'une main apaisante.

"Non, elle préférerait mourir sous le fouet que de nous aider en quoi que ce soit. N’est-ce pas ? Cependant, il est d'autre façon de faire."

Sa main plongea dans une des poches de sa robe et en tira une mèche noire qu’elle tendit vers Sofia.

woman_232"Vous reconnaissez ceci ? J'en suis sûre, vous le reconnaissez… une mèche des cheveux de Michel Ange, coupée par la main de mon agent cette nuit même, durant son sommeil. Si une mèche est aussi simple à couper, imaginez alors ce qu'il peut en être d'une gorge."

Le regard horrifié et incrédule de Sofia allait de la mèche de cheveux au visage de la Comtesse. Elle secoua la tête et, s'arrachant aux bras qui la soutenaient, avança, comme une chatte prête à griffer, vers la femme. A quelques centimètres de son visage, elle menaça :

"Osez, osez seulement porter la main sur lui et j’arracherai votre vie avec mes propres dents, où que vous soyez, quels que soient vos pouvoirs !"

La Comtesse ne baissait pas les yeux et une grimace moqueuse dessinait une fossette au coin de ses lèvres. Elle railla la jeune effrontée :

"En attendant ce jour, ma belle, je vous tiens et j'ai tout loisir de jouer avec notre ami artiste si vous n'êtes pas plus sage ! C'est dire combien je crains vos terribles menaces !"

Elle éclata de rire. Rire qui cessa aussi brusquement qu'il était apparut et elle foudroya Sofia du regard.

"Décidez-vous et tâchez de ne plus m'impatienter maintenant !"

Sofia baissa la tête.

"Faites de moi ce qu'il vous plaira. Je ne me rebellerai pas..."

Elle releva les yeux et les planta dans ceux de la Comtesse

"Mais n'exigez point trop de moi Madame ! Je n'ai nullement l'humeur à m'enjouer à l'idée de vos caresses !"

La Comtesse la considéra un instant et haussa les épaules.

"Peu importe que vous les goûtiez ou non, tant que vous en aurez l'air… Il va falloir vous montrer une amante attentive et exceptionnelle pour complaire à mes services. Alors je vous conseille d'y goûter du mieux que vous pouvez."

Elle se dirigea vers la porte du château d'un pas rapide.

"Allons, emmenez-la, baignez-la et apprêtez-la. Qu'elle soit prête pour l'arrivée de notre invité."

Tandis qu'elle entrait dans le château, on emportait vivement Sofia vers une des ailes de la demeure où l'attendait un grand baquet rempli d'eau chaude. Plusieurs servantes, silencieuses et attentionnées, la dévêtirent de ses quelques oripeaux et la plongèrent dans le bain brûlant. Elle se laissa couler lentement dans l’eau chaude alors qu’au loin, sur la colline, un cheval s'éloignait au galop.

Le cavalier chevauchait à brides abattues, le corps rivé contre celui de son destrier. Ils avaient peu de temps, il fallait faire vite ! Il lui faudrait au minimum deux heures pour atteindre la villa, si bien sûr il ne tuait pas son cheval dans la course.

Pendant ce temps, on s'empressait autour de Sofia. Les servantes avaient étrillé son corps, jusqu'à le faire rosir, puis l'avaient séché, oint d'huile parfumée et abondamment talqué. Elles l'avaient ensuite enroulée dans un grand drap et faite installée sur un fauteuil et s’occupaient à coiffer et natter ses cheveux emmêlés, quand la Comtesse pénétra dans la pièce. Sofia n'avait pas décroché un mot durant tous ces préparatifs et se laissait manipulée, comme absente. Intérieurement, elle bouillait de rage et d'impuissance, et devait juguler des pulsions destructrices, qui lui commandaient de se jeter à travers la fenêtre pour échapper à toute cette machination ou bien à la tête des servantes, de la Comtesse, de n'importe qui, pour arracher leurs yeux et libérer sa colère. Sagement assise, elle donnait toute l’apparence de la soumission mais n’était qu’un bloc de tensions, enfonçant ses ongles dans ses paumes pour s’efforcer à une passivité raisonnable.

La Comtesse pénétra dans la pièce, uniquement vêtue d'un déshabillé vaporeux. Il émanait d'elle des effluves d’un parfum capiteux, une lourde fragrance, subtile et entêtante, mélange de tubéreuse et de jasmin. Elle observa Sofia, son visage buté et ses yeux scintillants de colère.  Calmement, elle saisit une cruche de vin, posée sur un des meubles bas, et deux coupes. Elle les emplit à demi et sortit, d'un petit tiroir, une fiole contenant un liquide ambré aux reflets chatoyants.

"Voici un élixir qui te donnera et le désir et la force nécessaire pour prendre et donner du plaisir. Libre à toi de le prendre ou non."

Et elle posa à nouveau ses yeux scintillants dans ceux de Sofia, la jaugeant tout en soutenant le regard rageur de la jeune fille.

Sofia tressaillit. Elle ne s'attendait pas à ce qu'on lui laisse le choix, pas de cette manière là. Le choix de l'oubli de6218 soi, de l'abandon de sa colère, de sa raison. Le choix de se livrer totalement, quand elle brûlait d'être délivrée. Elle observa un instant le joli flacon qui semblait avoir capturé un rayon de lumière et releva les yeux vers la Comtesse, soupesant, dans les yeux de l'autre, le prix de son asservissement.

"Etrange choix que vous me laissez !" gronda-t-elle "Me défaire de tout ce que je suis pour affronter une réalité dont je ne veux pas ! Et bien, Madame, serrez vos potions pour des jours meilleurs, il vous faudra faire avec ce que je suis ! Je n'ai nulle envie de vous offrir en pâture une proie facile !"

Et les mâchoires serrées par la colère, elle défiait la Comtesse, plus farouche et déterminée que jamais.

Lucrezia haussa les épaules, prit les deux coupes, délaissant la potion, et les porta vers Sofia.

"Alors trinquons, pour ce qui sera probablement notre dernière célébration. Oui, portons cette coupe à nos lèvres pour célébrer la venue de nos libations. Ce qui adviendra après, qu’importe, trinquons à ce qui ne sera pas, ne sera plus, aurait pu, et peu nous importe de quoi sera fait demain ou tous les jours qui viennent. Vidons nos coupes à ce jour."

Elle tendit un des fragiles réceptacles de cristal à Sofia, tenant l'autre entre ses doigts graciles.

"Buvons Sofia, à cette amitié qui aurait pu être la nôtre et qui ne sera jamais."

Sofia s'était saisi du verre et laissait son regard se perdre à la surface du liquide comme s'il s'était agi d’une augure. Sans relever les yeux, elle murmura :

"Oui, buvons Madame, à ce que vous préférez anéantir avant que de le rendre possible"

Et elle vida sa coupe d'un trait, sans l'entrechoquer avec celle de Lucrezia. Et le verre vide, elle la regarda à nouveau, un sourire amer sur les lèvres

"Et maintenant, il ne reste plus que votre baiser ! Ainsi vous scellerez ma condamnation ! Ce sera d'un goût exquis !"

La Comtesse la contempla un instant puis lui sourit.

"Je ne vous donnerai pas ce baiser ma douce, j'ai bien trop peur qu'il reste encore par trop de cet onguent dont j'ai enduit votre coupe vide avant de vous la porter. Je ne tiens guère à perdre mes esprits lorsque j'en ai le plus besoin."

Elle reposa son verre, après l'avoir vidé d'un trait, et fit glisser son déshabillé au sol, se révélant dans sa nudité. Nue comme Eve, elle s'avança vers Sofia et fit signe aux servantes de se retirer, avant de prendre le peigne pour coiffer la jeune fille.

"J'aurais aimé qu'il existe un autre chemin, mais je connais la force de ton caractère et je ne veux pas qu'un obstacle vienne se mettre entre moi et ma réussite."

Sofia battit des cils, cherchant en elle des mots de colère qui ne venaient pas. Elle ne ressentait pas les effets de la drogue. Pas consciemment. Il lui semblait qu'elle pouvait raisonner, agir, parler, en toute possession de ses moyens. Elle se sentait seulement plus légère, moins tendue, d'une insouciance qui frisait l'irresponsabilité, dans la situation qui était la sienne. Et surtout, elle frémissait de savoir le corps nu de la Comtesse si proche du sien. Elle en percevait la tiédeur. Son parfum l'entourait. Elle ferma les yeux. Grisée. Une vague chaleur montait de son ventre. Son cœur s'était accéléré sans raison. Elle eut encore envie d'asséner des paroles blessantes. Et elle s'entendit souffler :

" Je n'existe plus… Touchez-moi!"

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05 février 2007

34. Dans le feu du désir et de la trahison

Le jeune Mercure ne se fit pas prier et s'avança vers le couple. Il saisit la belle offerte par la taille, approchant son membre dressé, dardant son désir contre son entrée la plus intime.

preview76Loin dans les brumes du plaisir, Sofia entendit résonner la voix du Maestro et comprit son injonction. Un violent spasme tordit son intimité, qui s'embrasa plus fort sous la peur et le désir entremêlés. Elle râla d'appréhension, et sous les multiples caresses qui lui étaient prodiguées, ne sachant déjà plus qui lui faisait quoi. Profitant du moelleux de la peau odorante sous sa joue pour se laisser aller davantage, identifiant la main du Maestro, dans la caresse ferme et rugueuse qui appuyait sur la cambrure de ses reins pour l'offrir,  elle se livrait au sexe qui commençait à pousser pour forcer l'étroitesse de son anneau, avec, à l'esprit, la vision du Dieu Mercure prêt à honorer une mortelle. Et un désir farouche dévora ses entrailles.

Le gland dressé du jeune homme appuya sur ses reins et ouvrit le passage de sa rosette. Il fit pénétrer son membre en elle d'une lente poussée, l’introduisant entièrement, sans violence, en le faisant avancer avec une lenteur calculée, regardant, avec un plaisir évident, sa hampe coulisser puis disparaître dans les chairs délicates de la lubrique danseuse qui lui était ainsi livrée.

Il goûtait le ravissement de cet anneau étroit qui étreignait sa hampe, qui l'entourait et se resserrait autour de sa verge gonflée de désir. Il appréciait d’autant plus ces sensations que ce plaisir là lui avait été encore rarement accordé par les amantes qu'il avait rencontrées au cours de sa jeune expérience. Tout attentif qu'il était à sa pénétration, il ne prit pas garde à la danseuse qui se glissait dans son dos et caressait ses pectoraux de ses doigts fins et agiles. Il ne réalisa vraiment ce qu’il advenait qu'au moment où il sentit quelque chose, qui n'aurait pas dû se trouver là, se frotter contre ses fesses avec délicatesse. Il eut un soubresaut ; mais l'anneau palpitant de Sofia se resserra autour de lui. Et il ne voulut plus quitter cette étreinte. Une des mains de la danseuse glissa avec une insupportable douceur sur son corps, cherchant sa taille et ses fesses, allant se perdre dans son sillon. Il sentit pour la première fois un doigt venir caresser suavement sa rondelle et en rougit. Non pas tant du spectacle qu'il offrait, mais de sa verge qui durcissait encore et gonflait tandis que le doigt inquisiteur se frayait un chemin dans son corps. Il laissa échapper une exclamation alors que le doigt entrait en lui et donna un puissant coup de rein qui enfonça sa verge plus totalement dans le corps de la fille qu'il pénétrait.

Sofia se mit en appui sur ses bras et releva brutalement son visage, en poussant un rugissement rauque et en se cambrant sous l'invasion du dard qui perforait ses reins. La sensation était d'une violence inouïe ! Il lui sembla que le membre, qui entrait en elle avec tant d’ardeur, se dilatait brusquement, forçant ses chairs à l'accepter. Elle tremblait sur le frêle appui de ses bras, secouant la tête en haletant, ne sachant plus si elle voulait ou si elle refusait l'intromission, tant ce qu'elle ressentait la désarçonnait. La main de Michel Ange, impérieuse, caressa son dos, comme pour calmer une jument rétive. Et la douce Julia ramena son visage tout contre son sein, l'apaisant de ses caresses, tandis que la jeune danseuse dévorait de plus belle le bourgeon gonflé de désir qui s'offrait et se dérobait à sa bouche. Vaincue et frémissante, Sofia se laissa retomber, les fesses toujours relevées, s'offrant dans l'obscénité de sa reddition.

Mercure la pénétrait maintenant avec force, le doigt de la danseuse qui caressait son orifice stimulant une fougue qui n’en avait guère besoin. Il était au plus haut point de son désir alors que le doigt allait et venait de plus en plus vite dans ses reins. Il sentit, soudain et presque à regret, l'intrus se retirer de son fondement et se vit saisi par la taille. Il eut un instant de panique et se crispa tandis que l'étrange protubérance de la danseuse se frottait contre son anneau. Mais le désir fut le plus fort ; il s’abandonna au corps étranger. Il ressentit la brûlure d’une courte douleur et ses chairs s'ouvrirent pour livrer le passage à l’ersatz de sexe qui le pénétrait. Il poussa un petit cri de surprise quand la danseuse s'enfonça en lui d'une poussée mais il se hâta d’accorder son rythme à celui de l’étrange pénétration. Son sexe n'avait jamais été aussi gros que ce soir. Sa hampe, raide et luisante, entrait et sortait des reins de la jeune femme qui se tendait vers lui. Il suait à grosses gouttes sous son masque, tandis qu'il éperonnait la fille dont les reins remontaient sans cesse vers lui. Mains crispées sur la taille fine de sa charmante victime, il serrait, ramenait et retenait le corps tremblant contre le sien, le poussant au bout de ses résistances.

Devant pareil spectacle, les ardeurs des convives ne pouvaient demeurer en reste. Désireux de s’y mêler plus étroitement, Christophe de Longueuil vint se placer à la tête du canapé, présentant son membre dressé, la soutane retroussée, à la bouche des deux femmes allongées l'une sur l'autre. La bouche gourmande de Julia vint immédiatement lécher le sexe tendu qui s'offrait si plaisamment à elle. Les mains de Michel-Ange caressaient les seins des deux femmes, saisissant les tétons qui se tendaient et, les pinçant parfois, faisait naître dans leurs corps de nouveaux frissons.

Ballotée et bercée, tour à tour, entre les seins de Julia, Sofia se laissait emportée par le rythme que lui imposait,kv_orgasme1th avec une rare vivacité, le membre qui écartelait son œillet. Plus il entrait en elle et plus il lui semblait forci, chaque nouveau passage lui arrachant un gémissement de surprise et de plaisir douloureux. Elle percevait les présences autour d'elle, de manière diffuse, imprécise, et seul l’aiguillon du plaisir la ramenait à la réalité des êtres. Cependant, elle sentit grandir en elle un impitoyable désir, au fur et à mesure que montait son plaisir à être ainsi sauvagement possédée par l'incroyable chibre qui défonçait son petit trou ; l'envie de se mêler à son Maître, dont elle devinait les mains sur ses seins sans parvenir à le saisir davantage, la tenaillait sans relâche, jusque dans les plus épaisses brumes de son insensée volupté. Elle entrouvrit un peu les paupières pour le situer et, soulevant une de ses mains, se lança dans une caresse sur le sexe tendu qui la dominait, disputant la hampe arrogante à d'autres mains, entourant les testicules lourdes de sa petite paume, l'invitant à venir à sa bouche en attouchements suggestifs.

Amusé et attendri par ses efforts, Michel Ange, bien qu’émoustillé, choisit de ne pas y céder et, d’un hochement de tête approbateur, invita l’homme costumé le plus proche à profiter de l’aubaine à sa place. Le moine posa alors ses mains sur la tête de Sofia et poussa son sexe vers les lèvres tendues de la jeune fille. Image paillarde ; on eut dit que ce dernier bénissait une fidèle, tandis que la bouche s'arrondissait pour gobait le membre qui descendait vers elle. Julia, consciencieusement, léchait la hampe qui s'enfonçait dans la bouche de Sofia. Les coups de reins du jeune Valois ne cessaient pas un instant, pas plus que la langue de la jeune danseuse dévorant le sexe de Sofia. Les deux ménades restantes s'étaient mises à genoux devant le sculpteur. Leurs bouches s'activaient sur son membre, le léchant, caressant chaque partie avec douceur et attention. Ses mains cependant restaient occupées par les corps brun et blond, sur lesquels il continuait à jouer sa partition de douceur et de douleur. Alors que le Chevalier observait la scène, son sexe tendu étroitement pris dans la main de la Comtesse qui le branlait énergiquement, celle-ci lui murmura quelque chose à l'oreille. Il tourna la tête et la fixa un instant, interdit, avant que de se rapprocher du jeune Valois. De la main, il caressa un instant la croupe de Sofia avant de glisser vers la hampe qui entrait et sortait des reins frémissants. Doucement, il alla effleurer les bourses pleines du jeune homme.

Ahanant sous le feu du désir et la montée du plaisir, le jeune Valois se raidit cependant sous la caresse et, se redressant, prudemment pour ne point perdre le bénéfice du délicieux voyage dans les profondeurs de l'étroit boyau, ni la douce perforation qui enflammait ses propres reins, il s'exclama :

"Foutre dieu ! Je ne sais Monsieur quels sont vos mœurs dans la Haute Egypte mais ne pensez pas que je me risque à y goûter. Et comme vous voilà bien empressé, je vous fait une place pour soigner à votre guise cette mignonne gourmande!"

Et disant cela, il arracha sans ménagement la petite danseuse qui s'affairait sur l'intimité de Sofia, et s'écartant tant bien que mal, invita le Pharaon à prendre place sur le divan sous les cuisses humides de la jeune femme offerte.

Le Chevalier eut un sourire et se glissa sous Sofia, prenant le relais de la jeune danseuse. Sa bouche s'attaqua immédiatement au sexe ruisselant de la jeune femme et il fit pénétrer sa langue avec délectation dans son antre trempé, le caressant délicatement, pourléchant le doux nectar. Le jeune Valois reprit de plus belle son va et vient dans le corps tendu, continuant à goûter à la pénétration du sexe étrange de la danseuse. Il sentit alors la langue unbenanntde l'homme, allongé entre les cuisses de sa victime, venir effleurer sa hampe qui glissait dans le fourreau brûlant. Il fit mine de ne pas y prendre garde ; ce contact contre nature, pourtant, le troublait plus qu'il n'aurait voulu se l'avouer. Sentir ainsi une langue virile effleurer son sexe était une sensation à la fois intrigante et affolante. Il aperçut celle qu’il avait identifiée comme leur hôtesse s'approcher de lui, à demi dévêtue, dans sa robe luxueuse tombant sur sa taille. Arrivée auprès de lui, elle entreprit de caresser sa poitrine du bout des doigts, glissant progressivement vers son ventre. Les doigts fins effleurèrent sa toison pubienne, ils s'enroulèrent autour de sa hampe, qui allait et venait dans les reins de l’inconnue qu’il possédait sauvagement. Il se laissa aller à la douceur de cette main, tant désirée, qui le maniait avec délicatesse, et lorsque celle-ci sortit la hampe des reins de la jeune fille, pour la présenter à la bouche de l'homme qui l’avait  caressé, il ne dit rien, laissant les lèvres viriles engloutir son sexe dressé. Alors que sa hampe poursuivait ses va et vient dans la bouche d'un autre homme, il vit les doigts de son hôtesse effleurer l'anneau béant libéré et commencer à s'enfoncer. D'abord, ce ne furent que deux doigts, rapidement rejoints par un troisième, qui s'engageaient de plus en plus loin dans les reins tendus.

Sofia, respirait à peine, étouffée par le sexe qui pénétrait sa bouche, le visage à demi recouvert par la robe de bure, et son souffle, lorsqu’il lui était rendu, déjà syncopé par les multiples rafales de plaisir qui l'avaient successivement emportée, se mourrait en faibles gémissements. Elle ne voyait rien du jeu de pouvoir qui se tramait autour d'elle, prise dans le flou de la possession et du désir, et s'abandonnait aux attouchements sans plus les identifier. Elle était loin, à nouveau, corps ardent que le plaisir naufrageait dans une inconscience opaque, trouée seulement par le flamboiement des orgasmes.

Comme des vagues qui venaient se briser, en écume de plaisir sur les côtes ondoyantes de son être, le flux des sensations la soulevait vers les cieux et la redéposait, au seuil de la conscience, dans un état de totale capitulation. La Comtesse regardait disparaître ses doigts dans les reins de Sofia, qui ondulait de la croupe en recevant la caresse de plus en plus pénétrante. Attentive et sûre d’elle, elle observait combien, docilement, la jeune fille se laissait guider, au fil des assauts qui venaient prendre possession d'elle. Et la Comtesse glissa un quatrième doigt  dans le passage étroit qui s'ouvrait sous sa poussée, forçant les reins à accepter la pénétration de ses phalanges, qui cherchaient la voie en elle, qui trouvaient leur chemin dans le corps abandonné. Elle joignit son pouce aux doigts qui déjà exploraient la jeune fille. François la regardait, les yeux fixes et écarquillés, tandis que son membre continuait à coulisser de la bouche fraternelle au sexe trempé, recouvrant sa hampe de ses sucs. Christophe de Longueuil avait saisi les cheveux de Sofia et enfonçait sa hampe dure dans la bouche ouverte profitant de la langue habile de Julia qui caressait ses bourses velues.  Michel Ange venait de s'approcher de l'étrange créature qui s'activait dans le dos du jeune pair de France. Il frotta son membre gonflé contre l'anneau étroit de la jeune fille et força le passage d'une seule longue poussée, la faisant crier d'aise.

Comme ivre, Sofia se livrait, à la contrainte et aux douceurs, aux flammes du plaisir et aux brandons de la douleur, le corps, comme les sens, pareillement emportés et furieux, affamés et fous. Elle poussa un cri que nul n'entendit, englouti sous la robe du moine, étouffé par la verge impérieuse qui envahissait sa gorge. Elle poussa un cri, feulement de femelle vaincue, quand elle sentit le sexe qui pénétrait son intimité venir se loger brusquement plus profondément encore en elle, au moment où Michel Ange prenait possession de la tribade, et alors que ses reins dilatés, forcés, se rendait sous la main qui y pénétrait lentement. Et tout son corps fut secoué de tremblements incoercibles. Elle jouissait, elle étouffait. Elle mourrait, sans savoir qui l'achevait ainsi.

La Comtesse avait bel et bien enfoncé sa main dans ses reins, et l'anneau brûlant enserrait à présent son poignet.volupte Elle bougeait lentement dans les reins tendus et son autre main s'était glissée entre ses propres cuisses et avait atteint la moiteur de son sexe. Elle harmonisait ses propres caresses sur le rythme de celles qu'elle prodiguait à la jeune fille se pâmant sous elle. Enfonçant ses doigts dans sa moite béance, elle sentait le plaisir passer du corps de sa jeune victime au sien. Michel-Ange donnait de puissants coups de reins, les mains accrochées aux hanches de sa partenaire, tandis que le moine, suant et tremblant, poussait de petits cris alors que la langue de Julia, remontant son entrecuisse, taquinait son œillet. Ils n'étaient plus que gémissements, ils n'étaient plus que frottements de corps, frictions des sens ; ils partaient tous dans un même tourbillon, qui les portait, les emportait, à travers le plaisir. Ce fut le moine qui jouit le premier, les mains enfoncées dans les épais cheveux garnis de fil de cuivre, et le corps collé contre le visage de la jeune fille. Il fut suivi de près par le Chevalier, qui voyait sa hampe virile savamment branlée par les deux danseuses qui n’avaient plus à se soucier de Michel Ange. Celui-ci haletait, donnant ses coups de boutoirs avec un acharnement diabolique, coups de boutoirs qui, bien involontairement, poussaient le dard de Mercure dans le sexe tendu, le forçant à aller plus vite au plaisir qu'il ne l'aurait voulu... Il cria en se libérant dans le corps frémissant de Sofia.

Sujet de tant de sollicitations, assujettie à la furie érotique qui s'était emparée de son être et de tous autour d'elle - comme s'il ne faisait plus qu'un même corps amalgamé, désirant et voluptueux - elle se sentait objet, pris, fouillé, possédé, fouaillé sans égard et cela décuplait sa perdition. Elle ondulait, se cabrait, dansait la sarabande d'une volupté ravageuse, y épuisant tout son être, réduisant sa conscience à la seule recherche du souffle vital. Sans force, son corps finit par s’effondrer sur celui de Julia. elle ne parvenait plus à reprendre sa respiration, perturbée par le jet de semence qui avait empli sa bouche à l'instant où elle avait voulu crier son plaisir, sa douleur, son feu, une dernière fois. Elle haletait faiblement, les yeux clos et ses fesses, ses cuisses, son sexe palpitaient encore d'avoir été tant et tant offerts et pris et comblés.

Michel Ange s'était arraché aux reins de la tribade et, écartant d'autorité les corps qui recouvraient Sofia, il la retourna, s'installant sur sa poitrine, qu’une respiration saccadée soulevait de fort jolie manière. Il saisit son membre dans une main et le visage de Sofia dans l'autre. Sa main allait et venait sur son sexe tendu ; il caressait son membre à quelques millimètres du visage de Sofia, dont il maintenait la bouche ouverte d'une poigne ferme. Il astiqua son chibre avec force, les yeux fixés sur le corps alangui de Sofia. Et il râla de plaisir lorsque son premier jet vint frapper le visage de la jeune fille, répandant sa semence sur la bouche et le masque qui la recouvrait à demi. S'arcboutant, il enfonça son membre dans sa gorge, pour finir de se vider, entièrement enfoncé en elle.

Du plus profond des brumes de son étrange extase douloureuse, Sofia reconnut l'odeur et les chairs du Maestro et emboucha amoureusement le vit qui cherchait sa gorge pour se répandre, se délectant de l'invasion, de la saveur du nectar qui l'emplissait, ravie que ce soit lui qui la possède encore, qui achève ses résistances, qui la bâillonne de sa présence. Elle le buvait, potion magique qui lui enlevait ses ultimes forces mais lui rendait la lumière. Et, dans son épuisement brillait sa fierté d'être toute à lui.

Le temps du répit et du repos revenait. Les musiciens jouaient en sourdine et les flambeaux jetaient une lumièreME0000029418_2 sourde. Ils s'effondraient tous, peu à peu dans les sofas, se répandant dans la pièce pour se mettre à leurs aises. Michel Ange prit Sofia dans ses bras et ils se laissèrent aller dans les profonds cousins, tandis que l'orchestre, insensible à leurs ébats, continuait à interpréter de douces sérénades. Le Chevalier et la Comtesse s'étaient allongés dans le coin opposés et la femme caressait suavement  son amant en murmurant à son oreille. Le sculpteur resserra son bras autour des épaules de sa tendre conquise et lui caressa doucement les cheveux.

"Douce soirée que celle-ci ma belle. Je crois que l'on peut te confier sans hésitation l'organisation de nos fêtes galantes !"

Puis ses lèvres vinrent cueillir les siennes, y retrouvant le goût de sa semence, mélangée à celle du moine qui avait si ardemment prit la gorge de Sofia.

Elle répondit à son baiser avec douceur, toute frémissante encore, ayant un peu de mal à reprendre pieds dans la réalité. Ses yeux peinaient à s'accommoder aux flammes des candélabres. Les lumières dansaient dans un flou féerique. Elle soupira, se serrant fort contre le sculpteur, cherchant à se ressaisir.

"Merci Maestro, de vous, de tout ! Je suis heureuse que la soirée vous plaise et que vous ne m'en vouliez point d'avoir convié notre enn-amie la Comtesse !"

Elle eut un petit rire las.

"Je souhaiterais tellement qu'il y ait d'autres nuits semblables à celle-ci... des nuits de trêve, loin de l'agitation et des turpitudes du monde, des nuits à être... sans peur ... je sais, je suis une enfant et une rêveuse ! Ne m'en veuillez pas d'espérer!"

"Ne perds pas l'espoir Sofia, ne le perds jamais, c'est tout ce qui rend un sens à cette existence que nous menons ! Il y aura d'autres nuits de trêve, il y aura d'autres rêves à venir. Nous nous nourrissons de cela ma douce, c'est toute notre force, cette possibilité de connaître un instant de paix."

Tandis qu'il lui parlait ainsi, le jeune François, allongé entre deux danseuses, venait de s'endormir du sommeil du juste et le moine égrillard se retirait avec la jeune Julia, qui semblait fort à son goût, pour continuer leurs ébats dans sa chambre. Le Chevalier quitta son canapé et accompagna la Comtesse sur la terrasse. Ils s’éloignèrent en marchant  bras-dessus bras-dessous, dans la pâle clarté de la lune. Le Maestro serra encore Sofia tout contre lui.

" Ce soir, tu nous as offert un moment de paix, et un moment de plaisir, pour cela je te remercie ma douce." Il posa sa tête contre son épaule, se blottit contre elle, sentant le sommeil s'emparer de son être.

morland1_confidencesApaisée par sa présence, elle suivit du regard le couple qui semblait danser dans le halo lunaire, écoutant les musiciens qui peinaient à poursuivre leurs partitions, caressant les cheveux de Michel Ange dont le corps devenait de plus en plus lourd contre le sien. La fête touchait à sa fin. Elle poussa à nouveau un profond soupir. La fatigue pesait dans ses muscles mais elle se sentait bien, en harmonie avec cet instant. Il allait pourtant lui falloir prendre congé de son invitée. Doucement, elle fit glisser le corps de Michel Ange dans le moelleux des coussins. Il râla, marmonna quelques mots incompréhensibles en l'attrapant par le poignet. Elle se pencha au-dessus de lui, couvrant son front, ses joues, son cou de baisers légers. Elle souffla à son oreille

"Dormez mon doux Maître, je suis là ! Dans un instant, nous regagnerons notre chambre. Reposez-vous, je reviens !"

Il relâcha son étreinte. Elle caressa sa joue de sa main à nouveau libre. Puis elle se redressa, fit signe à un serviteur, lui demanda une chemise qu'elle enfila prestement, avant de donner des ordres pour le rangement et de se diriger vers la terrasse. La fraîcheur de la nuit la saisit et lui fit du bien. Elle arracha son masque. Ici, elle ne craignait aucun regard et s'avança vers le couple qui s'étreignait sous les étoiles.

"Comtesse, pardonnez-moi de venir troubler la douceur de cette nuit... mais il est temps, je crois, que chacun regagne son logis. On n'entend plus les rossignols..."

La Comtesse posa un dernier baiser sur les lèvres du Chevalier et s'avança vers Sofia, la prenant par la main avec chaleur et empressement.

"Je vous remercie Sofia, pour ces moments que nous venons de partager. Je vous remercie pour ces instants délicieux. Mais avant de partir, je voudrais vous poser une question, en fait vous faire une demande. Mais pas ici… Venez !"

Sur ces mots, la Comtesse l'attira à l'écart, l’éloignant de la terrasse et des bruits de la fête, tout en parlant plus bas, sur le ton de la confidence.

"Voyez-vous, cet ami, qui m'est cher et dont vous fîtes le plaisir il y a peu, a exprimé ardemment le désir de vous revoir. Ou plutôt de nous revoir, ensemble. Alors, je viens vous le demander en toute amitié. Seriez-vous prête à être ma partenaire dans le plaisir une nouvelle fois, afin que nous puissions mêler nos corps dans nos encore ?"

Disant cela, elle saisit la jeune fille par la taille et, l'attirant à elle, posa ses lèvres douces dans le creux de son cou, l'embrasant doucement, faisant glisser sa langue rose sur la chair fine et palpitante, chargée des odeurs alléchantes des mâles sollicitudes.

Sofia frémit, autant sous la douceur enivrante des baisers que sous la terreur que réveillait cette demande. Ainsi s'en était fait ! Le destin était en train de se sceller ! Elle se raidit entre les bras de la Comtesse, la repoussa, sans violence mais avec fermeté, et la fixant dans les yeux, elle rétorqua dans un murmure oppressé :

"En êtes-vous sûre Madame ? Est-ce bien cela que vous souhaitez… plus que tout au monde ?" 

La Comtesse la dévisagea tout en retirant le masque qui couvrait encore son visage.

"Ce que je désire au fond de mon cœur a-t-il vraiment une quelconque importance Sofia ? Nous sommes tous des jouets de la destinée. La mienne est ce qu'elle est, vois-tu, comme la tienne elle est écrite dans les étoiles."

Doucement, la main de la Comtesse caressa le visage de Sofia tandis que son regard se troublait un peu.

« J’eusse aimé avoir un autre destin que celui qui est le mien, une autre vie sûrement, mais il en est ainsi ! Me suivras-tu ma belle ?"

Sofia se saisit de la main et la pressa entre ses doigts, ne quittant pas les yeux de la Comtesse. Longtemps, ellesInce demeurèrent les yeux dans les yeux, avant que Sofia ne baisse les siens vers la main qu'elle tenait toujours et, penchant la tête doucement, vienne y poser un baiser aussi léger qu'une aile de papillon

"Puisque vous acceptez une destinée qui condamne votre cœur, comme la seule voie possible, oui, Madame, je viendrai..."

Sa voix était infiniment triste.

"Je serai près de vous, avec vous .... Dites-moi seulement où et quand ... que je puisse me préparer ... ce que vous m'avez offert ici mérite bien que je vous fasse le présent infime de nos voluptés jumelles..."

Et tout au fond d'elle, sous la morsure de l'angoisse et de la tristesse, son esprit bouillonnait tentant de concevoir comment éviter le pire... Tout la ramenait vers le Vatican. Elle en avait le vertige et se rendit compte qu'elle serrait toujours la main de la Comtesse, à lui faire mal. Elle la lâcha, confuse, et d'une vois plus ferme demanda :

"Je serai toute à votre disposition Madame, donnez-moi vos consignes."